William Felton Russell, dit Bill Russell, né le à Monroe (Louisiane) et mort le à Mercer Island (Washington), est un joueur de basket-ball professionnel américain ayant évolué au poste de pivot pour les Celtics de Boston en National Basketball Association (NBA) de 1956 à 1969. Sa rivalité avec Wilt Chamberlain est l'une des plus célèbres de l'histoire de la NBA.

Cinq fois vainqueur du trophée du meilleur joueur de la NBA et douze fois sélectionné au All Star Game, Bill Russell est la pierre angulaire de l'équipe des Celtics de Boston qui remporte onze titres NBA en treize ans. Avec Henri Richard, le joueur de hockey sur glace des Canadiens de Montréal, il détient le record de titres dans une ligue nord-américaine de sport. Avant de passer professionnel, Bill Russell mène l'équipe de l'université de San Francisco à deux titres nationaux en 1955 et 1956. Il gagne également la médaille d'or aux Jeux olympiques de 1956 en tant que capitaine de l'équipe américaine de basket-ball.

Ses qualités au contre et en défense individuelle sont les principales raisons du succès des Celtics. Il est également reconnu pour ses capacités au rebond. Il est le meilleur rebondeur de la NBA à quatre reprises et capte un total de dans sa carrière. Avec Wilt Chamberlain, il est l'un des deux seuls joueurs de NBA à avoir attrapé plus de cinquante rebonds en un seul match. Bien qu'il n'ait jamais été le leader de l'attaque des Celtics de Boston, Bill Russell inscrit dans sa carrière et s'avère efficace dans le jeu de passe.

Dans le sillage des pionniers comme Earl Lloyd, Chuck Cooper et Ray Felix, il est le premier joueur afro-américain à atteindre le statut de « superstar » dans la ligue. Pendant trois ans, de 1966 à 1969, il endosse également le rôle d'entraîneur-joueur pour les Celtics de Boston, devenant par la même occasion le premier afro-américain à entraîner dans une grande ligue américaine de sport. Durant sa carrière, Bill Russell doit souvent faire face au racisme : beaucoup de fans à Boston boudent les Celtics de Boston lorsqu'il rejoint l'équipe et la presse locale lui montre peu de soutien. Quand il prend sa retraite, Bill Russell quitte Boston amer même si ses relations avec la ville se sont améliorées au cours des dernières années.

Bill Russell est membre du Basketball Hall of Fame depuis 1975, du National Collegiate Basketball Hall of Fame depuis 2006 et du FIBA Hall of Fame depuis 2007. Il est nommé parmi les meilleurs joueurs du cinquantenaire de la NBA en 1996. Le trophée du meilleur joueur des Finales NBA porte son nom depuis 2009. Après son décès, la NBA fera un geste historique en retirant son légendaire numéro 6 a travers toute la ligue en guise d'hommage, c'est le seul joueur à ce jour en NBA qui a eu ce privilège.

Biographie

Sa jeunesse Bill Russell, fils de Charles et Katie Russell, naît le à Monroe, dans l'État de Louisiane, aux États-Unis. Dans cet État du Sud, le racisme est encore très présent dans les années 1940 et 1950 et sa famille en souffre.. Par exemple, un jour, à une station essence, son père se voit refuser d'être servi tant que tous les clients blancs n'ont pas été servis. Quand il décide de partir pour trouver une autre station, le pompiste l'oblige à rester et à attendre son tour en le menaçant avec un fusil. Sa mère n'est pas non plus épargnée : elle déclare être prise à partie par le shérif local qui lui reproche de porter et lui demande d'aller se changer. En raison de ces brimades racistes répétées, la famille Russell déménage à Oakland, en Californie, quand le jeune garçon est âgé de 8 ans. Là-bas, il connaît la pauvreté et grandit dans un quartier défavorisé.

