thumb|upright=1.2| Le Zollverein ( de son nom complet, littéralement ) est une union douanière et commerciale entre États allemands dont l'acte fondateur est signé le et qui entre en fonction le .

Dominée par le royaume de Prusse, elle remplace les unions douanières , et l'. Les membres fondateurs sont, outre la Prusse : le Landgraviat de Hesse-Cassel, le royaume de Bavière, le royaume de Wurtemberg, le royaume de Saxe et l'ensemble des États constituant la Thuringe. Jusqu'en 1836, les États du grand-duché de Bade, le duché de Nassau et Francfort-sur-le-Main rejoignent l'union. En 1842, le Luxembourg, le duché de Brunswick et la principauté de Lippe la rejoignent à leur tour, suivis en 1854 par le royaume de Hanovre et le grand-duché d'Oldenbourg. L'union recouvre donc à la veille de la fondation de la confédération de l'Allemagne du Nord (1867) un territoire d'environ .

Les buts du Zollverein sont la création d'un marché intérieur unique et l'harmonisation des règles fiscales et économiques. Au niveau politique, elle place la Prusse au centre de l'échiquier allemand et conduit à l'adoption de la solution petite-allemande lors de l'unification allemande. Après la fondation de l'Empire allemand en 1871, les fonctions de l'union lui sont transférées. Bien que n'appartenant pas au nouvel État, le grand-duché de Luxembourg, réduit depuis 1839 à sa superficie actuelle, fait partie de l'espace douanier allemand de 1842 au lendemain de la Première Guerre mondiale. L'Alsace-Moselle annexée se retrouva également dans le Zollverein de 1871 à 1918.

Fondation Contexte thumb|Friedrich List, Peinture de Caroline Hövemeyer en 1839 Durant la période du Saint-Empire romain germanique, les États allemands sont très nombreux et leurs territoires éclatés, ainsi en 1790 pas moins de douanières existent. Dans le seul royaume de Prusse pas moins de douaniers différents sont en application au début du . Par exemple, entre Königsberg et Cologne, douaniers sont effectués.

La période napoléonienne apporte avec elle son lot de modernisations, tout particulièrement dans la confédération du Rhin où un marché unique est mis en place en 1800 à l'intérieur de ses frontières. En Bavière, la législation en vigueur entre 1799 et 1808 unifie l'ensemble de son territoire sous un seul tarif qui est le plus libéral de l'époque. Cet exemple est suivi en 1810 par le royaume de Wurtemberg et en 1811 par le grand-duché de Bade. Ces politiques visent à la fois à l'intégration économique et sociale des nouveaux territoires, Napoléon ayant réorganisé l'Allemagne, mais aussi et surtout à augmenter les recettes des États en question. Un quelconque progressisme n'a que peu de place dans ces décisions. En l'absence d'impôt sur le revenu, les recettes étatiques sont principalement constituées des droits d'accise et des taxes douanières. Il est donc impératif pour les États de garantir l'encaissement de ces dernières et si possible de les augmenter. Quelques voix réclament déjà à l'époque le libre-échange à l'intérieur de l'Allemagne associé à une barrière douanière avec l'extérieur. Parmi eux, Joseph Görres ou Heinrich Friedrich Karl vom Stein.

Contrairement à ce qui est prévu dans son acte fondateur de 1815, la Confédération germanique n'unifie finalement pas les questions douanières et les règles économiques dans ses frontières. L'article 19 prévoit uniquement que les questions du commerce et de liberté de transport doivent être traitées par la suite . Des négociations sont certes entamées en 1819 et 1820 pour l'unification des zones douanières mais elles échouent.

