Jean-Auguste-Dominique Ingres (), né le à Montauban et mort le à Paris, est un peintre français également excellent musicien — il fut second violon auprès de l'Orchestre de Toulouse — ce qui l'amena à se lier d'amitié avec les plus grands violonistes de son temps, Niccolò Paganini et Pierre Baillot..
Après un premier apprentissage à Montauban, sa ville natale, il devient à Paris élève de Jacques-Louis David. Lauréat en 1801 du Grand prix de Rome en peinture, il se rend en Italie en 1806 et y reste jusqu'en 1824. À son retour à Paris, il connaît une reconnaissance officielle, apparaissant comme le champion de la doctrine du beau et de la primauté du dessin sur la couleur, en opposition successive aux courants romantiques et réalistes. Nommé directeur de l'Académie de France à Rome, il y retourne de 1835 à 1840.
Ingres a d'abord et à plusieurs étapes de sa carrière vécu de ses portraits, peints ou dessinés. Réputé peu sociable, il fut souvent mal traité par la critique. Les tenants d'un style plus libre et d'une exécution plus rapide condamnaient sa manière tout comme les académiques, qui lui reprochaient notamment les déformations expressives qu'il faisait subir aux corps dans ses nus.
Biographie Enfance et formation
Jean-Auguste-Dominique Ingres est né à Montauban, Tarn-et-Garonne, le Dossier Légion d'honneur.. Il est l'ainé des cinq enfants d'Anne Moulet et du peintre et sculpteur Jean-Marie-Joseph Ingres (1755-1814), qui favorise ses penchants artistiques, lui inculque les rudiments de son art et lui fait apprendre le violon.
Il entre en 1791 à l’Académie royale de Toulouse où il est formé par le peintre historique Jean Suau (1755-1841) et suit les cours du peintre Joseph Roques (1757-1847) et du sculpteur Jean-Pierre Vigan (1754-1829)Jean-Pierre Vigan (1754-1829) sculpteur toulousain, lui même élève de François Lucas (1736-1813). Durant cette période, qu'il consacre au dessin, son excellente maîtrise du violon lui permet de financer son existence en qualité de second violon de l’Orchestre du Capitole.
C'est en compagnie de Guillaume Roques (1778-1848), fils de son maître Roques, qu'il se rend à Paris, en 1796, pour étudier sous la direction de Jacques-Louis David, qui lui permettra de s’éloigner de son néo-classicisme en recherchant un idéal de beauté fondé sur de difficiles harmonies de lignes et de couleurs. Il peint le portrait d'amis ainsi que de l'astronome et explorateur Pierre-François Bernier, dont il a fait la connaissance à Montauban. Il fréquente le peintre Anne-Louis Girodet (1767-1824) dans l'ancien couvent des Capucines où il a son atelier, et se lie d'amitié avec le sculpteur florentin Lorenzo Bartolini (1777-1850).
Deuxième finaliste du prix de Rome en 1800 grâce à Scipion et le fils d'Antiochus, Ingres remporte le prix de Rome en peinture d'histoire à sa seconde tentative en 1801 avec Les ambassadeurs d'Agamemnon (Beaux-Arts de Paris), mais il ne peut s'y rendre immédiatement, en raison des évènements politiques sous le consulat et du manque de financement. Il s'installe avec d'autres élèves de David à l'ancien couvent des Capucines où il peint principalement des portraits, entre autres celui de son père, aujourd'hui au musée Ingres-Bourdelle., et son Autoportrait à vingt-quatre ans (1804, Chantilly, musée Condé), caractérisés par des fonds bruns très davidiens, des poses des trois quarts et des regards perçants tournés vers le spectateur. Il dessine d'après des œuvres du Louvre, principalement des statues antiques.
Premier séjour à Rome (1806-1820)
thumb|left|upright|Portrait en médaillon de Julie Forestier, 1806, dessiné par son fiancé. thumb|left|upright|Madeleine Chapelle enceinte, 1814Musée Ingres-Bourdelle. thumb|left|upright|Portrait de Madame Destouches 1816Musée Musée du Louvre. Ingres n'expose que des portraits au Salon de 1806 (Autoportrait à l'âge de vingt-quatre ans, portraits de et de sa fille Caroline, sur le trône impérial), que la critique juge « secs » et « gothiques ».