Son père est décrit comme un , initialement concierge dans une usine de papier. Peu payé et intellectuellement peu stimulant, son travail est un 50-51. Il devient plus tard camionneur lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate. Plus proche de sa mère que de son père, Bill Russell est traumatisé lorsque celle-ci meurt subitement alors qu'il n'a que 12 ans. Son père abandonne alors son emploi de chauffeur routier pour un emploi dans une aciérie afin de se rapprocher de ses enfants devenus semi-orphelins. Bill Russell déclare que son père devient alors son héros d'enfance..

Tout jeune, Bill Russell a du mal à maîtriser les fondamentaux du basket-ball. Il n'est même pas retenu dans l'équipe de son collège alors qu'il est un excellent coureur et sauteur en hauteur. Il joue à peine avec l'équipe lors de sa première année de lycée à la . C'est uniquement lors de ses et dans l'établissement qu'il commence à se révéler. À cette époque, il rencontre George Mikan, la superstar des Lakers de Minneapolis, ce qui l'incite à persévérer. Bill Russell se fait rapidement remarquer pour son style inhabituel en défense. Plus tard, il explique : .

Sa carrière universitaire thumb|Bill Russell, membre de l'équipe des Dons de San Francisco (vers 1954–56).|upright=1 Bill Russell est ignoré par les recruteurs universitaires et ne reçoit pas une seule offre jusqu'à ce que Hal DeJulio de l'université de San Francisco (USF) assiste à un match de l'équipe de son lycée. Malgré son faible nombre de points marqués et ses 56-67, Hal DeJulio sent chez le jeune Bill Russell un instinct extraordinaire pour le jeu, en particulier dans les situations cruciales. Il lui offre donc une bourse que Bill Russell accepte avec enthousiasme. C'est un tournant dans la vie du jeune homme qui se rend compte que le basket-ball est sa seule chance d'échapper à la pauvreté et au racisme. En conséquence, il jure de tirer le meilleur parti de son talent.

Bill Russell intègre donc l'équipe des Dons de San Francisco, entraînée par Phil Woolpert en 1953. Ce dernier devient en 1954 le premier entraîneur d'une équipe de basket-ball amateur à aligner trois joueurs noirs : Hal Perry, K. C. Jones et Bill Russell... Mais Bill Russell et ses coéquipiers afro-américains deviennent la cible de moqueries racistes, provenant aussi bien des supporters des équipes adverses que des supporters de l'université. Pire, lors d'un tournoi à Oklahoma City en 1954, les hôtels refusent d'héberger les joueurs noirs. En signe de protestation, toute l'équipe décide de dormir dans un dortoir universitaire laissé vacant pendant les vacances, expérience qui renforce l'esprit de camaraderie du groupe. Des années plus tard, Bill Russell expliquera que ces expériences l'ont rendu plus fort : . En revanche, sur le terrain, tout est beaucoup plus plaisant pour Bill Russell puisqu'il mène les Dons de San Francisco à deux titres de championnat universitaire NCAA en 1955 et 1956, avec une impressionnante série de 55 victoires consécutives. En 1955, Bill Russell est nommé Meilleur joueur du tournoi NCAA (.) et en 1956 .. Durant ces deux années, il est nommé . et fait partie du ...

Durant les années passées à l'USF, Bill Russell utilise son manque relatif de corpulence pour développer un style unique de défense : au lieu de marquer uniquement le pivot adverse, il utilise sa rapidité et sa vitesse pour apporter son aide à ses coéquipiers face aux ailiers et rendre leurs tirs plus difficiles. Il devient célèbre pour sa défense de fer ainsi que ses qualités de contreur, enregistrant jusqu'à treize contres dans le même match. Russell devient la pièce maîtresse d'une équipe de l'USF qui devient rapidement une référence dans le monde du basket-ball universitaire. Le magazine sportif écrit alors : . L'entraîneur des Bruins de l'UCLA, John Wooden, qualifie Bill Russell de . Au cours de sa carrière universitaire, il enregistre une moyenne de 20,7 points et 20,3 rebonds par match.. Sa domination est telle que la National Collegiate Athletic Association (NCAA) doit instituer plusieurs règles connues sous le nom de (les règles de Russell). À partir de la saison 1956, la largeur de la raquette passe de 6 à 12 pieds.. Cette règle oblige les pivots à jouer plus loin du panier. Une autre règle est créée en réponse au jeu de Bill Russell (et de son rival Wilt Chamberlain) : elle interdit de toucher le ballon dans sa phase descendante en attaque (). En effet, il est devenu facile pour les pivots de grande taille de bloquer le ballon juste avant qu'il ne rentre dans le panier..

