Padre Pio, né Francesco Forgione le à Pietrelcina (province de Bénévent, Campanie, Italie) et mort le à San Giovanni Rotondo (province de Foggia, Pouilles, Italie), est un prêtre capucin et mystique italien. Déclaré saint par l'Église catholique sous le nom de saint Pio de Pietrelcina, il est fêté le . Il est un des saints les plus célèbres du , connu pour avoir été marqué de stigmates et d'autres phénomènes mystiques.

Né dans une famille pieuse, Francesco Forgione entre chez les Frères mineurs capucins à Morcone et prend le nom de Pio. En 1910, il est ordonné prêtre et envoyé au couvent de Pietrelcina, puis en 1916 au couvent de San Giovanni Rotondo, où il passera le reste de sa vie. À partir de 1918, son corps est marqué par des stigmates qui seraient apparus lors d'un phénomène de transverbération, faisant l'objet de plusieurs enquêtes médicales à l'initiative du Saint-Siège. Celui-ci lui impose de limiter ses apparitions publiques de 1931 à 1933, afin d'éviter une publicité excessive. À partir de 1940, il œuvre pour la construction de la Casa Sollievo della Sofferenza, hôpital inauguré en 1956 à côté du couvent de San Giovanni Rotondo. Il meurt le après avoir célébré la messe du cinquantenaire de ses stigmates.

Depuis l'apparition de ses stigmates et jusqu'à sa mort, Pio de Pietrelcina a été l'objet d'une ferveur populaire grandissante, attirant de nombreux fidèles à San Giovanni Rotondo. Sa notoriété s'est accompagnée de multiples récits de phénomènes surnaturels rapportés par des fidèles , ou rapportés par lui-même comme des visions. Après sa mort, sa dévotion s'est diffusée dans le monde, encouragée par sa béatification en 1999 puis sa canonisation le par le pape Jean-Paul II. Ses reliques reposent dans un sanctuaire construit à côté du couvent de San Giovanni Rotondo, où viennent de nombreux pèlerins. La vie de Padre Pio et l'origine de ses stigmates continuent aujourd'hui de faire l'objet de publications.

Biographie Enfance thumb|left|Vue de Pietrelcina, en Italie, la ville natale de Padre Pio. Né de Grazio « Orazio » Maria Forgione (1860–1946), agriculteur, et de Maria Giuseppa « Peppa » Di Nunzio Forgione (1859–1929)., Francesco Forgione est baptisé le lendemain à l'église Santa Maria degli Angeli (Sainte-Marie-des-Anges) de Pietrelcina près de Bénévent. Sa mère, fervente catholique, lui donne le nom de Francesco en hommage à François d'Assise. Il a un frère aîné, Michele (1882)Entre 1882 et 1887, ses parents donnent naissance à Francesco (1884) et Amalia (1885) morts en bas âge., et trois sœurs, Felicita (1889), Pellegrina (1892) et Grazia (1894). Il mène une jeunesse pieuse, durant laquelle il aurait eu des visions mystiques ; dès cinq ans, Jésus-Christ lui serait ainsi apparu Aa.vv, Il grande libro di Padre Pio, Edizioni San Paolo, cité in .. Enfant, il ne veut pas jouer avec les enfants de son âge, car selon lui, ils blasphémaient.. À quinze ans, il connaît ses premières extases spirituelles.

Entrée en vie religieuse Trop maladif pour être cultivateur comme son père, sa mère voit en lui un futur prêtre. Francesco rejoint l'Ordre des frères mineurs capucins le à Morcone. En raison de sa santé fragile, il retourne dans sa famille, puis est envoyé dans divers couvents. Le novice capucin prononce ses vœux solennels le . Au mois de , il reçoit la tonsure, les ordres mineurs et le sous-diaconat dans la cathédrale de Bénévent. Le , il est ordonné diacre dans le couvent de Morcone et prend alors le nom de frère Pio, en hommage au pape Pie V..