Les questions douanières ne sont dès lors plus décidées au niveau de la confédération mais directement entre États. Si les nombreuses barrières douanières entravent le développement industriel et le commerce, c'est de l'extérieur que viennent les pressions pour une nouvelle politique douanière. La fin du blocus continental fait réapparaître subitement la concurrence des industries britanniques face à l'artisanat allemand. L' est créé pour exiger la mise en place de barrières douanières pour limiter les importations britanniques. Son meneur est l'économiste Friedrich List. Il craint sinon que l'économie allemande ne devienne dominée par l'économie britannique. À la manière de ce qu'écrit en 1819, List exige dans une pétition largement distribuée la fin des barrières de douanes intérieures qu'il trouve à la fois gênantes et pénalisantes pour le commerce et le transport en Allemagne et invivables pour les personnes vivant à une frontière.

List poursuit des objectifs économiques, mais aussi politiques. Selon lui, un espace douanier unifié doit conduire à la formation d'État-nation en lieu et place de la Confédération germanique. L'initiative n'a qu'un faible succès, mais elle encourage les vues des libéraux et influence indirectement les mesures étatiques dans le sud de l'Allemagne ainsi que les négociations qui ont lieu pour la mise en place d'une union douanière.

Modernisation du système douanier Dans le processus de modernisation du système douanier la Prusse joue un rôle prépondérant. Elle a hérité des réformes mises en place en Westphalie par Napoléon, avec notamment l'absence de droit de douane à l'intérieur de ce territoire. La politique douanière qui y est en vigueur sert de modèle pour celle que met alors en place la Prusse dans le reste de ses terres. Le ministre des finances de Westphalie jusqu'en 1811, le comte von Bülow, sert à partir de 1813 le nouveau pouvoir dans ce sens. Par ailleurs, tout comme dans les États du sud, le besoin d'intégrer les territoires nouvellement acquis se fait particulièrement sentir et oblige à réformer le système douanier.

Les États du sud et la Prusse ont un intérêt à mettre fin aux barrières douanières qui ont cours dans les petits et nombreux États. Dans la période qui suit directement le congrès de Vienne le contraste est particulièrement marqué entre les territoires prussiens de l'ouest, la Rhénanie et la Westphalie très développés et ceux de l'Est essentiellement agricoles. Il convient de combler ce fossé aussi bien sur le plan administratif que politique. La politique douanière est un des leviers qui doit permettre d'y parvenir. La loi de 1818 en Prusse abolit les barrières internes au royaume et met en place une barrière avec l'extérieur assez modérée. Le transit est quant à lui fortement taxé. Cette loi permet de contenter les grands propriétaires terriens favorables à des échanges plus libres et les artisans qui veulent être protégés de la concurrence étrangère. Par ailleurs cette loi a le mérite de la simplicité et de l'efficacité, l'origine des personnes transitant ne fait pas de différence quant aux tarifs appliqués ce qui n'était pas le cas auparavant. Les aliments de base et les matières premières sont exemptés de taxe de douane. Les biens issus de l'artisanat, à l'exception du textile, sont eux modérément taxés. Les taxes sont par contre élevées pour l'épicerie fine et les denrées de luxe.

Le système douanier prussien sert donc de modèle pour les autres pendant les suivantes. À quelques amendements près, il reste inchangé jusque l'apparition de l'Empire allemand. Encore en 1871, les trois quarts des recettes proviennent des boissons, de l'épicerie fine, comme le café ou les produits coloniaux, du tabac et des denrées de luxe. Dans l'ensemble les tarifs douaniers prussiens sont plus élevés que ceux des petits États allemands mais restent inférieurs à ceux autrichiens, français ou russes cité dans .

Ces nouvelles règles accroissent la pression douanière sur les petits États voisins qui sont parfois complètement enclavés. Les taxes de transit élevées les incitent à considérer une intégration au système douanier prussien. Le premier à franchir le pas est le Schwarzbourg-Sondershausen. D'autres suivent aussitôt. Les États restants protestent contre cette concurrence déloyale à leur encontre. Ils considèrent que l'action de la Prusse est dirigée contre eux et ne sert que ses intérêts. Les États au-delà du Main et dans le nord de l'Allemagne cherchent à s'unir douanièrement pour se défendre contre la politique prussienne.

