Christian Dotremont, né le à Tervuren en Belgique, et mort le à Buizingen, est un peintre et un poète belge, célèbre pour ses logogrammes.
Biographie
Christian Dotremont est né le 12 décembre 1922Biographie tirée du Travail de Fin d'Études Archivage informatisé et mise en valeur des lettres de Christian Dotremont aux Archives et Musée de la Littérature de Bruxelles : voyage à travers sa vie, les logogrammes et le mouvement Cobra de Sophie Capron. . Son père, Stanislas Dotremont (ou D’Otremont), dirige La Revue Latine (1920) et est par la suite à la tête de La Revue Internationale de Musique (1938) et de La Revue Internationale de Psycho-Pédagogie (1954). Il est également romancier, essayiste, dramaturge et poète. Quant à sa mère, elle travaille aux Éditions Degrelle et écrit des poèmes. Cet environnement a une influence sur Christian Dotremont qui commence à écrire très jeune. C’est d’ailleurs à l’âge de treize ans que son poème Le printemps est publié dans Le Petit Vingtième.
À la séparation de ses parents, dans les années 1930, Christian Dotremont, dont les parents sont de tradition catholique, fréquente divers pensionnats et se retrouve, après avoir été expulsé du collège pour indiscipline, chez les Jésuites à Liège. Ses premiers cours de dessin, à l’Académie de Louvain (en 1937), et ses premières lectures datent de cette époque. Il lit Baudelaire, Rimbaud, Paul Éluard, etc. De nouveau expulsé, il séjourne quelque temps chez son père, à Bruxelles.
En 1940, à 18 ans, il découvre la revue surréaliste L’invention collective éditée par Raoul Ubac et René Magritte dans la vitrine de la librairie de La Licorne, rue de la Madeleine, à BruxellesNathalie Aubert, Christian Dotremont – Raoul Ubac : la conquête du monde par l’image. In Paul Aron, D’autres Dotremont, Bruxelles : Le Cri, 2007, . Il décide alors d’envoyer son poème Ancienne Éternité au comité de rédaction et obtient une réponse enthousiaste. C’est le premier contact avec le surréalisme.
À ce moment-là, Christian Dotremont s’intéresse particulièrement à l’œuvre de René Magritte. Ce qui le fascine, c’est le rapport mot-chose-image et l’ambiguïté sur laquelle Magritte joue avec ces trois concepts. Christian Dotremont trouve cela très intéressant, mais il souhaite aller plus loin dans la recherche artistique, dans l’expérimentation. Dès le départ, il est attiré par les mots et surtout par leur dimension matérielle. En effet, pour lui, les mots ne servent pas seulement à représenter des choses ou leur signification mais ils ont une réalité propre.
Cependant, il entre dans le mouvement surréaliste à un moment particulier. En effet, plusieurs surréalistes, dont André Breton, ont quitté la France après la débâcle de 1940 où l’armée française cède face à l’invasion allemande. Christian Dotremont arrive d’ailleurs à Paris un mois seulement après le départ de Breton pour les États-Unis, en mars 1941. Le surréalisme s’en trouve affaibli, du fait notamment qu’il existait déjà avant la guerre des désaccords dans le groupe autour de l’adhésion d’Aragon au Parti Communiste, et des hésitations d’Éluard par exempleIbidem, .
C’est alors que le groupe retrouve un nouveau souffle, grâce à une génération plus jeune qui prend la relève. Elle est soutenue par ceux qui ont choisi de rester et parmi lesquels on compte Éluard et Picasso. Mais également par d’autres qui viennent d’ailleurs, dont on peut citer Ubac et Dotremont.
Christian Dotremont a participé à deux revues qui ont maintenu la flamme surréaliste pendant la guerreIbidem, L’invention collective, (dont seulement deux numéros paraissent) précédemment citée et La Main à Plume qui paraît de 1941 à 1944. Cette dernière, dont l’intitulé est un hommage à RimbaudD’après Une saison en enfer, recueil de poèmes en prose écrit en 1873. On retrouve dans ce recueil le poème Mauvais sang où l’expression « la main à plume » est utilisée : — , a pour but de protéger et de développer l’héritage d’André Breton, théoricien du surréalisme. Elle fut mise en place afin de souder les « nouveaux » membres du groupe surréaliste.