thumb|right|Église de Sainte-Marie-des-Grâces, attenante au couvent des frères capucins de San Giovanni Rotondo. thumb|right|Autel de l'église de Sainte-Marie-des-Grâces, en San Giovanni Rotondo. thumb|right|Intérieur de l'église de Sainte-Marie-des-Grâces, attenante au couvent des frères capucins de San Giovanni Rotondo. thumb|right|220px|L'image de Notre-Dame des Grâces très vénérée par Padre Pio

Il est ordonné prêtre à la cathédrale de Bénévent le et nommé à Santa Maria degli Angeli de Pietrelcina en Campanie.. Dès 1911, il signale à son confesseur l'apparition depuis un an de signes rouges et de douleurs vives aux mains et aux piedsPadre Pio, Lettre du 8 septembre 1911 au père Benedetto, cité in .. Cinq stigmates visibles, qui ont fait l'objet de plusieurs rapports médicaux, lui sont apparus le . Il est à partir du au couvent de San Giovanni Rotondo. Le Padre Pio se réveillait à l'aube pour lire le bréviaire.

Pendant la Première Guerre mondiale, il sert comme infirmier à la compagnie militaire de l'hôpital Sainte-Trinité de Naples (1915–1917). Souffrant d'une bronchite alvéolaire chronique, les médecins lui diagnostiquent une tuberculose et, par peur qu'il ne contamine sa compagnie, le réforment en ..

Transverbération et stigmates Le , tandis qu'il confessait les jeunes scolastiques de son couvent, le Padre Pio manifeste des symptômes ou des signes de transverbération : son cœur est transpercé par un dard spirituel avec saignement réel. Sa stigmatisation est complète dès le , avec les stigmates identiques aux plaies sanguinolentes du Christ aux mains, aux pieds et au thorax ; il cherche à les cacher avec des mitaines..

Il donne le témoignage suivant des événements : J. Guitton / J-J. Antier, Les mystérieux pouvoirs de la foi, Paris, Perrin, 1993.. La description qu'il fait de ses propres transports mystiques ressemble en grande partie à ce qu'a écrit Gemma Galgani..

Dans les premiers jours, Padre Pio cherche à dissimuler les plaies, mais les femmes qui suivent sa direction spirituelle voient les plaies et ébruitent la nouvelle.. De même les jeunes auxquels il prodigue son enseignement perçoivent aussi des cicatrices sur les mains de Padre Pio. Le , le premier journal Il giornale d'Italia parle de du Padre Pio.. Le , une revue locale publie la nouvelle en l'intitulant : . Au mois de , trois journaux dont Il Mattino, principal journal de Naples, reprennent l'information en parlant des miracles qu'opère le thaumaturge Padre Pio.. La notoriété, non voulue par Padre Pio et encore moins par ses supérieurs qui avaient imposé toute discrétion aux frères du couvent, contribue à faire venir de plus en plus de monde auprès du monastère.. Les premières interprétations médicales se font autour du cas de Padre Pio : le professeur Enrico Morrica, qui n'a pas vu Padre Pio, interprète les miracles de Padre Pio comme du issu de ..

Face aux nouveaux événements, le supérieur des capucins ainsi que le Saint-Siège décident de faire examiner Padre Pio afin de vérifier si les stigmates sont d'origine naturelle ou surnaturelleLe Livre de Joachim Bouflet cite la quasi-intégralité des rapports médicaux des examens des trois médecins, décrivant les plaies et les différentes analyses, des pages 85 à 100 ... Les théories naissantes sur l'hystérie et l'école de l'idéoplastie sont alors mises en avant par les sceptiques pour nier le caractère surnaturel des stigmates. Plus de trois médecins examineront les plaies de Padre Pio, dont le docteur Luigi Romanelli, chef de l'hôpital de Barletta, et le docteur Angelo Maria Merla, maire de la commune, socialiste et agnostique. Les examens conduisent à lever toute idée d'automutilation et arrivent à p. 90.. Le Saint-Siège fait envoyer les 12 et le professeur Amico Bignami, positiviste, qui examine à son tour Padre Pio. Très sceptique, les conclusions qu'il donne sont différentes des deux autres médecins. Même s'il constate que les plaies de Padre Pio ont des caractéristiques , il conclut à la possibilité que les plaies soient ..

