vignette|upright=1.3|Buste de Mazarin par Louis Lerambert (bibliothèque Mazarine).
Jules Mazarin (en italien : Giulio Mazzarino, Mazarino, Mazarini ou Mazzarini)Nom de famille dont il francisa peu à peu l'écriture en Mazarin, même s'il signe encore Mazarini, , à la fin de sa vie au bas du traité des Pyrénées., connu sous son titre de cardinal Mazarin, né à Pescina, dans les Abruzzes (royaume de Naples), le et mort à Vincennes le , est un prélat, diplomate et homme politique italien, d'abord au service de la papauté, puis des rois de France et . Il succède à Richelieu en tant que principal ministre d'État de 1643 à 1661.
Biographie
Origines La jeunesse de Mazarin est relativement peu connue, du fait de son origine sociale modeste. Deux sources existent : un témoignage anonyme non daté d'un soi-disant , récit riche en anecdotes vivantes mais aussi en invraisemblances, et les souvenirs publiés par l'abbé Elpidio Benedetti, un proche du cardinal, devenu son secrétaire en puis son homme d'affaires à Rome ainsi que son rabatteur d'antiquités. À la veille de sa mort, et sans grande conviction, il demande à des généalogistes de lui inventer une ascendance glorieuse. Mais le cardinal meurt avant l'achèvement des recherches.
Giulio Raimondo Mazzarini est le fils de Pietro Mazzarini, secrétaire et intendant du prince Philippe Colonna, grand connétable du royaume de Naples, et d'Hortensia Buffalini. Il naît le à PescinaAlors sous domination espagnole., dans les Abruzzes, dans le Centre-Est de l'Italie où demeure l'abbé Buffalini, qui convie sa sœur Hortensia, enceinte, à venir passer les dernières semaines de sa grossesse loin des miasmes de l'été romainL'année précédente, la sœur aînée de Mazarin, alors âgée de quelques mois, avait succombé aux chaleurs estivales.. Elle accouche de son premier fils, qui naît Naître coiffé, c'est naître sans que l'amnios ne se soit rompu, une partie du placenta restant sur la tête. et doté de deux dents. On pense alors que de tels signes présagent d'une haute fortune. Plus tard, le cardinal s'en prévaut souvent. Il passe son enfance à Rome, où demeurent ses parents.
La famille Mazzarini est d'origine génoise. Le grand-père de Mazarin, Giulio, a quitté Gênes pour s'installer en Sicile et s'établir à Palerme, en tant que simple citoyen non noble. Ses deux fils, l'oncle Hieronimo et le père du cardinal, Pierre Mazzarini, naissent donc en Sicile. La relative réussite de la famille dans l'artisanat ou le commerce, selon des sources sont imprécises, permettent de les faire étudier à l'école. À quatorze ans, Pietro est envoyé à Rome afin de terminer ses études, muni de lettres de recommandation pour Filippo I Colonna, connétable du royaume de Naples. Le jeune homme entre à son service sans qu'on sache exactement à quelle fonction. C'est comme proche de la famille Colonna que le père de Mazarin peut progresser socialement. Mazarin est d'ailleurs toujours reconnaissant envers la famille Colonna, répétant toujours que sa fortune lui est venue de la faveur de cette maison. Par sa conduite habile et prudente, Pietro se voit proposer en 1600 par son maître de réaliser un beau mariage avec Hortensia Buffalini, filleule du connétable, appartenant à une famille noble mais désargentée de Città di Castello en Ombrie. La jeune fille a une réputation de beauté et de vertu. Le couple a deux fils et quatre filles (ou deux fils et cinq filles).
