La Barbe est un groupe d'action féministe française, fondé en 2008, ayant pour objectif de dénoncer l'absence ou la sous-représentation des femmes dans des instances de pouvoir économiques, politiques, culturelles et médiatiques.

À la fois héritières du mouvement féministe des années 1960-1970 et créatrices d’une voie nouvelle, les militantes de La Barbe pratiquent un activisme fondé sur le coup d'éclat et l'ironie. Lors de leurs actions inopinées, affublées de barbes postiches, elles félicitent des assemblées à majorité masculine pour leur résistance à la féminisation.

Le collectif est à l'origine d'actions au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, au Théâtre de l'Odéon, dans des écoles telles que Sciences Po et l'École normale supérieure de Lyon, mais aussi au sein de conseils d'administration comme celui du groupe Casino ou lors de forums économiques.

Histoire

Débuts thumb|300px|Action de La Barbe, Place de la Nation, à Paris, le 14 juillet 2012. Le groupe commence à se constituer autour de personnes soutenant Ségolène Royal qui avaient été choquées des allusions sexistes à son égard lors de la campagne pour l'Élection présidentielle française de 2007. Autour de Marie de Cenival, ancienne militante d'Act Up-Paris, se réunissent des femmes qui n'ont pour la plupart jamais participé à une association ou à un mouvement féministe.

En , « une vingtaine de membres actives, une trentaine de sympathisantes », selon Libération, participait au groupe. En , une cinquantaine de membres actives était recensée , sur ouest-france.fr, consulté le 11 février 2011. Le nom du groupe fait à la fois référence à la barbe, comme symbole de la pilosité masculine, et à l'interjection familière « La barbe ! » qui signifie « Cela n'a que trop duré ! ».

thumb|300px|Cinq titres de tracts de félicitations par La Barbe La première action publique a lieu le , lors d'une séance de dédicaces du journaliste et écrivain Éric Zemmour à Paris au Drugstore Publicis , sur YouTube, consulté le 14 février 2011. Mais selon Le Nouvel Observateur, La Barbe se forme officiellement le à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Le groupe défile alors à Paris aux côtés de Act Up-Paris et des Panthères roses, et colle une barbe à l'une des statues de la place de la République , sur tetu.com, consulté le 11 février 2011.

Contexte de sa création thumb|300px|Action de La Barbe à Toulouse : remise du diplôme de la Barbe d’Or lors de la Mêlée numérique (trophées de l’économie numérique), le 28 mai 2014. Le groupe apparaît dans les années 2000, marquées par une nouvelle génération de féministes. On note la création des associations Ni putes ni soumises en 2003 et Osez le féminisme ! en 2009 ou du collectif Les TumulTueuses en 2010. Dans la presse écrite, la création du magazine Causette en 2009 témoigne également de ce renouveau du féminisme. Pour l'écrivaine Joy Sorman, . Par son sens de la dérision, La Barbe participe aussi à un mouvement plus général du « rire militant » aux côtés des collectifs L'Appel et la pioche, Génération précaire, Jeudi noir, Sauvons les riches et les Clowns à responsabilités sociales , sur lemonde.fr, consulté le 11 février 2011. À l'international, l'essor de La Barbe s'accompagne également de l'émergence du mouvement des SlutWalk (« marche des salopes » en français) à partir de 2011, où des femmes manifestent leur droit de s'habiller comme elles le veulent.

Ligne idéologique La Barbe s'inscrit dans la lignée du Mouvement de libération des femmes, dont elle a célébré les quarante ans, avec Les Chiennes de garde et Osez le féminisme, le . Dans une tribune publiée sur L'Obs, La Barbe énonce l'un des principes du groupe : « Rendre visible et ridicule l'absence des femmes dans tous les lieux de pouvoir, politique, économique, culturel ». Le groupe fait également valoir l'inscription dans la Constitution française du principe de la parité professionnelle homme-femme depuis le .

Dans son manifeste, La Barbe précise avoir « décidé d'investir de barbues tous les hémicycles, toutes les antichambres, tous les lieux de pouvoir des hommes ». Les militantes mènent leurs actions en mettant des barbes postiches, un geste qui vaut notamment à ce groupe d'être qualifié de « militantisme décalé » par le journal Le Monde ou de « forme alternative de féminisme » par l'AFP. Sociologue à l'Inserm, Natacha Chetcuti-Osorovitz évoque ainsi « une mise en scène publique de leur action » d'une génération de féministes qui sait davantage comment capter l'attention des médias, à l'image d'Act Up-Paris.

vignette|Action de La Barbe à l'université de la gastronomie - Forum Alimentation et Culture, université de Tours, le Slate, par Louise Tourret : « Gastronomie : ça manque de femmes à la cuisine » Le fait de porter une barbe postiche ressort des pratiques du « coup d'éclat » et de la « dérision », selon L'Express, sont aussi assimilées à une forme de « happening » féministe, dans la tradition des Guerrilla Girls américaines. Certaines activistes de Guerrilla Girls portent des masques de gorille, tout comme les militantes de La Barbe une fausse barbe, entre autres afin de rester anonymes.

Quelques actions Pointant une absence ou une sous-représentation des femmes dans les instances de décision, La Barbe mène régulièrement des actions touchant les secteurs de la politique, de l'économie, des médias et de la culture.

