Stefan Bakałowicz (russifié en Stepan Vladislavovitch Bakalovitch, Степан Владиславович Бакалович), né le à Varsovie et mort à Rome le , est un peintre polonais, né sujet de l'Empire russe.

Presque toute sa vie actif en Italie, il est un représentant de l'académisme de la fin du qui prisait les sujets inspirés de la Rome antique.

Biographie vignette|redresse|Prière à Khonsou (1905), Saint-Pétersbourg, Musée russe. La mère de Stefan Bakałowicz, Wiktoryna (1835-1874) est une varsovienne et fameuse actrice de théâtre. Son père Władysław (Ladislas, 1833-1903), est un peintre académique de scènes historiques sur le règne d'Henri III ou de Louis XIII, et lui prodigue sa première formation artistique. Après le lycée, Bakałowicz devient élève de peintres, dont le plus connu est Wojciech Gerson.

Il entre comme boursier à l'école de l'Académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg en 1876 et y étudie jusqu'en 1881. Il a pour maîtres Vassili Verechtchaguine ou Tchistiakov. Il obtient deux petites médailles d'argent pour un dessin d'après nature et pour une étude en 1877, deux grandes médailles d'argent en 1878 pour une étude, et en 1879 pour La Mort de Germanicus, une petite médaille d'or en 1880 pour Jacob reconnaît la tunique de son fils Joseph, vendu par ses frères en Égypte, une grande médaille d'or en 1881 pour Saint Serge bénit Dimitri Donskoï. Il sort de l'académie avec le rang d'artiste de première classe, doté d'une bourse pour un voyage d'études de cinq ans à l'étranger.

Bakałowicz se rend alors à Cracovie, où il fait la connaissance de Jan Matejko, puis à Paris (1882-1883). Il fait un voyage en Algérie en 1883, puis demeure à Rome, afin d'étudier de près les sujets antiques.

Il consacre alors la vie à l'histoire antique romaine, passant le temps libre à parcourir la péninsule italienne, et à participer à des fouilles archéologiques. Cependant une partie de son œuvre en Italie est dédiée aux portraits mondains.

Il envoie à Saint-Pétersbourg de grandes toiles pour des salons : en 1885, deux tableaux, Romaine chez un marchand oriental devin, et Printemps ; en 1886, quatre tableaux, Conversation vespérale, Les Voisines, Le Message, Catulle lisant ses poèmes à ses amis (acheté par Tretiakov pour sa galerie), pour lesquels il est reçu à l'Académie dans la section de peinture historique.

Ses œuvres rencontrent le succès et la famille impériale en achète quelques-unes.

Il est membre des sociétés artistiques de Saint-Pétersbourg, de Moscou , de Varsovie, de Rome et expose à l'Académie impériale des beaux-arts et à d'autres expositions de la capitale et de la province, ainsi qu'à l'étranger. On l'appelle l'Alma-Tadema russe. Sa clientèle se trouve principalement en Russie et à Rome.

Il visite l'Égypte en 1903. Après ce voyage, Stefan Bakałowicz introduit des thèmes orientaux dans ses peintures, bien qu’il ait déjà réalisé deux toiles orientalistes avant de s’y rendre : La Danse égyptienne en 1888 ainsi que Le Scribe royal Rahotep en 1901. D’après la revue polonaise Tygodnik Illustrowany, Bakałowicz aurait séjourné cinq mois en Égypte. Le peintre aurait atteint la première cataracte du Nil, aurait visité Thèbes, vu les colosses de Memnon, les pyramides et en aurait fait de nombreux croquis, actuellement non localisés.. Grâce à la précision de la représentation des artefacts reproduits, ses peintures sont devenues une sorte de « vulgate de l'égyptologie » pour tout amateur, néophyte ou passionné. En effet, les peintures égyptiennes ont joué un rôle particulier en influençant la perception de l'antiquité.. En tant que critique d'art, Alfred de Tanoüarn a commenté la peinture « archéologique », qui pourrait également être appliquée aux œuvres égyptisantes de Bakałowicz : .

À partir des années 1910, la popularité de Bakałowicz a commencé à décliner, tant parmi la critique que parmi les acheteurs. Alors que durant les trois décennies qui ont précédé il était considéré comme un illustrateur archéologique, il est ensuite qualifié de peintre rétrograde à qui on reproche son manque d'originalité et son style pompéien, passé de mode . Un article de 1911, publié dans la revue Nivaа constatait que Bakałowicz était le dernier Romain russe dans l'ancienne colonie universitaire de Rome. Les historiens d'art le considèrent comme un pilier de l'académisme tardif. En 1913, l'académie des beaux-arts lui refuse l'organisation d'une exposition personnelle dans ses locaux, considérant sa peinture thématiquement obsolète. En 1914, lors de la XXII exposition de la société des artistes de Saint-Pétersbourg il présente pour la dernière fois ses travaux en Russie. Sa connexion avec la Russie est rompue . Sa manière de créer n'a pas changé: par son style et ses sujets il est difficile de donner une liaison temporelle à l'action de ses toiles parce qu'il continue à voir l'éternité dans les réalités de l'Orient.