Famille Le futur cardinal est le second des sept enfants de Pierre Mazzarini (Palerme, 1576 - Rome, ) et d'Hortensia Buffalini (Rome, 1575 - Rome, ).. : Sa sœur Geronima, née à Rome le et morte dans l'été qui a suivi ; Giulio, né à Pescina le ; Son frère Alessandro, baptisé à Pescina le . En religion, Michele Mazzarini, dominicain, cardinal de Sainte-Cécile. Mort à Rome le ; Sa sœur Anna-Maria (d'abord nommée Geronima en souvenir de la petite morte), née en 1607, morte en 1669. Religieuse, Prieure de Santa Maria in Campo ; Sa sœur Laura Margherita (Chieti, - Milan, ). Épouse le Geronimo Martinozzi (mort en ), fils du comte Vicenzo Martinozzi (mort le ). Dont deux filles : Laure Martinozzi (Fano, - Rome, ), épouse en 1655 , (1634-1662). Deux de leurs enfants survécurent : un fils, , duc de Modène (1660-1694), une fille, Marie Béatrice (1658-1718), épouse en 1672 , Anne Marie Martinozzi (Rome, 1637-Paris, 1672), épouse en 1654 Armand de Bourbon, prince de Conti (1629-1666). d'où trois fils : Louis (*/† 1658), (1661–1685), prince de Conti, François-Louis « le Grand Conti » (1664–1709), prince de La-Roche-sur-Yon, prince de Conti en 1685, Sa sœur Cléria (Rome, (baptisée le ) - vers le ), épouse en Pietro Antonio Muti, fils du marquis Fabrizio Muti. Sans postérité ; Geronima Mazzarini, dite Girolama (Rome, (baptisée le ) - Paris, le ), épouse le le baron Michele Lorenzo Mancini (mort en ). Neuf enfants : Vittoria, dite Laure Mancini (Rome, 1635 - Paris, ), épouse en 1651 , duc de Mercœur (1612-1668). Trois fils, Paolo Giulio, dit Paul Jules Mancini (1636 - Paris, ), tué à la bataille du faubourg Saint-Antoine, Olympe Mancini (Rome, 1638 - Bruxelles, ), épouse le Eugène-Maurice de Savoie-Carignan, comte de Soissons (1635 - 1673). Entre autres enfants, deux fils : Louis-Thomas de Savoie-Carignan, de Soissons ( - Landau, ), Eugène de Savoie-Carignan (1663 - 1736), capitaine et diplomate au service de l'Autriche, Marie Mancini (Rome, - Madrid, 1715), épouse en 1661 Lorenzo Onofrio Colonna, connétable de Naples (1636 - ). Trois fils, Philippe Mancini ( - Rome, ), duc de Nevers. épouse le Diane-Gabrielle de Damas-Thianges, nièce de Madame de Montespan. Deux fils et deux filles, Alphonse Mancini (Rome, 1644 - Paris, ), Hortense Mancini (Rome, - Chelsea, Angleterre, 1699), épouse le Armand-Charles de La Porte de La Meilleraye, puis duc de Mazarin, duc de Mayenne (1632 - ). Trois filles et un fils, une fillette, en 1647, qui meurt à l'âge de deux ans, Marie Anne Mancini (Rome, 1649 - 1715). Épouse en 1662 Godefroy Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon et neveu de Turenne. Dix enfants.
Un enfant doué vignette|Fresque en trompe-l'œil du Collège romain. Bien qu'elle demeure peu documentée, l'enfance de Mazarin laisse déjà deviner un garçon doué, remarqué dès son plus jeune âge pour son habileté à séduire et son aisance intellectuelle. C'est là ce qui fera tout au long de sa jeunesse la force du futur cardinal : une étonnante capacité à plaire et à savoir se rendre indispensableLa Jeunesse de Mazarin, et , Wikisource, de Victor Cousin (consulté le )..
À sept ans, le petit prodige entre au Collège romain tenu par les jésuites. Élève brillant, il a à soutenir sa thèse de fin d'études sur la comète qui provoque tant de polémiques en 1618 sur l'incorruptibilité des cieux et conduit Galilée à publier le célèbre Saggiatore, L'Essayeur. Mazarin sait manifestement éviter les nombreux pièges que le sujet comporte et obtient l'approbation unanime du jury.
Mazarin grandit avec les enfants de la famille Colonna, ce qui lui permet, sans qu'il en fasse partie, de fréquenter le grand monde et ses palais. Il semble que, dès son adolescence, Giulio développe une passion pour le jeu qui ne le quittera pas. Sans doute le vice du jeu lui offre d'abord un moyen de gagner ce que l'on appellerait aujourd'hui de l'« argent de poche ». Pour dans la capitale romaine, son père décide de l'envoyer à l'étranger.
