Roger Rivière, né le à Saint-Étienne (Loire) et mort le à Saint-Galmier (Loire), est un coureur cycliste professionnel français. Triple champion du monde de poursuite de 1957 à 1959, il compte également un titre de champion de France de la discipline et établit à deux reprises le record de l'heure sur le vélodrome Vigorelli de Milan, en 1957 et 1958.
Après avoir travaillé comme ajusteur, Roger Rivière se révèle dans les rangs amateurs en gagnant notamment le Tour d'Europe 1956 et deux étapes de la Route de France la même année. Il passe professionnel en 1957 au sein de la formation Saint-Raphaël-Géminiani et court principalement sur piste, avant de se consacrer à la route à partir de la . Il y fait ses débuts dans le Tour de France en gagnant deux étapes contre-la-montre et en prenant la quatrième place du classement général final. Cette même année, il remporte deux étapes du Tour d'Espagne, dont il se classe sixième. Leader de l'équipe de France sur le Tour 1960, il y remporte trois étapes avant de chuter dans un ravin dans la descente du col de Perjuret, lors de la quatorzième étape entre Millau et Avignon, le . Souffrant notamment de deux fractures de la colonne vertébrale, il reste paralysé plusieurs jours et doit mettre fin à sa carrière professionnelle, à seulement .
Ne pouvant retrouver la motricité complète de ses jambes, Roger Rivière cherche à se reconvertir dans la restauration, puis monte plusieurs affaires dont un centre de vacances, un garage ou une discothèque, et connaît à chaque fois la faillite. Sa dépendance au palfium qu'il absorbe pour atténuer ses douleurs fait de lui un toxicomane et le conduit devant les tribunaux. Également inquiété dans une affaire de braquage quelques années plus tard, avant d'être finalement mis hors de cause, il meurt à l'âge de d'un cancer du larynx.
Biographie Jeunes années Roger Rivière naît le à Saint-Étienne. Son père, Pierre Rivière, est originaire de Saint-Jean-Soleymieux et tient un atelier de polissage-chromage de cycles. Sa mère, Catherine Grail, est femme de ménage. Roger a une sœur, Marcelle, de six ans son aînée. C'est elle qui lui apprend à monter à vélo à l'âge de neuf ans, sur la bicyclette de sa mère. Roger Rivière reçoit son premier vélo de course à Noël en 1946. La famille vit dans un appartement de la rue Grange-de-l'Œuvre à Saint-Étienne et Roger fréquente l'école primaire de la rue des Passementiers. Jean Vaux, l'un de ses instituteurs qui est également président du Vélo-club Stéphanois, un club omnisports, lui propose de s'y inscrire et Roger y pratique dans un premier temps le football. Après avoir obtenu son certificat d'études primaires, il intègre le lycée Sainte-Thérèse et prépare un CAP de mécanicien de précision. Parallèlement, il s'intéresse au cyclisme et collectionne les photos des champions de l'époque qu'il découpe dans les revues sportives qu'il achète. Dès lors, il s'oriente vers la pratique du cyclisme et passe ses premiers brevets cyclo-sportifs sur un vélo que lui prête Jean Vaux. À , il signe une licence d'amateur au Vélo-Club Stéphanois..
Carrière chez les amateurs À la fin de l'année 1952, il se classe deuxième d'un contre-la-montre puis remporte sa première course l'année suivante, le Grand Prix des Canuts, à Charlieu. Il rejoint ensuite le Saint-Étienne-Cycle, club présidé par Mr Montcoudiol, le patron de l'usine qui l'emploie alors comme ajusteur. Il s'entraîne quotidiennement en montant le col de la République et fait ses débuts sur piste au vélodrome de Saint-Étienne pendant l'hiver 1953-1954. Il s'y distingue et attire notamment l'attention de l'ancien champion olympique Georges Wambst. En 1954, Roger Rivière obtient deux succès sur route, le prix de Rive-de-Gier et le prix du Monastier, puis l'année suivante, il remporte sept victoires dont le Grand Prix de Firminy, le Grand Prix de Saint-Étienne et le Prix Philips à Clermont-Ferrand... Cette même année 1955, il se classe deuxième du championnat de France de poursuite amateur, battu en finale par Pierre Brun au vélodrome de la Cipale. Il est alors engagé par Georges Wambst pour disputer un match routiers-pistards au Parc des Princes, moyennant la somme de . Il y est opposé à plusieurs gloires du cyclisme français, dont Jacques Anquetil et André Darrigade, mais tient son rang. Il prend ensuite la troisième place du championnat d'hiver de l'omnium en derrière Jacques Bellenger et Henri Andrieux, une performance saluée par de nombreux journalistes. Au mois de février suivant, il gagne le titre de champion de France de poursuite amateur en battant en finale Philippe Gaudrillet.
