L'Affaire Lerouge est un roman policier français d'Émile Gaboriau publié en 1866. C'est l'un des romans les plus connus de l'auteurSelon CAIRN..

Le roman évoque le meurtre d'une femme, la veuve Lerouge. Tandis que le commissaire de police se lance sur la piste d'un « homme aux boucles d'oreilles » aperçu peu de temps auparavant près du domicile de la victime, le juge d'instruction, aidé de l'ancien enquêteur de police Tabaret, suit une piste bien plus prometteuse.

En effet, trente ans auparavant, Claudine Lerouge avait été la domestique d'un aristocrate qui, éperdument amoureux de sa maîtresse Valérie Gerdy, avait organisé l'échange des enfants entre celui de Valérie Gerdy et celui de son épouse légitime : l’enfant de la maîtresse avait pris place dans sa famille tandis que l'enfant de l'épouse avait été remis à Valérie Gerdy.

La piste suivie par le juge est simple : c'est sans doute l’un des deux enfants qui, devenu adulte, a tué la veuve Lerouge pour éviter qu'elle ne fasse des révélations gênantes.

Publications Le roman est d’abord publié en feuilleton en 1865 dans le journal le Pays où il passe inaperçu..

Il est repris avec d'importantes modifications en 1866 dans le quotidien le Soleil de Millaud et obtient un immense succès..

Principaux personnages La victime Claudine Lerouge : veuve et retraitée ; elle a été poignardée à son domicile.

Les enquêteurs M. Tabaret (dit « Père Tabaret ») : ancien policier et actuellement enquêteur amateur ; ami et maître de l'inspecteur Lecoq. Paul-Marie Daburon : 38 ansSon âge est indiqué dans le premier chapitre du roman. ; juge d'instruction au tribunal de Paris. M. Gévrol : commissaire de police, chef de la Sûreté et supérieur de Lecoq. Lecoq : inspecteur de police à la Sûreté (rôle secondaireIl n'apparaît que dans le premier chapitre.).

Autres personnages Noël Gerdy : 33 ansSon âge est indiqué au chapitre 3 du roman. ; avocat à Paris. Juliette Chaffour : 23 ansSon âge est indiqué au chapitre 5 du roman. ; maîtresse de Noël Gerdy. Valérie Gerdy : mère de Noël Gerdy et jadis maîtresse du comte de Commarin. Comte Guy de Commarin : environ 60 ans ; aristocrate de l’ancienne noblesse. Vicomte Albert de Commarin : 33 ans ; fils du précédent ; actuellement fiancé de Claire d'Arlange. Claire d'Arlange : ancienne amie du juge Daburon ; actuellement fiancée d'Albert de Commarin. Hervé : médecin ; ami intime de Noël Gerdy.

Résumé Mise en place de l'intrigue Cette section résume les cinq premiers chapitres du roman.

Le jeudi , à BougivalLa commune est située à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Paris., la veuve Claudine Lerouge est retrouvée poignardée chez elle, dans une maison isolée où elle vivait seule. Les habitants du quartier sont incapables de fournir des informations précises sur les fréquentations de la victime et sur son passé. Les forces de l'ordre, représentées par l'inspecteur Lecoq, par le juge d'instruction Daburon et par le commissaire Gévrol, s'engagent sur une première piste encore vague : un homme rougeaud avec des boucles d'oreilles a voulu rencontrer la veuve Lerouge et a quitté précipitamment la commune en empruntant un bateau près de la Seine (chapitre 1).

Alerté par le commissaire Gévrol, le père Tabaret (dit « Tirauclair ») arrive à son tour sur les lieux du crime pour les inspecter. L'homme, ancien policier ayant pris sa retraite, aide occasionnellement la police pendant son temps libre. Ses méthodes d'observation et de déduction minutieuses lui permettent de donner de nombreuses précisions quant à la manière dont s'est déroulé le meurtre. Celui-ci aurait été commis par un homme encore jeune. Le crime ne serait pas motivé par le vol mais par la recherche de documents qui ont disparu. Il signale aux policiers qu'il faudra chercher des éléments matériels de preuve : des chaussures élégantes mais boueuses, un chapeau, un parapluie, un cigare trabucos et un porte-cigare. Le commissaire Gévrol indique pour sa part qu'il va tenter de retrouver « l'homme rougeaud avec des boucles d'oreilles » (chapitre 2).

