Le révisionnisme sur le est le ré-examen des faits historiques ayant conduit à l'unification italienne et ses conséquences immédiates.
L'approche révisionniste pose l'hypothèse que l'historiographie majoritaire porte un regard souvent trop négatif sur les États pré-unitaires vaincus, et particulièrement en ce qui concerne le royaume des Deux-Siciles.
Parmi les éléments couramment avancés par les historiens et auteurs révisionnistes, on trouve : la minimisation des contextes économiques, sociaux, culturels et politiques des États pré-unitaires, les motivations réelles du royaume de Sardaigne pour réaliser l'unité italienne, les méthodes employées pour construire et asseoir le nouveau royaume d'Italie (conquête, contestation du plébiscite, politique centralisatrice et répressive), ainsi que la répartition des richesses entre le Nord et le Sud de la péninsule à l'issue du processus unitaire.
Ainsi, pour certains révisionnistes, le Risorgimento peut être analysé comme un processus impérialiste ou colonisateur imposé par la maison de Savoie au reste de l'Italie pré-unitaire. En conséquence, l'action de personnages clés de l'unité italienne, tels que Camillo Cavour, Giuseppe Garibaldi ou encore Victor-Emmanuel II de Savoie, est réévaluée selon une ligne plus critique que celle qui est majoritairement admise.
Enfin, cette approche critique du Risorgimento trouve pour partie sa source dans la question méridionale, qui désigne, depuis la fin du , la situation économique du Mezzogiorno en comparaison aux autres régions d'Italie, et notamment au Nord.
Premières critiques sur le Risorgimento thumb|La péninsule italienne avant l'unification.|200px|right La critique révisionniste apparaît et se renforce dans les années qui suivent immédiatement la création du royaume d'Italie. Les motivations réelles de la politique étrangère de la maison de Savoie sont mises en doute par Giuseppe Mazzini, pourtant l'un des théoriciens et des acteurs de l'unification italienne. Il suggère ainsi dans son journal , que le gouvernement de Cavour était moins intéressé par le principe d'une Italie unifiée, que par l'élargissement des frontières de l’État savoyard .. Même une fois le processus d'unification réalisé, Mazzini réitéra ses attaques contre le nouveau gouvernement italien.
Ainsi, ces premières critiques émanent d'un des penseurs libéraux qui lui-même avait promu l'idée d'une unification. Au cœur de cette critique se trouve notamment la politique de centralisation du nouvel État unitaire, qualifiée de « piémontisation ».
Dès la fin du naissent également les premières analyses historiographiques alternatives. Ainsi, l'écrivain Alfredo Oriani met en cause les résultats du Risorgimento dans son ouvrage (1892). Il y examine la différence entre fédéralisme et unitarisme. Il se livre également à une critique de la « conquête royale », perçue comme une action unilatérale de création d'un nouvel État. Cet ouvrage est considéré comme le prototype d'un premier révisionnisme historiographique sur l'Italie moderne, alternatif à l'historiographie apologétique de la maison de Savoie.
Une critique du Risorgimento est également proposée par Francesco Saverio Nitti qui, dans ses ouvrages (1900) et (1901), analyse les conséquences de l'unification au regard des situations politico-économiques des États pré-unitaires, soulignant l'iniquité de la redistribution des richesses, et le développement accru du nord de la péninsule aux dépens du Sud, Turin-Rome, 1901, .
En 1926, le journaliste libéral Piero Gobetti, influencé par l'analyse d'Oriani, critique la classe dirigeante libérale dans son recueil d'essais . Selon lui, le Risorgimento fut l'œuvre d'une minorité dirigeante qui renonça à effectuer une profonde révolution sociale et culturelle. De cette « révolution manquée » naquit un État incapable de répondre aux exigences des masses.
Enfin, sous le même prisme politico-culturel, mais dans un cadre intellectuel marxisant, s'insère l'analyse révisionniste et anti-apologétique d'Antonio Gramsci. Dans son livre , publié à titre posthume après 1947, il décrit le Risorgimento comme une « révolution passive » subie par les paysans et les classes sociales les plus pauvres de la populationAntonio Gramsci, Quaderni del carcere, Volume 4, Einaudi Editore, 1975, .. La question méridionale, le jacobinisme, la construction du processus révolutionnaire, sont les thèmes centraux de son analyse, sur la base de laquelle il réinterprète le Risorgimento comme un processus de transformation socio-politique initié en 1789 avec la Révolution française, passivement transposée en Italie, et débuté lors de l'effondrement de l'ancien régime.
Le révisionnisme de nature historique La réinterprétation des événements du Risorgimento n'a pas une origine unique. La remise en cause des hypothèses de l'histoire officielle vient d'une petite partie du monde universitaire et de plusieurs chercheurs indépendants, y compris plusieurs essayistes. Le développement de ce mouvement culturel, en particulier au cours des cinquante dernières années, a fait émerger une littérature de plus en plus critique à l'encontre de l'historiographie la plus commune, laquelle a fait, progressivement, l'objet de contestations toujours plus polémiques et aiguës. Par la suite, les contributions du révisionnisme historique ont été proposées, partagées selon le cadre d'origine.
Les origines de l'approche critique du Risorgimento thumb|150px|Giacinto de' Sivo. Dans les années qui suivirent l'annexion du royaume des Deux-Siciles, certains témoins de l'époque firent éditer les premiers travaux qui proposaient une analyse critique du processus d'unification politique de la péninsule.
