vignette|Autoportrait du Sodoma dans la fresque du tamis brisé Les épisodes de la Vie de saint Benoît de Monte Oliveto Maggiore composent un cycle de fresques du cloître principal de l'abbaye bénédictine de Monte Oliveto Maggiore (commune d'Asciano, dans la province de Sienne), réalisé par Luca Signorelli (huit fresques), qui y travailla de 1497 à 1498, et par Le Sodoma, qui compléta le cycle à partir de 1505 avec les vingt-six fresques manquantes. Une scène (Benoît envoie Maur en France et Placide en Sicile) a été repeinte par Riccio.
Il s'agit de la description picturale la plus complète de la vie de saint Benoît de Nursie (né vers 480-490, mort en 547), composée au total de trente-cinq scènes basées sur le récit du pape Grégoire le Grand « Je ne connais pas toutes ses actions ; mais le peu que j'en rapporte, », dit Grégoire, « je le dois au récit de quatre de ses disciples, savoir : Constantin, personnage infiniment respectable qui lui a succédé dans la direction du monastère ; Valentinien, qui, pendant de longues années, a gouverné celui de Latran ; Simplicius, troisième abbé du monastère que notre saint a fondé au Mont Cassin ; et enfin Honorat, actuellement encore à la tête de celui de Subiac (Subiaco), premier séjour de saint Benoît ». Abbé Henry, Les Dialogues de Saint Grégoire le Grand, Ad. Mame et Cie, 1855, Tours, p. 92..
La vie de Benoît se déroule entre les derniers soubresauts de l'Empire romain d'Occident et les invasions barbares, fournissant à l'imagination des peintres qui l'ont mise en scène un fond historique stimulant et bariolé.
Historique Le cycle de fresques de Monte Oliveto Maggiore s'inscrit dans la filiation de travaux antérieurs qui ont posé une bonne partie du code pictural et symbolique repris et développé par Signorelli et par Le Sodoma à Monte Oliveto Maggiore. Pour s'en tenir au territoire toscan, et pour les œuvres que les deux artistes avaient pu admirer, on peut citer : Le cycle de la vie de saint Benoît, réalisé en 1387-1388 dans la sacristie de la Basilique San Miniato al Monte (Florence) par Spinello AretinoNé Spinello di Luca Spinelli (Arezzo v.1350 - 1410). Peintre italien gibelin dont la famille, florentine d'origine, s'était réfugiée à Arezzo.. Les onze fresques sur la légende de saint Benoît peintes, entre 1436 et 1439, dans le Chiostro degli Aranci de la Badia Fiorentina La Badia Fiorentina est le nom courant donnée à l'église Santa Maria Assuntanella (de l’Assomption), à Florence. (Florence) par le peintre portugais João GonçalvesMieux connu sous son nom italianisé, Giovanni Consalvo. Avant qu'on ait identifié l'auteur des fresques, on parlait du Maestro del Chiostro degli Aranci (le maître du Cloître des orangers)..
Ce cycle de fresques a été commandé par le frère Domenico Airoldi, abbé et général des Olivétains. Signorelli y travailla à partir de 1497. En 1498, appelé par une commande plus prestigieuse (celle de la Chapelle San Brizio dans la Cathédrale d'Orvieto, il abandonne le chantier qui sera repris par Le Sodoma en 1505, toujours sous l'autorité d'Airoldi qui, entretemps, a été réélu supérieur du monastère.
Les travaux récents effectués par l'Opificio delle Pietre Dure ont restauré la céruse oxydée, démontrant que les tonalités sombres des fresques étaient dues à leur état de conservation, et non à la volonté de leurs créateurs. Il a ainsi été possible de redécouvrir des scènes plus sereines et moins dramatiques que celles que le public avait été habitué à contempler.
Organisation des fresques Les scènes se lisent depuis la porte d'entrée orientale de l'église, en progressant ensuite vers la droite.
