L’Institut pontifical oriental (IPO) est une institution catholique d’enseignement supérieur située à Rome. Le projet de créer un centre d’études de haut niveau consacré à l’Orient chrétien était déjà dans l’air à l’époque du pape Léon XIIICf. ., mais il ne fut réalisé qu’en 1917 par le pape Benoît XV. Le IPO fait partie d’un consortium avec les deux autres institutions romaines confiées à la Compagnie de Jésus, à savoir l’université pontificale grégorienne (PUG), fondée en 1551 sous le pape Jules III, et l’Institut biblique pontifical (PIB), fondé par le pape Pie X en 1909. L'IPO dépend du Saint-Siège et le grand chancelier est le préfet pour la Congrégation pour les Églises orientales; son vice-grand chancelier est le préposé général de la Compagnie de Jésus. Pour l’approbation des programmes académiques, la Congrégation pour l’éducation catholique est le dicastère compétent.

L'IPO comprend deux facultés, la faculté des sciences ecclésiastiques orientales (SEO) et celle du droit canon oriental (DCO). Pour l’année académique 2018-2019, le nombre des étudiants inscrits est de 351 dans la faculté SEO et de 71 dans la DCO, pour un total de 422, dont hôtes qui viennent d’autres facultés. La bibliothèque accueille chaque année, en plus des professeurs et des étudiants de l'IPO, environ .

Mission Créé par le pape en 1917 et confié par le pape en 1922 à la Compagnie de Jésus, l'IPO est un institut d’études supérieures dont la mission particulière est de servir les Églises orientales, pour que tous, en Orient comme en Occident, puissent connaître (, Orientale Lumen 4). La mission de l'IPO a donc comme objectif d’étudier et de faire connaître les traditions des Églises orientales à travers la recherche, l’enseignement et les publications dans les domaines les plus divers : liturgie, théologie, patrologie, histoire, droit canon, littératures et langues, spiritualité, archéologie, questions d’intérêt œcuménique et géopolitique.

Les étudiants s’inscrivent pour un deuxième cycle d’études spécialisées ou pour le doctorat. Ils proviennent de divers rites, assyriens, catholiques latins ou orientaux, orthodoxes de tradition byzantine, orthodoxes orientaux, et en majorité des pays où les Églises orientales sont bien représentées : Égypte, Éthiopie et Érythrée, Europe orientale, États du Kerala et du Tamil Nadu aux Indes et autres contrées asiatiques, ou bien de la diaspora, celle des États-Unis par exemple. Les Américains et les Européens de rite latin qui s’intéressent aux cours offerts par l'IPO sont aussi nombreux.

Histoire

les premières années Lors de sa création en 1917, l'IPO s’installa à Piazza Scossacavalli, tout près du Vatican, dans le quartier qui dut faire place plus tard à la Via della Conciliazione. Puis, après 1922, il partagea quelque temps avec l’Institut biblique l’édifice de Piazza della Pilotta où réside le PIB, pour obtenir en 1926 les bâtiments qui l’abritent aujourd’hui sur la colline de l’Esquilin, Piazza S. Maria Maggiore, 7Cf. .. La basilique qui domine la place est du reste celle qui, à Rome, rappelle le plus l’Orient, tout d’abord pour les fameuses mosaïques du temps du pape , faites juste après le concile d’Éphèse (431) qui a proclamé Marie Théotokos, la Mère de Dieu. La basilique, qui accueille selon la tradition les reliques de la crèche de Bethléem, vit les saints apôtres des Slaves Cyrille et Méthode déposer en elle leurs livres liturgiques après l’approbation pontificale de la célébration de la liturgie en slavon. La basilique de Sainte-Prassède, toute proche, est décorée de mosaïques du temps du pape , au début du , grand adversaire de l’iconoclasme qui reprenait alors de la vigueur dans l’Orient byzantin. C’est aussi près de Sainte-Prassède que mourut saint Cyrille, le frère de saint Méthode, en 869. À côté de l’Institut se trouve l’église de Saint-Antoine l’Abbé, le fameux moine égyptien vénéré tant par les Orientaux que les Occidentaux. Depuis la fondation du Collège pontifical russe en 1929, connu comme le Russicum, l’église est affectée au rite byzantin russe et son recteur est un des pères jésuites du CollègeCf. .. Sous tant de points de vue, le lieu où se trouve l'IPO est vraiment idéal.