Après être rentré chez lui et y avoir dîné, Tabaret se rend chez Noël Gerdy, un avocat voisin qu'il considère comme son propre fils. De manière inattendue, Noël et sa mère Valérie Gerdy semblent être très perturbés par la mort de Claudine Lerouge qu'ils ont apprise par le journal du soir. Madame Gerdy a dû être alitée. Demandant des explications, Noël annonce à Tabaret qu'il va lui révéler un secret (chapitre 3).

Noël Gerdy explique à Tabaret son lien avec Claudine Lerouge. La mère de Noël, Madame Gerdy, a été, environ auparavant, la maîtresse du comte de Commarin, un homme de l'ancienne noblesse. Le comte l'a follement aimée. Elle s'est retrouvée enceinte et a accouché d'un fils en 1829. Or, l'épouse légitime du comte était aussi enceinte à la même période et a accouché peu de temps après. Le comte de Commarin a alors ordonné à Claudine Lerouge, la nourrice, de procéder à l'échange des deux nourrissons dont il était le père : l’enfant biologique de Madame Gerdy deviendrait ainsi son fils légitime (à qui il lèguerait sa fortune et son titre de noblesse) et l’enfant de son épouse deviendrait le fils légitime de Madame Gerdy. Valérie Gerdy n'a pas pu s'opposer à la volonté du comte et l'échange est intervenu. Ainsi Noël est le fils biologique du comte et de son épouse (et ne devrait pas porter le nom « Gerdy ») tandis que l'actuel vicomte de Commarin (Albert de Commarin) est un enfant illégitime qui ne devrait pas avoir le droit de porter son titre de noblesse. Noël a découvert ce secret de famille environ trois semaines auparavant en trouvant dans un tiroir secret d'un bureau l'ensemble de la correspondance échangée jadis entre le comte de Commarin et Valérie Gerdy. Noël fait lire à Tabaret cette correspondance. Noël ajoute qu'il a eu récemment une entrevue avec Albert de Commarin pour lui présenter ces lettres : le vicomte a appris sa véritable origine avec stupéfaction (chapitre 4).

Après le départ du père Tabaret, Noël part rejoindre sa maîtresse, Juliette Chaffour, , une femme très coquette et très dépensière qui l’a quasiment ruiné par ses nombreux excès en ameublement comme en robes de haute couture. Lorsque Noël rentre chez lui, il découvre que Madame Gerdy est mourante (chapitre 5).

Tempêtes dans la famille Commarin Cette section résume les chapitres 6 à 16 du roman.

Pour Tabaret, il ne fait aucun doute que c'est Albert de Commarin qui a tué Claudine Lerouge pour empêcher celle-ci de confirmer l'échange entre les deux bébés et conserver ainsi son héritage et son titre de vicomte. Tabaret part retrouver le juge d'instruction Daburon en pleine nuit pour lui communiquer le nom du coupable et le motif du meurtre. En entendant parler du comte, le juge est très perturbé. Une longue analepse permet au lecteur d'apprendre que Daburon, pendant plusieurs années, a été amoureux de la jeune Claire d'Arlange et l’a courtisée avec l'assentiment de la marquise d'Arlange, grand-mère de la jeune fille. Ayant un jour présenté sa demande en mariage, Claire d'Arlange a éconduit le jeune juge en lui disant qu'elle aimait un autre homme. Elle lui a révélé le nom de son concurrent : Albert de Commarin.