Outre le basket, Bill Russell représente l'USF dans des épreuves d'athlétisme. Il participe à la course sur () qu'il court en 49 secondes 6 dixièmes et aux épreuves de saut en hauteur. Au classement annuel de , il termine l'année 1956 avec la septième meilleure performance mondiale.. Cette même année, Bill Russell remporte les épreuves de saut en hauteur lors des compétitions de l'Association des universités américaines (AUA) de Californie centrale, de l'AUA Pacifique et des relais de la côte Ouest où il réalise l'une de ses meilleures performances en franchissant la marque de 6 pieds 9 pouces ¼ ()..

Après ses années à l'USF, les Globetrotters de Harlem invitent Bill Russell à rejoindre leur équipe de basket-ball de démonstration. Bill Russell, sensible à tout préjugé racial, est furieux lorsque le propriétaire de l'équipe, Abe Saperstein, ne souhaite discuter qu'avec son entraîneur Phil Woolpert. Lors d'une réunion où Bill Russel est présent, Harry Hanna, l'entraîneur adjoint des Globetrotters de Harlem, essaye de le divertir avec des plaisanteries pendant que Abe Saperstein s'entretient avec Phil Woolpert. Le pivot de l'USF est livide après cette rebuffade et décline l'offre : il estime que si Abe Saperstein est trop intelligent pour parler avec lui, alors lui est trop intelligent pour jouer dans l'équipe. Du coup, Bill Russell se rend éligible pour la NBA de 1956La est aussi appelé repêchage par les francophones d'Amérique du Nord, en particulier au Québec.66-71.

Draft de la NBA de 1956 thumb|alt=Photo en buste d'un homme en costume beige|Red Auerbach récupère Bill Russell en échange de Ed Macauley et de Cliff Hagan.|upright=1

Red Auerbach, l'entraîneur des Celtics de Boston, est alerté sur les qualités de Bill Russell par son ancien entraîneur d'université, Bill Reinhart. Celui-ci lui assure que ses qualités aux rebonds et aux contres peuvent combler les carences de son équipe dans ces deux secteurs de jeu. Il s'agit d'un réel pari pour Red Auerbach. En effet, à cette époque, la valeur d'un joueur se mesure d'abord à ses qualités offensives, la défense n'étant que secondaire.

Toutefois, les Celtics de Boston ayant terminé deuxièmes lors de la saison précédente, il ne possèdent que le septième choix lors de la draft NBA 1956, ce qui s'annonce insuffisant pour avoir la possibilité de recruter le pivot des .

Red Auerbach sait que les Royals de Rochester, qui disposent du premier choix du repêchage, comptent déjà dans leurs rangs un jeune rebondeur prometteur, Maurice Stokes ; de plus, ils ne souhaitent pas payer à Bill Russell la prime de que celui-ci exige. Red Auerbach contacte son ancien patron Ben Kerner, le propriétaire des Hawks de Saint Louis. Après plusieurs négociations, il accepte d'échanger contre Bill Russell son pivot Ed Macauley, six fois sélectionné au All Star, et le futur Le terme « » désigne un joueur dans sa première saison professionnelle, le terme français utilisé est celui de « recrue ». Cliff Hagan, sélectionné lors de la draft 1953 et qui doit débuter en National Basketball Association (NBA) lors de la saison suivante après avoir servi pendant deux ans dans l'armée.