Le Grand réseau sud (GRS) est un réseau de galeries souterraines situé sous les 14, 15, 5 et 6 arrondissements de Paris. C'est à l'origine une multitude d'anciennes carrières, consolidées par des piliers, remblayées, puis reliées entre elles par des galeries souvent maçonnées par les ouvriers de l'Inspection des carrières au .

L'ensemble de ces galeries mesure plus de de longLes catacombes en quelques chiffres : « Le groupe des V, VI, XIV et XV arrondissements, le plus considérable de tous au point de vue de l'étendue et du nombre de galeries. Celles-ci ont, sous les propriétés de la Ville et de l'État (rues et édifices), un développement de , à savoir : dans le V ; dans le VI ; dans le XIV ; dans le XV. »., soit les deux tiers des galeries de carrières encore présentes sous la capitale. Certaines de ces parties ont été aménagées pour des usages très divers, allant du bunker à la brasserie en passant par l'abri antiaérien ou le cellier.

Ce réseau est aujourd'hui fréquenté notamment par des cataphiles qui bravent l'interdiction de s'y rendre sans autorisation.

Géologie

Les bancs francs, qui représentent les bancs les plus souvent visibles lorsque l'on visite le GRS, se subdivisent en six sortes : Le banc de laine, ou cliquart, ou banc des galets. D'une faible épaisseur, il contient peu de fossiles. Sa consistance varie selon les cas et ressemble à celle des lambourdes lorsqu'elle est tendre, du liais lorsqu'elle est dure. Le grignard, ou coquiller. Très riche en fossiles, ce banc est peu exploitable, car il est trop constellé de coquillages pour donner des blocs réellement solides. Le souchet. Très tendre, peu compact, il va donner son nom au souchevage, une technique d'extraction de la pierre. En effet, pour commencer à exploiter les bancs situés juste au-dessus, les carriers extraient le souchet de manière à créer un espace vide horizontal, puis creusent des fentes sur le côté du bloc à extraire (ce que l'on appelle le défermage). Contenant quelquefois des galets et des fossiles, le souchet se délite facilement. Le banc blanc, ou banc royal, ou liais franc, ou remise. D'un grain fin et serré, il donne des blocs de bonne qualité, qui se vendront à prix d'or pendant les chantiers du et du . Le banc franc, ou haut banc, ou banc royal, ou rustique. Il ressemble au banc blanc, et donne lui aussi des blocs de qualité, mais on l'en distingue par le fait qu'il contient beaucoup moins de fossiles. La roche, ou ciel de carrière. Cette couche, très dure et très coquillière, est souvent laissée en place pour servir de toit à la carrière (que l'on appelle ciel de carrière)Pour une explication complète de la formation des couches géologiques, des origines de la Terre à celles de Paris, voir Gaia sur explographies.com, avec de nombreux schémas explicatifs..

Ce que l'on peut voir d'une galerie à l'autre, en termes de géologie, varie souvent dans le réseau. Parfois, d'un endroit à l'autre de la même galerie, la couche visible varie. Ainsi, la galerie située sous la rue Saint-Jacques, qui monte légèrement en hauteur lorsque l'on va du sud vers le nord, s'enfonce dans les marnes. Celles-ci ne sont pas visibles dans la partie sud de la galerie, mais composent sa partie supérieure lorsqu'elle longe les carrières des Capucins et du Val-de-Grâce, puis en constituent la totalité un peu avant la rue Royer-CollardVoir édition géologique du plan Nexus..

Autre exemple : au Carrefour des Morts, les galeries du niveau inférieur ne présentent pas la même physiologie que celles du niveau supérieur. Au lieu de bancs francs, on y trouve plutôt du banc royal, dont la masse homogène et striée se distingue par sa blancheur. Il est également possible de remarquer, dans ce secteur du GRS, que les galeries du niveau inférieur sont parfaitement sèches alors que celles situées juste au-dessus sont parfois inondées. Pour comprendre ce phénomène, il suffit de se rappeler que le banc vert (voir schéma ci-contre), qui sépare les deux niveaux, est un banc argilifère, ce qui le rend étanche et provoque une rétention d'eau dans les galeries du niveau supérieur.

