Pierre de Saxe-Cobourg-Gotha (connu également sous les prénoms de Pedro Augusto), prince du Brésil et prince de Saxe-Cobourg, est né le à Rio de Janeiro (Brésil) et mort le à Tulln an der Donau (Autriche).

Aîné des petits-enfants de l'empereur , le prince Pierre est, selon l' de la Constitution de 1824, l'héritier présomptif en second du souverain jusqu'à la naissance de son cousin, Pierre d'Orléans-Bragance, en 1875. Après cette date, Pierre n'admet pas d'être rétrogradé dans l'ordre de succession au trône.

Lors de sa tournée européenne en 1887-1888, le prince est reçu dans plusieurs cours du Vieux Continent et recueille beaucoup de marques de sympathie et des honneurs qui le confortent dans le rôle qu'il estime pouvoir jouer sur la scène politique de son pays. En 1888, de retour au Brésil, il s'installe à Rio de Janeiro, au palais Léopoldina qu'il rénove, tout en poursuivant ses projets politiques personnels et en créant une assemblée de familiers favorables à ses desseins. Aux yeux de certains parlementaires, il est considéré comme un conspirateur désireux, en dépit de sa position éloignée du trône, de succéder à son grand-père sur le trône du Brésil.

Diplômé de l'école polytechnique de Rio de Janeiro, et également membre honoraire de l'Institut historique et géographique du Brésil, le prince Pierre est l'auteur de plusieurs articles scientifiques de minéralogie et de numismatique. Ses connaissances favorisent de nombreux contacts avec des scientifiques européens.

En , la chute de la monarchie brésilienne oblige Pierre et toute la famille impériale à revenir en Europe. Son exil perturbe le jeune homme dont les signes de fragilité s'expriment dans toute leur intensité lors de la traversée vers Lisbonne. Il est examiné par les neurologues Charcot et Freud. Avertis de la gravité de l'état de santé de leur favori, ses partisans se détournent de lui et se rapprochent de son frère Auguste, mais la jeune République brésilienne s'oppose énergiquement à la création d'un parti monarchiste.

La mort de ses grands-parents, en 1889 et 1891, bouleverse encore davantage le prince Pierre, qui tente de se donner la mort au palais Cobourg de Vienne. Son état psychique requiert son internement à la fin de l'année 1892. Il ne recouvre jamais la raison et demeure interné en Autriche jusqu'à sa mort, en 1934.

Famille Parfois connu sous le nom de Pierre de Saxe-Cobourg-Kohary, le prince Pierre est le fils aîné du prince Auguste de Saxe-Cobourg-Gotha (1845-1907) et de son épouse la princesse Léopoldine du Brésil (1847-1871), mariés le . Son prénom rend hommage à son grand-père maternel.

Par sa mère, le prince est donc le petit-fils de l'empereur (1825-1891) et de son épouse la princesse Thérèse-Christine des Deux-Siciles (1822-1889) tandis que, par son père, il descend du prince Auguste de Saxe-Cobourg-Gotha (1818-1881) et de son épouse la princesse Clémentine d'Orléans (1817-1907). Il est également un neveu de .

Biographie Héritier en second au trône du Brésil vignette|gauche|redresse|alt=Photographie en noir et blanc d'un couple avec un bébé. Le père est debout et porte une veste foncée et un pantalon blanc, la mère est assise sur un petit divan et tient un bébé sur les genoux.|Pierre et ses parents Auguste et Léopoldine vers 1867. La naissance du prince Pierre se produit dans un contexte compliqué. Depuis 1864, l'empire du Brésil est en guerre contre le Paraguay, ce qui engendre de graves difficultés politiques et financières. Par ailleurs, le pays est de plus en plus divisé sur la question de l'esclavage, ce qui complique la tâche du gouvernement. L'empereur , qui adore les enfants, attend donc la venue au monde de son premier petit-fils avec impatience. Ayant perdu ses deux fils morts en bas âge en 1847 et en 1850, le souverain n'a plus que deux filles : Isabelle et Léopoldine. Ces dernières sont légalement dynastes, mais l'empereur considère que son successeur doit être de sexe masculin pour que la monarchie soit viable. Or, l'aînée de ses filles, Isabelle, mariée à Gaston d'Orléans, n'a pas encore d'enfant, tandis que la cadette, Léopoldine, a subi une fausse couche lors de sa première grossesse en .

