vignette|Fats Domino en 1977. Antoine Dominique Domino Jr., dit Fats Domino, né le à La Nouvelle-Orléans et mort le . à Harvey (Louisiane), est un pianiste, chanteur, compositeur, et chef d'orchestre américain de rhythm and blues, l'un des pionniers du rock 'n' roll, auteur du rock Ain't That a Shame et le plus célèbre interprète de la ballade de 1940 Blueberry Hill.
Grande figure du jump blues il est un des personnages clés de la transition entre le rhythm and blues et le rock 'n' roll. Et surtout un des pionniers de la soul music de la Nouvelle-Orléans. Il illustre parfaitement le phénomène du crossover où des produits musicaux conçus par des Noirs, pour des Noirs, deviennent des succès de l'univers blanc. En 2006, il enregistre Alive And Kickin pour venir en aide aux musiciens néo-orléanais sinistrés par l'ouragan Katrina..
Biographie Domino est le nom d'une ancienne famille créole francophone venue travailler dans les plantations de sucre en Louisiane. Le père de Fats Domino, Antoine « Calice » Domino, épouse Donatile Gros. Ils demeurent pauvrement dans une des 27 ancienne cases d'esclaves de la plantation Webre-Steib (détachée de la Plantation Laura), située à quelques kilomètres de la frontière du Mississippi. Ils ont huit enfants qu'ils élèvent en anglais bien que leur langue d'origine soit le créole louisianais. Pour ces créoles catholiques, après la messe du dimanche, viennent la fête et la danse. La famille garde en effet ses valeurs créoles rurales : travailler dur, se faire plaisir, être une famille soudée.. Durant le milieu des années 1920, le frère de Calice, Gustave, prend possession de terres dans la neuvième circonscription de la Nouvelle-Orléans (), où la famille de Calice déménage dans un duplex. Le , le dernier fils de Calice naît à La Nouvelle-Orléans : Antoine Dominique Domino Junior..
Enfance Antoine est le benjamin de la famille. Très timide et solitaire, il est débrouillard et déterminé. Son sobriquet est « 'Tit frère ».. Dès son plus jeune âge, Antoine adore la musique. La famille possède un vieux gramophone qu'il écoute toujours en gardant le rythme, claquant des doigts sur diverses chansons du genre blues et jazz.. Lorsqu'Antoine atteint dix ans, sa famille hérite d'un piano tellement vieux que la rouille apparaît à travers l'ivoire des touches. Son beau-frère, Harrison Verrett (joueur de banjo dans des groupes de jazz locaux), qui fait à la fois figure de père et de mentor pour Antoine, lui montre les accords de base en inscrivant les notes sur les touches du piano pour qu'il puisse bien les apprendre. En très peu de temps, Antoine ne veut plus jouer que du piano. Ses parents, qui l'écoutent pratiquer pendant des heures tous les jours, installent le piano dans le garage. C'est là qu'il apprend les chansons qu'il entend à la radio.. Sauf en musique, Antoine a des difficultés à l'école. À onze ans, en quatrième année, il abandonne les études pour travailler dans une manufacture..
