La bibliothèque littéraire Jacques-Doucet (BLJD) est une bibliothèque patrimoniale de littérature française, du symbolisme à nos jours, située au 8-10 place du Panthéon, dans le de Paris.
La collection d'ouvrages rassemblés par le mécène Jacques Doucet, sur les conseils de l'écrivain André Suarès, commencée à partir de 1916, s'agrandit grâce à des bibliothécaires et conseillers prestigieux, comme André Breton, Louis Aragon, Marie Dormoy ou Robert Desnos. À la mort de Doucet en 1929, sa collection est léguée par testament à l'Université de Paris, qui transfère les ouvrages place du Panthéon, sous la direction jusqu'aux années 1950 de Marie Dormoy.
Conçue pour rassembler la littérature de ce qu'on appelle plus tard le modernisme, et ses précurseurs, la collection comprend notamment des œuvres de Stendhal, Charles Baudelaire, Guillaume Apollinaire et André Malraux. Différents fonds et collections viennent ensuite enrichir le legs originel. Bibliothèque universitaire et de recherche de dernier recours, ouverte sur réservation aux chercheurs, étudiants et professionnels, elle met à la disposition de ses publics deux salles de lecture, l'une dans les locaux du 8 place du Panthéon, l'autre dans ceux de la réserve de la bibliothèque Sainte-Geneviève, au 10.
Son fonctionnement est toutefois régulièrement entaché d'irrégularités au : la gestion des différents fonds (notamment celui de Jean Bélias), voire le détournement de nombreux éléments de certains legs au profit de membres de la direction ,obligeant différents organismes d'inspection à faire des audits, et son autorité de tutelle à porter plainte à plusieurs reprises.
Histoire Du temps de Jacques Doucet Jacques Doucet (1853-1929) grand couturier et mécène français, est aussi un grand collectionneur. Dès l’âge de 21 ans, en 1874, il achète ses premiers tableaux aux peintres impressionnistesYves Peyré, « Portrait de Jacques Doucet et histoire de la Bibliothèque littéraire qui porte son nom », in Michel Collot, Yves Peyré, Maryse Vassevière, collectif, La Bibliothèque littéraire Jacques Doucet : archives de la modernité, éditions des Cendres, Paris, 2007, page 24.. À partir des années 1880, il constitue une collection consacrée à l’art du qu’il remet au goût du jour puis il la disperse en 1912. Parallèlement, de 1897 à 1917, pour répondre à l’absence d’instrument de travail dans ce domaine, il réunit une première bibliothèque consacrée à l’art et à l’archéologie. Elle est ouverte à un public de chercheurs dès 1909, mais en 1914, la déclaration de guerre et la conscription du personnel oblige de fermer ses portes. Donnée en 1917 à l’université de Paris, elle est aujourd’hui rattachée à l’Institut national d'histoire de l'art.
En 1913, Jacques Doucet fait la connaissance de l’écrivain André Suarès avec lequel il entretient une riche correspondance littéraireAndré Suarès - Jacques Doucet, Le Condottiere et le magicien : correspondance choisie, établie et préfacée par François Chapon, éditions Julliard, 1994.. Devenu le conseiller du couturierÉdouard Graham, Les Écrivains de Jacques Doucet, « André Suarès », édition des Cendres, Paris, 2011, pages 343-359., l’écrivain lui suggère la création d’une seconde bibliothèque consacrée à la littérature de son temps, qui rendrait compte de tous les aspects de la modernité. À partir de 1916, la collection littéraire initiale de Jacques Doucet organisée autour d’un quatuor d’écrivainsIl s'agit de Paul Claudel, André Gide, Francis Jammes et André Suarès et auxquels Jacques Doucet ajoute Paul Valéry qu'il appréciait., s’enrichit, suivant les conseils de Suarès, d’auteurs perçus comme les précurseurs de la modernité : Stendhal, Charles Baudelaire, Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, etc..
Par l’intermédiaire de Camille Bloch, Jacques Doucet rencontre alors de jeunes auteurs en devenir : Pierre Reverdy et Blaise Cendrars. Le collectionneur rétribue Pierre Reverdy pour sa correspondance sur l’art poétique et la conception philosophique de l’art. Dès 1917, il participe au financement de la revue Nord-Sud, lancée par le jeune homme. Quant à Blaise Cendrars, il rédige mensuellement et contre financement les chapitres d’un ouvrage plus tard publié sous le titre L’Eubage.
