thumb|Torque en or de l'époque hallstattienne (Tombe de Vix).
Les Celtes n'ayant laissé que très peu de traces écrites de leur civilisation, celle-ci nous est avant tout connue grâce à leur art, largement redécouvert durant la deuxième moitié du . L'art celte privilégie les petits objets utilitaires comme des armes, des bijoux, des ustensiles domestiques ou religieux. L'art celte est associé aux peuples connus sous le nom de Celtes ; ceux qui parlaient les langues celtiques en Europe, de la préhistoire à l'époque moderne, ainsi qu'à l'art de peuples anciens dont la langue est incertaine, mais qui présentent des similitudes culturelles et stylistiques avec les locuteurs de langues celtiques.
L'art des Celtes présente une grande diversité selon les époques et les régions considérées. Il n'est pas, non plus, exempt d'influences extérieures : étrusque, grecque, scythique, puis latine, et enfin germanique et chrétienne. On a avancé l'hypothèse d'une continuité artistique en Europe depuis l'âge du bronze, et même depuis le Néolithique ; cependant, les archéologues utilisent généralement le terme « celtique » pour désigner la culture de l'âge du fer européen, d'environ 1000 av. J.-C. jusqu'à la conquête de la majeure partie du territoire concerné par l'Empire romain, et les historiens de l'art ne commencent généralement à parler d'« art celtique » qu'à partir de la période de La Tène (du Ve au Ier siècle av. J.-C. environ).
Quelques caractéristiques majeures distinguent définitivement l'art celte de celui des autres aires culturelles qui étaient en contact avec l'aire culturelle celtique : les représentations des divinités semblent avoir existé, mais les témoignages en sont rares, d'époque gallo-romaine ou difficiles à identifier (l'une des sources les plus connues est le chaudron de Gundestrup). si l'on excepte le cas de la Hesse et celui du midi de la Gaule (voir infra), il semble également que la statuaire de pierre n'ait pas été le domaine de prédilection des Celtes. une caractéristique majeure de l'art celte est la domination de motifs non anthropomorphes ou issus de la nature, tels que les entrelacs, et une tendance à l'abstraction. Issue du schématisme hallstattien, cette tendance atteint son apogée à travers les enluminures des manuscrits celtiques d'Irlande et d'Écosse de la période chrétienne insulaire, tels que le célèbre Livre de Kells (voir aussi le monastère de Iona).
Historiographie
Les premières découvertes de pièces majeures d'art celtique remontent aux années 1840, période de grands aménagements, mais jusque dans les années 1870, ces pièces sont considérées comme des importations, des copies d'œuvres étrangères, notamment étrusques ou datées du Moyen Âge comme le fait Eugène Viollet-le-Duc pour le casque d'Amfreville ou pour les œnochoés de Basse-Yutz.
Les travaux des archéologues Paul Reinecke en 1902 et Joseph Déchelette en 1904 montrent l'existence d'un art celte contemporain de la période de La Tène mais il n'est considéré que comme un répertoire de formes décoratives créé par des artisans. Déchelette ou Paul Jacobsthal, père de l'art celtique qu'il formalise en une succession de styles dans en 1944Ouvrage de référence vraiment connu seulement à partir des années 1970., affirment, eux, qu'il ne s'agit que d'un art sous influence gréco-étrusque, le sociologue Henri Hubert voyant encore en 1932 .
Cette impasse méthodologique (art sous influence) et théorique (art décoratif et non figuratif, rejeté par l'histoire de l'art) est aujourd'hui dépassée par le domaine de l'anthropologie de l'art.
Styles
Les principaux « styles » de l'art celtique ont été nommés à la suite des propositions émises par Paul Jacobsthal dans les années 1940. Ils s'appuient sur une distinction entre Hallstatt et La Tène, divisée en quatre styles majeurs. le hallstattien correspond à l'art de la période de Hallstatt, c'est-à-dire au premier Âge du fer. La plus ancienne culture archéologique communément appelée celtique, la culture de Hallstatt (désignée par la suite sous le nom de « Hallstatt C »), date du début de l'âge du fer européen, vers 800-450 av. J.-C.L'art de cette période et des suivantes présente néanmoins une continuité considérable, ainsi que des correspondances de longue durée, avec l'art antérieur des mêmes régions. Ceci pourrait refléter l'importance accordée récemment à la celtisation par acculturation au sein d'une population relativement sédentaire, par opposition aux théories plus anciennes de migrations et d'invasions. L'art mégalithique, présent dans une grande partie du monde, utilise un vocabulaire mystérieux similaire de cercles, de spirales et d'autres formes courbes. Il est frappant de constater que les vestiges les plus nombreux en Europe sont les grands monuments, avec de nombreux dessins rupestres laissés par la culture néolithique de la vallée de la Boyne en Irlande, à quelques kilomètres seulement des centres d'art insulaire du haut Moyen Âge, quelque 4 000 ans plus tard. D'autres centres, comme la Bretagne, se situent également dans des régions encore considérées comme celtiques aujourd'hui. D'autres similitudes existent entre les lunules d'or et les grands colliers de l'âge du bronze en Irlande et en Europe et les torques des Celtes de l'âge du fer, autant d'ornements élaborés portés autour du cou. Les extrémités en forme de trompette de divers bijoux irlandais de l'âge du bronze rappellent également des motifs populaires dans la décoration celtique plus tardive. Le premier style (laténien et proprement celtique au sens strict) use de formes ornementales géométriques, symboliques et abstraites ; s'il est influencé par les Étrusques et par les Grecs (il utilise notamment des rinceaux grecs), il semble refuser la figuration et il puise son inspiration dans la nature, surtout dans le monde végétal. L'art est alors surtout ornemental et aristocratique, présent sur des objets de prestige : coupes, fourreaux d'épées, etc. Un style flamboyant « classique » et un style baroque et fantastique ont ensuite été distingués pour La Tène 1a et pour La Tène 1b. Le style de Waldalgesheim ou style végétal continu qui dérive, dans une large mesure, du premier s'affranchit davantage de l'influence méditerranéenne au . Alors que les productions du complexe techno-économique nord-alpin se répandent plus largement en Europe parallèlement aux mouvements des Celtes, l'art celte gagne en originalité. Le style végétal est caractérisé par l'emploi de motifs végétaux en deux dimensions, exécutés en relief, avec une allure moins géométrique qu'auparavant. L'émaillerie tend à offrir un substitut à l'emploi de matières premières importées aux époques précédentes, comme le corail. La verrerie, également, se développe.