Dans le premier numéro de La Main à Plume, on retrouve le manifeste du groupe surréaliste nouvellement formé. Écrit par Jean-François Chabrun, ce manifeste Nathalie Aubert, Christian Dotremont – Raoul Ubac : la conquête du monde par l’image. In Paul Aron, D’autres Dotremont, Bruxelles : Le Cri, 2007, .
En avril 1941 Christian Dotremont arrive à Paris où il rencontre Paul Éluard. Ce dernier le conduit alors dans l’atelier de Picasso. C’est dans ce lieu qu’il se rend compte que les deux artistes travaillent en collaboration pour aboutir à une œuvre commune. Cette façon de travailler, en mélangeant les disciplines, intéresse grandement Christian Dotremont. Il côtoie des écrivains tels que Jean Cocteau, des artistes surréalistes et voit beaucoup de peintures et sculptures d’André Breton. En dehors de cela, il continue à écrire des poèmes tels que La Reine des murs, Noués comme une cravate, etc.
Deux ans plus tard, en 1943, Christian Dotremont rentre en Belgique. Il écrit toujours ; il publie des essais sur le langage et effectue des Recherches sur les mots-gigognes esquissées dès Lettres d’amourLa plaquette Lettres d’amour fait partie des pages libres de la revue Main à Plume, 1943.Raymond Trousson, Robert Frickx et Christian Berg, Lettres françaises de Belgique : dictionnaire des œuvres : II. La poésie, Paris : Gembloux : Duculot, 1988. 613 p.. Cette même année, il fonde les Éditions du serpent de mer avec lesquelles il entreprend une publication : L’homme à naître qui comprendra trois volumesQuand un homme parle des hommes (volume 1 : 1943), Notes sur les coïncidences (volume 2 : 1944) et La Mathématique du Ténu (volume 3 : 1946).
C’est également à cette époque (juillet 1944) qu’il épouse Ai-Li Mian, une jeune Eurasienne. La Chine l’intéresse beaucoup et il publie la même année deux poèmes : Le Matin et L’Avant-Matin. Dans une de ses lettres à Paul Bourgoignie, poète belge, il écrit à propos d’Ai-Li : Lettre à Paul Bourgoignie du 29 septembre 1968 (ML 05044/0053) ⇒ La cote se trouvant entre parenthèses renvoie au catalogue en ligne Plume des Archives et Musée de la Littérature (AML) situés à Bruxelles. Cette institution accueille le fonds Dotremont dont une partie est consacrée à sa correspondance.. Ce mariage ne dure pas et quelques années plus tard, ils se séparent.
En 1944, la question de l’engagement politique du mouvement surréaliste, présente dès ses débuts, devient une obsession et provoque la scission du groupe. À Bruxelles, en 1946, il fonde, avec Jean Seeger, la revue surréaliste Les Deux Sœurs qui ne compte que trois numéros. Dans le dernier numéro (paru en mai 1947), on trouve un texte manifestaire et théorique de Christian Dotremont intitulé Le surréalisme révolutionnaire. Ce texte fondamental jette les bases du nouveau mouvement du même nom dont le manifeste est Pas de quartiers dans la révolution ! Celui-ci date du 7 juin 1947 (même s’il fut signé le 17 mai) et est rédigé par Christian Dotremont et Jean Seeger.
De retour à Paris, Lettre à Paul Bourgoignie du 9 octobre 1946 à Paris (ML 05044/0030). Christian Dotremont s’éloigne donc peu à peu du mouvement surréaliste de Breton. C’est précisément en 1947 que le déclic se produit. En effet, cette année-là, Henri Lefèbvre, sociologue et philosophe français, publie la Critique de la vie quotidienne. Dans cet ouvrage, il désire que les Hommes retrouvent leur joie d’être, leur spontanéité, leurs désirs essentiels, choses qui sont effacées par la société capitaliste et bourgeoise. Cette lecture est très marquante pour Christian Dotremont car cela l’éloigne encore plus du surréalisme parisien. En effet, celui-ci tombe dans la théorisation, l’imposition de règles, ce que Christian Dotremont critiquait.