Découverte d'un virtuose
À part quelques leçons de musique données par Verrett, ses connaissances musicales sont acquises en écoutant le juke-box qui joue du blues et du boogie d'artistes comme Amos Milburn, Charles Brown, Louis Jordan, Pete Johnson, et Meade Lux Lewis.. Dès l'âge de quatorze ans, il fait déjà les circuits des boîtes à chanson autour de La Nouvelle-Orléans. Il rencontre, à cette époque, Robert « Buddy » Hagans, un saxophoniste amateur qui devient son partenaire musical pour les vingt-cinq années suivantes. À ce duo, se joignent le batteur Victor Leonard et le guitariste Rupert Robertson. Sa popularité augmente grâce à son interprétation de la chanson Swanee River Boogie d'Albert Ammons, une reprise du classique de Stephen Foster Old Folks at Home. Les « fans » entrent dans les clubs juste pour entendre cette chanson. Le , Antoine et Buddy se présentent au bureau du syndicat pour musiciens noirs et payent pour leurs cartes de membres.. La carte était nécessaire afin de pouvoir jouer hors de la ville dans la boîte de nuit « Robin Hood », où Paul Gayten et Annie Laurie ont joué avec le bassiste bien-aimé, Billy Diamond. Après le spectacle d'Antoine, suivi d'applaudissements et de cris d'approbation par l'audience, Billy Diamond le présente sous le nom de « Fats » Domino, le comparant au célèbre Fats Waller. Cette première référence à sa taille imposante devient son « trademark ». Bien qu'atteint par ce sobriquet, Antoine finit par le garder car c'est un terme chic et populaire durant cette époque.. Sa carrière perce vraiment dans la « musique biz » lorsqu'il fait des tournées avec le groupe de Billy Diamond. À l'âge de 21 ans, Fats attire la foule au club Hideaway où il a des représentations trois soirs par semaine avec son propre groupe.. Le point tournant de sa carrière arrive lorsqu'un agent d'Imperial Records, Dave Bartholomew, trompettiste-artiste-compositeur, à la recherche de talents, vient voir son spectacle dans le club. Il a entendu parler de lui. Fats signe un contrat avec Imperial Records en . Son gérant est maintenant Lew Chudd, le propriétaire d'Imperial Records.
Carrière musicale 1949-1960
Dave Bartholomew est devenu le principal collaborateur de Fats. Ensemble, ils composent, transforment et arrangent des morceaux pour que Fats puisse ensuite les enregistrer. La première chanson transformée est le classique The Junker's Blues que Chudd trouvait inapproprié comme chanson pour le grand public. Ils changent les paroles, modifient la mélodie et l'intitulent The Fat Man.. Cette version considérée radicale par sa cadence et sa distorsion émotionnelle devient la base de la musique populaire appelée rock 'n' roll.. Lew Chudd peut faire jouer cette chanson sur les stations de radio pop. Après ce grand succès, il obtient sa première tournée aux alentours de la Louisiane. Sa chanson Every Night, avec ses fameux triolets lui donne un contrat pour jouer dans le club Desire durant l'année 1950. À son départ du club, Desire perd sa popularité.. Fats commence sa deuxième tournée avec les membres des groupes de Bartholomew à la mi-novembre de cette même année.
En 1951, Fats Domino signe un nouveau contrat de quatre ans avec Imperial Records. Quant à Bartholomew, il quitte son poste, disant qu'il est trop difficile de composer et de créer des arrangements musicaux avec Fats Domino, mais il ne s'éloigne pas longtemps.. Même sans Bartholomew, Fats évolue toujours. Il apparaît dans son premier film où il fait une annonce publicitaire pour Dr Daddy-o's Jax Beer. Son grand sourire invitant de cette campagne fait partie de son succès.. Ses musiciens, pour une nouvelle tournée, sont : Buddy Hagans au saxophone, Billy Diamond, bassiste et gérant de la tournée, Cornelius « Tenoo » Coleman à la batterie, Wendell Duconge, au saxophone alto et Walter « Papoose » Nelson, le guitariste. John « Little Sonny » Jones est son chanteur d'ouverture.. Durant les quarante ans de sa carrière, certains musiciens partent ou lâchent, se faisant remplacer, revenant parfois. Mais en grande majorité durant le paroxysme de sa renommée, c'est ce groupe de musiciens qui l'accompagne.
En 1952, Fats enregistre ses plus grands succès. Parmi eux figure la chanson Goin' Home, devenue son premier au palmarès rhythm and blues (r&b) et au palmarès pop en juin. Il présente son plus grand spectacle dans la salle de bal Pentagon où 700 admirateurs viennent l'écouter.. Le , Fats Domino est nommé l'artiste r&b ayant le plus de ventes au palmarès juke-box..