En , il se fiance avec l'artiste peintre française Julie Forestier, mais sa relation ne résiste pas à son absence après son départ pour l'Académie de France à Rome en septembre.
En 1806, Ingres découvre à Rome, Raphaël, son « Dieu » qu'il ne connaissait que par de médiocres gravures et qui l'inspirera sa vie durant, et le Quattrocento, qui marquent définitivement son style. Il visite fébrilement musées, palais et églises.
Avec une certaine lenteur qui lui est reprochée, il envoie les productions exigées de tout pensionnaire, dont La Baigneuse Valpinçon et un autre nu alangui très érotique, disparu, surnommé La Dormeuse de Naples à la suite de son achat rapide par Joachim Murat. Seul son Œdipe explique l'énigme du sphinx paraît respecter les canons esthétiques de l'époque.
Ces années de travail sont les plus fécondes avec les nus, les paysages, les dessins, les portraits, agrémentés en arrière-plan de paysages romains, et les compositions historiques de format plus modeste retraçant des épisodes de la vie de personnages célèbres du Moyen Âge et de la Renaissance. Les portraits dessinés constituent l'essentiel de ses revenus. Ses modèles sont principalement de riches voyageurs effectuant le Grand Tour de l'Europe.
Il est en pleine possession de son art et son séjour à Rome est aussi l'occasion de tisser des liens amicaux avec les grands commis de l'administration impériale : le comte de Tournon et sa mère, Edme Bochet et sa sœur, Cécile Bochet, épouse Henry Panckoucke, Hippolyte-François Devillers, le baron de Montbreton de Norvins. En France, cependant, ses toiles peintes en Italie ne plaisent pas. En 1810, à la fin de son séjour à la Villa Médicis, il décide donc de rester à Rome et de travailler pour l'administration impériale et la colonie française de Rome. Il s'installe près de l'église de la Trinité-des-Monts, où il peint Romulus, vainqueur d'Acron (1812) et Le Songe d'Ossian destinés au palais du Quirinal. Il peint encore Virgile lisant l'Énéide pour la Villa Aldobrandini du général Miollis.
Il se marie en 1813 avec Madeleine Chapelle (1782-1849), une jeune modiste venant de Guéret Cité par . . En 1814, Madeleine tombe enceinte mais l'enfant, un garçon, meurt à la naissance. Au total, Ingres réalisa dix portraits de sa femme. Mais le plus célèbre tableau sur lequel elle apparaît est Le Bain turc. Madeleine pose pour l'odalisque aux bras levés qui s'étire au premier plan. Le tableau a été réalisé en 1862, après la mort de Madeleine. Elle fut peinte d'après un croquis qu'Ingres avait réalisé en 1818. En 1850, il va à Châlons chez sa belle-mère pour connaître les lieux où sa femme a vécu, et y rencontre le notaire Louis Changy. Il semble y être retourné l'année suivante.
Il séjourne à Naples en 1814 afin d'effectuer un portrait de Caroline Murat.
À la chute de en 1815, il perd sa clientèle ; des difficultés économiques et familiales l’entraînent dans une période financièrement difficile pendant laquelle il peint, avec acharnement, tout ce qu’on lui commande, notamment des portraits, ce qu'il déteste mais réussit à merveille, ainsi que de petits tableaux historiques.
Il sollicite ses amitiés romaines et ses bonnes relations avec les Panckoucke et les Bochet lui présentent Charles Marcotte d'Argenteuil, ami de Jacques-Édouard Gatteaux, ami proche d'Ingres. Très vite, Charles Marcotte d'Argenteuil devient un proche du peintre, jusqu'à devenir un de ses principaux mécènes jusqu'à son décès en 1864. Après la mort de Madeleine, ce dernier ira même jusqu'à lui présenter sa nièce, Delphine Ramel, qu'Ingres épousera le . De ce mariage, viendra la décision d'acheter la maison de Meung-sur-Loire avec son nouveau beau-frère, Jean-François Guille, notaire et conseiller général du Loiret, où il se retirera tous les étés pour bénéficier de la douceur et de la lumière de la Loire.
