vignette|upright=1|Arrivée de nouveaux détenus au Camp X-Ray du centre de détention de Guantánamo où des techniques d'interrogatoire renforcées ont été utilisées.

La technique d’interrogatoire renforcée (enhanced interrogation technique) est un euphémisme utilisé par l’administration de George W. Bush (2001 - 2009) aux États-Unis pour désigner les méthodes d’interrogatoires des services de renseignements militaires américains et de la CIA appliquées aux individus capturés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme après les attentats du 11 septembre 2001.

En 2009, l’administration de Barack Obama a conclu que ces méthodes étaient équivalentes à la torture et interdit leur usage MSNBC Report : Discours d’Obama décrivant les techniques utilisées à Guantanamo comme de la torture MSNBC septembre 2009; Stout, David, Holder déclare aux sénateurs que le Waterboarding est une torture New York Times, 15 janvier 2009..

Central Intelligence Agency vignette|upright=1|Démonstration de la technique du waterboarding lors d'une manifestation.

Un rapport de précise que « les techniques brutales d’interrogatoire utilisées par la CIA et l’armée américaine sont dérivées des techniques utilisées lors de la formation des forces spéciales afin de résister à l’interrogatoire de la part d’ennemis torturant leurs prisonniers. Ces techniques incluent la nudité forcée, des postures douloureuses et stressantes, la privation de sommeil et, jusqu’en 2003, le waterboarding, une simulation de noyade » par Devin Montgomery, 12 décembre 2008... D’anciens membres de la CIA sont venus sur le devant de la scène pour révéler des détails sur ces techniques autorisées par la CIA, incluant : se saisir brutalement de la chemise du prisonnier et le secouer (Attention Grab) ; une gifle soudaine avec le plat de la main (Attention Slap) ; une frappe de la main à plat sur l’abdomen (Belly Slap) ; forcer les prisonniers à se tenir debout, les mains menottées, les pieds attachés au sol pendant plus de 40 heures (Long Time Standing) le prisonnier est nu dans une cellule à 10 °C et aspergé d’eau froide régulièrement (Cold Cell) le prisonnier est attaché sur une planche, les pieds surélevés, une serviette appliquée sur la bouche et de l’eau déversée sur le visage, provoquant une sensation de noyade (waterboarding).

Selon le directeur de la CIA, Michael Hayden, en : Lawmakers Back Limits on Interrogation Tactics By SCOTT SHANE, New York Times, 7 décembre 2007 Lawyers for Detainee Refer In Filing to More CIA Tapes par Carol D. Leonnig, Washington Post, 19 janvier 2008.

Selon ABC News en 2007, la CIA a abandonné le waterboarding de sa liste de techniques en 2006. L’année de son dernier usage effectif serait apparemment l'année 2003.

Département de la Défense vignette|upright=1|Un homme à la prison d'Abou Ghraib menacé à l'aide de deux chiens.

Les techniques d'interrogatoire suivantes ont été officiellement utilisées par l'armée américaine Arthur L. Herman, The Gitmo Myth and the Torture Canard, Commentary (magazine), juin 2009[ http://www.dodig.mil/fo/Foia/ERR/06-INTEL-10-part%201.pdf Review of DoD-Directed Investigations of Detainee Abuse], Office of the Inspector General of the Department of Defense, 25 août 25, 2006 Review of DoD-Directed Investigations of Detainee Abuse, Office of the Inspector General of the Department of Defense, 25 août 2006 : hurler contre le prisonnier ; utiliser une musique assourdissante et faire un usage stressant de la lumière ; manipuler l'environnement ; priver le prisonnier de sommeil ; faire exécuter au prisonnier des postures stressantes ; interroger un prisonnier 20 heures d'affilée ; provoquer une peur contrôlée (chiens, avec ou sans muselière).

En , le général de brigade Janis Karpinski, responsable de la prison d'Abou Ghraib jusque début 2004, déclare au quotidien espagnol El Pais qu'elle est en possession d'un courrier de Donald Rumsfeld (secrétaire à la Défense des États-Unis) autorisant le personnel civil sous contrat de l'armée à utiliser la privation de sommeil lors des interrogatoires. « Les méthodes utilisées consistaient à faire tenir debout les prisonniers pendant de longues périodes, la privation de sommeil, la musique jouée à un volume élevé (...) Rumsfeld a autorisé ces techniques spécifiques ». Elle déclara que cela était contraire aux conventions de Genève selon lesquelles « Les prisonniers de guerre qui refusent de répondre ne peuvent être menacés, insultés ou exposés à des traitements désagréables ». Selon Karpinski, la signature de Rumsfeld était au-dessus de son nom imprimé et il était inscrit manuellement dans la marge, avec la même écriture : « Assurez-vous que cela soit fait ».

Le , The New York Times rapporte l'existence d'une investigation des accusations d'abus sur les détenus de Guantánamo :« Des agents du FBI ont témoigné avoir vu des détenus soumis à différentes formes de traitement brutal. Ces agents ont, dans des notes dont le contenu ne devait jamais être révélé publiquement, déclaré avoir vu des officiers interrogateurs féminins empoigner avec force les parties génitales de prisonniers masculins ainsi que d'autres prisonniers dénudés et enchainés au sol pendant des heures ».

Le , des membres d'une commission militaire déclare au comité qu'ils demandent une sanction pour le commandant de la prison, le Major Général Geoffrey D. Miller, à la suite de l'interrogatoire de Mohammed Mani Ahmad al-Kahtani qui fut forcé à porter un soutien-gorge, à danser avec un autre homme et menacé par des chiens. La recommandation est rejetée par le général , commandant de la US Southern Command qui transmet l'affaire à l'inspecteur général des armées..

Origine et développement vignette|upright=1|L'insigne du SERE.

