Pascal-Désir MaisonneuveTout au long de sa vie, il se fait alternativement appeler Désir, qui est aussi le prénom de son père, ou Pascal. L'usage actuel est de lui donner le double-prénom, né Désir Pascal Mainsonneuve le Archives Municipales de Bordeaux en ligne, registre 1E 261, année 1863, section 2, acte n°484 du 8/5/1863, vue 92 à Bordeaux et mort dans la même ville en 1934, est un sculpteur et mosaïste français d'art brut.
Biographie Pascal-Désir Maisonneuve apprend le métier de mosaïste avec son père et il ouvre une boutique à Bordeaux, près de la place Meriadeck où se tient le marché aux puces. Cet athlète doué d'une belle voix de basseIl a chanté aussi pendant quinze ans au Grand Théâtre de Bordeaux où il se flattait d'avoir été vu avec Sarah Bernhardt a chanté jusque vers 1907 à l'église, avant de se fâcher définitivement avec le clergé qui deviendra la cible de son courroux, un curé lui ayant intenté un procès en 1908. À partir de cette époque, il a été connu pour son esprit frondeur, manifestant par les moyens les plus cocasses ses sentiments anarchistes et anticléricaux Phrase rédigée par sa biographe en 1965, reprise depuis par les Musées lausannois, la collection de l'art brut, et Michel Thévoz. Antiquaire et brocanteur à la foisCertaines sources le disent aussi marin au long cours, il collectionne plus qu'il ne vend, tout en poursuivant son travail de mosaïste qui lui vaut en 1898 les palmes académiques, et en 1928 la récompense de meilleur ouvrier de France pour trois de ses réalisations : le portrait en mosaïques de Sadi Carnot, la tête d'une muse, et un faisan doré. Sa célébrité actuelle doit beaucoup à une série de masques en coquillages qu’il a réalisés dans sa soixantaine. En 1948, André Breton l'a fait connaître à Jean Dubuffet, qui a aussitôt collectionné des pièces de son travail et l'a intégré à la collection de l'art brut dont il fera une exposition célèbre à la galerie René Drouin en 1949. Cette exposition et la suivante, en 1967 au musée des arts décoratifs de Paris, feront connaître Pascal-Désir Maisonneuve à un public plus large. On dispose de peu d'informations sur sa vie et certaines se contredisent, notamment quant à son âge au moment de certains évènements.
Du bon chrétien à l'anticlérical Pascal-Désir Maisonneuve apprend le métier de mosaïste auprès son père, D'un tempérament impulsif, il pouvait être généreux envers ceux qui lui plaisaient, ou féroce à l'égard de ceux qui avaient provoqué sa colère. Michèle Edelmann rapporte aussi qu'il s'intéressait à tous les arts et toutes les époques, faisant volontiers des cadeaux à des amis, mais que vendre « lui déchirait le cœur »
Pascal Désir était un athlète (, ). Ayant pratiqué le sport dans sa jeunesse, il pouvait
Il aurait été marin au long coursIci, on n'a aucune précision sur cette partie de sa vie, à laquelle font allusion base Joconde et une page numérisée du Figaro de 1925 sans donner de dates Désir Maisonneuve, ancien marin. La plupart ouvrages sur l'art brut disent qu'il a trouvé ses coquillages sur les marchés au puces et aurait ramené de ses voyages sous les tropiques masques africains et océaniens, coquillages et coraux Olivier Le Bihan Dominique Cante et Françoise Garcia, Edmond Boissonnet : le combat avec l'ange Musée des beaux-arts, Vieille Église Saint-Vincent de Mérignac, Le Festin Éditions, 2006 . La base Joconde ne donne pas de durée ni de lieux. De plus, les biographies de Michel Thévoz, et celle de Michèle Edelmann dans le Fascicule de l'art brut 3Le Fascicule de art brut 3 édité par Jean Dubuffet présente aussi des biographies toutes rédigées par Jean Dubuffet de : Augustin Lesage, Henri Salingardes, Filaquier le simplet. Environ sept biographies avec celle de Maisonneuve par Michèle Edelmann. La biographie de Michèle Edelmann intitulée Les Coquilles de Maisonneuve va de la page 155 à 161. Elle est complétée par une liste d'œuvres établie par Jean Dubuffet. Ce sont les informations les plus souvent reprises sur l'art brut., ainsi que la Collection de l'art brut de Lausanne, insistent beaucoup sur le fait que Maisonneuve a très tôt amassé des coquillages qu'il trouvait sur les marchés. Il en possédait de pleines caisses.
