Le fennec (Vulpes zerda) ou renard des sables, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des canidés, apparentée aux renards du genre Vulpes. Vivant dans les déserts d'Afrique du Nord, il présente de nombreuses adaptations spécifiques au climat, telles que ses grandes oreilles utilisées pour la localisation de ses proies et la thermorégulation, ses coussinets recouverts de poils le protégeant du sable brûlant, mais surtout sa taille minuscule, faisant de lui la plus petite espèce de canidés sauvage. Autrefois chassé par les populations humaines pour sa viande et sa fourrure, depuis le Néolithique, sa petite taille et son apparence particulière l’ont rendu populaire en tant qu’animal de compagnie à travers le monde, notamment aux États-Unis ou au Japon, au cours du . Le fennec est devenu un emblème de l’Algérie. Dénominations Nom scientifique valide : Vulpes zerda (Zimmermann, 1780). Nom normalisé (accepté par les institutions scientifiques) : fennec (UICN) et (CITES) . Noms vulgaires et vernaculaires utilisés en français : renard fennec, renard du désert, renard des sables, renard des sables du Sahara., zerdo (Désuet).

Étymologie

Le mot « fennec » dérive de l'arabe فنك (fanak), lui-même probablement d'origine persane, désignant initialement divers petits mammifères à fourrure. Dans une autre langue sémitique, en maltais, fenek désigne un autre animal à longues oreilles tel que le lapin.

L'épithète spécifique zerda proviendrait d'un terme berbère désignant le fennec, mais pourrait également provenir du persan zarde, désignant des teintes « jaunes » ou le « safran », en référence à la couleur de son pelage. Cette étymologie se retrouve également en grec sous le terme de xeros, faisant ici référence à son habitat sec..

Taxonomie

Histoire Le fennec a été décrit scientifiquement pour la première fois sous le nom de Canis zerda par Eberhard August Wilhelm von Zimmermann en 1780. En 1788, Johann Friedrich Gmelin attribue à l'espèce le synonyme Canis cerdo, avec comme localité type le désert du Sahara.

Quelques années plus tard, Friedrich Albrecht Anton Meyer propose le nom de Viverra aurita en 1793, avec une localité type en Algérie. D'autres synonymes suivront : Fennecus arabicus par Anselme Gaëtan Desmarest en 1804 ; Megalotis cerda par Johann Karl Wilhelm Illiger en 1811, basé sur les descriptions antérieures de Gmelin ; suivi par un autre synonyme : Fennecus brucei en 1820, avec des localités types en Algérie, Tunisie, Libye et Soudan. En 1827, René Lesson attribue à l'espèce le nom Canis fennecus. Durant les années 1840, elle reçoit encore deux synonymes : Vulpes denhamii par Pierre Boitard en 1842 et Vulpes zuarensis par John Edward Gray en 1843. Les localités types respectives sont l'« intérieur de l'Afrique » et l'Égypte.

Une description antérieure par Anders Fredrik Skjöldebrand en 1777 (Vulpes minimus Saarensis) n'a pas été retenue car elle ne respectait pas les règles de la nomenclature binominale. Bien que certains auteurs aient tenté ultérieurement d'introduire Vulpes minimus dans le système linnéen, la Commission internationale de nomenclature zoologique a, en 1980, officiellement rejeté ce nom afin d'assurer la validité du genre Vulpes avec le renard roux (V. vulpes) comme taxon type.

Initialement rattaché au genre Canis, le fennec a fait l’objet de plusieurs remaniements dans sa taxonomie : vers la fin du et début du , le nom Fennecus a été utilisé pour désigner le fennec comme un genre distinct de canidé aux côtés des genres Vulpes, Otocyon et Nyctereutes. Ce genre comprenait également le renard du Cap, le renard pâle et le renard de RūppelAuguste Ménégaux, « Les fennecs », dans La vie des animaux illustrée, sous la direction de Edmond Perrier, Paris, 1903, [en ligne sur Gallica](https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63480631/f503.item.r=Fennecus), consulté le 3 mai 2025..