James Elmer Mitchell et Bruce Jessen Les techniques d'interrogatoire de la CIA sont issues des travaux de James Elmer Mitchell et de Bruce Jessen au sein du programme SERE (Survival Evasion Resistance Escape) de l'Air Force Brian Ross, CIA- Abu Zubaydah: Interview with John Kiriakou: Transcript ABC News, 10 décembre 2007 Jane Meyer, The Dark Side: The Inside Story of How the War on Terror Turned Into a War on American Ideals Doubleday Publishing, 15 juillet 2008. Report: Two Psychologists Responsible for Devising CIA Torture Program Fox News, 30 avril 2009. Joby Warrick and Peter Finn Harsh Tactics Readied Before Their Approval The Washington Post, 22 avril 2009. Les deux psychologues avaient été sollicités afin de développer des techniques nouvelles d'interrogatoire rigoureux. Cependant, aucun des deux n'avait la moindre expérience de la gestion d'interrogatoires.. Le colonel de l'Air Force, Steve Kleinman, déclara que la CIA « avait choisi deux psychologues cliniciens qui n'avaient aucune expérience dans ce domaine et n'avaient jamais conduit d'interrogatoires (...) pour accomplir quelque chose qui n'avait jamais été validé dans le monde réel ».

Les assistants de Mitchell et Jessen étaient sceptiques devant leurs méthodes et ont déclaré qu'ils ne les croyaient pas en possession des données nécessaires sur l'impact de ce programme sur la psyché humaine. La CIA constata effectivement et par écrit que la connaissance de Mitchell et Jessen de la torture par l'eau était probablement « déformée » et qu'il n'y avait par conséquent aucune raison de croire que leurs méthodes étaient médicalement sûres et efficaces. Mais malgré ces constats de déficiences, les deux psychologues furent payés par jour par la CIA, à quoi s'ajoutait le remboursement des frais personnels, le tout exempté d'impôt.

SERE Le programme SERE était, au départ, un projet défensif qui devait permettre à des prisonniers de résister à des interrogatoires et à la torture s'ils devaient tomber entre des mains ennemies. Il soumettait les participants à des tortures telles que « le waterboarding, la privation de sommeil, l'isolement, l'exposition à des températures extrêmes, l'enfermement dans des espaces étroits, l'exposition à des bruits assourdissants et l'humiliation religieuse ou sexuelle »..

Sous la supervision de la CIA, Miller et Jessen ont transformé SERE en programme offensif dans le but de former des agents de la CIA à l'utilisation de méthodes brutales d'interrogatoire pour l'obtention d'informations de la part des prisonniers terroristes. Toutes les méthodes mentionnées ci-dessus ont été listées lors de l'enquête du Comité international de la Croix-Rouge sur 14 détenus importants comme ayant été utilisées sur Abou ZoubaydahInternational Committee of the Red Cross Report on the Treatment of Fourteen "High Value Detainees" in CIA Custody International Committee of the Red Cross, février 2007Derek Summerfield Fighting “terrorism” with torture: torture is a form of terrorism: there are no justifications for it British Medical Journal, 12 avril 2003

Les deux psychologues se sont principalement fondés sur les travaux de Martin Seligman dans les années 1970, dont le concept d’impuissance appriseAmy Goodman The Dark Side: Jane Mayer on the Inside Story of How the War on Terror Turned Into a War on American Ideals, Interview Transcript Democracy Now, 18 juillet 2008. Au cours des expérimentations de Seligman, des chiens en cages étaient exposés à des chocs électriques d’une façon aléatoire dans le but de briser leur volonté de résistance. Mitchell et Jessen ont appliqué cette méthode durant l’interrogatoire d’Abu Zubaydah.

La plupart des techniques d'interrogatoire du programme SERE, dont le waterboarding, les « cellules froides », la position debout forcée et les privations de sommeil étaient auparavant jugées illégales par les lois américaines et internationalesEnforced Disappearance, Illegal Interstate Transfer, and Other Human Rights Abuses Involving the UK Overseas Territories: Executive Summary Reprieve.

Les États-Unis avaient même traduit en justice des militaires japonais après la seconde guerre mondiale ainsi que des soldats américains après la guerre du Viêt Nam pour l'usage du waterboarding, jusqu'en 1983. Depuis 1930, la privation de sommeil était une torture illégale. D'autres méthodes développées par la CIA constituent des traitements inhumains et dégradants selon la convention des Nations unies contre la torture et l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme.

Selon Human Rights First :

Jane Mayer, dans The New Yorker :

Sur le site d'investigation Salon :

Approbation de l'usage par des membres du gouvernement américain Début 2002, juste après la capture d'Abou Zoubaydah, les membres les plus éminents du gouvernement, Dick Cheney, Colin Powell, George Tenet, Condoleezza Rice, Donald Rumsfeld et John Ashcroft discutèrent de la légalité de l'usage éventuel par la CIA de techniques brutales à l'encontre de ce prisonnierMark Mazzetti Bush Aides Linked to Talks on Interrogations.. Condoleezza Rice se souvient de la mention du programme SERE pendant la discussion : Mark Mazzetti Bush Aides Linked to Talks on Interrogations New York Times, 24 septembre 2008.

ABC News, dans un reportage du , rapporte que . Les personnalités citées sont les mêmes que dans la source précédenteTop Bush Advisors Approved 'Enhanced Interrogation' - Detailed Discussions Were Held About Techniques to Use on al Qaeda Suspects, By JAN CRAWFORD GREENBURG, HOWARD L. ROSENBERG et ARIANE de VOGUE, ABC News, April 9, 2008.

vignette|upright=0.8|Condoleezza Rice en 2005.

Un rapport conjoint de 2008 révèle que :