Camille Folliet est un religieux et résistant français. Né le à Annecy, « mort pour la France » le .
Biographie Famille, formation Né à Annecy le , dans une famille de commerçant de la rue Sommeiller, il est le quatrième des huit enfants de Jean Félix (dit Johanny) Folliet et de Julia Dunoyer. Il fait ses études chez les frères de l'école des Cordeliers et entre au collège de Rumilly, dont le supérieur est un oncle maternel.
En 1926, il passe son bac et entre au grand Séminaire d'Annecy. Son frère Jean, moine bénédictin de l'abbaye d'Hautecombe, dira que .
Il a pour conseiller et guide spirituel le chanoine Francis Mugnier. Lors de ses vacances, il se rend au presbytère de La Clusaz, où le père Jean Premat, curé de la paroisse l'accueille. Il peut ainsi participer aux activités paroissiales, s'occupant de la chorale qu'il accompagne à l'orgue. Son cursus est interrompu par deux fois, la première pour faire son service militaire comme radiotélégraphiste au régiment du génie de Montpellier, et la seconde pour remplacer un professeur malade pendant trois mois au collège de Thônes. Il écrit aussi à cette époque à un ami de la famille, Raoul Harscouët, évêque de Chartres, pour lui confier ses états d'âme de jeune séminariste.
Prêtrise Il est ordonné prêtre le , en la cathédrale d'Annecy par Florent du Bois de la Villerabel, évêque d'Annecy.
Engagement social Nommé vicaire à Ugine, le , il organise des camps pour les jeunes au bord du lac d'Annecy, comme à Menthon-Saint-Bernard, ou encore au bord du lac d'Aiguebelette.
Aimant la musique et jouant du piano à bretelles, de l'harmonium et de l'orgue, il crée une section de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC). Il se fait l'apôtre de la justice sociale pendant le conflit de 1934 à l'usine Ugitech. En 1936, il organise des réseaux de solidarité, les salaires des ouvriers d'Ugine sont multipliés par deux, parfois par trois. Puis en 1938, un nouveau conflit éclate, le patronat fait marche arrière. S'il approuve les initiatives sociales d'André Pringolliet, il regrette profondément son anticléricalisme. Dans ces temps difficiles, il aime à se retirer à l'abbaye de Tamié, parfois quelques jours, le plus souvent quelques heures.
Seconde Guerre mondiale Le , il est mobilisé et affecté en Tarentaise sur la ligne Maginot. Il opère en tant que caporal-chef radio d'une unité du dépôt de guerre du génie n° 28. Son jeune frère François est tué le , lors de la bataille de La Bassée pour le contrôle du canal d'Aire, aux confins des départements du Nord et du Pas-de-Calais. Démobilisé le , il peut se joindre au deuil de ses parents, puis il reprend ses fonctions de vicaire à Ugine.
Sauvetage des Juifs Au courant de l'automne 1940, nommé aumônier fédéral de la JOC, il quitte Ugine pour venir s'installer à Annecy. Le Archives départementales de la Haute-Savoie., il est auprès de sa mère lorsque celle-ci meurt inopinément, il en est profondément affecté. Il loge dans un immeuble du passage de la cathédrale que le chanoine Clavel a baptisé Maison du Peuple. À la suite de l'invasion de la zone libre par les Allemands en , il met deux pièces de la bâtisse à la disposition de l'Union chrétienne de jeunes gens (UCJG) et de la EIFLes Éclaireurs israélites de France sont officiellement dissous le 29 novembre 1941, Robert Gamzon obtient leur intégration au sein de la section de la direction « Jeunesse » de l'UGIF. La « Sixième » est organisée le 25 août 1942 et œuvre dans la clandestinité. qui tentent de faire passer des Juifs vers la Suisse.
Il ouvre au 12 rue de la Filaterie la Maison des chômeuses, où l'on dispense des formations. Puis, il crée des jardins ouvriers au-dessus du monastère de la Visitation pour venir en aide aux plus démunis. Il invite les jeunes à héberger des Juifs. Allant de réunion en réunion, il ne ménage ni son temps ni son énergie, étant toujours à l'écoute des autres.
Prêtre de terrain, il peut compter dans son action sur l'aide et l'appui de ses confrères : Paul Chevallier, curé de Cluses, Albert Simond, curé d'Évian, ainsi que ses vicaires les pères Simon Gallay et Pierre Mopty, Jean-Joseph Rosay, curé de Douvaine, Abel Jacquet, curé de Juvigny, Marius Jolivet, curé de Collonges-sous-Salève, Georges Neyroud, curé de Savigny et probablement le père Louis Favre du juvénat de Ville-la-Grand. Il coopère également avec le pasteur annécien Paul Chapal et sa femme Odette, Mireille Philip, Pierre Piton, Rolande Birgy, qui sont, comme la plupart des religieux susnommés, reconnus Justes parmi les nations ; mais encore avec l'Amitié chrétienne, la Cimade, l'Œuvre de secours aux enfants (OSE) ; toujours dans un seul objectif : soustraire le plus grand nombre possible de Juifs aux nazis, en les cachant, puis en leur faisant passer les frontières valaisanne ou genevoise. Employée à la préfecture d'Annecy, Jeanne Brousse lui fournit des formulaires nécessaires à la fabrication de faux papiers.
