La Vipère aspic, Vipera aspis, est une espèce de serpents de la famille des Viperidae. Présent surtout en France, en Italie, ainsi qu'en Suisse, dans le nord de l'Espagne et localement dans quelques pays voisins, ce serpent est étudié depuis longtemps ; à ce titre, il est bien connu dans les pays de son aire de répartition. C'est une espèce plutôt thermophile qui vit notamment dans divers milieux ouverts, ainsi que dans les boisements clairs et les lisières.
C'est un serpent venimeux, qui utilise son venin principalement pour tuer ses proies (chasse à l'affût) et, aussi, pour se défendre, parfois contre l'homme chez qui la morsure peut être dangereuse, voire mortelle dans de rares cas. Les personnes les plus à risque sont les enfants et les personnes âgées. La grande majorité des morsures reste sans gravité et la médecine moderne soigne les évolutions graves.
Cette vipère, ainsi que son habitat de vie et de reproduction, est protégée par les conventions internationales ainsi que par la législation de plusieurs pays. En France, après avoir été longuement chassée, elle est désormais protégée depuis 2021.
Description Morphologie et coloration vignette|Tête d'une femelle adulte de vipère aspic, Lorraine. vignette|Mâle adulte de la forme atra, Alpes-Maritimes. C'est un serpent de taille petite à moyenne, avec un corps assez épais et une queue courte. Adulte, il mesure entre et peut atteindre Golay (2008) donnent une longueur totale moyenne de , avec un min-max de 40,5- dans leur échantillon. Les mâles sont en général plus petits, moins longs et moins trapus que les femelles. Les records de taille connus sont de 76 cm pour un mâle contre 81 cm pour une femelle. La tête est caractéristique de l'espèce : le museau est retroussé, sans corne ; l'arcade sourcilière souvent marquée, la tête est de forme plus ou moins triangulaire et est recouverte de nombreuses petites écailles. Les yeux ont des pupilles verticales comme chez toutes les vipères d'Europe. Les écailles du corps sont carénées, c'est-à-dire avec une légère arête longitudinale médiane.
Cette espèce se caractérise par une coloration extrêmement variable, entre les populations comme parmi les individus d'une même population. Les femelles adultes sont généralement plus ternes et moins contrastées que les mâles. La couleur de fond peut être gris, clair à foncé, parfois légèrement bleuté, beige clair à brun foncé, vert olive, jaunâtre, cuivré, orangé ou rouge brique. Certains individus sont sombres et le mélanisme (noir complet) est assez fréquent, particulièrement en Suisse. Sur cette couleur de fond s'ajoute une ornementation plus sombre, à dominante de brun ou de noir, qui varie selon les sous-espèces, comme selon les individus. Comme chez d'autres espèces de vipères il s'agit d'un zigzag dorsal accompagné par une ponctuation de tâches latérales sur les flancs en alternance avec le motif dorsal. Chez la sous-espèce aspis, la plus répandue en France, et la sous-espèce francisciredi, la plus répandue en Italie, ce motif dorsal est le plus souvent constitué de barres transversales de faible épaisseur ou demi-barres, plus ou moins reliées par une fine ligne dorsale. Chez la forme atra de la région alpine, ce dessin dorsal est semblable mais souvent plus épais, plus large et plus serré, pouvant parfois dominer la couleur de fond et donner des individus très sombres. La sous-espèce zinnikeri du sud-ouest de la France se caractérise par un zigzag assez épais et serré (rappelant la vipère péliade ou la vipère de Seoane) avec au centre une large ligne dorsale formant une bande plus claire. Chez la sous-espèce hugyi du sud de l'Italie et de Sicile, le motif dorsal est assez différent et forme de grandes tâches arrondies, brun clair avec de fines bordures sombres (rappelant la vipère ammodyte). Le dessus de la tête, chez toutes les sous-espèces est souvent orné de deux barres obliques formant un V, pouvant dessiner une lyre chez la sous-espèce atra. Sur les côtés de la tête deux bandes latérales courent des yeux jusqu'au cou pour rejoindre les ponctuations des flancs. Le ventre a également une coloration variable, clair ou sombre, taché ou non. La face inférieure du bout de la queue est en général colorée de façon plus vive, jaune ou rougeJacques Fretey, Guide des reptiles de France, éditions Hatier, 1987, .Vipera aspis sur le site Internet serpentsdefrance.fr..