le premier centenaire vignette|392x392px|Santa Maria Maggiore de Alberta Pisa (1905) L'IPO fut créé par le pape Benoît XV la même année que la Congrégation pour l’Église orientale (1917), dont le nom fut changé en 1967 par le pape en Congrégation pour les Églises orientales.. Le but et la mission de l'IPO sont ainsi fortement liés à la Congrégation et on ne saurait comprendre ces deux créations sans les situer en pleine Première Guerre mondiale, alors que la « question d’orient » risquait d’avoir une solution inattendue. Depuis la défaite turque de 1774 face à l’empire russe suivie du traité de Kutchuk-Kainarji, la question ne fit que s’accentuer, comme avec la campagne d’Égypte sous Bonaparte en 1798 : qu’allaient devenir les millions de chrétiens de l’Empire ottoman après sa chute ? Le Congrès eucharistique tenu à Jérusalem en 1893 permit aux patriarches orientaux catholiques d’alerter le pape à travers son légat, le cardinal Benoît-Marie Langénieux. L’année suivante, les prélats se réunirent au Vatican et après cette rencontre avec le pape fut publiée la lettre apostolique Orientalium dignitasCf. ., véritable magna charta pour les catholiques orientaux.

Quand l’Empire russe s’effondra après la révolution de et que l’Empire ottoman allait bientôt disparaître, le pape décida de passer à l’action. Avec le motu proprio du , Dei providentisCf. ., il créa la Congrégation pour l’Église orientale et avec Orientis catholici du de la même année, l'IPOCf. .Cf. , avec une introduction par A. Raes.. Le pape se réserva le titre de préfet de la nouvelle congrégation qui, au début, ne fut donc dirigée que par un secrétaire, même s’il devait avoir la dignité de cardinal, selon ce que prévoyait le droit canon en vigueur ( du Codex Iuris Canonici de 1917).. Trois ans après sa fondation, le pape donna à l'IPO la permission d’accorder les grades académiques (cf. le bref Quod nobis in condendoCf. .). Dès le début, le pape insista sur la nécessité d’avoir une riche bibliothèque spécialisée pour favoriser l’étude et la recherche tant des étudiants que des professeursCf. ..

