Le Sandalwood, ou Sumba (), est une race de petits chevaux originaire de l'île de Sumba, en Indonésie. Son origine reste controversée, ses ancêtres présentant vraisemblablement le type du cheval mongol. La race fait l'objet d'un important commerce durant une grande partie de son histoire, en particulier entre 1890 et 1910, avec le bois de santal dont elle prend le nom. À partir des années 1960, ce cheval est croisé avec le Pur-sang australien dans le but d'augmenter sa taille et ses performances en course. Il en résulte une nette augmentation de sa taille et une évolution dans son modèle, désormais devenu plus proche du cheval de course.
Le Sandalwood actuel est un petit cheval raffiné, doté d'une tête carrée et de crins fournis, sélectionné sur ses performances en course de galop. Il présente une grande variété de robes, bien que le bai, sous toutes ses variantes, soit le plus fréquent. Le cheptel de Sumba est régulièrement victime d'infestations par des parasites trypanosomes, provoquant le surra, une maladie mortelle.
Il existe plus de sur les îles indonésiennes, avec une bonne diffusion en dehors de Sumba, mais la race est menacée par les croisements visant à faire naître des chevaux de course. Ce cheval est impliqué dans de nombreux aspects socio-culturels de la vie des Sumbanais, depuis les dots de mariages jusqu'aux sacrifices mortuaires, en passant par les compétitions de pasola.
Dénomination vignette|gauche|Cavalier de Sumba, vers 1920-1930.|alt=Cavalier sur son cheval vu de profil. Selon la base de données DAD-IS de la FAO, l'indonésien « Sandelwood » est le nom international le plus commun pour désigner cette race de chevaux. On trouve aussi les noms kuda Sandel (kuda signifiant « cheval ») et Soemba, dans cette même langue. Les chercheurs indonésiens Melkianus D. S. Randu (département de l'élevage de l'École polytechnique agricole de la principauté de Kupang) et B. Hartono (Faculté d'élevage de l'Université de Brawijaya à Malang) utilisent à équivalence les noms Sandelwood et kuda Sandel.
En français, cette race est le plus souvent référencée sous le nom de « Sandalwood » (notamment dans les traductions des auteurs italiens Maurizio Bongianni et Gianni Ravazzi, celle de l'autrice tchèque Helena Kholová et dans le guide Delachaux). En anglais, la race s'appelle Sandel, Sandalwood ou Sumbanese ; Sandehootpaard est le nom néerlandais.
Cette race de chevaux est nommée d'après le bois de santal (Santalum album), qui forme le produit d'exportation majeur des petites îles de la Sonde, et de l'Indonésie d'une manière plus générale. Il semble que les commerçants de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (), qui s'intéressaient quasi-exclusivement au bois de santal, aient ainsi nommé ces chevaux par analogie.
Sources et définition vignette|Cavaliers de Sumba lors d'une compétition de pasola.|alt=Cavaliers face à face se lançant des lances épointées.
Les chevaux d'Asie du Sud-Est sont méconnus. La race Sandalwood fait l'objet de peu d'études. Le prisme européen, avec sa recherche d'exotisme, a influencé la vision de l'histoire du cheval.. D'après les chercheurs indonésiens Cynthia Dewi Gaina et Nancy D. F. K. Foeh (université de Nusa Cendana, Kupang), ainsi que d'après Randu et Hartono, la race du Sandelwood ou kuda Sumba n'existe, par définition, que sur l'île de Sumba. Le décret du ministre de l'Agriculture de la république d'Indonésie numéro 426 / Kpts / SR.120 / 3/2014 décrit le « Sandelwood » ou « Kuda Sandel » comme une ressource génétique parmi d'autres chevaux locaux indonésiens, avec une distribution sur l'île de Sumba.. Cette race est fréquemment confondue, à tort selon Gaina et Foeh, avec les petits chevaux issus de l'île voisine de Sumbawa.