En 1978, Gordon Barclay Corbet renomme l'espèce Vulpes zerda, nom scientifique actuellement utilisé, faisant de ce petit renard l'une des 13 espèces actuelles du genre Vulpes. Il fut transféré dans ce genre à la suite d'analyses moléculaires, bien qu'il présente certaines particularités morphologiques et comportementales distinctes.

Phylogénie Selon les analyses génétiques, l'espèce la plus proche du fennec serait le renard de Blanford (Vulpes cana). D'après les analyses ADN, ces deux espèces auraient divergé il y a 3 à 4,5 millions d'années, au Pléistocène, lors de la formation des déserts actuels en Afrique et au Moyen-Orient. Toutes deux appartiennent à un groupe de huit espèces de Vulpes adaptées aux environnements désertiques. Les autres membres sont : le renard corsac, le renard pâle, le renard nain, le renard du Tibet, le renard de Rüppell et le renard du Cap. Ces espèces ont évolué pour survivre en milieu aride, développant un pelage de couleur sable, de grandes oreilles, des yeux pigmentés et des reins spécialisés pour une faible hydratation.

Les plus anciens fossiles de fennecs datent du Pléistocène supérieur. Il possède un caryotype de 46 paires de chromosomes. L’espèce est considérée comme monotypique, c'est-à-dire qu'elle ne possède pas de sous-espèce reconnue.

Arbre phylogénétique

Description

thumb|Crâne et mâchoires de Fennec - Muséum de Toulouse|gauche

Dimensions La tête est petite avec un museau effilé, le corps est mince et les pattes sont fines. Le crâne est similaire à celui des autres espèces du genre Vulpes, mais possède des bulles tympaniques particulièrement développées, caractéristiques des espèces vivant dans un climat désertique.

Le fennec est le plus petit représentant des canidés : sa longueur tête-corps varie de 33,3 à 39,5 cm, tandis que la queue mesure entre 12,5 et 25 cm. Les femelles mesurent entre 34,5 et 39,5 cm de longueur tête-corps, avec une queue de 23 à 25 cm et des oreilles longues de 9 à 9,5 cm, pour un poids compris entre 1 et 1,9 kg. Les mâles sont légèrement plus grands, mesurant de 39 à 39,5 cm, avec une queue de 23 à 25 cm et des oreilles atteignant 10 cm, pour un poids d'au moins 1,3 kg. Le baculum mesure environ 3 mm de large et de 31 à 36 mm de long. À la naissance, les jeunes pèsent entre 80 et 187 g, et les adultes entre 1,0 et 1,5 kg. Ses grandes oreilles, qui représentent environ 20 % de la surface corporelle, mesurent entre 8,6 et 10,4 cm, une proportion plus élevée que chez tout autre canidé, due à une adaptation à la dissipation thermique conformément à la règle d'Allen.

La formule dentaire est I 3/3 – C 1/1 – P 4/4 – M 2/3, soit un total de 42 dents, plus petites et plus étroites que chez d’autres espèces de Vulpes.

Pelage Le fennec possède une fourrure dense et longue, d’une couleur sable pouvant présenter des nuances de beiges, de rouges ou de gris. Les fennecs du nord de l’aire de répartition présentent des nuances plus rougeâtres, tandis que ceux du sud les ont d’un pelage d'une couleur plus blanchâtre. La face ventrale est plus claire que la face dorsale. Le museau est noir, la queue est épaisse et touffue, se terminant par une extrémité noire ainsi qu'une zone sombre autour de la glande violette. Les oreilles sont blanchâtres sur leurs bords, mais plus foncées sur le revers et marquées de bandes rougeâtres longitudinales. Leur intérieur est si densément recouvert de poils que le méat acoustique externe est invisible. De fines marques sombres s'étendent de l'angle interne des yeux vers les côtés du museau, entourant celui-ci, tandis qu’une autre ligne part du coin externe vers les joues. Les yeux sont grands et sombres.