En 1920, Jacques Doucet, qui s’est éloigné d’André Suarès, rencontre André Breton. Le jeune poète devient l’année suivante le bibliothécaire et le conseiller artistique du collectionneur, bientôt rejoint par Louis Aragon. Ils sont notamment à l’origine de l’achat de lettres de Lautréamont. Les deux écrivains orientent les collections de la Bibliothèque vers le surréalisme. Des manuscrits de Paul Éluard, Tristan Tzara, mais également Aragon et Breton, etc., enrichissent la bibliothèque. Leur collaboration avec le couturier prend fin en 1924. L’année suivante, Marie Dormoy, également amie d'André Suarès, devient à son tour la bibliothécaire de Jacques Doucet.
En 1927, Robert Desnos, déjà auteur d’une étude sur l’érotisme en 1923, est recruté comme conseiller littéraire à la demande du mécène. Sous son impulsion, la collection s’enrichit d’un ensemble rare de documents surréalistes éphémères (tracts, affiches, etc.). En 1927, le collectionneur fait aussi appel à Michel Leiris pour la commande d’une dernière étude sur « le merveilleux en littérature ».
Une des particularités de cette collection vient de la volonté du mécène d’offrir un riche écrin à ses acquisitions. Dans ce but, il suscite, entre 1917 et 1919, une vocation de créateur de reliure, puis de relieur chez le décorateur Pierre Legrain, auquel succède Rose Adler à partir de 1923. À sa demande, ils inventent la reliure contemporaine, par la réalisation de reliures allusives, au service du texte qu’elles mettent en valeur.
Jacques Doucet meurt le . Par son testament en date du , il lègue sa bibliothèque littéraire à l’université de Paris. Le décret d’acceptation du legs du donne à la BLJD son statut de bibliothèque publique rattachée à l’université de Paris.
À partir de 1929 Après l’acceptation du legs, la bibliothèque est transférée au 10 place du Panthéon en 1932, dans une salle de la réserve de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Jusqu’en 1956, Marie Dormoy en assure la direction. Elle y organise des expositions et intéresse des personnalités susceptibles de perpétuer l’esprit de la collection. Les fonds d’archives d’André Gide et de Paul Léautaud rejoignent ainsi la BLJD.
En 1956, François Chapon en devient le bibliothécaire. Deux universitaires, Octave Nadal de 1957 à 1961, puis Georges Blin de 1961 à 1988, prennent ensuite la direction de la bibliothèque. En 1972, l'établissement passe sous la supervision de la chancellerie des universités de Paris.
François Chapon devient directeur en titre en 1988. Son action durant trois décennies permet un accroissement considérable des collections. Il marque véritablement la bibliothèque de son empreinte. Avec lui, entrent à la Bibliothèque les fonds Stéphane Mallarmé, Pierre Reverdy, André Breton, Tristan Tzara, Guillaume Apollinaire, Natalie Clifford Barney, André Malraux, la collection de Lucien Scheler consacrée à Paul Éluard, ou la collection de Julien Monod dédiée à Paul Valéry, etc. Il reconstitue également des cabinets d’écrivains comme ceux de Michel Leiris, de Paul Valéry, de Natalie Clifford Barney, du collectionneur Henri Mondor« La Bibliothèque littéraire Jacques Doucet » in Le livre ancien. Grand Palais, plaquette éditée à l’occasion du Salon international du livre ancien, du 29 avril au mai 2011, page 22.. Sous sa direction, l’importance de ces accroissements rend nécessaire l’extension de la Bibliothèque dans de nouveaux locaux, au 8 place du Panthéon (1961).