Formation de différentes unions douanières concurrentes thumb|Johann Friedrich Cotta joue un rôle déterminant dans la formation de l'union des États du sud de l'Allemagne, puis dans la fusion de celle-ci avec l'union Prusse-Hesse Dès 1820, le Wurtemberg prévoit de fonder une union douanière constituée des États de la , c'est-à-dire les États allemands autres que la Prusse et l'Autriche. Cette initiative échoue à cause des intérêts divergents des différents membres potentiels. D'un côté le pays de Bade avec ses longues frontières et ses bonnes infrastructures adaptées au transit des marchandises est partisan du libre-échange, tandis que le gouvernement bavarois réclame une barrière douanière avec l'extérieur. Le seul résultat de ces négociations est un contrat commercial de courte durée entre le grand-duché de Bade et Hesse-Darmstadt. De nouvelles négociations ont lieu en 1825 à Stuttgart et conduisent à la formation de l'union douanière du sud de l'Allemagne entre la Bavière et le Wurtemberg. En réaction à ces deux unions douanières (prussienne et sud-allemande), Hanovre, Saxe, Hesse-Cassel, Nassau, Brême, Brunswick et Francfort forment en 1828 l'union commerciale d'Allemagne centrale. Cette fondation est soutenue par les autres puissances étrangères que sont la France, la Grande-Bretagne, l'Autriche et les Pays-Bas. Cette union est une union défensive pour la préservation du statu quo et n'est donc pas une véritable union douanière. Ses membres ne doivent pas entrer dans l'union douanière prussienne.

Le gouvernement prussien cherche à attirer de nouveaux membres dans son union douanière au moyen de pressions ou de cadeaux financiers. Le ministre des finances prussien Friedrich von Motz et son successeur Karl Georg Maaßen sont les principaux acteurs de cette tentative qui vise à la fois les États encore indépendants en la matière mais également ceux faisant déjà partie d'une union. Leur premier succès est l'entrée, à la surprise générale, du Hesse-Darmstadt, également courtisé par l'union sud-allemande, en 1828. Cela conduit dès 1829 à un effritement de l'union commerciale d'Allemagne centrale, avec le départ du Hesse-Cassel. Pour des raisons financières les États du sud et de l'ouest se montrent moins réticents à un rapprochement avec le système prussien. L'union sud-allemande n'a en effet pas rempli les objectifs qui lui étaient fixés, plus de 40 % des recettes sont consommées par ses frais de fonctionnement administratifCongrès de Vienne. Ainsi alors que dans l'union douanière prussienne les taxes rapportent par habitant, l'union sud-allemande en rapporte seulement 9,5.

En 1829, un contrat entre la Prusse et les États sud-allemands est signé sous l'impulsion de Johann Friedrich Cotta, marquant un rapprochement entre les deux unions douanières. Il prévoit l'exemption de droit de douane pour le commerce intérieur. La révolution de Juillet en 1830 augmente la pression autour de la politique douanière en faveur de plus de libéralisme. À l'époque le royaume de Hanovre tente encore d'empêcher la suprématie prussienne sur le domaine douanier en faisant entrer les institutions de la Confédération germanique dans les négociations. Ceci échouant, il décide de former sa propre union : l'.

Durant cette période de négociations, la Prusse gagne à sa cause la plupart des autres États de la confédération. Alors qu'elles progressent, notamment avec le grand-duché de Bade, l'union douanière sud-allemande et l'union douanière prussienne fusionnent officiellement le .

La Saxe et les États de Thuringe rejoignent la nouvelle union la même année. Le , la entre en fonction, le traité doit être renouvelé tous les sept ans.

Dans les années qui suivent, Bade, Nassau, Oldenbourg, Francfort et le Luxembourg intègrent la nouvelle union .