Nombre de membres de la famille Marcotte seront de fidèles acheteurs, comme Philippe Marcotte de Quivières et ses frères Marcotte de Sainte-Marie et Marcotte de Genlis, le baron Charles Athanase Walckenaer, Alexandre Legentil et le baron Hubert Rohault de Fleury (tous deux initiateurs du projet de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre), Cécile Bochet, devenue madame Henry Panckoucke et baronne Morande-Forgeot, et le clan Ramel.
Présentés au Salon de 1819, sa Grande Odalisque et Roger et Angélique y sont mal reçus.
Séjour à Florence (1820-1824) Ses revenus diminuent encore du fait de la concurrence de Xavier Fabre dans le domaine du portrait dessiné. En 1820, il quitte Rome pour Florence où il réside jusqu'en 1824., appelé par son ami Lorenzo Bartolini, qu'il a connu dans l'atelier de David et dont il partage l'atelier malgré une tension permanente entre les deux hommes. Il y étudie Raphaël, les Anciens et les Grecs. Il obtient alors la commande du Vœu de Louis XIII pour la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Montauban, grâce à son ami avocat à Montauban, Jean-François Gilibert, revenu au pays.
Reconnaissance officielle (1824-1835) Il trouve finalement le succès en France avec son Vœu de Louis XIII exposé au Salon de 1824, où l'influence de Raphaël semble évidente. Il apparait alors comme le tenant du classicisme face aux Massacres de Scio de Delacroix, exposés au même salon. Il reçoit à partir de 1824, honneurs et commandes officielles : il reçoit la Légion d'honneur, est reçu à l'Institut de France et accueille de nombreux élèves dans son atelier. Il accepte en 1829 de devenir professeur à l'École des Beaux-Arts, mais entend désormais se consacrer principalement à de grandes commandes.
Homère déifié est l'une de ses premières commandes d'État, destinée au plafond d'une des nouvelles salles ouverte au Louvre et présenté au Salon de 1827.
Il peint de moins en moins de portraits dont il a horreur, mais en 1833, il expose le Portrait de Mme Duvaucey (1807) et le Portrait de Monsieur Bertin (1832) au Salon, qui surprend tout le monde. L'année suivante, le duc d'Orléans lui commande Stratonice.
Second séjour romain (1835-1841) L'accueil mitigé de la critique et du public, de sa dernière peinture d'histoire Le Martyre de saint Symphorien exposée au Salon de 1834, l'affecte particulièrement. Il décide de ne plus exposer au Salon et repart à Rome fin novembre. Il accepte la direction de l'Académie de France à Rome, où il reste jusqu'en 1841, et où il est considéré comme ayant été un bon directeur.
En 1839, le prince royal acquiert Œdipe explique l'énigme du sphinx. La réception enthousiaste de Stratonice par le prince royal le conduit à commander son portrait avant même le retour d'Ingres en France.
Paris (1841-1867) vignette|redresse|Le Bain turc (1862), huile sur toile, , Paris, musée du Louvre.De retour à Paris, il peint à nouveau des portraits et reçoit à nouveau des commandes de grandes œuvres décoratives .
Après la mort du prince royal le , Louis-Philippe lui commande les cartons des vitraux de l'Église Notre-Dame-de-Compassion de Paris et Jésus parmi les docteurs pour la chapelle privée du château de Bizy (Montauban, musée Ingres Bourdelle). Deux ans plus tard, il réalise les cartons des vitraux du transept de la chapelle royale de Dreux.
En 1843, il accepte l'invitation du duc Honoré Théodoric d'Albert de Luynes de venir s'installer pendant plusieurs mois par an pour peindre, en vis à vis, deux immenses compositions – L'Âge d'Or et L'Âge de Fer – sur les murs de la salle de bal de son château de Dampierre. Au bout de cinq ans, découragé à la suite de la mort de son épouse en 1849, il y renonce, laissant L'Âge d'Or inachevé, et sans avoir commencé L'Âge de Fer. Quand il est à Paris, il se consacre principalement au portrait, souvent avec l'aide de collaborateurs.
En 1846, il expose onze œuvres à l'exposition des Artistes au Bazar Bonne-Nouvelle, dont Stratonice, Œdipe explique l'énigme du sphinx qui appartient à la duchesse d'Orléans, le Portrait de la vicomtesse d'Haussonville et Paolo et Francesca, propriété de Lancelot-Théodore Turpin de Crissé.