Alors brisé par ces déclarations, Daburon a rompu avec Claire d'Arlange et avec sa grand-mère, tout en ayant gardé comme une brûlure cet échec sentimental. Peu de temps après, Daburon s'est rendu à une soirée au cours de laquelle il savait pouvoir rencontrer son rival, afin de le tuer. Au dernier moment il a renoncé à son projet criminel. Tout cela s'était passé deux années auparavant. Et voici que maintenant, le hasard lui apporte sur un plateau son rival, soupçonné de meurtre. Daburon hésite à continuer de travailler sur l'affaire car il n'a plus la position impartiale nécessaire à l'égard de Commarin. Il ne communique pas ses hésitations à Tabaret qui le convainc d'arrêter le vicomte Albert de Commarin au plus vite. Daburon lit un courrier du commissaire Gévrol qui continue ses recherches concernant « l'homme aux boucles d'oreilles » (chapitres 6 et 7).

Or, le jour même de la découverte du meurtre à Bougival, le vicomte Albert de Commarin a accueilli son père le comte de Commarin qui revient d'un voyage à l'étranger. Il l'informe de la démarche de Noël Gerdy et demande des explications concernant l'échange des bébés à leur naissance. Le comte reconnaît les faits. S'ensuit une longue discussion entre les deux hommes, au cours de laquelle le comte est d'avis qu'il faut « étouffer l'affaire » et empêcher Noël de revendiquer héritage et fortune. Albert est d'un avis contraire : si Noël envisage un procès, nul doute qu’il le gagnera et que ce procès ternira à jamais le nom des Commarin. En fait Albert suit ses scrupules moraux et souhaite restituer à Noël le titre de vicomte et son héritage. Il explique à son père que, compte tenu de l’ampleur de sa fortune, il pourrait attribuer à Albert une rente lui permettant de vivre honorablement. Les deux hommes se séparent ; peu après Albert se demande quelles conséquences aura cette affaire sur son éventuel mariage avec Claire d'Arlange. Albert comme le comte ignorent qu'au même moment l'enquête les incrimine et que le juge Daburon a pris ses résolutions. Le lendemain au petit jour, les policiers pénètrent dans l'hôtel particulier munis d'un mandat de comparution. Ils arrêtent immédiatement Albert qui est conduit chez le juge. Pendant la perquisition qui a lieu dans la foulée au domicile des Commarin, Tabaret découvre des objets et des indices qui semblent prouver la culpabilité d'Albert dans l'affaire Lerouge : un fleuret pouvant correspondre à l’arme du meurtre, des habits humides couverts de terre, des gants abîmés, des bottes humides et couvertes de boue, une boîte de cigares Trabucos (chapitres 8 et 9).

Convoqué par le juge Daburon en qualité de témoin, Noël Gerdy, interrogé sans ménagement, confirme au magistrat ce qu'il a révélé la veille à Taburet. Il précise les conditions dans lesquelles il a rencontré Albert de Commarin, qui lui a donné une bonne impression. Il explique au juge qu'il n'aurait jamais fait un procès aux deux Commarin ; il aurait sollicité (et sans doute obtenu) une importante compensation financière. Il fait part aussi au juge de la situation médicale dramatique de Madame Gerdy.

L'audition prend fin : le juge pense que Noël Gerdy est un homme intelligent et moralement inattaquable. Peu après le départ de Noël, Taburet arrive au cabinet du juge et, très fier, évoque les éléments de preuve découverts au domicile des Commarin. Tabouret dit être certain de la culpabilité et de la condamnation future d'Albert de Commarin. C'est alors qu'arrive au cabinet du juge le vieux comte de Commarin, qu'on croyait frappé d'une attaque cérébrale (chapitre 10).

Le comte de Commarin détaille précisément son entrevue de la veille avec Albert et s'oppose à l'idée que celui-ci puisse être le meurtrier puisqu'il souhaitait rendre justice à Noël sans contrepartie. Le juge retient l'idée qu'Albert a tout intérêt à ce que la veuve Lerouge trouve la mort. Après le départ du comte, les valets des Commarin comparaissent à leur tour. Ils décrivent quasi-unanimement l'attitude particulièrement anormale d'Albert au cours des précédentes journées, en particulier sa disparition inexpliquée dans la soirée du mardi , au moment où le meurtre a eu lieu (chapitre 11).