Le dictionnaire de référence de CAB International (Mason's World Dictionary of Livestock Breeds, Types and Varieties, édition de 2020), classe, comme la base de données DAD-IS, le « Sandalwood » et le « Sumba » comme étant une seule et même race de chevaux. Trois auteurs anglophones, le journaliste britannique Elwyn Hartley Edwards., la journaliste équestre britannique Caroline Silver (1984), et l'éleveuse Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma, 1995, réédition en 2007) traitent le Sandalwood et le Sumba comme deux races de chevaux séparées. L'encyclopédie francophone Delachaux, qui prend une partie de ses sources chez Hendricks, commet la même erreur.
En revanche, l'autrice tchèque Helena Kholová (1997), ainsi que les auteurs italiens Maurizio Bongianni (1987) et Gianni Ravazzi (2010), accordent un article au « Sandalwood », mais ne traitent pas d'une race nommée « Sumba ».
En 2008, les historiens Greg Bankoff, Sandra Swart, Peter Boomgaard, William Clarence-Smith, Bernice de Jong Boers et Dhiravat na Pombejra co-publient un ouvrage de référence consacré à l'élevage et au commerce du cheval en Indonésie, Breeds of Empire ; il met en relief la méconnaissance de l'histoire de ces chevaux dans le monde occidental.. En 2018, la caractérisation des chevaux de l'île de Sumba restait encore très peu claire, de sorte qu'une première étude (Gaina et Foeh, 2018) a été menée pour collecter des informations relatives au modèle et à la biologie de ces chevaux.
Histoire vignette|alt=Chevaux broutant dans un paysage d'herbe de savane et de reliefs.|Chevaux de Sumba dans la région de Waingapu.
Origines Les origines exactes des chevaux locaux de Sumba sont discutées. D'après les données de DAD-IS, le Sandalwood est une race localement adaptée, qui n'est donc pas native des îles où elle se trouve, puisqu'elle descendrait d'un mélange entre des chevaux de type Tarpan venus du continent asiatique, et des chevaux mongols de la cavalerie de Kubilai Khan, importés à la fin du dans le cadre d'une expédition punitive contre l'île de Java. Bonnie Lou Hendricks et Helena Kholová décrivent au contraire cette race comme native des îles de Sumba et Sumbawa. Il est difficile de savoir quand son élevage a précisément débuté, dans la mesure où les plus anciennes sources écrites à ce sujet (datées du ) sont rédigées par des commerçants portugais, néerlandais et britanniques.
La s'intéresse presque exclusivement à l'île de Sumba. Les contacts entre les habitants de l'île de Sumba et les marchands européens restent très limités jusqu'au début du . Les échanges commerciaux concernent le bois de santal, les chevaux, et des objets métalliques.
Une idée répandue, notamment chez Randu et Hartono, Hendricks, Moira., Swinney et Ravazzi, veut que ces chevaux aient des origines arabes. Le naufrage d'un navire en partance vers l'Australie, chargé d'étalons arabes, est évoqué pour créditer cette origine supposée. D'autres sources estiment que des chevaux arabes ont été apportés par les Hollandais voilà plusieurs centaines d'années.. Pour Helena Kholová, . Le guide Delachaux indique des origines mongoles et chinoises pour le « Sumba », et des origines arabes pour le Sandalwood.
Charles Darwin cite les chevaux indonésiens en exemple de variation d'une même espèce animale domestique dans son ouvrage de référence De la variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication (1876)..
Commerce et exportations vignette|gauche|Transport de chevaux et de bétail par bateau à Sumba, entre 1900 et 1940.|alt=Bateau et cavaliers avec du bétail.
La littérature est beaucoup plus prolifique pour ce qui concerne les exportations de chevaux depuis l'île de Sumba, cependant, les sources rassemblées par Bankoff et Swart ne font pas mention de ce commerce avant 1830. En 1890, un écrivain témoigne d'une fréquence importante de ce commerce depuis 1840, sous l'impulsion des aristocrates locaux. Son âge d'or se situe entre les années 1890 et 1910. Entre 1891 et 1900, d'après Bankoff et Swart, près de sont exportés depuis l'île.