Histoire Antiquité et Moyen Âge

Le GRS n'existe en tant que réseau unifié que depuis le . Auparavant, il n'existait que de petits réseaux séparés. L'histoire de ces réseaux est très ancienne : dès le , les Romains importent avec eux leurs coutumes de construction et exploitent les bancs de pierre à bâtir qui affleurent au sol, dans ce que l'on appelle alors la vallée de la Bièvre. Ainsi en fut-il de la carrière qui devint La Fosse aux Lions. Ils exploitent le calcaire, une pierre au grain fin, idéale pour les constructions. Rapidement, les fosses d'extraction prennent une place de plus en plus grande et deviennent gênantes pour les espaces agricoles et habitables, c'est pourquoi on commence à creuser des galeries souterraines, desquelles on tire les blocs de calcaire extraits.

Durant toute l'Antiquité tardive et le Moyen Âge, l'exploitation se fait sous la conduite d'entrepreneurs divers. Ceux-ci possèdent des parcelles exploitables, dans lesquelles travaillent des carriers, ouvriers extrayant et acheminant les blocs jusqu'à la sortie de la carrière. Au Moyen Âge, l'extraction de la pierre est directement soumise au droit régalien : pour avoir le droit d'exploiter les ressources souterraines, les entrepreneurs doivent payer une taxe au Grand Maître des Mines de France, en plus d'un dixième du produit de l'exploitation, directement prélevé par le pouvoir royalSimon Lacordaire, Histoire secrète du Paris souterrain, .. Les différentes exploitations ne sont bien sûr pas reliées entre elles : aucun plan d'ensemble n'existe et l'autorité royale ne s'en préoccupant pas, les exploitants n'ont pas d'intérêt à recenser et unir leurs réseaux respectifs. Quand bien même ils le voudraient, ils ne le pourraient pas, dans la mesure où leur parcelle exploitable est bornée par des limites de propriété et qu'il leur est interdit, à partir du , de creuser sous la voie publique.

Les carrières de la vallée de la Bièvre sont exploitées selon la méthode dite des piliers tournés. Il s'agit là de la seule méthode d'exploitation connue à l'époque (si l'on exclut l'exploitation par fosse d'extraction, c'est-à-dire à ciel ouvert, abandonnée depuis longtemps en raison de la taille des fosses et de l'oxydation des bancs de calcaire). Elle consiste à extraire la moitié de la masse exploitable, et à laisser le reste inexploité, pour que la masse restante joue un rôle de soutènement des couches supérieures, à l'instar de piliers naturels. Ces piliers sont dits tournés parce que les carriers prélèvent la pierre en tournant autour du pilier qu'ils laissent en place. Leur aspect est souvent sinueux, du fait que les carriers suivent les veines de roche les plus prometteuses en se souciant peu de la forme qu'ils donnent aux galeries. Quelques-unes de ces galeries d'exploitation sont encore visibles, notamment dans le réseau du Val-de-Grâce.

Ce mode d'exploitation possède l'immense inconvénient de laisser inexploitée une grande partie de la masse, et de forcer les carriers à aller chercher plus loin (et à acheminer en conséquence) des blocs qui se trouvent déjà près d'eux. En conséquence, les piliers tournés furent progressivement rognés au fil des siècles, d'autant plus que la demande de pierre à bâtir augmenta constamment. Ainsi, le ciel de carrière est de moins en moins maintenu et le terrain en surface se fait de plus en plus fragile. Des fontis se forment et des effondrements ont lieu. Au , une charrette est engloutie par un fontis venu au jourSimon Lacordaire, Histoire secrète du Paris souterrain, .. Plusieurs arrêtés du Conseil d'État restreignent les zones exploitables, sans que cela soit beaucoup suivi d'effet.