Avec la direction d’Yves Peyré (1994-2006), de nouveaux fonds entrent à la bibliothèque : Robert André, Paul Bénichou, Emil Cioran, Jean-François Lyotard, Bernard Noël, Pierre Klossowski, Pierre Lartigue, Bernard Vargaftig, Roger Munier, Claude Simon… En 2003, le fonds André Breton connaît un accroissement considérable à l’occasion de la dispersion de l’atelier de la rue Fontaine. Grâce aux dons d’Aube Elléouët-Breton et au soutien du ministère de la Culture, la Bibliothèque acquiert alors de nombreuses pièces« La Bibliothèque littéraire Jacques Doucet » in Le livre ancien. Grand Palais, plaquette éditée à l’occasion du Salon international du livre ancien, du 29 avril au mai 2011, page 23..
En 2007, Sabine Coron prend la direction de la bibliothèque littéraire Jacques-Doucet. Entrent, alors, à la BLJD les fonds Francis Ponge, André du Bouchet, Jean Echenoz, ainsi que des compléments aux fonds Roger Munier, Pierre Lartigue, André Malraux, etc.. La politique d’acquisition de la Bibliothèque se recentre autour des manuscrits et correspondances d’écrivains.
De à 2023, c’est Isabelle Diu qui dirige la bibliothèque et poursuit la politique d’accroissement des collections dans les champs des archives littéraires comme du livre d'artistes. Sous sa direction entrent notamment les fonds Laurent Mauvignier, Alexandre Vialatte, Jorge Semprún, un enrichissement du fonds Vercors, tandis qu'une section archives des éditeurs de livres d'artiste est ouverte.
Après le scandale du legs Belias et le décès de Sophie Lesiewicz, une administration provisoire, dirigée par Fabien Oppermann, inspecteur général de l'éducation, du sport et de la recherche, chartiste et ancien conservateur du patrimoine, est mise en place en Livres Hebdo et jusqu'en .
Fonctionnement Statut et missions Bibliothèque patrimoniale d’études et de recherches, la bibliothèque littéraire Jacques-Doucet est placée, depuis 1972, sous la tutelle de la Chancellerie des universités de Paris (ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche).
La bibliothèque emploie une dizaine de personnes..
Fonds et collections de la bibliothèque Les collections de la bibliothèque littéraire Jacques-Doucet se composent, tous supports confondus, de la collection Jacques Doucet (tous les documents acquis ou reçus par Jacques Doucet), du fonds général (pièces isolées ou ensembles entrés par don ou par achat), et des fonds spécifiques.
Pour ces derniers, c'est la renommée et le rayonnement de la bibliothèque qui a incité nombre d’écrivains reconnus par Jacques Doucet dès leur jeunesse ou leurs héritiers à lui confier partie ou totalité de leur mémoire littéraire, tels Suarès, Breton, Desnos, Reverdy, Tzara, Gide, Valéry, Mallarmé, Leiris, etc. S’ajoutent à ces fonds de nombreux ensembles entrés par don ou achat.
La richesse des fonds ne se mesure pas seulement à la valeur ou à la notoriété d'un texte ou d'un écrivain, comme Calligrammes d'Apollinaire, L'Immoraliste de Gide, Charmes de Valéry, ou Arcane 17 de Breton. Elle découle surtout du regroupement de manuscrits et de correspondance d'auteurs, qui forment un réseau littéraire remarquable, en parfaite résonance avec l'esprit de Jacques Doucet et son souci permanent de modernité.
La BLJD, « archives littéraires de la modernité », conserve tous les types de documents qui illustrent la création artistique et littéraire contemporaine : les manuscrits (correspondances, brouillons, etc.), les livres imprimés (généralement annotés par leur propriétaire ou enrichis de dédicaces, de dessins), des photographies, des archives de presse, des objets (tels les bureaux de Leiris, Bergson, Valéry ou Breton), ainsi que des œuvres d’art (dessins de Picasso, estampes de Braque, Chagall, Miró…).
Outils de recherche Le catalogue des manuscrits Le catalogue des imprimés La bibliothèque numérique : ALMé] ou Archives Littéraires de la Modernité. Elle comporte actuellement quatre fonds ou corpus d'auteur tombés dans le domaine public : Paul Verlaine, Guillaume Apollinaire, Alfred Jarry, Stéphane Mallarmé, ainsi que le fonds Robert Desnos sur autorisation de l'ayant droit.
Directeurs de la BLJD 1932-1956 : Marie Dormoy, écrivaine, critique d'art et traductrice française 1957-1961 : Octave Nadal, professeur d'université