Cornelio, Cornelius, Cornelis ou, en français, Corneille de Bie, né à Lierre le et mort après 1712, est un notaire, procureur, greffier de « l'audience militaire » de la ville de Lierre, rhétoricien, poète et dramaturge des Pays-Bas méridionauxFrederiks et Van den Branden, .. Il est l'auteur du Het Gulden Cabinet, dictionnaire d'artistes de référence, publié en 1662.
Biographie vignette| Portrait d'Adriaen de Bie (1593-1668), peintre et père de Corneille de Bie, gravé par Lucas Vorsterman d'après un dessin de , dans de 1662. vignette|Frontispice, gravé par Corneille Meyssens, d'après un dessin d'Abraham van Diepenbeeck, du de De Bie, publié en 1662.vignette|Portrait de Corneille de Bie (vers 1660) par Gonzales Coques, un peintre dont l'écrivain représenté fait l'éloge dans son .vignette|Portrait, par un peintre anonyme du , de Boris Godunov, protagoniste d'une pièce de Corneille de Bie d'après la célèbre tragi-comédie de Lope de Vega.vignette|Portrait, dessiné par Jan Lievens, de Jan Vos, dont les pièces dramatiques ne manquaient pas d'exercer une certaine influence sur Corneille de Bie.vignette|Le théâtre de Lope de Vega eut une influence considérable sur les pièces de Corneille de Bie.vignette|Portrait par Philips Koninck de Joost van den Vondel, dont le est la source d'inspiration du de Corneille de Bie.vignette|Certains vers du de Corneille de Bie se rapprochent du style de Jacob Cats, ici peint par Michiel Jansz. van Mierevelt en 1634.vignette|Les pièces dramatiques profanes de Corneille de Bie se rapprochent du genre dramatique pratiqué par Gerbrand Adriaenszoon Bredero, ici représenté sur une gravure de 1619 de Hessel Gerritsz.
Ce fils du peintre Adriaen de BieWillems, . bénéficia d'une bonne éducation et étudia sans doute le droit à LouvainVan Es et Rombauts, . en 1648Te Winkel, . ; il se peut que De Bie y ait étudié aussi la philosophie, car il se faisait passer pour un philosophe. Il connaissait le latin, le français, l'italien et l'espagnol.
Après avoir terminé ses études, il s'installa dans sa ville natale. Il fut successivement notaire, procureur, greffier de « l'audience militaire » et doyen de la Halle aux draps, titre qui lui donna accès à la magistrature de la ville, où il devint un membre éminent de l'administration communale. Il occupa la fonction de greffier de la cour dans les années 1664, 1668 et 1708, et il fut avocat.
En 1650, il débuta comme écrivain par un recueil de moindre importance, contenant des chansons.
Polyvalent et particulièrement laborieux, il se tourna aussi bien vers la scène que vers la pratique de l'histoire, de l'histoire de l'art et de l'enseignement populaire. Il venait souvent à Anvers, ville où il se lia d'amitié avec la plupart des artistes de l'époque, dont il racontera la vie dans son ouvrage en vers rimés (Le Cabinet d'or de l'art libéral de la peinture).
De Bie est surtout connu comme rhétoricien, c'est-à-dire comme membre de la chambre de rhétorique (L'Arbre croissant), pour laquelle il produisit de nombreuses œuvres : entre 1652 et 1708, il écrivit 52 pièces environ, dont seulement 27 sont conservéesMak, .Van Es et Rombauts, .. À quelques rares exceptions près, toutes furent portées à la scène par les deux chambres de rhétorique de sa villeVan Es et Rombauts, ., dont il était l'un des membres les plus diligents. Il manifesta la plus grande créativité entre les années 1669 et 1680, et les années 1698 et 1708, toutefois, sans tomber dans l'inertie dans l'intervalle. Il signait presque toutes ses œuvres de sa devise , en néerlandais, ou, en latin, (« La vérité engendre la haine »).
Il se maria deux fois. À la suite d'un accident, sa première épouse, Elisabeth Smits, mourut le . Elle lui laissa quatre enfants, dont Gaspar, le fils dont un poème de louange en latin est inséré dans (L'Écho de la renommée). De son mariage en secondes noces avec Isabella Caelheyt, morte en , naquirent encore quatre enfants.
