Le prieuré Saint-Hilaire, dit aussi prieuré de Commagny, est un prieuré médiéval situé à Moulins-Engilbert, au hameau de Commagny, dans le département français de la Nièvre.
L'ensemble se compose de l'ancienne église prieurale, du , dédiée à Saint-Laurent. Le bras nord du transept est prolongé par un bâtiment médiéval, le logis du . Juste à l'ouest de ce dernier, se tient le cimetière toujours en activité.
Présentation Le prieuré de Commagny, installé sur le bord d’un petit plateau calcaire à au sud-ouest du château et du village de Moulins-Engilbert.À la séduction du site, au caractère des bâtiments conventuels [...], à l'agrément des bâtiments ruraux qui se groupent alentour, on ajoutera que l'église de Commagny est parvenue jusqu'à nous dans son intégrité et n'a encore subi que d'infimes restaurations.Actuellement en travaux, l'église n'est pas ouverte au public. Le logis est une propriété privée.
Toponymie On relève les mentions suivantes du nom du hameau : Prioratu de Commagniaco (1161), Ecclesia de Colmaniaco (1164), Comagniacum (1180), Comaigni (1194), Comeigniacum (1287), Comaigny (1293), Commaigneium (1336), Comagny (1367), Commaigniacum (1367), Coumagny (1567)..
Historique
Général De nombreux écrits et auteurs (Crosnier, Bulliot...) du évoquent le monastère de Commagny comme remontant aux avec de possibles liens avec la reine Brunehaut, fondatrice de l'abbaye Saint-Martin d'Autun, maison-mère de Commagny. Il ne subsiste cependant aucune source de première main capable de valider ces informations.
La première mention du prieuré de Commagny remonte donc à la fin du , lorsque Bernard de Saint-Saulge, évêque de Nevers énumère les églises possédées par les obédiences de Saint-Martin dans son diocèse. Ces lettres sont confirmées par le pape Alexandre III en 1164.
Le prieuré de Commagny a laissé peu de traces dans les sources ; ses effectifs, l'agencement des bâtiments de vie, son temporel ne sont donc jamais vraiment connus avec précision. Un cloître est mentionné dans le terrier de 1452 : « Item a droit ledit monsieur le Prieur que le curé de Commagny ne autres pour luy n'a puissance d'enterrer et sépulturer aucuns corps soit de gens nobles et non nobles en lad. esglise, ne aussy au cloistre du prieuré sans lissance dud. monsr. ». Cette évocation ouvre la voie aux hypothèses quant à l'effectif du monastère (plus de quatre religieux ?).
Les prieurs de Commagny participent à la vie de leur maison-mère :
en 1336, face au mauvais état financier de l’abbaye, l’abbé Jean de Marcigny convoque les prieurs de plusieurs de ses maisons (Commagny, Saint-Pierre-le-Moûtier, Anzy et du Feste) en assemblée générale. Au terme de ce chapitre, Jean de Marcigny promet de réduire ses charges personnelles et nomme une commission composée des quatre prieurs précédemment cités pour administrer l'abbaye pendant six ans. en 1462, le prieur Guillaume de Corvol participe comme électeur et comme membre du collège restreint chargé de conduire et de garantir l'élection du futur abbé, le cardinal Rolin.
Quelques prieurs, issus de l'aristocratie locale, officient à la tête de l'établissement comme Jean de Marry, Guillaume de Corvol ou François Boutillat. À partir du , ces derniers, commendataires, ne résident plus. Sur place, la communauté monastique se limite au sacristain ou au fermier du revenu chargé de collecter les biens appartenant au prieuré.