Le groupe cible notamment : la gastronomie ; l’art contemporain, avec la visite du palais de Tokyo et de la fondation Cartier"La Barbe en action à la fondation Cartier", article d'Anaïs Condomines, 05/05/2014, sur le site de Métro, consulté le 26/06/2014, la bande dessinée (Festival d'Angoulême), les mathématiques (Institut Henri-Poincaré) ou encore la musique, avec une intervention sur la scène de l'opéra Bastille, suivie quelques jours plus tard d’une visite salle Pleyel, lors de l’annonce d’une saison où afflueraient 102 chefs d’orchestre dont « Les féministes du groupe La Barbe continuent de perturber avec leur humour grinçant les présentations de saison 2013-2014 outrageusement masculines », in « La Barbe s’invite à Pleyel », La Lettre du spectacle, 5 avril 2013..

De la création à 2011 Le , La Barbe manifeste devant le Palais Brongniart, place de la Bourse à Paris, à l'occasion de l'assemblée générale des actionnaires du groupe Casino.

Le , alors que le monde est en pleine crise financière, La Barbe s'attaque au milieu de la finance, au théâtre Marigny à Paris, au cours de la remise des « BFM Awards ».

La légitimité de l’action est parfois immédiatement reconnue, comme le au Palais des Congrès de Paris, lors du Salon des entrepreneurs : après la prise de parole impromptue de La Barbe, le collectif est ovationné par le public puis salué à la tribune par un « Le message est passé ». Après la surprise causée par le surgissement des Barbues, on reconnaît au micro leur « forme d’entreprenariat et de prise de risque ». Une reconnaissance confirmée par la publication, sous logo du Salon des Entrepreneurs, de la vidéo officielle de trois minutes de cette action, de toute évidence filmée par les caméras accréditées du Salon des Entrepreneurs, vu la diversité des cadrages. La Barbe est de nouveau présente au Salon des Entrepreneurs, à Nantes, en , 18/11/10 sur le site de la ville de Rennes, consulté le 29/12/12.

Le , une dizaine de militantes ont occupé l'entrée de l'assemblée générale de L'Oréal pour dénoncer la faible proportion de femmes dans le conseil d'administration du groupe.

La Barbe a interrompu, le , un débat à l'initiative de l'hebdomadaire L'Obs et de la radio France Culture.

Le Conseil d'orientation des retraites est ciblé le , à l’institut Océanographique de Paris. Associée à l'association Génération précaire, La Barbe perturbe le Conseil, soulignant que parmi les 36 représentants, il n'y avait qu'« une femme et zéro précaire » , sur solidarite.gouv.fr, consulté le 11 février 2011.

Le , La Barbe invite à un rassemblement devant la Maison de Radio France afin de dénoncer le fait qu'aucune femme ne figure parmi les huit nommés au titre de « personnalité culturelle de l’année 2010 », selon un sondage établi pour la radio de service public.

Le , une action a lieu loin de Paris, à Montauban. Quatre femmes se réclamant de La Barbe s'introduisent au conseil départemental de Tarn-et-Garonne, composé exclusivement d'hommes.

Le , une dizaine de jours après le début de l'affaire Dominique Strauss-Kahn, La Barbe initie avec Osez le féminisme ! une pétition publiée dans Le Monde, où elles dénoncent « le déferlement quotidien de propos misogynes tenus par des personnalités publiques ». Celle-ci est notamment signée par Audrey Pulvar, Clémentine Autain, Florence Montreynaud, Annick Coupé, Annie Ernaux et Florence Foresti. Deux jours plus tard, La Barbe participe à une manifestation féministe à Paris, qui réunit .

Au festival de Cannes (2012) thumb|300px|Action de la Barbe Aquitaine au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême (FIBD), le 31 janvier 2013.

Lors du Festival de Cannes 2012, La Barbe rappelle que son champ d'action concerne aussi la culture. Le quotidien Le Monde publie le une tribune à l'initiative du collectif intitulée « À Cannes, les femmes montrent leurs bobines, les hommes, leurs films » . Signé par l'actrice Fanny Cottençon, l'écrivaine Virginie Despentes et la réalisatrice Coline Serreau, ce texte dénonce le fait que les vingt-deux films de la sélection officielle du festival de Cannes ont été réalisés par vingt-deux hommes.

Publié quelques jours avant l'ouverture du festival le contenu de cette tribune est repris par de nombreux médias, français et à l'étranger. Le quotidien britannique The Guardian traduit le texte en anglais pour son lectorat sous le titre : . « Le cinéma français est-il misogyne ? », s'interroge le magazine en ligne Slate. Aux États-Unis, la tribune de La Barbe est relayée par une pétition qui interpelle les responsables du festival de Cannes sur l'absence de femmes réalisatrices dans la sélection officielle. Cette pétition est notamment signée par l'icône féministe Gloria Steinem, la réalisatrice Gillian Armstrong et la productrice Darla K. Anderson.

Le lendemain de la publication du texte, le délégué général du festival Thierry Frémaux se défend de sexisme dans l'hebdomadaire L'Express. Le débat remonte jusqu'à Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture qui vient alors d'être nommée au gouvernement de François Hollande est interrogée sur le sujet. Enfin, le , une poignée de militantes affublées de barbes postiches manifeste sur le tapis rouge du Palais des festivals et des Congrès de Cannes.

Au théâtre de l’Odéon (2012)