Encore en 1706, il publia son (Le Retentissement de l'écho) comme « adieu au monde » (), bien que l'on publiât ses poèmes encore après cette annéeWillems, .. Il serait décédé en 1711 ou après cette année-là.
Œuvre
Des œuvres en prose de De Bie, la plus importante est une compilation de biographies de 280 artistes, (Le Cabinet d'or de l'art libéral de la peinture ; le titre se traduit aussi comme Le Cabinet d'or de la noble et libre peinture, ou Le Cabinet d'or du noble et libre art pictural). La conception de cet ouvrage est basée sur un livre de 1649, l’Image de divers hommes : un recueil de portraits d'artistes gravés pourvus de courtes légendes explicatives, publiée par l'artiste et marchand d'art anversois Jean Meyssens (1612-1670)Van der Aa, .. Il semble que, peu de temps après cette publication, De Bie ait été demandé par Meyssens de composer un dictionnaire des artistes plus volumineux, qui se rapproche davantage de l'esprit du de Carel van Mander, mais en utilisant les illustrations gravées existantes du livre de Meyssens, auxquelles devrait s'ajouter une nouvelle série de portraits. Le résultat en est le de De Bie, publié par Meyssens en 1661-1662. L'ouvrage, illustré de 98 portraits d’artistes, dont 72 proviennent de la publication de MeyssensVan Someren, ., est dédié au collectionneur d'art anversois Antoine van Leyen (1628-1686). C'est une collection de biographies de maîtres des Pays-Bas et de l'étranger des et s, divisée en trois parties, dont l'une est consacrée aux peintres morts, la deuxième aux peintres vivants et la troisième aux graveurs, sculpteurs, architectes et peintres non inclus dans les deux premiers volumes. Le texte se compose de vers élogieux, certains en latinVan Es et Rombauts, ., et de passages en prose en alternance. Un traité général de la peinture est tissé à travers toute l'œuvre.
Le premier livre comprend des louanges poétiques sans beaucoup d'intérêt. Cependant, en traitant ses contemporains – ceux vivant dans les Pays-Bas méridionaux, ainsi que ceux de la République au nord – De Bie était en mesure d'offrir à ses lecteurs des informations de première main sur un certain nombre de peintres, affichant ainsi son intérêt réel pour la scène artistique contemporaine. Comme habitant des Pays-Bas méridionaux, il avait une préférence pour l'art de ses compatriotes et pour le cercle de peintres d'Anvers.
Le n'a jamais égalé le succès du de Van Mander, que De Bie avait employé comme source directe. Le de De Bie devint populaire parmi les amateurs et les collectionneurs d'art de son époque ; toutefois, il n'est pas couramment utilisé comme ouvrage de référence aujourd'huiMD..
En 1711, De Bie semble avoir offert son propre exemplaire de ce livre à son fils aîné Gaspar, un prêtre à Orp-le-Grand, où De Bie s’est retiré à la fin de sa vie.
Ouvrages moralisants Entre 1663 et 1708, De Bie publie neuf ouvrages moralisants, entre autres le [...] (L'Écho de la renommée de la poésie néerlandaise, publié en 1670), qui mérite d'être considéré comme le principal. En cinq tomes, il offre au lecteur une riche variété d'histoires, de réflexions et d'épigrammes où dominent les passages en proseVan Es et Rombauts, .. Les images emblématiques, pourvues de légendes, n'y occupent plus la place centrale, et les sujets les plus divers y sont arbitrairement réunis, ce qui fait que l'ensemble s'apparente plus à un recueil compilé de manière aléatoire qu'à un ouvrage conçu selon un plan fixe. Des réflexions moralisantes sur la vanité et la folie du monde, qui ne manque pas de rappeler la didactique populaire habituelle, sont entrecoupées de réflexions en vers sur les avantages et les inconvénients du mariage. De Bie entremêle son ouvrage de nombreux détails et réflexions sur les troubles dans les Pays-Bas au et sur l'histoire de Lierre, par lesquels il se fait connaître comme un partisan enthousiaste de l'Espagne, autant que comme un ardent défenseur de la foi catholique romaine. Dans son dernier livre moralisateur, il se retourne contre le jansénisme.