Le fennec mue entre l'été et l'hiver : son pelage estival est plus court et plus clair que son pelage hivernal. Les jeunes ont une fourrure plus claire que les adultes, avec peu ou pas de teinte rougeâtre, et une marque faciale faiblement marquée.

Facultés adaptatives Le fennec est bien adapté à la vie en milieu désertique : ses reins sont conçus pour filtrer une urine hautement concentrée afin d'économiser un maximum l’eau. Son métabolisme est environ 33 % plus lent et son cœur est environ 40 % plus petit que celui attendu pour un animal de sa taille.

Il a une température corporelle inférieure à 35 °C, il inspire et expire à raison de 23 fois par minute ; au-delà, la fréquence respiratoire peut atteindre jusqu'à 690 fois par minute pour faciliter l'évacuation de la chaleur. Les vaisseaux sanguins des oreilles et des coussinets se dilatent en cas de forte chaleur pour maximiser la dissipation thermique. La surface plantaire des coussinets est recouverte d'une épaisse fourrure facilitant la marche sur le sable brûlant.

Répartition et habitat vignette|Habitat préférentiel du fennec. Le fennec est présent à travers tout le Sahara, depuis le Maroc et la Mauritanie jusqu'au nord du Soudan, en passant par l'Égypte et la péninsule du Sinaï. Il fréquente principalement des zones de grandes dunes de sable, ainsi que de vastes étendues sableuses dépourvues d'arbres. Il creuse ses terriers dans les sols meubles ou dans les dunes stables.

Dans les régions proches de la côte atlantique du Maroc, il peut également occuper des dunes modérément végétalisées. Le fennec est absent des zones où le substrat ne permet pas la construction de terriers.

La végétation dans son habitat est généralement clairsemée, dominée par des herbes dures telles que les Aristida et Panicum turgidum (rispenhirse), ainsi que par des plantes comme Ephedra alata et diverses espèces de Zygophyllum (jochsblatt). Des acacias peuvent parfois être présents.

Le fennec n'a pas besoin d'accès direct à l'eau pour survivre, s'hydratant principalement via son alimentation.

Le climat au sein de son aire de répartition est extrêmement sec : les précipitations annuelles enregistrées dans la limite nord de son aire ne dépassent pas 100 mm, tandis qu'elles atteignent environ 300 mm dans les régions sahéliennes au sud.

La répartition du fennec peut se chevaucher avec celle d'autres canidés tels que le chacal doré et le renard de Rüppell. Toutefois, il semble privilégier des zones plus extrêmes en termes de sécheresse et de chaleur, se distinguant de ses concurrents par sa capacité à creuser ses terriers dans des substrats plus sablonneux et instables.

Mode de vie Comportement et communication

Activité vignette|Fennec dans le Sahara marocain.|gauche Le fennec est principalement nocturne. Son activité est surtout concentrée durant les heures fraîches de la nuit, ce qui lui permet d'éviter les températures extrêmes du désert saharien et de réduire les pertes d'eau par halètement.

Il creuse son terrier dans les sols sablonneux, soit en terrain dégagé, soit sous la végétation fixant les dunes. Dans les sols plus compacts, les terriers peuvent couvrir jusqu'à 120 m² et comporter jusqu'à 15 entrées différentes. Dans les zones de sable meuble, les terriers sont en général plus simples, comportant une seule entrée menant à une chambre principale. Dans certains cas, plusieurs familles construisent des terriers interconnectés ou creusent à proximité immédiate les uns des autres.

Le terrier est creusé à environ 1 mètre de profondeur dans le sable, de préférence sous une couverture végétale. Plus le substrat est compact, plus le réseau de galeries est complexe : dans les sols meubles, le terrier se compose souvent d'une seule entrée, d'un tunnel de 1 à 2,5 mètres de long, menant à une chambre principale ; dans les sols plus durs, il peut couvrir une surface allant jusqu'à 120 m², comporter jusqu'à 15 entrées et des galeries pouvant atteindre 10 mètres de long. Certains terriers voisins peuvent être creusés à proximité, voire être interconnectés.

Les déjections sont généralement enterrées dans le sol.

Comportement social et territorial