Roger Rivière décide de se consacrer entièrement au cyclisme pour la et abandonne son métier d'ajusteur. Licencié à l'UC Saint-Étienne, il est suspendu pour un mois entre mars et avril par la Fédération française de cyclisme pour double licence : le président de son club lui reproche d'avoir signé une autre licence dans un club concurrent, le VC Dorlay, bien que Roger Rivière n'ait jamais dépassé le stade des discussions avec ce dernier. Il envisage d'arrêter définitivement le cyclisme mais son ancien directeur de Saint-Étienne-Cycle, Angelo Mollin, le convainc de poursuivre. Dès son retour de suspension, il remporte le Prix du Puy.. Après divers succès, il est sélectionné dans l'équipe des Espoirs sur la Route de France, une épreuve réservée aux amateurs et organisée au mois de juin par Jean Leulliot. Il y remporte la troisième étape entre Saint-Céré et Montauban, puis s'impose de nouveau dans la sixième étape Mauléon-Bagnères-de-Bigorre, malgré une chute dans la descente du col du Tourmalet. Le lendemain, dans la dernière étape qui mène les coureurs à Pau, il est victime d'une nouvelle chute et perd sa position de leader du classement général. La victoire finale revient à Raymond Mastrotto tandis que Roger Rivière se classe quatrième. Quelques semaines plus tard, il conserve son titre de champion de France de poursuite amateur, aux dépens de Philippe Gaudrillet..
Il est désigné leader de l'équipe de France pour le Tour d'Europe qui s'élance de Zagreb le suivant. Il remporte la première étape en battant au sprint l'Italien Roberto Falaschi et endosse le maillot de leader, qu'il perd le lendemain à Udine à la suite d'un incident mécanique qui lui fait perdre . Dans la cinquième étape entre Innsbruck et Ulm, il prend part à une échappée de cinq coureurs, parmi lesquels ses coéquipiers Marcel Rohrbach et Claude Leclercq. Membre de ce groupe, l'Italien Antonio Uliana gagne l'étape tandis que Roger Rivière reprend la tête du classement général. Il consolide sa position en remportant le contre-la-montre entre Étain et Longwy, la veille de l'arrivée, ce qui lui assure la victoire finale dans ce Tour d'Europe devant Marcel Rohrbach.. La même année, il prend la troisième place du Critérium des As..
Carrière professionnelle Champion du monde de poursuite et recordman de l'heure (1957) thumb|upright|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme en tenue de cycliste.|Jacques Anquetil est battu en finale du championnat de France de poursuite par Roger Rivière. Les bonnes performances de Roger Rivière lui permettent de passer professionnel en 1957 au sein de la formation Saint-Raphaël-Géminiani. Il est également appelé à effectuer son service militaire et rejoint la bataillon de Joinville. Le , il échoue dans sa tentative de battre le record du monde des , détenu par Guido Messina. Un mois plus tard, au Vélodrome d'Hiver, il bat le record des , détenu jusqu'alors par Louis Aimar, au cours d'un match-poursuite contre Claude Le Ber. Il participe également à des épreuves sur route, comme Paris-Nice, dans lequel le bataillon de Joinville engage une équipe mais n'envoie ni soigneur, ni mécanicien. Sixième de la demi-étape contre-la-montre en Alès et Uzès, il ne prend que la dix-neuvième place du classement général.. En mai suivant, il gagne le titre de champion de France de poursuite, pour la première fois chez les professionnels, en battant le favori Jacques Anquetil en finale. En juillet, sur le vélodrome de Zurich, il bat le Suisse René Strehler et établit la meilleure performance mondiale de la saison sur . Il figure alors parmi les principaux favoris du championnat du monde de poursuite, disputé le à Rocourt, en Belgique ; il annonce dès le début de la compétition sa victoire en finale sur un autre Français, Albert Bouvet. Après avoir éliminé Guido Messina en demi-finale, il est effectivement opposé à Bouvet, qu'il domine d'un peu plus de pour remporter son premier titre mondial.