Le , un arrêt ordonne le recensement de toutes les carrières souterraines. Il apparaît cependant que recenser ne suffit pas : nombre d'exploitations, jadis actives, sont abandonnées depuis longtemps et oubliées. En l'absence d'inspection et d'entretien, le ciel s'y détériore, des fontis apparaissent, sans que l'on puisse les enrayer, faute d'accès à la carrière en question. Entre 1774 et 1776, une série d'effondrements ont lieu dans les quartiers sous-minés. Le plus grave d'entre eux advient rue d'Enfer, le , à la hauteur de l'actuel boulevard Saint-MichelHistoire de l'IGC.. C'est donc dans une atmosphère d'inquiétude que Louis XVI nomme une commission dépendant du bureau des finances afin de résoudre le problème. Par la suite, la commission est détachée de l'affaire et laisse place à l'Inspection générale des carrières, dirigée par Charles-Axel Guillaumot, qui va s'occuper des carrières à plein temps.

Les carrières connues sont systématiquement confortées, puis cartographiées. Un laisser-aller de plusieurs siècles a rendu de nombreux endroits extrêmement fragiles et l'Inspection œuvre dans l'urgence. Le premier secteur conforté fut celui de la rue Saint-Jacques, dont la galerie d'inspection devient rapidement riche de plaques indicatives, témoignant de l'activité intense des ouvriers de l'IGC. Mais Guillaumot ne limite pas sa tâche à la confortation des secteurs déjà identifiés. Plus encore que ceux-ci, les multiples petites exploitations des siècles précédents, abandonnées et souvent oubliées, n'ont pas été entretenues depuis des décennies. L'Inspection se charge donc de retrouver ces anciens réseaux, et lorsque c'est possible de les relier au réseau unique qui est en train de se mettre en place. Tandis que certains ouvriers remblayent les vides déjà connus ou les confortent, d'autres creusent de nouvelles galeries, parfois directement dans la masse, afin de trouver d'éventuels réseaux devenus inaccessibles.

À la même époque, Guillaumot, puis son successeur Héricart de Thury, créent les Catacombes de Paris. Depuis plusieurs siècles, les cimetières parisiens commencent à poser des problèmes de salubrité : trop pleins, déjà remplis par les cadavres de dizaines de générations de Parisiens, ils continuent d'être remplis et contaminent les alentours. En 1785, sur la suggestion d'un lieutenant de police, on décide de se débarrasser du trop-plein d'ossements (les cadavres restent dans des fosses communes) en les mettant dans la carrière située sous le lieu-dit de la Tombe-Issoire. Peu à peu, les cimetières sont supprimés et remplacés par d'autres cimetières plus grands, situés en dehors de la ville et dégorgeant celle-ci de ses innombrables cadavres surnuméraires, tandis que les ossements sont systématiquement placés dans les carrières.

Sous l'inspectorat de Guillaumot, on se contente d'entreposer les ossements en tas. C'est Héricart de Thury qui a l'idée de transformer en ossuaire visitable ce qui n'était jusqu'ici qu'une annexe de cimetière ; les ossements sont rangés par cimetière de provenance, on en fait des hagues (de petits murs), on utilise les crânes pour en faire des motifs décoratifs et l'on ajoute quelques plaques taillées, sur lesquelles sont gravées des vers (choisis par Thury) destinés à faire réfléchir le visiteur sur la brièveté de la vie.

Fermé en 1833 et rouvert en 1874, l'ossuaire général de la ville de Paris est resté officiellement visitable jusqu'à nos jours. Il faisait techniquement partie du GRS dont il occupait le secteur central. Pour empêcher les visiteurs de se perdre en s'aventurant dans n'importe quelle galerie, on avait tracé un trait sur le plafond, au noir de fumée, que les visiteurs devaient suivre. Ce n'est que vers la fin du que l'ossuaire a été séparé du GRS ; l'Inspection a en effet injecté du béton dans toutes les galeries qui les reliaient l'un à l'autre, avec une épaisseur de 1 à , pour empêcher les intrusions de cataphiles.