Distribution et habitat Répartition vignette|Aire de répartition de la vipère aspic. La vipère aspic n'est présente qu'en Europe de l'Ouest. Elle se rencontre dans le nord-est de l'Espagne, en France, en Suisse et en Italie. Elle est aussi présente très localement dans l'extrême sud-ouest de l'Allemagne, dans la partie méridionale de la Forêt-Noire, et à l’extrême ouest de la SlovénieJ. Speybroeck, W. Beukema, B. Bok, J. van Voort, I. Velikov, Guide Delachaux des amphibiens et reptiles de France et d'Europe, éditions delachaux et niestlé, édition française de 2018 (édition originale de 2016), ..
En France, elle est présente dans la majeure partie du pays, au sud d'une ligne joignant la Loire-Atlantique à la Moselle, en passant par le sud de l'Île-de-France. Elle est absente sur une grande partie du littoral méditerranéen et en Corse.
Sa limite nordique serait liée aux conditions climatiques. Cette espèce requiert, en effet, une température suffisante pour terminer son cycle reproductif avant d'entrer en hibernation (Saint Girons 1977).
Habitat Elle vit dans une grande variété d'habitats. Si elle reste commune dans les terrains accidentés, elle se fait plus rare de nos jours dans les plaines cultivées, notamment à cause de l'agriculture intensive. Elle est souvent présente dans les milieux secs, tels que les coteaux rocheux embroussaillés ou les bois ouverts et leurs lisières, les haies des bocages, les murs de pierres sèches, les friches, etc. Elle affectionne particulièrement les écotones (zone de transition écologique entre deux écosystèmes) entre milieux ouverts et boisés. Mais contrairement à une croyance commune, elle peut aussi vivre dans des milieux plus humides, en particulier dans les régions où la vipère péliade, espèce plus compétitive dans ces milieux, est absentePhilippe Geniez, Guide Delachaux des serpents d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient, éditions Delachaux et Niestlé, , page 304.. En hautes montagnes, on la trouve fréquemment au bord des torrents ou des étangs.
La présence de la vipère aspic est liée à celle des petits rongeurs (mulots, campagnols) qu'elle consomme.
Sous-espèces vignette|Carte des sous-espèces de Vipera aspis, d'après Zuffi Pendant 50 ans, le statut des différentes sous-espèces de Vipera aspis a été l'objet de discussions passionnées dans la communauté des herpétologues européens. À la suite des études de Kramer, il est communément admis que le complexe Vipera aspis comporte 5 sous-espèces : V. aspis aspis (Linnée 1758), l'espèce nominale, V. aspis atra Meisner, 1820, plus petite, vivant en altitude dans les Alpes, V. aspis francisciredi Laurenti, 1768, V. aspis hugyi Schinz, 1834, V. aspis zinnikeri Kramer, 1958 Les autres sous-espèces V. aspis heinzdischeki Sochurek, 1979 et V. aspis montecristi Mertens, 1956, sont maintenant considérées comme des synonymes de V. aspis hugyi.
La systématique de Vipera aspis a été établie par Kramer (1982) sur la base de 42 caractères appliqués à 378 spécimens.
Les analyses phylogéographiques d'Ursenbacher révèlent deux clades majeurs, localisés à l'ouest et à l'est des Alpes. De plus, le clade ouest est clairement subdivisé en deux groupes, l'un présent en Espagne et dans la région pyrénéenne, l'autre localisé en France et en Suisse.