Côté est Les onze fresques situées du côté est du cloître sont l'œuvre du Sodoma. Image Numérod'ordre Scène Description 80px01 Benoît quitte la maison paternelle et se rend à Rome pour y étudier À l'arrière-plan, se développe un paysage champêtre saisi au lever du soleil. Dans le ciel, on reconnaît l'ébauche d'une huppe. À droite, surplombant les méandres d'une large rivière, se dressent les remparts de Norcia (Nursie), cité natale du futur saint, qui laissent voir, sur la place de la ville, une potence sous laquelle se balance un pendu. Au premier plan, le jeune Benoît, déjà auréolé et monté sur un splendide cheval blanc qui se cabre, quitte la noble famille dont il est issu pour gagner Rome, en compagnie d'une servante prénommée Cyrilla, qui chevauche une simple mule. Un serviteur vêtu aux couleurs de la famille, les dirige vers le chemin où les ont précédés deux mules qui portent vraisemblablement leur bagage (un chargement est couvert d'une bâche également aux couleurs de la famille). La pose digne et les riches vêtements des personnages du groupe familial (sa sœur jumelle Scolastique, future sainte elle aussi, leurs parents, une troisième femme et une petite fille dont un chien mordille le bas de la robe), évoquent l'aisance d'une famille de haut lignageSaint Benoît de Nursie est né, vers 480-490, dans une noble famille romaine de religion chrétienne. Son père Eutrope, fils de Justinien Probus, de la gens Anicia, est consul et capitaine général des Romains dans la région de Nursie dans le centre de l'Italie. Sa mère est une Reguardati, de la famille des comtes de Nursie.. 80px02 Benoît abandonne l'école de Rome Sous un riche portique, assis de part et d'autre des degrés qui montent vers la chaire, une douzaine de jeunes gens, dont certains très richement vêtusSans doute pour illustrer le motif du départ de Benoît : la peur de tomber dans « l'abîme des vices » de l'ambition et de la sensualité. Grégoire le Grand, op. cit. p.92., suivent l'enseignement de leur maître. À droite, le personnage de Benoît (vêtu, pour faciliter son identification, comme dans la scène précédente) est saisi au moment où il quitte l'école sur la pointe des pieds, en jetant un dernier regard vers la gauche où, au premier plan, un homme âgé, absorbé par la lecture d'un ouvrage, ne remarque pas son départ. 150px03 Benoît répare le tamis brisé Toujours en compagnie de sa servante Cyrilla, Benoît a quitté Rome pour s'installer à EffideAfide, selon Grégoire, op. cit. p. 93, ou Eside, selon Jacques de Voragine, La Légende Dorée, Librairie Charles Gosselin, 1843, Paris.. C'est là qu'il obtient la réparation miraculeuse d'un tamis que Cyrilla avait brisé en le faisant tomber. La scène, qui se développe horizontalement sur un panneau plus large que les deux premières, est divisée en deux parts égales : à gauche, à l'intérieur de l'habitation, saint Benoît se tient, agenouillé et en prières, devant le tamis que l'on voit à la fois brisé et miraculeusement réparé. Légèrement en retrait sur la droite du saint, Cyrilla se tient les mains jointes, l'air contrit, des larmes coulant sur ses joues. Au premier plan, deux poules noires, d'un dessin étonnamment naïf, picorent le grain répandu sur le sol. La partie droite de la scène, séparée de la précédente par une colonne décorée à l'antique, se déroule à l'extérieur. Devant un édifice imposant dont les arcades laissent voir des aperçus champêtres, trois personnages principaux occupent le premier plan : à gauche et au tout premier plan, un autoportrait en pied du Sodoma se détache par son réalisme et sa magnificence. Le peintre s'est représenté en grand habit de cour, la tête coiffée d'un large béret gris, les cheveux répandus sur les épaules. Un léger sourire aux lèvres, il regarde le spectateur. Sa main gauche, gantée de blanc, tient la garde d'une longue épée dont la pointe repose sur le sol. De la main droite, également gantée, il désigne le personnage qui lui fait face, un homme vêtu à la romaine et drapé dans une ample cape couleur carmin. Il est accompagné d'un tout jeune garçon aux longs cheveux blonds vêtu d'une toge blanche et d'une cape. Derrière eux, trois personnages lèvent les yeux pour admirer, au fronton de l'église, le tamis réparé qui y a été suspendu. Un quatrième tourne ses regards vers le spectateur. Au second plan, un cygne se désaltère dans une flaque, tandis qu'aux pieds du Sodoma, se tiennent deux blaireaux apprivoisés (l'un d'eux portant un collier). Au tout premier plan, deux ébauches de corbeaux, celui de droite saisissant avec son bec la queue d'un des blaireaux. 80px04 Le moine Romain donne à Benoît l'habit d'ermite Le miracle évoqué dans la scène précédente ayant apporté à Benoît une popularité qu'il cherche à fuir, il décide de quitter la ville pour se retirer du monde. On le voit ici figuré à deux reprises : alors qu'il s'éloigne des remparts que la tradition indique être ceux de Subiaco pour s'aventurer dans un paysage idéal de bosquets et de grottes ; au moment où il quitte les vêtements qu'il a portés jusqu'alors pour revêtir l'habit d'ermite. Celui-ci lui est remis par Romain, un vénérable moine à la longue barbe grise, à proximité de la grotte qu'il lui a indiquée pour y faire retraiteLa grotte sera baptisée plus tard Sacro Speco, la Sainte Grotte.. Agenouillé devant le vieux moine, Benoît, en chemise, ses vêtements posés sur le sol à sa droite, baisse la tête pour enfiler une chasuble immaculée, la même dont est déjà revêtu Romain. La composition, toute verticale, est centrée sur les deux personnages principaux et joue sur le contraste entre la figure hiératique de Romain mise valeur par le drapé éclatant de sa robe, et celle de Benoît humblement incliné devant lui. À l'arrière-plan à droite, la cité qui se dresse sur une colline est traitée avec de nombreux détails comme les gardes à la porte principale, les cavaliers se poursuivant sur le glacis ou des personnages vaquant à leurs occupations de par les rues. 150px05 Comment le démon brisa la clochette