En 1955, Bartholomew revient. Il est admis que Fats Domino a souvent l'idée initiale pour les nouvelles chansons, mais que tous les arrangements viennent de lui. Il critique jalousement Fats Domino, ses mélodies ou ses paroles trop simples comme son hit Ain't That a Shame, qu'il écrit et enregistre cette année-là. Cette chanson va devenir son premier grand succès à l'échelle nationale, ainsi que I'm Walkin' et All by Myself. De son côté, Domino estime que les chansons de Bartholomew, telles que Blue Monday et I Hear You Knocking, sont trop élaborées.. Néanmoins, chanté par Fats Domino, Blue Monday est reçu comme un mélange des traditions du « barrelhouse blues » et du « street rhythm ».. Les critiques jugent ce duo comme la première grande et superbe équipe de compositeurs rock 'n' roll. Atlantic Records, à son tour, encourage leurs artistes, tels que Screamin' Jay Hawkins, Bobby Darin et Ray Charles à tenter d'imiter le style de Fats Domino.. Le , Fats Domino devient le deuxième artiste r&b à gagner le « Billboard Triple Crown Award » avec le plus grand nombre de ventes en r&b, ainsi qu'aux palmarès juke-box et « Disc Jockey ». En septembre, il enregistre une autre chanson, Poor Me, qui devient au classement r&b.. Sa musique devient de plus en plus populaire parmi les blancs aussi. vignette|redresse|Fats Domino chantant Blueberry Hill lors du Ed Sullivan Show (1956).
Durant la deuxième moitié de la décennie, avec la remontée des autres grands musiciens rock, la carrière de Fats ralentit. En , Fats enregistre, sous l'étiquette Master Records, une nouvelle version modifiée du vieux classique Blueberry Hill, une chanson Tin Pan Alley, écrite originellement pour Gene Autry en 1940 pour son film . Elle devient la chanson de son répertoire la plus célèbre, même aujourd'hui.. Elvis Presley, en outre, donne son soutien à Fats en déclarant son admiration pour le talent du pianiste. Ce lien avec Elvis contribue à sa popularité. En , après 22 semaines, la chanson School Days de Chuck Berry, vole la première position au palmarès r&b jusqu'alors monopolisée par Fats Domino.. À l'automne 1957, sa tournée s'étoffe pour faire des spectacles dans le nord du pays. À New York, il est intimidé par le fait que les spectateurs lancent des œufs aux artistes qu'ils n'aiment pas. Cette tournée lui permet de jouer aux côtés d'autres grands musiciens du rock 'n' roll (r&r) comme Buddy Holly, the Drifters, the Everly Brothers et plusieurs autres en spectacle et dans des émissions importantes de l'époque comme celles d'Alan Freed's et de Dick Clark's American Bandstand. Cette année-là, Domino amasse de sa tournée de la côte Pacifique dont à son profit. Il gagne aussi cinq mille dollars pour son rôle dans le film The Big Beat.. En 1958, Fats enregistre vingt autres chansons qui deviennent des succès et en 1959, six autres..
1960-1979 vignette|redresse|Fats Domino (1962). Au début des années 1960, on ne compte plus guère aux États-Unis, et avant la British Invasion, d'artistes de rock 'n' roll de grande envergure autres que Fats Domino et ses disciples tels que Lloyd Price, Wilbert Harrison, Phil Phillips et Frankie Ford. Buddy Holly et Eddie Cochran sont morts, Bo Diddley est ruiné, Gene Vincent brisé. Après son passage à l'armée, Elvis Presley s'est considérablement adouci, Little Richard étudie la théologie, Jerry Lee Lewis fait scandale et Chuck Berry se fait emprisonner. Alors que Domino a survécu à ses confrères musicaux contemporains du r&b, il est maintenant seul parmi les grands du rock.. À l'âge de 32 ans, après une décennie chargée de tournées, il est fatigué. Sa difficulté à se convaincre de continuer ce mode de vie (voyager et faire la fête) transparaissent de manière évidente dans les thèmes de chansons comme Walking to New Orleans et Before I Grow too Old.. Cette même année, Roy Montrell remplace le guitariste Papoose Nelson, mort d'une overdose. Montrell devient le nouvel agent de tournée du groupe et restera parmi l'entourage de Fats pendant dix-sept ans.. En , il réalise sa dernière session en studio avec la compagnie Imperial Records. En 1964, il signe un nouveau contrat avec ABC – Paramount Records..