Sa vraie passion consiste à dénicher, depuis qu’il a seize ans, des objets insolites et des œuvres d’art de toutes les époques, qu’il expose dans sa boutique située à Bordeaux. Cependant, ce brocanteur atypique ne peut imaginer se départir d’une pièce de sa collection.
Les informations sur la biographie de Maisonneuve sont à relativiser au vu d'informations publiées par la presse de l'époque. Michèle EdelmannMichèle Edelman reste toutefois prudente en ajoutant aux informations qu'elle donne. rapporte que
Le Temps du rapporte le procès de Maisonneuve avec l'abbé Roussot, ce qui porterait l'âge de Pascal Désir au moment des faits à 44-45 ans« Tribunaux », in Le Temps, , 10 septembre 1908, page 3.. Pendant très longtemps, à la suite de cet épisode, Maisonneuve expose à la devanture de sa boutique un goupillon et un seau d'eau avec l'affichette rédigée par lui : . Il prétendait aussi que les prêtres venaient lui demander à deux genoux d'ôter ces objets, mais on n'a aucune preuve sur ce dernier pointMichèle Edelmann dans .
Esprit frondeur et dérision
À partir de cette époque, Maisonneuve se fait connaître par son esprit frondeur : il aime à manifester par les moyens les plus cocasses ses sentiments anarchistes et anticléricauxMichèle Edelmann citée par Michel Thévoz, note de bas de page dans Notice biographique, Musées lausannois, lire en ligne..
Michel Thévoz, qui a par ailleurs étudié le travail de l'artiste beaucoup plus largement, dans un livre sur l'Art BrutGenève, Éditions Albert Skira, 1975, 225 p.ajoute dans Collection de l'art brut (Institut suisse pour l'étude de l'art, 2001) : . Le même auteur souligne dans Art brut (Éditions Rizzoli, 1976) : .
Maisonneuve est aussi considéré comme anarchiste par Jean-François Maurice, qui se proclamait libertaire et créateur de la Revue GazogèneJean François Maurice était spécialiste de l'art brut, mars 2014 disparition de Jean-François Maurice, dans un article : Le temps de/dans l'art brut paru sur le site de l'éditeur en ligne André Versaille en 2008 Maurice reprend le terme sans développer plus avant, le sujet de l'article était l'art brut, son historique, ses artistes et l'importance de Jean Dubuffet (texte intégral).. L'anarchisme de Maisonneuve est encore évoqué, dans un passage sur les artistes d'art brut considérés comme héritiers de l'esprit Dada dans le volume 2 de l'ouvrage Dada and Beyond, Dada and Its LegaciesDans cet ouvrage de 286 pages, d'Elza Adamowicz, professeur de français à la Queen Mary University de Londres, et de Eric Robertson professeur de littérature française moderne et d'art visuel à Royal Holloway (université de Londres) paru dans la collection Avant-Garde Critical Studies, Rodopi, 2012, l'anarchisme de Maisonneuve est cité. Maisonneuve est cité en une ligne, dans un passage sur les artistes d'art brut considérés comme héritiers de l'esprit Dada. Le sujet principal du chapitre est Jean Dubuffet Jean Dubuffet découvre Aloïse Corbaz, et Pascal-Désir Maisonneuve.