Dans ces conditions, le Conseil des ministres, les parlementaires et les membres du Conseil diplomatique attendent impatiemment la délivrance de la princesse Léopoldine qui met au monde, au palais Léopoldina, le , le fils si désiré, appelé Pierre et aussitôt surnommé le Favori. Sa naissance est annoncée par des feux d'artifice lancés depuis le palais de Saint-Christophe, suivis de salves de canon tirées depuis les forteresses et les navires amarrés. Son baptême a lieu le suivant à la cathédrale Notre-Dame-du-Mont-Carmel de Rio de Janeiro. Le nouveau-né a pour parrain son grand-père et pour marraine son arrière grand-mère, la reine des Français Marie-Amélie (morte le précédent en Angleterre, ce que l'on ignorait outre-Atlantique, en raison de la lenteur des communications), représentée par l'impératrice du Brésil.

En vertu d'un accord conclu lors de leur mariage, Auguste et Léopoldine s'engagent à demeurer durant une partie de l'année au Brésil avec leurs fils jusqu'à ce que la succession de la princesse Isabelle soit assurée. Pierre passe donc sa petite enfance entre l'Europe et le Brésil avec ses parents et ses frères cadets : Auguste (1867-1922), Joseph (1869-1888) et Louis (1870-1942). vignette|alt=Photographie sous un ciel bleu azur d'un bâtiment de couleur crème à deux étages et à toit mansardé et à neuf travées.|Le Colégio , où le prince Pierre est scolarisé à partir de 1874. Quelques mois après la naissance de son dernier fils, Léopoldine contracte une fièvre typhoïde et meurt, après trois semaines de maladie, le à Vienne. La mort inopinée et prématurée de leur mère requiert la tenue d'un conseil de famille pour décider du devenir de ses enfants orphelins. Selon les vœux de ses grands-parents brésiliens, le petit Pierre, âgé de cinq ans, et son frère cadet Auguste doivent quitter leur père pour s’installer, en , auprès de leurs grands-parents, à Rio de Janeiro. Auguste de Saxe-Cobourg-Gotha choisit en effet de rester en Autriche avec ses deux fils cadets.

Aîné des descendants de l’empereur , le prince Pierre est, selon l' de la Constitution de 1824, considéré comme l’héritier en second du trône brésilien, jusqu'à ses neuf ans. En 1872, à la demande de l'empereur, Manuel Pacheco da Silva, médecin et éducateur, est désigné comme précepteur des princes Pierre et Auguste. Il constate que ses élèves parlent mal le portugais et ne s'expriment aisément qu'en allemand. En 1874, Pierre est inscrit au Colégio à Rio de Janeiro.

Rétrogradé dans l'ordre de succession vignette|gauche|redresse|alt=Photographie en noir et blanc d'un garçon en buste et de profil portant une veste foncée et une chemise claire. Il regarde vers sa droite.|Pierre de Saxe-Cobourg par Alberto Henschel en 1877. Pierre reçoit donc une éducation très soignée, qui vise à le préparer à son rôle de futur empereur. Cependant, le , sa tante, la princesse impériale Isabelle, donne le jour à un premier fils, le prince Pierre d'Orléans-Bragance, aussitôt titré prince du Grão-Pará. Pierre de Saxe-Cobourg est, dès lors, rétrogradé au troisième rang dans l'ordre de succession. Peu après, la naissance de son cousin est suivie par celles de deux autres enfants : Louis d'Orléans-Bragance (en 1878) et Antoine d'Orléans-Bragance (en 1881). Ce changement de position dynastique affecte Pierre durant toute son adolescence. Il est sujet à des migraines, de l'insomnie, des tremblements et de l'arythmie cardiaque. Marqué par la fin prématurée de sa mère, il nourrit des peurs concernant sa propre mort, ce qui préoccupe son père et ses grands-parents.