Les soupçons d'imposture sont tels que le Saint-Siège tient Padre Pio pour un dont profiteraient ses frères capucins, par le biais d'une crédulité publique, pour attirer des pèlerins et recueillir des fonds considérables. Outre les supposées malversations financières dont sont suspectés les capucins, Padre Pio est accusé d'être l'allié des fascistes qu'il bénit, alors que les affrontements entre communistes, socialistes et fascistes lors des élections municipales à San Giovanni Rotondo, le , provoquent la mort de onze « rouges » par un commando proto-fasciste. À la suite de ces événements, le dirigeant fasciste local apporte son soutien à Padre Pio et les éditions de son parti éditent les premiers ouvrages sur le saint.

Le Saint-Siège, considérant parfois comme de véritables charlatans les saints vivants stigmatisés (ces superstitions pouvant se retourner contre la foi), rend publique sa méfiance théologique : le , il émet un décret exhortant les fidèles à ne pas croire aux faits surnaturels liés à la vie de Padre Pio et à ne pas aller à San Giovanni Rotondo ; le , les Acta Apostolicae Sedis écrivent : et L'Osservatore Romano déclare Padre Pio imposteur de mauvaise foi.

Enquêtes apostoliques et interdiction d'activité publique De 1924 à 1928, trois visiteurs apostoliques viendront enquêter auprès du Padre Pio. Des médecins et des psychiatres l'examinent, craignant des manifestations hystériques. Il est pourtant déclaré sain et sincère.

thumb|left|Cellule de saint Pio de Pietrelcina, qu'il occupa de 1943 à sa mort, survenue le 23 septembre 1968. Il est dès lors très critiqué, non du fait de son état, mais à cause des débordements des fidèles; il est aussi mis en cause par sa hiérarchie qui voit dans sa popularité une menace et une dérive, et l'oblige le à cesser toute activité publique : il doit désormais célébrer la messe dans la chapelle intérieure du couvent. Des témoignages persistent cependant concernant des phénomènes surnaturels ; notamment des fragrances insolites seraient projetées à de très grandes distances comme sorties d’un volcan en effusion, en plus de l'odeur de sainteté qui l'accompagnait habituellement : Renzo Allegri rapporte notamment le témoignage de Giuseppe Onufrio, caricaturiste et fonctionnaire des hypothèques à Palerme, qui déclara qu'après s'être confessé auprès de Padre Pio, un parfum semblable à celui qu'il avait perçu près du religieux persista plusieurs jours sur la main que celui-ci avait tenue pendant la confession.

Souvent, au cours des confessions, il rappelait lui-même aux pénitents des fautes qu'ils auraient oubliées...

Durant toute sa vie, il aurait subi presque quotidiennement les attaques physiques et morales de Satan, qu'il surnomme « Barbe-bleue » ainsi que des « cosaques », les démons. Ceux-ci seraient venus le rouer de coups à la nuit tombée, faisant tant de bruit dans le monastère que certains moines, terrifiés, auraient demandé leur mutation.... thumb|Le Padre Pio avec des stigmates. Dès cette époque, le Padre Pio est considéré par la ferveur populaire comme un grand saint thaumaturgeA Padre's Patience, Article de Time, 24 avril 1964.Article de l'Express et Don Francesco Saverio Bazzoffi du , ayant accompli une multitude de miracles de guérison instantanée en présence de nombreux témoins. On lui prête également le don de bilocation (apparition simultanée en deux endroits), en plus de phénomènes particuliers tels que l'hyperthermie (température très élevée du corps, au-delà de 48°C). ou l'inédie (abstention prolongée de nourriture ou de boisson au-delà de deux mois), ou bien la connaissance de langues qui lui étaient étrangères Padre Pio, Epistolario I, San giovanni Rotondo, 2000.. La lévitation, bien que relayée par la rumeur, ne reçoit que le seul témoignage du Padre lui-même..