Il est établi que le futur cardinal passe trois ans en Espagne (1619-1621 ?) pour accompagner Jérôme-Girolamo Colonna (créé cardinal le par ) et qu'il y termine ses études de droit civil et canon à l'université d'Alcalá de Henares. De cette expérience, Mazarin tire une maîtrise parfaite de l'espagnol qui s'avèrera très utile tout au long de sa carrière. Les légendes sont nombreuses quant à la vie du jeune homme en Espagne. Une chose est certaine : il doit rentrer en Italie car son père, accusé de meurtre, est contraint de se tenir à l'écart de Rome pendant quelque temps. Cet épisode fait basculer Mazarin dans le monde des adultes : il est à présent tenu de soutenir sa famille. Il s'engage alors dans des études de droit canon, qu'il termine en , renonçant à une carrière artistique pour laquelle il présente pourtant des dispositions. Comme la plupart des jeunes Romains, il s'engage ensuite au service du pape et devient secrétaire du nonce apostolique à Milan, voie qui lui offre de meilleures perspectives.
Au service du pape vignette|Le pape par Gian Lorenzo Bernini et ses élèves. Marbre, entre 1635 et 1640. Durant la guerre de Trente Ans, un conflit oppose la France à l'Espagne au sujet de la vallée de la Valteline dans les Grisons. Le pape envoie des troupes en tant que force d'interposition. Mazarin se voit offrir une commission de capitaine d'infanterie au sein du régiment équipé par la famille Colonna. Il fait, avec sa compagnie, quelques séjours à Lorette et à Ancône. Sans jamais avoir à mener de combat, il montre dans l'exercice de ses fonctions, et notamment dans la gestion des troupes et des vivres, la supériorité de son esprit et un grand talent pour discipliner les soldats. Il se fait alors remarquer par le commissaire apostolique Jean-François Sacchetti. Le traité de Monzón en 1626 règle temporairement la situation sans que les troupes du pape n'interviennent.
En 1627, éclate en Italie du Nord le conflit appelé guerre de Succession de Mantoue. Il voit s'opposer d'une part, l'empereur , le duc de Savoie et la maison des Gonzague de Guastalla, représentée par , candidat des Habsbourg au duché et, d'autre part, le roi de France , venu secourir Charles Gonzague, duc de Nevers, candidat français à l'héritage de la branche aînée des Gonzague. Une légation pontificale est envoyée à Milan afin d'apaiser le conflit qui menace de dégénérer. Elle est conduite par Jean-François Sacchetti, en tant que nonce extraordinaire. Mazarin l'accompagne en qualité de secrétaire.
La légation arrive trop tard et surtout Sacchetti doit rentrer rapidement à Rome. Une autre légation est programmée, dirigée cette fois par le neveu du pape , Antonio Barberini, mais elle tarde à se mettre en place. C'est la chance de Mazarin resté à Milan, poursuivant le travail entrepris, sachant parallèlement provoquer en sa faveur une réelle campagne de publicité à Rome, relayée par sa famille, les Sacchetti et les Colonna. Il bombarde le Saint-Siège de rapports, espérant attirer la bienveillance pontificale. En préparation de l'arrivée de la nouvelle légation, Mazarin est finalement chargé en de sonder les vues des parties prenantes.
Lorsque le légat pontifical arrive dans le Montferrat, pour traiter de la paix entre la France et l'Espagne, Giulio reste attaché à la légation au titre de secrétaire. Le légat apostolique négocie la paix avec grand zèle. Mazarin, comme secrétaire, va d'un camp à l'autre, pour hâter la conclusion d'un traité. Le jeune homme a l'avantage d'avoir pris la mesure des évolutions en Europe : le rêve pontifical d'un retour à l'unité de l'Église n'aboutira pas et la paix en Europe ne pourra reposer que sur un équilibre des puissances.
vignette|Siège de Casale (Casale Monferrato) en 1630 (Giovanni Orlandi).