thumb|Principaux pays où se trouvent des peuples isolés (l'Inde y figure au titre des îles Andaman).
Un peuple isolé (ou « peuple non contacté ») est une population qui vit en autarcie, sans échange d'aucune sorte avec d'autres populations, d'autres sociétés et — depuis son déploiement — avec la civilisation mondiale moderne. Des raisons historiques ou géographiques (relief accidenté, montagneux, hostile ; difficulté de se déplacer dans la forêt primaire, par exemple) sont des facteurs favorables à l'isolement ; s'y ajoute généralement une volonté collective de préservation d'un mode de vie ou des coutumes ou d'éviter les épidémies de grippe et autres maladies pour lesquelles ces populations ne sont pas immunisées. En 2025, ces groupes sont encore menacés, par l'exploitation forestière et minière, le trafic de drogue, l'agro-industrie, des constructions d'infrastructures, les missionnaires religieux (qui selon Survival International cherchent encore à convertir au moins 16 % des peuples non contactés dans le monde en 2025) et même des influenceurs ; et selon l'ONG Survival International, l'exploitation forestière est actuellement le danger le plus grave pour ces peuples et .
Refus du contact La prise de contact est extrêmement difficile, voire dangereuse pour ceux qui la recherchent. Elle l'est encore davantage pour les individus du peuple en question qui n'ont pas développé d'immunité contre les germes pathogènes que véhiculent à leur insu les explorateurs ou visiteurs. L'anthropologue Amanda Villa affirme que les chiffres dont on dispose attestent qu'environ un tiers des personnes contactées décédaient dans les 24 heures suivant cette prise de contact.
Situation au début du thumb|upright=1.5|Peuples isolés au début du .
La situation géographique Au , dans le monde, une centaine de peuples autochtones vivent dans l'isolement ou n'ont que des contacts sporadiques avec les communautés environnantes. La plupart des peuples isolés se trouvent dans des zones densément boisées : en Amérique du Sud, dans la forêt amazonienne au Brésil, au Pérou et en Bolivie, et dans l'île de Nouvelle-Guinée, qui est peuplée par les Papous. Il y a aussi des peuples autochtones isolés en Équateur et en Colombie et un seul peuple, les Ayoreo, vivant dans la forêt du Gran Chaco au Paraguay.
Entre autres groupes humains particulièrement isolés, en termes sociologiques, on compte les peuples andamanais des îles Andaman de l'océan Indien, qui sont aussi de ce fait des isolats génétiques.
L'Amazonie brésilienne abrite le plus grand nombre de populations isolées au monde, bien que ce nombre diminue rapidement. Selon une étude de 2010 publiée par le Journal de la société des américanistes, la fondation des Affaires indigènes du Brésil (Funai) estime que de 600 à Autochtones isolés vivent dans l'État d'Acre, répartis en 77 groupes allant de cinq à une centaine d'individus. Les membres de ces tribus se nourrissent de ce qu'ils chassent (oiseaux de la forêt, poissons, autres animaux) et de ce qu'ils ramassent (fruits, noix, etc.).
Ces peuples qui ont leur propre langage, leurs coutumes et leur culture, sont les plus vulnérables de la planète. Beaucoup sont nomades et vivent de chasse, de pêche et de cueillette, mais certains ont planté des cultures autour de leurs campements temporaires.
Le droit international interdit toute activité et projet de développement sur les terres des peuples non contactés, mais, selon le Rapport 2025 de Survival International : en réalité, même au Brésil, où les protections juridiques sont les plus fortes, en 2025, au moins 28 groupes sont exposés à des projets de route ou de voies ferrées considérées « d'intérêt national ».
Raisons de l'isolement vignette|Avertissement officiel en cas de rencontre avec des peuples isolés à Atalaya, Amazonie péruvienne, 2016.
Constituées de chasseurs-cueilleurs, ces populations ne commercent pas ou presque pas ; elles sont habituées à se suffire à elles-mêmes. Plus généralement, le désir de contact n'est ni universel ni forcément réciproque. Ces peuples n'ont aucune idée de la taille du monde et de sa composition : on ne sait pas s'ils ressentent de la curiosité ou de l'enthousiasme face à des inconnus. Ils peuvent les craindre et percevoir un désir de contact comme une intrusion sur leur territoire de chasse et de cueillette.
Leur volonté de ne pas établir de contact avec les autres sociétés, y compris les autres tribus, peut résulter de rapports antérieurs conflictuels avec le monde extérieur : invasion continue de leur territoire et destruction de leur environnement forestier en tête, selon l'ONG Survival., qui œuvre pour la protection des tribus isolées.
La plupart des peuples indigènes isolés qu'on dit « incontactés » peuvent être les survivants ou les descendants de survivants d'actes génocidaires subis dans le passé. Leur refus du monde extérieur résulte d'un instinct de conservation face aux violences et aux épidémies dont leur groupe a été victime, ancrées dans leur mémoire collective.
De nombreux Indiens d'Amazonie occidentale peuvent être les descendants des rares survivants du boom du caoutchouc qui eut pour conséquence, à la fin du , l'extermination de 90 % de la population indigène, en raison des mauvais traitements et de l'esclavage pour récolter le caoutchouc. D'autres Indiens sont les survivants de massacres plus récents, comme les Cinta Larga qui ont été victimes des patrons brésiliens du caoutchouc entre les années 1920 et 1960, avec leurs villages dynamités depuis le ciel.
Les menaces qui pèsent sur les peuples isolés Les tribus isolées sont les peuples les plus vulnérables de la planète. Selon un rapport de Survival International, fin , . Le dérèglement climatique, avec notamment des assèchements anormaux de cours d'eau ajoute ses effets aux autres menaces.