Les différents succès de Roger Rivière le convainquent de tenter de battre le record de l'heure, établi l'année précédente par Ercole Baldini. Dans la perspective de ce record, il s'aligne au départ de Manche-Océan, une épreuve contre-la-montre sur route, couru sur . Malgré sa huitième place, à plus de du vainqueur Joseph Morvan, il se montre satisfait car il était en tête des différents temps de passage dans les soixante premiers kilomètres, ce qu'il juge suffisant pour le record de l'heure. Il en est de même lors du Grand Prix Martini, à Genève, qu'il achève à plus de de Jacques Anquetil. Le , employant un vélo spécialement conçu pour l'occasion, il bat de la performance de Baldini et établit un nouveau record du monde de l'heure avec parcourus sur le vélodrome Vigorelli de Milan.., encouragé notamment par Fausto Coppi, ancien recordman de l'épreuve entre 1942 et 1956. En récompense, il est alors nommé caporal. Un mois plus tard, il se fracture une clavicule lors d'une réunion au Vélodrome d'Hiver. Fin décembre, il effectue sa rentrée lors d'un omnium dans lequel il est opposé à Fausto Coppi et Jacques Anquetil. Vainqueur de trois épreuves sur quatre, il remporte cette affiche présentée comme le « Match des 3 recordmen du Monde de l'heure » dans la presse.. Il est élu « Champion des champions français » par le magazine L'Équipe pour l'année 1957.
Deuxième titre mondial et nouveau record de l'heure (1958)
Le , Roger Rivière embarque avec ses camarades du bataillon de Joinville à bord du Ville d'Alger en vue d'effectuer une mission militaire de trois mois en Algérie. Il séjourne d'abord près de Boufarik et participe à des patrouilles en Kabylie, puis garde pendant un mois une poudrerie de cheddite près de Tidjelabine.. Il est de retour en France au début du mois de mai et dans les semaines qui suivent, il perd son titre de champion de France de poursuite, battu en finale par Albert Bouvet. Cette défaite ne le surprend pas : à son retour d'Algérie, il dépasse de six kilogrammes son poids de forme et peine à retrouver son rythme. Il suit les conseils de son directeur sportif Raymond Louviot et s'aligne au départ du Tour de l'Ouest, où il n'a d'autre ambition que de retrouver sa condition physique optimale. Dans la première étape entre Lisieux et Granville, il suit l'échappée décisive qui permet à l'Italien Nino Defilippis de l'emporter puis, dans les étapes suivantes, il défend la position de leader de son coéquipier Gilbert Scodeller qui gagne le classement général final..
Il obtient ensuite son deuxième titre de champion du monde de poursuite, à Paris, en se montrant nettement supérieur à ses adversaires. Dès le premier tour, opposé à Franco Gandini, il réalise une performance exceptionnelle en parcourant les cinq kilomètres en . Il établit ainsi un nouveau record et devient le premier cycliste à rouler à plus de de moyenne sur cette distance. Il franchit chaque tour avec la même aisance et s'impose logiquement en finale face à Leandro Faggin. Au mois de septembre, il affronte Ercole Baldini en poursuite sur dix kilomètres sur le vélodrome Vigorelli et inflige à l'Italien une véritable humiliation en le rejoignant après un peu plus de six kilomètres de course. Ce succès, comme d'autres qu'il remporte lors de sa tournée sur les vélodromes italiens les jours suivants, lui permet d'envisager un nouveau record de l'heure.