C’est de cette manière qu’en 1947 Christian Dotremont décide de fonder, avec Paul Bourgoignie et Jean Seeger, le mouvement surréaliste révolutionnaire. Celui-ci s’internationalise ensuite avec un groupe surréaliste révolutionnaire français qui fut fondé à la suite du tract La cause est entendue () rédigé par le groupe des surréalistes révolutionnaires belges et dans lequel ils rompaient toutes relations avec le surréalisme de Breton. Ce groupe français, réuni autour de Noël Arnaud, Edouard Jaguer et René Passeron, ne dure pas très longtemps (autodissolution le 10 avril 1948).
En 1948, il met en place une revue, Le Surréalisme révolutionnaire, qui ne compte qu’un seul numéro. Dans celui-ci, on retrouve un texte de lui où la phrase Nathalie Aubert, « Christian Dotremont – Raoul Ubac : la conquête du monde par l’image ». In Paul Aron, D’autres Dotremont. Bruxelles : Le Cri, 2007, apparaît. Cette phrase montre clairement que Christian Dotremont reste fidèle à la surréalité tout en indiquant qu’il faut lutter. Cette lutte réclame un engagement politique qui avait abouti pour Christian Dotremont à son adhésion au Parti Communiste belge, en 1947. Dans le surréalisme révolutionnaire, on retrouve donc ces deux dimensions mises ensemble : la surréalité et la révolution.
À propos de cette dimension révolutionnaire, il confie à Bourgoignie : . Il lui ajoute : . Il appelle lui-même ce sentiment : « l'anti-nid ». Lettre à Paul Bourgoignie de mai 1948.
En 1948, il crée également le Bulletin International du Surréalisme révolutionnaire qui n’a, comme pour la revue, qu’un seul numéro en raison de difficultés financières. D’autres difficultés font surface pour ce nouveau mouvement. En effet, Christian Dotremont a l’impression désagréable que le groupe n’est plus, si lui ne fait rien : Lettre à Paul Bourgoignie de mai 1948 (ML 05044/0034).
Le Parti Communiste engendre également des problèmes car Magritte, Nougé et Mariën ont mis en œuvre une « manœuvre machiavélique », selon les termes de Christian Dotremont. Cette manœuvre consisterait à se rapprocher du Parti Communiste dans le seul but de faire Lettre à Paul Bourgoignie du 3 mars 1950 (ML 05044/0042). Il demande donc à Bourgoignie d’aller voir Antonia Grégoire, responsable nationale du Parti Communiste, . Pour lui, le Parti Communiste commettrait une grande erreur en s’associant au surréalisme de Magritte, Nougé et Mariën. Il souhaite donc montrer au Parti Lettre à Paul Bourgoignie du 12 septembre 1949 à Copenhague (ML 05044/0041).
Le groupe des surréalistes révolutionnaires belges se maintient dans le mouvement CoBrA jusqu’en 1949. Toujours en 1948, Christian Dotremont réalise, avec Asger Jorn, les premières peintures-mots et dessins-mots spontanés. Il rencontra ce peintre danois cette même année lors d’une réunion à l’HorlogeLettre à Paul Bourgoignie du 29 septembre 1968 (ML 05044/0053) : Les . et, de là, une profonde amitié les lièrent jusqu’à la mort de Jorn en 1973. Christian Dotremont relate d’ailleurs l’annonce de sa mort dans une de ses lettres à Jacques Calonne :
Lettre à Jacques Calonne du 10 mai 1973 à Ivalo - Finlande (ML 05970/0006).
Quelque temps après les premières peintures-mots de Dotremont et Jorn, trois Hollandais débarquent à Bruxelles, au fameux 10 rue de la Paille, Christian Dotremont in Jean-Clarence Lambert, Grand Hôtel des Valises : locataire : Dotremont, Paris, Galilée, 1981, . Il s’agit de Constant, Appel et Corneille. Ils continuent alors ensemble l’expérimentation des peintures-mots. Leurs discussions leur font réaliser qu’ils ont une vision commune de l’art. On y retrouve : Karine Guihard, « Le Surréalisme Révolutionnaire. Suivi de : Projet de thèse sur l’œuvre de Christian Dotremont » [en ligne]. In Karine Guihard, Mémoire Universitaire publié en juin 1998], ainsi qu’un «Jean-Clarence Lambert, op.cit, .