Ce commerce de chevaux depuis Sumba a toujours été en rude concurrence avec les éleveurs de l'île voisine de Sumbawa, qui exportent un animal très similaire. Il existe aussi une concurrence des éleveurs du Timor et de Savu, mais les chevaux de Sumba et Sumbawa ont la meilleure réputation. Ces îles ont en commun une population humaine réduite, un climat sec, et de vastes herbages de savane, formant un terrain idéal pour l'élevage équin.
Vers 1870, des marchands arabes construisent des habitations temporaires sur Sumba, ainsi que des enclos pour les chevaux. W. Doherty, qui visite Sumba en 1891 pour y étudier les papillons, y décrit une pratique de combats d'étalons en tant que divertissement typique.. En 1900, un document consacré au commerce des États-Unis avec d'autres pays décrit l' présent sur l'île de Java..
Les Hollandais colonisent l'île de Sumba au début du , et y élèvent des animaux qu'ils revendent comme chevaux de cavalerie en Inde, afin de répondre à la demande militaire. Ces animaux sont sélectionnés dans l'Est de l'île de Sumba, ce qui pousse, entre autres, le clan dirigeant de Kapunduku, Ana Matjua, à quitter la capitale située au sommet de la colline et à organiser le petit village de Kapunduku.. En 1944, les îles de Sumba et Sumbawa sont considérées comme les centres d'élevage équin des Indes orientales néerlandaises..
Description vignette|Deux Soembanezen sur leurs poneys Sandalwood, montés en bride sans mors.|alt=Deux cavaliers sur les chevaux, vus de profil. Le Sandalwood appartient au groupe des poneys d'Asie du Sud-Est ; il est proche des poneys de Java, de Sumatra et de Timor. D'après les chercheurs indonésiens Gaina et Foeh, sa taille inférieure à à l'épaule tendrait à le faire catégoriser comme un poney, malgré les nombreux croisements récents de la race avec le cheval Pur-sang, doté d'une plus grande stature. Vini Nur Alfiani et collègues (Fakultas Peternakan Universitas Padjadjaran) le qualifient de « très petit cheval » (kuda sangat kecil) ou de « poney » (kuda poni).
Taille et poids
La taille moyenne des chevaux de Sumba a augmenté au fil du temps. En 1930, l'ouvrage du département d'étude des Indes orientales cite une fourchette de à , précisant que les chevaux qui dépassent cette taille ont été croisés avec des animaux d'importation.. D'après la base de données DAD-IS, les mâles toisent en moyenne , et les femelles , pour un poids médian respectif de 246 et 209 kg. Gianni Ravazzi (2010), Maurizio Bongianni (1987) et Helena Kholová (1997) citent une taille de . Caroline Silver, Hendricks et le guide Delachaux attribuent une taille de au type le plus primitif de la race. La journaliste équestre londonienne Nicola Jane Swinney cite une taille de pour le Sandalwood, et de pour le Sumba. Le guide Delachaux annonce une fourchette de chez le Sandalwood.
D'après l'encyclopédie de CAB International (2016), qui cite une fourchette de à au garrot, la taille moyenne a nettement augmenté durant la première décennie du .
Différentes mesures de référence de chevaux de course sumbanais ont été prises. Celles d'Alfiani et collègues, en 2016, donnent une hauteur moyenne à l'épaule de , chez 33 chevaux mâles âgés de 4 à 7 ans, participant aux courses traditionnelles dans le kabupaten de Sumba oriental. En 2018, sur la base d'un cheptel de 30 chevaux représentatifs utilisés pour les courses, l'équipe de Gaina et collègues trouve une hauteur moyenne de chez les chevaux adultes, pour une longueur de corps moyenne de . La largeur de poitrine moyenne est de , la hauteur moyenne des hanches est de , enfin la longueur d'épaule moyenne de .
Morphologie vignette|gauche|Groupe de chevaux de Sumba montés en bride sans mors, en 1949.|alt=Cavaliers vus de profil.