Au , le style végétal se scinde en deux : des motifs incisés, avec une allure géométrique encore moins évidente, masquent pourtant une plus grande rigueur dans le décor surtout des fourreaux. Parallèlement, les Celtes adoptent le procédé du moulage à la cire, technique qui aboutit à l'exécution de motifs globulaires en relief (rondebosse) et qui constitue le cœur du style plastique. le style plastique (improprement nommé car le style précédent est également « plastique ») use de volumes géométriques, très en relief et asymétriques, évoquant la nature et se combinant pour que surgissent des figures. le style des Épées (considéré comme contemporain du précédent) use de motifs végétaux incisés, proches de ceux de Wadalgesheim, pour orner notamment les pièces d'armement. Le motif des « paires de dragons affrontés » couvre la partie supérieure de nombreux fourreaux de cette époque : les épées, quant à elles, se sont considérablement allongées pour une utilisation exclusive de taille.
Cette évolution ne donne qu'une idée générale et schématique des transformations que subit l'art celte durant La Tène. Des chronologies différentes de celle attachée à ces styles par les travaux de P. Jacobsthal ont été proposées depuis. Aussi, l'idée d'une succession chronologique stricte pour les styles de l'art celte a été abandonnée : le premier style et le style de Wadalgesheim, par exemple, se perpétuent tout au long de La Tène. Il en est de même en ce qui concerne une éventuelle localisation géographique de l'art celtique : seul le style des Épées peut, dans une certaine mesure, être attaché à un territoire précis : l'Europe centrale (Autriche et Hongrie).
Motifs décoratifs L'art celtique est généralement ornemental, évitant les lignes droites et n'utilisant que rarement la symétrie. Il se distingue par son absence d'imitation de la nature, centrale dans la tradition classique, et fait souvent appel à un symbolisme complexe. L'art celtique a employé une variété de styles et a révélé des influences d'autres cultures dans ses entrelacs, ses spirales, ses motifs en clé de voûte, son écriture, ses zoomorphes, ses représentations végétales et ses figures humaines. Comme l'a souligné l'archéologue Catherine Johns : « L'art celtique, sur une vaste période chronologique et géographique, se caractérise par un sens exquis de l'équilibre dans la composition et le développement des motifs. Les formes curvilignes sont agencées de manière que les zones pleines et vides, positives et négatives, forment un ensemble harmonieux. Maîtrise et sobriété étaient de mise dans l'utilisation des textures et des reliefs. Des motifs curvilignes très complexes étaient conçus pour recouvrir avec précision les surfaces les plus irrégulières et les plus difficiles d'accès.»
Perfectionnement de l'orfèvrerie vignette|Le casque celte d'apparat d'Agris en fer, bronze, or, argent et corail, , Charente. vignette|Disque celte découvert à Auvers-sur-Oise, , Cabinet des Médailles, Bibliothèque Nationale de FranceL'art celte offre ses œuvres les plus spectaculaires dans le domaine du décor : les Celtes utilisèrent séparément ou ensemble le bronze, la feuille d'or, l'ambre de la Baltique, le corail importé de Méditerranée et l'argent. L'émaillerie laténienne apporta une technique originale : l'application à chaud de verre coloré et opaque de couleur rouge sur des métaux, probablement afin de remplacer le corail provenant de Méditerranée qui était difficile à obtenir.
Les influences scythiques et méditerranéennes apportèrent les premiers motifs végétaux de l'art celte ; ceux-ci furent ensuite déformés, augmentés de motifs celtiques revêtant probablement un caractère sacré ou spirituel (comme le triscèle) avant d'être fondus en d'admirables et complexes compositions qui renvoient une image différente selon qu'on les observe dans le détail ou dans l'ensemble.
De tous les arts pratiqués par les anciens Celtes, l'orfèvrerie représente probablement leur domaine de prédilection : celle-ci constitue en tous cas le domaine le plus riche de l'art celtique découvert jusqu'à aujourd'hui. Des motifs proprement celtiques, comme le triscèle, et leur combinaison en entrelacs ont été révélés par cet art.
Parmi les plus belles pièces décorées qui ont été conservées figurent nombre de casques d'apparat, datés des avant notre ère. Le casque d'Agris, en Charente est l'un d'entre eux.
Bijoux et petits objets vignette|Fibule en bronze de l'époque de l'occupation romaine.