Au printemps 1876, l’empereur et son épouse effectuent un long périple d’une année et demie en Amérique, puis en Europe, et laissent les aînés de leurs petits-fils au Brésil, les confiant à leur précepteur. Il apparaît qu’au cours de cette période la princesse Isabelle, qui occupe la fonction de régente durant l’absence de son père, ne se soit pas grandement occupée de ses neveux. Pierre et Auguste en auraient gardé une certaine forme de rancune. Très isolés, les deux princes ne peuvent compter sur le soutien de leur père, qui vit principalement en Europe et ne vient les visiter qu’une seule fois, au cours de l’été 1879. Cette situation engendre d’importantes conséquences sur le développement personnel des deux princes et sur leurs relations avec leur famille.

En 1881, Pierre obtient, à quinze ans, un baccalauréat en sciences et lettres. Le jour où il devient bachelier, son oncle Gaston écrit : . En dépit de cet éloge flatteur, la préférence que son grand-père témoigne à son petit-fils Pierre indispose la princesse impériale Isabelle et alimente les spéculations sur un éventuel changement de l'ordre de succession. La division familiale est relatée par la presse et la correspondance diplomatique : Isabelle apparaît comme dévote et son mari Gaston nourrirait des ambitions politiques.

Un prince scientifique Adolescent, le prince accompagne à plusieurs reprises ses grands-parents dans leurs voyages au Brésil et à l'étranger. En 1881, à la fin de ses études secondaires, bien qu'il souhaite débuter directement une carrière militaire, son grand-père l'empereur l'inscrit à l'école polytechnique de Rio de Janeiro. Le , Pierre est diplômé en qualité d'ingénieur civil, bien que ses résultats aient apparemment été seulement satisfaisants. Bibliophile, le prince nourrit également un vif intérêt pour la minéralogie et la numismatique.

Pierre donne ensuite plusieurs conférences relatives à la minéralogie, dont il est féru, au Brésil et en Europe, notamment à l'école polytechnique de Rio. et à l'Académie des sciences de Paris, dont il devient correspondant pour le Brésil.. Nommé en 1884 membre de la Société française de minéralogie et de cristallographie., il publie, par la suite, plusieurs articles scientifiques consacrés à la minéralogie qui démontrent, à l'instar de son grand-père , de réelles capacités pour les sciences. Le , il est désigné membre honoraire de l'Institut historique et géographique du Brésil, grâce à ses publications scientifiques.

Parmi beaucoup d’autres, le prince entretient des liens d’amitié avec le scientifique français Claude-Henri Gorceix, qui a participé à la création de l’École des Mines d’Ouro Preto. Les deux hommes correspondent régulièrement, tant au sujet de la science que de la politique. Le prince lui écrit en 1887 : .

Enfin, Pierre est reconnu dans les milieux numismatiques européens, car il possède au Brésil son propre médaillier et permet aux chercheurs d'y accéder en vue de leurs publications.. Cette collaboration lui vaut d'être nommé membre d'honneur de la Société belge de numismatique le , en faveur de laquelle il rédige quelques articles relatifs aux monnaies rares. Il est également l'auteur de plusieurs articles relatifs aux monnaies grecques dans la Revue numismatique française..

Un jeune prince ambitieux vignette|redresse|Le prince Pierre entouré de ses grands-parents, l'empereur et l’impératrice Thérèse-Christine du Brésil en 1887. N'ayant jamais été très proche de sa tante et de la famille de celle-ci, l'adolescent est constamment sous le contrôle de son grand-père l'empereur . Selon l'historien Olivier Defrance, qui reprend ici les idées de Roderick J. Barman, le jeune homme À la fin de l'année 1886, la presse populaire prétend que le prince Pierre a adopté un comportement déplacé vis-à-vis des femmes, ce qui affecte grandement le jeune homme qui est défendu par sa tante.