Le premier historien à développer une vision historiographique alternative à celle de la vulgate fut probablement Giacinto de' Sivo. Issu d'une famille loyale à la dynastie des Bourbons, De' Sivo en fut certainement un militant, il fut d'ailleurs arrêté le pour avoir refusé de rendre hommage à Garibaldi. En 1861 il publia son premier essai, , dans lequel il jugeait l'unification comme un processus élitiste et éloigné des intérêts du peuple, en raison des violences armées et de la diffusion de mensonges. En conséquence, et malgré le risque de poursuites et la difficulté de trouver des imprimeurs prêts à publier son témoignage, l'historien élabora son œuvre la plus représentative, , publiée en plusieurs volumes entre 1862 et 1867. Les travaux de De' Sivo décrivent le processus unitaire comme une agression à l'encontre de deux états souverains (Deux-Siciles et l’Église), en violation du droit international et en particulier des valeurs spirituelles et civiles de la nation napolitaine. La pensée de De' Sivo fut longtemps ostracisée, bien que Benedetto Croce en ait réévalué l'importance en écrivant une biographie qui fut insérée dans le livre .
Les années qui suivirent l'unification de l'Italie virent également l'éclosion de nombreux mémoires, dans lesquels, principalement, les ex-membres de l'armée du royaume des Deux-Siciles rapportèrent leur interprétation de faits. Parmi les nombreux exemples, les frères PietroAuteur de . et Ludovico QuandelAuteur de . ainsi que Giuseppe Buttà peuvent être mentionnés. Aumônier militaire du des chasseurs de l'armée des Bourbons, ce dernier est l'auteur d' (1875), un ouvrage autobiographique qui raconte l'histoire de l'expédition des Mille, du débarquement à Marsala jusqu'au siège de Gaète, vu du côté des vaincus. En décrivant les événements de son point de vue, Buttà a recours à un langage tranchant, plus sarcastique que De' Sivo, sans lésiner sur les critiques contre les officiers bourboniens, qu'il accuse de trahison envers la couronne. Malgré les limites résultant de la transposition de points de vue individuels, les mémoires sont cités par de nombreux révisionnistes, lesquels leur attribuent une valeur de document historique.
L'école révisionniste Le révisionniste risorgimental connaît une nette reprise au milieu du , après la chute de la maison de Savoie et du fascisme, pour qui le Risorgimento était considéré comme un mythe intangible. Le changement des conditions politiques permet alors l'émergence d'un groupe de chercheurs qui commence à redimensionner la valeur de l’œuvre des Savoie, formulant des jugements largement négatifs. À presque cent ans de distance de de' Sivo, les membres de ce groupe en reprennent les arguments critiques, faisant en particulier du processus d'unification nationale la cause de la plupart des problèmes du Sud.
Carlo Alianello est considéré comme le chef de file de cette nouvelle ligne culturelle, qui, en 1942, avec son premier roman rédige l'acte d'accusation des penseurs de l'unification et des politiciens du royaume de Sardaigne. Pour les idées exprimées dans cet ouvrage, paru au cours du , Alianello risqua l'exil, qu'il n'évita que grâce à la chute du régime. Avec l'instauration de la République italienne, Alianello put développer sa ligne de pensée avec la publication de (1963), considérée par certains comme sa plus grande œuvre, et (1972), essai souvent cité dans les ouvrages révisionnistes. Alianello estime, en continuité avec ses précurseurs du , que les choix effectués dans le processus d'unification, tout en étant totalement étrangers aux besoins du Sud, auraient été réalisées par les Piémontais dans le but d'occuper les territoires.
Dans la même lignée, Michele Topa, avec (1959) et (1967), contribue à définir une nouvelle conception historiographique du Risorgimento, vue du côté des vaincus.
Nicola Zitara est une autre figure de proue du révisionnisme le plus intransigeant. Comme Alianello et Topa, cet écrivain calabrais considère l'Italie comme le résultat d'une opération de conquête militaire et économique au détriment du Sud, vicitime selon lui d'une intrigue complexe. Ses convictions découlent d'une analyse économique effectuée conformément aux concepts de l'idéologie marxiste.
Au fil des ans, le révisionniste sur le Risorgimento a trouvé d'autres partisans, au Sud et au Nord, qui ont encore approfondi les recherches sur les événements controversés du processus d'unification. Parmi ceux-ci, on peut citer Lorenzo Del Boca, Gigi Di Fiore, Francesco Mario Agnoli, Pino Aprile, Fulvio Izzo, Massimo Viglione, Antonio Ciano, Aldo Servidio, Roberto Martucci, Aldo Servidio, Pier Giusto Jaeger et Luciano Salera.
Le révisionnisme académique thumb|220px|Carte du royaume des Deux-Siciles. Le révisionnisme est cultivé, mais de façon différente, par certaines personnes du monde universitaire, dans la plupart des cas d'origine étrangère.
L'exemple peut-être le plus connu est l'historien anglais Denis Mack Smith, dont les travaux portent sur l'histoire de l'Italie du Risorgimento à nos jours. Diplômé de Cambridge, membre de la British Academy, du Wolfson College (université de Cambridge) de l'All Souls College (université d'Oxford) et de l'American Academy of Arts and Science, il a collaboré avec Benedetto Croce. Il est par ailleurs grand officier de l'ordre du Mérite de la République italienne.