Un prieur violent et rebelle En se basant probablement sur les archives de la maison-mère autinoise, Bulliot relate une série d'événements impliquant Guillaume de Corvol, prieur de Commagny et issu d'une famille de l'aristocratie locale :Le jour de la fête de saint Matthieu évangéliste [le 21 septembre ndlr], le sacristain de Commagny fit apporter une partie de la vendange de son office au pressoir du prieur. Les vignerons de ce dernier lui firent observer qu'il faillait tailler le marc encore une fois, afin de lui faire rendre davantage, mais le sacristain se débattait en disant que par leur faute et retard à satisfaire sa demande, il avait déjà perdu un ponson de vin. Sur ces entrefaites arriva le prieur, Guillaume de Corvol, qui demanda au sacristain : « Que faites-vous icy ? Je suis icy venu pour pressourer ma vendange. Le dit prieur contredisant qu'il n'y mettrait jà rien sur son pressour, le dit sacristain dict que sé y venoit deux ou trois paillars, que ils seroient bien receus ». Le prieur, irrité, ordonna à ce moine insolent de se rendre en prison ; mais l'autre soutint qu'il n'était « ne larron, ne meurtrier, et qu'il n'y entreroit jà. Et tantôt incontinent le dict prieur mal meu s'en vint à la personne du dict sacristain et lui donnat sur le visaige et sur la teste, dix ou douze coups de poing en telle manère qu'il eut le visaige taint et enflez et à grant effusion de sang par les nez, et incontinent fist prendre le sacristain par les sergens et vallés séculiers, et le fist mettre en prison où il demourat dès lors jusques au lendemain vespres, sans boire ne manger». L’affaire est alors portée devant le chapitre général, mais Guillaume de Corvol refuse de comparaître et méprise les sanctions. Il multiplie ensuite les abus : calomnies contre l’abbé, violences, dilapidation des biens, décisions illégales et exactions graves. Il s’allie à Guy de Marry, prieur de Colombier, lui aussi accusé de nombreuses fautes. Tous deux refusent longtemps de répondre de leurs actes, font appel à Rome, puis, privés de leurs bénéfices, se regroupent à Commagny avec le soutien de leurs familles, qui participent à des violences contre les religieux. Face à ces troubles, l’abbé sanctionne leurs proches et, après plusieurs années, les deux prieurs finissent par se présenter devant le chapitre en 1459. Guillaume de Corvol se soumet, obtient l’absolution et conserve son prieuré en réparant ses fautes. Guy de Marry, malgré son repentir, est exclu de l’ordre et perd son bénéfice, tout en étant relevé de son excommunication.
Description L'église Saint-Hilaire
Extérieur La façade occidentale a été rejointoyée à l'époque moderne, et la partie supérieure du pignon remontée vers la fin du Moyen Âge pour supporter une toiture à pentes rapides. La fenêtre en plein cintre qui l'éclaire est légèrement désaxée vers le sud. À l'origine, le portail consistait en une simple arcade en plein cintre ; très tardivement, un are plus bas vint diminuer sa hauteur vers l'extérieur. À droite et à gauche de la retombée, des corbeaux marquent l'emplacement d'une petite galerie de charpente : à l'intérieur, d'autres corbeaux, contemporains de la porte actuelle, ont soutenu une tribune.
Le mur nord, construit comme l'ensemble de l'édifice dans un petit appareil irrégulier, était percé d'une porte basse, semblant avoir été murée très tôt, dont le cintre à claveaux irréguliers, certains très étroits, présente des joints épais. Deux gros contreforts plats contre-butent encore l'abside principale. Le niveau supérieur du mur des absidioles, terminé par un simple boudin comme celui de l'abside, était sensiblement moins élevé que lui. L'absidiole nord a conservé cette disposition. Cependant, l'absidiole sud a été tardivement remontée pour recevoir, comme à Jailly, le prolongement de la couverture de l'abside. Enfin, la présence de corbeaux contre le mur occidental du clocher indique un niveau antérieur de la toiture de la nef, donnant à celle-ci un angle beaucoup trop aigu pour qu'il puisse s'agir de la disposition primitive ; la baie inférieure du clocher ouvre sous la couverture actuelle.vignette|Vue sur le clocher de l'église, ADN 2 Fi Com 18/182/37.|370x370px Le clocher est une tour de plan carré, à trois étages, construite en petit appareil irrégulier. Le niveau inférieur comporte une fenêtre murée sur chacune de ses faces ; les arcs sont en plein cintre, à petits claveaux allongés. Au niveau suivant, deux petites archères séparées ouvrent sur chaque face ; l'are est constitué par un linteau échancré, les piédroits taillés en biseau. L'étage supérieur est éclairé par deux baies géminées en plein cintre dont les retombées communes se font au nord et à l'est sur des colonnettes jumelées dans l'épaisseur du mur, au sud et à l'ouest sur un étroit piédroit biseauté. Les chapiteaux des colonnettes, décorés de feuillages roulés en boule sous les angles des tailloirs, portent une tablette biseautée. Les retombées extérieures se font sur des piédroits munis d'une imposte.