Maisonneuve aime railler la politique et inventer des chansons satiriques sur les grands de ce monde, mais, selon le « Collectif l'Art Brut » il n'a jamais manifesté d'opinions politiques partisanes. À la fin de sa vie,
Selon Michel Thévoz, le système des beaux-arts qui fonctionnait autant par la mise en vedette que par l'intimidation, n'a pu que décourager les individus peu doués pour la vie sociale, comme le sont les auteurs de l'art brut. Pour cette raison Pascal-Désir Maisonneuve ne se considérait pas comme un artiste. Il a toutefois exposé en 1925 à la Galerie Visconti à Paris, et son exposition a fait l'objet d'une critique élogieuse dans la rubrique « vie artistique » du FigaroVoir fac-similé Le Figaro, du 21 octobre 1925. En 1949, exposé à la galerie René Drouin, comme tous les artistes de l'art brut présentés alors par Jean Dubuffet Citation|il ne l'était toujours pas Jean Dubuffet dans et les deux masques présentés par André Breton font partie des objets qui firent scandale sous la direction de Didier Ottinger, Jean Dubuffet L'Art brut préféré aux arts culturels, cité par Dictionnaire de l'objet surréaliste, Gallimard, Paris, 2013, 336 pages, ..
Le peintre cubiste André Lhote a déjà souligné l'amour de l'art chez ce personnage atypique. Lhote rapporte avoir rencontré en 1906 à Bordeaux Mais aussi que le personnage, au bas de ses sculptures, rédige des textes en vers [avec lesquels] il
Son œuvre Dans un esprit de dérision, il fabrique une quinzaine de figures représentant, avec une acerbe ironie, les grands de ce monde avec des coquillages marins de grandes dimensions qu'il a acquis aux marchés aux puces ou chez des collectionneurs particuliers. Ce sont des « caricatures », effigie de la Reine Victoria, acquise en 1948 par André Bretonla reine VictoriaMichèle Edelmann dans , Guillaume II dit le Kronprinz et son fils, Napoléon III et d'autres réunis sous le titre Les Fourbes à travers l'Europe. Mais il a aussi créé des anonymes baptisés Le Tartare, Le Chinois, Le Teuton. Font également partie de ses créations les masques : Le Diable, Le Faune et La Chouette.
Michel Thévoz commente son évolution artistique : Et, comparant la démarche de Maisonneuve à celle d'Henri Michaux, Thévoz s'interroge sur cette « polarisation physionomique . »
Ses œuvres les plus connues restent les masques de coquillages qu'il cessa d'exécuter en 1928Michèle Edelmann et Jean Dubuffet dans . On ne connait pas très bien sa production entre 1928 et 1934 date de sa mort. Même la base Joconde, citant le peintre Edmond Boissonnet, ou André Lhote, des proches de l'artiste ne donnent aucune indication sur ses travaux de mosaïste à l'exception de ceux qui lui valurent les palmes académiques et le titre de meilleur ouvrier de France, ni sur les masques qu'il aurait pu produire après 1928, mais dont on ignore tout.
En 1928, âgé de 65 ans, Pascal-Désir Maisonneuve a été nommé meilleur ouvrier de France pour l'exécution du portrait en mosaïque de Sadi Carnot, d'une tête de muse et d'un faisan doré. Selon Edmond Boissonnet, E. Boissonnet, Entretien avec le Docteur Rager, 23. 06.71, Fonds Boissonnet, base documentaire, tome 5, 4/a 1963-1975), cité sur la base Joconde..
Il est à peu près certain que comme Guillaume Pujolle, Pascal Désir a commencé à pratiquer la caricature dans un esprit de raillerie, mais surtout parce que les deux artistes
Ceci explique pourquoi, finalement, Pascal-Désir a fini par signer de son nom et inscrire de sa main le titre de la sculpture-assemblage L'Éternelle infidèle, coiffée de coraux, masque acquis par Jean Dubuffet qui en a acheté neuf pour sa collection, et qu'il a ensuite donné à la Collection de l'Art Brutl'éternelle infidèle.
En conclusion, selon Michel Thévoz, les têtes de Maisonneuve vont au-delà de la caricature et de la cocasserie, elles nous font passer du sourire à l'angoisse.
Il reste très peu de pièces de Pascal Désir, au point que certains sites de vente offrent aussi « à la manière de », composition coraux, coquillages et plâtre sur panneau de bois laqué vertà la manière de. Certains ont atteint des prix très élevés en même temps que l'Art brut était très prisé des collectionneurs. En 2003, Lucienne Peiry chiffre cet engouementl'art brut aux enchères.
Rattachement artistique