Œuvre dramatique Farces et comédies De Bie a débuté comme dramaturge par des farces, genre dans lequel il produit des œuvres jusqu'à sa mort. Dans ses dernières années d'activité littéraire, celles-ci apparaissent, sous forme d'intermèdes ou d'annexes comiques, insérées dans les pièces sérieuses. Par ses (comédies burlesques), il s'efforce, après 1695 et sous l'influence de la comédie française, de perfectionner et de raffiner le genre de la farce, devenue légèrement vieillotte.
Ses farces et comédies contiennent des intermèdes sur le modèle des pièces espagnoles. De Bie a immédiatement saisi le ton et compris le style de la farce licencieuse « à l'ancienne », dont il continue consciencieusement la tradition. Les hommes et les femmes ivres-morts demeurent les personnages stéréotypés préférés, mais ils se déplacent et agissent avec davantage de naturel et d'ingénuité, et ne s'expriment pas moins que leurs prédécesseurs du Moyen Âge et du de façon intrépide et colorée. À ces motifs traditionnels, De Bie ajoute plusieurs autres de son cru.
Par ses comédies, abordées à la façon des farces, dont il en a créées trois après 1695, De Bie se rapproche de la comédie classique française. En général, les sujets sont l'amour, les moyens comiques employés par les amants et les maîtresses pour atteindre leurs objectifs, ainsi que l'apparition immanquable d'amis intimes avec leurs confidences entre maître et domestique, rappelant la comédie française. Malgré les sujets d'origine étrangère, les situations dépeintes restent cependant typiquement indigènes, c'est-à-dire brabançonnesVan Es et Rombauts, ..
Tragi-comédies et tragédies Dans ses pièces sérieuses, De Bie suit d'abord le chemin qu'avait pris le théâtre espagnol. Entre 1659 et 1672, de manière très libre et dépouillée, il adapte trois célèbres tragi-comédies de Lope de Vega, un auteur pour qui il nourrit une grande admiration, dont témoigne l'hispanisation de son prénom en CornelioKalff, ..
Dans leur version néerlandaise, ces pièces s'intitulent :
[...] (Alphonse et Thébasile ou l'Innocence rétablie ; jouée en 1659 et imprimée en 1673) ; [...] (La Misère du comte Florelle ou la Souffrance sans vengeance ; de 1671 ; une adaptation de la de Lope de VegaKalff, .) [...] (Le Grand-duc de Moscovie ou la Cruelle Tyrannie de l'injuste Boris, vaincue et punie par le jeune Démétrius ; jouée en 1672 et imprimée en 1675 ; une adaptation de la pièce de Lope de Vega)Te Winkel, ..
En 1688, peut-être en concurrence avec le poète hollandais, il se hasarde à produire une pièce dramatique dans le genre de Jan Vos, un écrivain des Provinces-Unies avec qui il s'était lié d'amitié et qui fait son éloge ainsi que celui de son dans un poèmeVos, . inséré dans l'une de ses œuvres. La (Revanche de la chasteté violée, illustrée par la vie misérable de la princesse Théocrine, déshonorée par Amurat ; jouée en 1688 et imprimée en 1706) ne cède en rien aux modèles célèbres du genre pour ce qui concerne les polissonneries et la cruauté. À la fin de la pièce, aucun protagoniste n'est plus en vie : ils sont tous morts ou ils se sont suicidés.L'apogée de la cruauté est atteint dans la scène du sixième acte, où l'héroïne Theocrina arrache le cœur à son violeur Amurat, y mord et se transperce par la suite le cœur. Dans cette pièce, De Bie, voulait sans doute rassembler toutes ses forces afin de rivaliser avec les grands spectacles qui ont longtemps triomphé au théâtre d'Amsterdam et qui étaient jadis perçus comme supérieurs à ceux de BrabantVan Es et Rombauts, ..
Pièces sacrées