Enfin, un gros tore analogue au précédent règne au sommet. S'il paraît évident que les ouvertures des deux niveaux supérieurs sont plus récentes que les baies de l'étage inférieur, rien ne permet, d'après l'aspect de la maçonnerie, d'affirmer que la tour elle-même ait été exhaussée. La charpente actuelle, d'un type bourguignon, se compose d'une partie basse à quatre pans, sommée d'une flèche octogone aux proportions médiocres..
Intérieur Le chœur comprend une travée droite voûtée d'un berceau ; il communique de part et d'autre par une arcade en plein cintre à double rouleau avec ses collatéraux, couverts d'une voûte d'arêtes et terminés comme lui-même par une abside en cul-de-four. Il s'ouvre sur la croisée du transept par une grande arcade à double rouleau ; les retombées se font sur des colonnes engagées dont les chapiteaux sont décorés de feuilles d'acanthe stylisées et traitées en méplat, de motifs en grappe, en pomme de pin ou de palmettes sur deux niveaux, et comportent une petite volute. Entre la travée droite et l'abside, un doubleau au cintre surhaussé retombe sur des colonnettes engagées ; l'un des deux chapiteaux présente, sur chacune de ses trois faces, un personnage aux bras écartés en V sous le tailloir, les angles étant amortis par un personnage incliné ; l'autre chapiteau est décoré de fauves dressés sur leur arrière-train, adossés sur la face principale, isolés sur les faces latérales, tous tournés vers un personnage assis sous l'angle du tailloir : c'est le thème de Daniel dans la fosse aux lions.
Quant à l'abside principale, elle présente des dispositions singulières. Elle est répartie entre cinq arcades en plein cintre retombant sur un stylobate ; les premières de part et d'autre sont aveugles, les trois suivantes inscrivent chacune une baie en plein cintre dont elles constituent le rouleau extérieur, la baie d'axe ayant été murée lors de la mise en place du retable. Le stylobate porte six colonnettes engagées supportant les pilastres des arcades ; la base rectangulaire des colonnettes est surmontée de deux tores. Les corbeilles des chapiteaux sont garnies soit de grandes feuilles d'eau, soit de palmettes isolant une sorte de buste sous chaque angle du tailloir, soit, en même place, d'un masque portant dans sa bouche des tiges recourbées vers le milieu de la corbeille, où elles laissent la place à une palmette renversée ; les tailloirs biseautés supportent des pilastres plats rejoignant, à la base du cul-de-four, une arcature décorative de petits ares en plein cintre retombant sur des corbelets, trois dans les travées aveugles et cinq dans les travées éclairées. Les absidioles latérales sont simples, et percées d'une seule baie dans leur axe.
La croisée du transept porte une coupole sur trompes soigneusement appareillée; ses doubleaux en plein cintre à double rouleau retombent à l'est sur les colonnes engagées des grosses piles cruciformes qui reçoivent les arcs ouvrant le chœur sur ses collatéraux et ceux-ci sur les bras du transept ; à l'ouest, donnant sur la nef de part et d'autre de l'arc triomphal, un étroit « passage berrichon » fait songer à Notre-Dame du Puy-Ferrand et à toute une série d'édifices dont le plus occidental se situe sur la rive gauche du Cher à Meusnes, entre Selles et Saint-Aignan.