Sous-espècesAuteur du taxonCaractèresDistribution géographiqueVipera aspis aspis(Linnaeus, 1758)Vipère aspic (nominale)Partout en France, sauf au nord d'une ligne joignant la Loire-Atlantique à la Moselle, au sud de la Gironde, à l'est de la Moselle et sur la Côte d'Azur. Sud-Ouest de l'Allemagne et Nord-Ouest de la SuisseVipera aspis atraMeisner, 1820Motifs sombres plus marqués et souvent plus épais, très variables, mélanisme fréquentSuisse du Centre-Ouest, Nord-Ouest de l'Italie, France alpineVipera aspis franciscirediLaurenti, 1768Motifs très semblables à ceux de V. aspis aspis, tête fortement élargie derrière les yeux, points clairs sur les écailles ventralesNord et Centre de l'Italie, Sud de la Suisse, en Slovénie et dans le Nord-Ouest de la CroatieVipera aspis hugyiSchinz, 1833Motif dorsal plus riche, en grandes tâches arrondies, marron bordé de sombreItalie du Sud (régions des Pouilles, de Basilicate, de Calabre et en Sicile)Vipera aspis zinnikeriKramer, 1958Bande dorsale ondulée épaisse, en zigzag à presque droite, avec une bande centrale plus pâleQuart sud-ouest de la France (des Pyrénées à Toulouse), Pyrénées espagnoles
Confusions possibles Les critères suivants ne sont valables que pour l'identification des serpents présents en Europe de l'Ouest.
Les couleuvres vignette|Tête d'une jeune vipère aspic. Les caractères typiques de l'espèce sont la pupille verticale, deux rangs d'écailles sous-oculaires (entre l’œil et les écailles labiales plus grandes), de nombreuses petites écailles sur le dessus de la tête (comprenant parfois une écaille frontale un peu plus grande) et un nez retroussé. Le critère le plus fiable pour reconnaitre les vipères (toutes les espèces) en Europe occidentale est leurs pupilles verticales, alors que toutes les couleuvres, inoffensives, ont des pupilles rondes.
Par ailleurs les vipères sont assez trapues, moins élancées que les couleuvres, avec une queue visiblement plus courte. Les couleuvres ont toutes neuf grandes écailles en plaques sur le dessus de la tête tandis que leurs écailles labiales (écailles assez grandes qui constituent les lèvres supérieures) bordent directement les yeux. Les vipères ont de plus petites et nombreuses écailles sur le dessus de la tête, en particulier la vipère aspic, et elles ont un (vipère péliade) ou deux (vipère aspic) rangs de petites écailles sous-oculaires (s’insérant entre les yeux et les écailles labiales).
Ces différences sont valables pour la coronelle lisse et la coronelle girondine qui fréquentent les mêmes biotopes que la vipère aspic et lui ressemblent quelque peu. Les juvéniles d'autres couleuvres peuvent aussi vaguement lui ressembler par leurs motifs dorsaux, comme ceux de la couleuvre d'Esculape (ceux de la couleuvre verte et jaune sont plus distincts). Dans les régions méditerranéennes françaises et ibériques on peut citer la couleuvre à échelons et les jeunes de couleuvre de Montpellier, et, en Italie, les juvéniles de couleuvre à quatre raies et la couleuvre léopard.
La couleuvre vipérine ressemble beaucoup à une vipère, comme son nom l'indique. Mais c'est une couleuvre aquatique, avec des pupilles rondes et de grandes écailles sur la tête, que l'on voit fréquemment nager la tête hors de l'eau et éventuellement plonger, tout comme la couleuvre tessellée (Italie et Suisse) et la couleuvre à collier (toute l'Europe). Ces trois espèces sont parfaitement inoffensives. Bien qu'il puisse lui arriver de nager (rarement), la vipère aspic ne peut pas s'immerger et ne se nourrit jamais de poissons.
Les autres vipères Dans une grande partie de la France et en Italie, la vipère aspic est la plus commune des vipères, et elle est la seule espèce présente dans de vastes parties de son aire. Mais elle cohabite dans certaines régions avec d'autres espèces, avec lesquelles elle peut d'ailleurs s'hybrider.