Les principales réalisations de Stepan Bakałowicz entre les deux guerres mondiales de 1919 à 1939, sont des portraits. Il a peint le portrait de personnalités laïques et ecclésiastiques polonaises et européennes, parmi lesquels par exemple, celui du cardinal August Hlond, majorat du château de Niasvij, . Également le portrait d'un aristocrate suédois, chambellan pontifical, devenu marquis . Il semble qu'il l'ai peint l'année de la mort de ce dernier en 1930 mais pas d'après nature, sur base d'une photographie. Sur cette toile sont représentées toutes les armoiries de sa famille ainsi que la devise latine Foi et fidélité. En 1933 est fêté l'anniversaire d'un demi-siècle de son activité artistique. Il est alors cité par les médias polonais et appelé patriote pour sa participation à l'histoire de sa patrie. Ses talents de peintre sont reconnus par la critique ainsi que sa profonde connaissance de l'antiquité et sa capacité à en reproduire les plus petits détails 50-lecie artystycznej pracy Stefana Bakałowicza w Rzymie // Kurier Literacko-Naukowy. Dodatek do Nru 2-go «Ilustrowanego Kuryera Codziennego». — 1933. — Tom 1. — S. 4.. En 1936 il entre au conseil d'administration de la société des artistes polonais , créée en Italie Anna Rudzka. Grupa Kapitol — mało znany epizod polsko-włoskich związków artystycznych // Iter Italicum. Sztuka i Historia. — Warszawa: Wydawnictwo Uniwersytetu Kardynała Stefana Wyszyńskiego, 2011. — p. 243—267. .

Le , son épouse, avec laquelle il a vécu 54 ans, décède. Elle est enterrée au cimetière communal monumental de Campo Verano.. Le décès de son épouse a provoqué un choc émotionnel tel qu'il en a presque perdu la vue. Devenant aveugle, il a été pris en charge par la sœur de sa femme jusqu'à ce qu'elle décède à son tour en . Âgé de 89 ans, l'artiste meurt quelques mois plus tard le dans son appartement de la Via del Babuino, au 135. Son neveu Aloisi a été reconnu seul héritier, Bakałowicz n'ayant pas d'enfant, et, en 1949, il a organisé une exposition de plus de 40 toiles entrées en sa possession. Plus tard celles-ci ont été dispersées dans des collections de toute l'Europe.

Caractéristique de la peinture

Classicisme post-académique La critique d'art E. V. Nesterova (de l'Institut Répine) fait observer que Bakałowicz faisait partie de la tradition académique tardive. Celle-ci exprimait des vérités élevées et orientait les artistes vers la recherche du héros idéal qui incarnait une perfection morale et physique. Mais les méthodes de formation des artistes académiciens comprenaient également des principes relatifs à la composition et à la couleur. Le personnage principal devait être au centre de la toile et se démarquer par la lumière et la couleur .

La technique académique était très laborieuse. Bakałowicz a étudié les instructions des enseignants de l'Académie des arts et a développé sa manière classique, basée sur l'étude minutieuse des détails, en utilisant des frottis très fins, en appliquant des glacis sur base d'un dessin préparatoire. La radiographie des toiles du peintre montre que durant son travail il pouvait apporter de nouveaux détails, changer la position des figures. Il travaillait généralement sur des toiles denses en utilisant de la peinture à l'huile prête à l'emploi. Il a réalisé fréquemment des peintures de petit format sur des planches Lefranc & BourgeoisLefranc & Bourgeois est une usine française spécialisée dans la fabrication de matériaux pour artistes, en particulier de peintures à l'huile. Fondée en 1720. Elle est située au Mans, en France, spécialement préparées par ce fournisseur pour les cours de peinture. Selon la critique d'art Marta Ianovna Kryjanovska, dès les premières études, le travail de Bakałowiczs se caractérisait par des motifs gracieux et sa coloration impressionnante.

Reconstitutions archéologiques de Bakałowiczs vignette|gauche|Ra-Hotep — scribe du pharaon. Huile sur toile 1904, Musée d'Art de Iaroslavl.

Le chercheur français Valentin Boyer a consacré un article aux œuvres égyptiennes de Bakałowicz, qui illustrent la synthèse historique réalisée par ce peintre. La toile Scribe royal Ra-Hotep en est un exemple : le scribe est représenté vêtu d'un tablier et d'un bonnet sur la tête, adossé à une tapisserie murale ornée de motifs géométriques. Il est assis les jambes croisées, tenant en main un qalam, prêt à commencer à écrire sur un papier, posé sur une planche sur ses genoux. Il réfléchit, comme en témoigne son regard inspiré. Sa corpulence est athlétique, malgré les plis du ventre attestant d'une vie sédentaire et d'un bon appétit; la riche décoration de la pièce renseigne sur son statut social élevé. Outre la physionomie du scribe, la toile décrit une masse de détails. À côté du scribe, sur une petite table sont posées des fournitures pour écrire: un double encrier et un vase sphérique. À sa gauche se trouve une large commode sur laquelle sont posés deux vases en albâtre peint. Sur le tapis devant le scribe trainent des sandales tressées. Au-dessus de lui plus haut que la tapisserie figure une statuette de la triade des dieux Thot, Isis et Anubis; leurs noms sont inscrits dans un cartouche. Il n'y a pas de correspondance archéologique exacte connue de cette pièce.

La toile Scribe royal Ra-Hotep a été créée avant le voyage en Égypte de Bakałowicz. Selon I. Bogoslovskaïa, les modèles les plus probables de la composition étaient les statues de scribes du Louvre, que le peintre connaissait bien. Il est également possible qu'il ait travaillé d'après de la littérature spécialisée, telle que celle dans laquelle figuraient les monographies de Georg Moritz Ebers et Karl Richard Lepsius. Le nom du personnage du scribe renvoie clairement à celui de la (Rahotep et Néfret) au musée égyptien du Caire, dont François Auguste Ferdinand Mariette a fait publier des reproductions. La seule inexactitude dans ce tableau est que le papyrus qui est étalé devant le scribe, montre une écriture de gauche à droite alors qu'en réalité, en Égypte, dans les volumens, les hiéroglyphes étaient orientés de droite à gauche et non l'inverse. vignette|300px|Intérieur de harem Toile, huile, , 1919. Collection privée.