Résistance Lorsqu'en 1943, le Service du travail obligatoire (STO) est instauré, il héberge et assiste dans leur fuite les jeunes insoumis, que ce soit vers la Suisse ou vers les maquis. Sa position est très claire, il ne faut pas partir en Allemagne ; il se situe dans la pensée des Cahiers du Témoignage chrétien de Pierre Chaillet. Son action pour la protection des réfractaires au STO, notamment ceux de la JOC, attire une foule de jeunes venus des quatre coins de France.
Le , Alphonse Métral, originaire d'Annecy, responsable des JOC à Grenoble, quitte la ville afin d'échapper au STO. Il se rend en train dans sa ville natale, y rencontre l'abbé qui lui conseille dans un premier temps de se cacher. Avec trois autres jocistes, il se réfugie au hameau de la Blonnière à Dingy-Saint-Clair. Quelques jours après, Camille Folliet les informe qu'un « stage de maquis » a lieu au col des Saisies, où Métral et Fernand Laydevant se rendentAlphonse Métral et Fernand Laydevant y parviennent en autocar, via Ugine puis Hauteluce. De la bourgade ils montent à pieds, dans parfois plus d'un mètre de neige, jusqu'à un chalet où des résistants les reçoivent. Arrivés au milieu de la nuit, ces derniers leur apprennent que le « stage » a déjà eu lieu et qu'un parachutage de 12 containers a été réceptionné il y a quelques jours. Ils redescendent quelque peu déçus à Hauteluce et rentrent en autocar en Haute-Savoie..
Le prêtre ne cesse de mettre les jeunes en contact avec les premiers résistants de la future Armée secrète à Thônes. C'est le début de ce qui va devenir le camp de Manigod, avec à sa tête le futur préfet Irénée Revillard. Il donne des rendez-vous le matin à 6 heures dans l'église où il célèbre la messe.
Son action est découverte par l'Organisation de la surveillance et de la répression de l'antifascisme (OVRA), il est alors contraint d'entrer dans la clandestinité. En liaison avec les chefs de la Résistance, il va contribuer au développement des camps de maquisards de la vallée de Thônes qui donneront naissance un an plus tard au maquis des Glières. Ce sont des anciens du bataillon de chasseurs alpins qui en assurent l'encadrement. Il est toujours en liaison avec le secrétariat général de la JOC, installé dans la résidence d'été du cardinal Pierre Gerlier à Sainte-Foy-lès-Lyon. Il diffuse les Cahiers de notre jeunesse et Les Cahiers du Témoignage chrétien du père Chaillet ainsi que les journaux de la Résistance tels Les petites ailes de France de François de Menthon, Dernière colonne, le Coq enchainé, Le Franc-Tireur, Libération Nationale et Combat.
Arrestation Le , Joseph Rovan, agent de liaison de Jean-Marie SoutouUn des fondateurs de l'Amitié chrétienne et pourvoyeur de faux papiers., se trouve chez Camille lorsque l'OVRA tente une première fois de l'interpeller ; ils arrivent tous les deux à prendre la fuite par un escalier de service. Le La veille, le général Delestraint, chef de l'état-major de l'Armée secrète, est arrêté à Paris. Puis le , les Allemands arrêteront à Lyon : Jean Moulin, Raymond Aubrac, André Lassagne, Bruno Larat, les colonels, Albert Lacaze et Émile Schwarzfeld., à 18 heures trente, il est arrêté par des hommes de l'OVRA en gare d'Annecy, alors qu'il descend du train venant de La Roche-sur-ForonRapport du Commissaire de Police d'Annecy au Préfet de Haute-Savoie, le 11 juin 1943.. Maître Louis Volland, notaire à Annecy, est présent et veut s'interposer lors de l'arrestation brutale du prêtre, mais il est lui aussi interpelléIl ne sera libéré que 18 jours plus tard. ; ils sont conduits à pieds à la caserne de Galbert. L'abbé s'empresse de déchirer et d'avaler un papier compromettant durant le transfert, un des militaires de l'escorte lève la crosse de son arme, mais hésite à frapper l'ecclésiastique car des passants pourraient protester. Le lendemain, le domicile de ses parents situé au n° 16 de la rue Sommeiller est perquisitionné. L'affaire fait grand bruit et remonte jusqu'à Vichy. Il subit un interrogatoire "musclé", puis est transféré à Chambéry, enfermé dans les soutes à munitions de la caserne Curial. Du soupirail de sa geôle il voit la croix du Nivolet, c'est alors qu'il commence à écrire ses Croquis de prison qu'il achève au Bourget-du-Lac, où il est transféré courant juillet. Il est de nouveau transféré, cette fois-ci à la caserne Hoche de Grenoble avant d'être jugé.
Condamnation, incarcérations Le prêtre doit comparaître en même temps que des maquisards de la montagne des Princes (Droisy) et du maquis des dents de Lanfon. Le , le transfert des prévenus a lieu vers une destination qui leur est inconnue. Le voyage s'effectue à bord d'un camion bâché, dans des conditions que l'abbé juge inhumaines. Il a une altercation avec un garde italien qui lui crache au visage. Le , ils passent devant le tribunal militaire de la armée italienne à Breil-sur-Roya. Les avocats n'ayant pas connaissance des dossiers, la plupart des résistants sont condamnés à des peines allant de deux à quatre ans d'emprisonnement, à part Marie Blandin, Étienne Pétrel, Jean Ouvrard, secrétaire départemental de l'Armée secrète, et Camille Folliet qui sont condamnés à dix ans de réclusion, pour soutien à des bandes armées combattant les forces italiennes. Camille proteste, écrit au roi d'Italie Victor-Emmanuel, en vain.