Tuerie par des éleveurs de bétail brésiliens De tous les peuples indigènes anéantis pour s'être trouvés sur la route du « progrès », peu ont connu un destin aussi tragique que les Akuntsu. Lorsque les agents du Funai les ont contactés en 1995, ils ont découvert que les éleveurs de bétail qui avaient fait main basse sur les terres de ces Indiens avaient massacré presque tous les membres de la tribu et détruit leurs habitations au bulldozer pour camoufler la tuerie. Seuls six Akuntsu avaient survécu. Les maladies Les maladies exogènes représentent la première cause de décès pour les tribus isolées qui n'ont pas développé de défenses immunitaires contre les virus de la grippe, de la rougeole ou de la varicelle, comme l'ont fait la plupart des sociétés en contact avec le monde extérieur depuis des centaines d'années. Au Pérou, plus de la moitié de la tribu récemment contactée des Nahua a été anéantie à la suite de l'exploration pétrolière de ses terres au début des années 1980. Le même sort a touché les Murunahua au milieu des années 1990 après un contact imposé par des bûcherons qui abattaient illégalement les acajous. L'un des survivants de la tribu a raconté à un enquêteur de Survival que « la maladie est apparue lorsque les bûcherons ont pris contact avec nous alors que nous ne savions pas ce qu'était un rhume. La maladie nous a tués. La moitié des nôtres sont morts. Ma tante est morte, mon neveu est mort. La moitié de mon peuple est mort. » Les colons Les Awá, qui sont l'une des dernières tribus de chasseurs-cueilleurs nomades du Brésil, vivent dans la région déjà saccagée de l'Amazonie orientale et sont aujourd'hui encerclés par de vastes entreprises agro-industrielles, des ranches de bétail et des colonies de peuplement qui détruisent leur terre et leur mode de vie : « Depuis des années nous fuyons le long des cours d'eau avec les Blancs à nos trousses qui déboisent toute notre forêt ». Un nombre inconnu d'Indiens Ayoreo vivent isolés dans le Chaco paraguayen, vaste forêt broussailleuse du sud du bassin amazonien, aujourd'hui presque disparue, qu'ils considéraient comme leur territoire. Des propriétaires terriens ont acheté leur forêt et l'ont déboisée au bulldozer, violant ainsi les lois nationales et internationales. Les bûcherons, les orpailleurs… Les régions habitées par les peuples isolés sont envahies illégalement par des bûcherons. La situation est particulièrement préoccupante au Pérou, où les régions habitées par des Indiens non contactés abritent les derniers massifs d'acajou encore commercialement exploitables. Les Murunahua ont été décimés à la suite du contact avec des bûcherons et le même sort attend les Mashco-Piro. « Les bûcherons sont arrivés et ont chassé les Mascho-Piro plus haut en amont de la rivière en direction des sources. » Comme les Mashco-Piro, treize autres peuples de la jungle péruvienne vivent coupés du monde depuis le début du . « Au moment du boom du caoutchouc, les hommes se sont mal comportés vis-à-vis des indigènes. Beaucoup sont morts et certains ont fui dans la forêt. » L'exploitation des ressources naturelles Des industries extractives empiètent sur les territoires des peuples isolés. Certains gisements de pétrole et de gaz les plus prometteurs du monde se trouvent en profondeur dans les forêts tropicales, là où vivent ces peuples isolés. L'extraction de ressources naturelles se traduit par de vastes clairières en forêt, des fouilles, des explosions, des constructions de sites d'atterrissage d'hélicoptères, de pipelines et de champs de pétrole. L'Amazonie est endommagée et polluée par l'extraction des ressources. Du mercure provenant de l'extraction de l'or est lavé dans les affluents du fleuve Amazone, ce qui contamine l'une des plus importantes réserves mondiales d'eau douce. Lorsque les industries ont pris ce qu'elles veulent, les peuples autochtones sont laissés à la contamination et aux dommages environnementaux de leurs terres et de la faune dont ils dépendent pour leur subsistance. Les routes En 1970, le peuple Panará du Brésil comptait entre 350 et 400 membres et vivait dans cinq villages entourés de vastes jardins. Une grande route a été tracée au bulldozer à travers leurs terres au début des années 1970, avec des conséquences désastreuses. Des vagues d'épidémies se sont ensuivies, ravageant la tribu Panará et causant la mort de 186 d'entre eux. Il ne resta bientôt plus que 69 Panará. Plus du 80 % des membres du groupe avaient été tués en huit ans à peine. La tribu Jarawa des îles Andaman a vu son territoire coupé en deux par une route. C'est maintenant l'artère principale de l'archipel, qui non seulement voit passer un flux de colons se déplaçant en bus et en taxi mais qui constitue également une voie de pénétration pour les touristes aussi bien que pour les braconniers opérant sur la réserve des Jarawa. À la suite d'une longue bataille juridique, la Cour suprême indienne a ordonné au gouvernement de fermer la route, jugeant que sa construction avait été illégale et qu'elle mettait en danger la vie des Jarawa. L'énergie verte pour le monde occidental La forêt amazonienne est sacrifiée pour produire l'énergie verte pour le monde occidental. De grandes parties de la forêt amazonienne sont défrichées pour la production d'huile de palme et de soja pour alimenter les voitures et les centrales électriques d'Europe et d'Amérique du Nord. Par ailleurs la construction de barrages hydroélectriques conduit à la perte de forêt tropicale par les inondations des lacs de retenue. Les barrages détruisent les habitats de la faune aquatique déplaçant les peuples indigènes isolés de leurs terres et endommageant leur environnement. La consanguinité