Dans les premiers temps, ceux-ci, outre trois laïcs, dont le philologue et historien Michelangelo Guidi, appartenaient à diverses congrégations religieuses : le père blanc Antoine Delpuch (1868-1936)., pro-président de l'IPO la première année des cours (1918-1919); deux bénédictins, dont le bienheureux Alfredo Ildefonso Schuster ; trois assomptionnistes, dont Martin Jugie (1878-1954) qui n’enseigna à l'IPO que les cinq premières années de l’Institut, auteur d’une monumentale synthèse historique de la théologie orientale; un dominicain ; un mekhitariste ; quatre jésuites, dont le grand spécialiste français de l’art byzantin Guillaume de Jerphanion (1877-1948). Il y avait aussi deux Russes, un Grec et un Éthiopien.. gauche|vignette|329x329px| Michel d'Herbigny, évêque et recteur de l'Institut pontifical oriental (Rome) vignette|Pape Benoît XV Peu après son élection, le pape estima qu’il était préférable de confier la direction et la gestion de l'IPO à un seul ordre religieux, non seulement pour les exigences immédiates, mais surtout pour la planification des futurs enseignants. Son choix se porta sur les Jésuites et le , il reçut le préposé général Vladimir Ledóchowski pour remettre l'IPO aux soins de la Compagnie de JésusBref de Pio XI au P. Ledochowski dans ., comme l’avait suggéré l’abbé Alfredo Ildefonso Schuster qui entretemps était devenu le premier président de l'IPO dans ses pleines fonctions. C’est le jésuite Michel d’Herbigny (1880-1957) qui le remplaça à la présidence, poste que ce dernier occupera de 1922 à 1931. , d’Herbigny sut donner à l'IPO un nouvel élan, grâce entre autres aux publications et à l’installation de l’Institut place Sainte-Marie-Majeure. À la suite de divers problèmes, dont ses délicates missions en Russie, il se retira de la présidence de l'IPO et c’est un canoniste allemand de grande valeur, le P. Emil Hermann, qui lui succéda (1932-1951), guidant avec prudence l’Institut durant la Deuxième Guerre mondiale. Après lui, nous trouvons : Ignacio Ortiz de Urbina (1951-1957), spécialiste de syriaque ; Alphonse Raes (1957-1962), liturgiste, qui devint ensuite préfet de la Bibliothèque vaticane ; Joseph Gill (1962-1967), grand connaisseur du concile de Florence, qui fut le premier à porter le titre de recteur en 1965 ; Ivan Žužek (1967-1972), grand canoniste ; Georges Dejaifve (1972-1976), œcuméniste de renom ; Eduard Huber (1976-1981), spécialiste du monde russe ; Peter-Hans Kolvenbach (1981-1983), spécialiste d’arménien, bien vite élu préposé général de la Compagnie de Jésus ; Gilles Pelland (1984-1986), patrologue ; Gino Piovesana (1986-1990), spécialiste de philosophie russe ; Clarence Gallagher (1990-1995), canoniste ; Gilles Pelland pour un second mandat plus bref (1995-1998) ; Héctor Vall Vilardell (1998-2007), œcuméniste ; Cyril Vasil’ (2007-2009), canoniste qui fut bien vite nommé, avec le titre d’archevêque, secrétaire de la Congrégation pour les Églises orientales ; Sunny Kokkaravalayil (2009-2010), canoniste, en tant que pro-recteur ; James McCann (2010-2015), spécialiste en relations internationales ; Samir Khalil Samir (2015), pro-recteur, spécialiste du patrimoine arabe-chrétien. Le P. David Nazar est recteur de l'IPO depuis l’V. Poggi, Pontifical Oriental Institute, EDCE, 1503-1506..

Le premier centenaire de l'IPO peut être divisé plus ou moins en quatre périodes. La première s’étend sur les onze années initiales, quand l'IPO cherche sa propre identité et à être reconnu, ce qui aboutit à travers l’encyclique du pape dédiée au monde oriental Rerum orientalium (1928)Cf. .. Les trente années qui suivent, jusqu’à l’élection du pape (1958), voient le lancement de grandes entreprises : dès 1934, la revue Orientalia Christiana Periodica et la série Orientalia Christiana Analecta ; la publication des Actes du concile de Florence ; la série des Anaphorae Syriacae. La troisième période est profondément marquée par le concile et le renouveau d’intérêt envers les Églises orientales catholiques et les autres qui se manifeste dans le décret Orientalium Ecclesiarum. Quand l’Europe de l’Est s’ouvre en 1989, tout change pour l'IPO, déjà par le nombre des étudiants qui se multiplie, car ceux qui ne pouvaient pas sortir de leurs pays ont enfin la possibilité de fréquenter les cours et de pratiquer la recherche à l'IPO. vignette|417x417px|Visite du pape François en Orientale en 2017. Le cardinal Leonardo Sandri à sa droite. Arturo Sosa, SJ, supérieur général de la Compagnie de Jésus à sa gauche.

le Le , le pape François a rendu visite à l'IPO à l’occasion du centenaire et il a pu voir déjà . En plus des défenses de thèses et des conférences propres à l'IPO, celle-ci accueille des symposiums et rencontres sur des thèmes d’actualité, comme la question des génocides arménien et assyro-chaldéen, la non-violence, l’autocéphalie etc., auxquels assiste un public très varié, prélats, diplomates, spécialistes, hôtes de l'IPO et simples intéressés.

Les espaces à disposition des professeurs ont été étendus. Les moyens de communication par internet sont maintenant à la page et tout est en place pour accueillir étudiants et chercheurs dans un lieu à la fois séculaire et moderne.

La Bibliothèque