La politique en AcadieL'Acadie comprend grosso modo le Nord et l'Est de la province canadienne du Nouveau-Brunswick ainsi que des localités plus isolées à l'Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador et en Nouvelle-Écosse. Au sens large, l'Acadie fait aussi référence aux communautés de la diaspora acadienne situées au Québec et aux États-Unis; des personnes d'ascendance acadienne se retrouvent également en France, aux îles Malouines et dans les Antilles. L'Acadie n'est pas reconnue officiellement mais formerait une nation par sa langue, sa culture, ses institutions et ses symboles. a plusieurs caractéristiques qui la différencient de celle d'autres régions du Canada.
Histoire Acadie française À l'origine, l'Acadie ne comporte pas d'associations mais il y a des assemblées publiques et certains fonctionnaires élus, comme les responsables d'aboiteaux, les marguilliers, les syndics et les officiers de milice.
Les Acadiens comprennent qu'ils ne peuvent pas se fier à la France et décident de s'autogouverner. Des délégués sont alors nommés annuellement parmi les hommes propriétaires terriens jouissant d'une bonne réputation.
Acadie anglaise Le traité d'Utrecht, signé en 1713, fixe le statut de l'Acadie, dont le contrôle passe définitivement au Royaume-Uni; la France conserve toutefois l'île Royale (île du Cap-Breton) et l'île Saint-Jean (île du Prince-Édouard) qui en dépend, tandis que l'Acadie continentale, correspondant actuellement au Nouveau-Brunswick, est contestée. Les Britanniques permettent aux Acadiens de rester, moyennant la signature d'un serment d'allégeance contesté, et en viennent même à les inciter à ne pas partir, probablement pour des raisons militaires. Les Britanniques décident de conserver le système des délégués acadiens, bien que la loi empêche normalement les catholiques d'occuper des postes administratifs. Ces délégués gouvernent les affaires locales et servent d'intermédiaires entre le gouvernement et la population; ce système favorise la paix de trente ans du début du , en plus d'améliorer l'estime des Acadiens pour leurs institutions et leurs droits. Les Britanniques se méfient en fait des Acadiens, qui sont majoritaires, ont une langue et des pratiques religieuses différentes. Doutant de leur loyauté, ils tentent à plusieurs reprises de leur faire signer un serment d'allégeance; de tels serments sont fréquemment utilisés au Royaume-Uni à l'époque. Les Acadiens refusent à plusieurs reprises, prétextant divers arguments, principalement leur neutralité; ils ont en effet peur de devoir se battre contre les amérindiens, leurs alliés, ou tout autre peuple. Il semble aussi qu'ils aient peur que la signature d'un serment les empêchent ensuite de quitter le pays ou de pratique leur religion. Cornwallis devient gouverneur de la Nouvelle-Écosse en 1749, année d'arrivée de centaines de colons britanniques dans la colonie. La politique britannique change alors de cap et les gouverneurs successifs exigent la signature d'un serment sans conditions.
À la suite de l'invasion anglaise de 1710, les Acadiens ne peuvent plus être officiers de milice mais le système des représentants élus est mis en place durant les années 1720. Ceux-ci ont un statut important dans la société et leur nombre atteint une centaine en 1755.
Déportation des Acadiens
Le gouverneur Charles Lawrence convoque les délégués acadiens en 1755 et, constatant que la population refuse toujours de prêter serment, confisque les armes à feu et les embarcations avant de procéder à la Déportation des Acadiens. Bien que cette décision est soutenue par le gouvernement britannique, plusieurs personnes critiquent, dont Edmund Burke, qui décrit la déportation comme un comportement inhumain à l'endroit d'un peuple innocent.
Provinces maritimes Mise à l'écart thumb|Un serment d'allégeance, signé par Pierre Belliveau en Nouvelle-Écosse en 1768. Le traité de Paris, signé en 1763, assoit définitivement le contrôle britannique sur l'Acadie. De nombreux Acadiens reviennent d'exil par la suite, mais leurs terres ont été cédées aux Anglais. Ils deviennent ensuite minoritaires à la suite de l'arrivée de nombreux immigrants britanniques puis des loyalistes. Des auteurs francophones comme Marc-Adélard Tremblay se disent étonnés de la ténacité des Acadiens tandis Peter Fisher les associe aux amérindiens, que Stewart MacNutt rapporte leur réputation d'être des incompétents et des ignorants et que Hugh Thorburn qualifie les torts causés par le Grand Dérangement de mythe.
Les Acadiens sont en effet pour la plupart illettrés après le Grand Dérangement, à cause de l'application de lois les empêchant d'ouvrir des écoles. De plus, les Acadiens sont désormais craintifs et préfèrent rester à l'écart de la société. Finalement, le clergé québécois, en manque de prêtre, délaisse l'Acadie.
La déportation détruit en fait les bases de la société mais les Acadiens continuent de se réunir pour faire valoir leurs droits dans leurs terres d'accueil. Les Acadiens demeurés en Acadie ou retournant d'exil continuent d'élire des marguillers.
Des confréries sont fondées au tournant du , suivies de sociétés d'éducation, de sociétés agricoles et de diverses organisations communautaires et économiques. L'implication du clergé, du français François-Edme Rameau de Saint-Père puis la fondation des premiers collèges et du journal Le Moniteur acadien, en 1867, favorise la popularité de ces associations.
Lois discriminatoires thumb|left|upright=0.7|Simon d'Entremont. La langue française, mais surtout la religion catholique, incite le gouvernement de la Nouvelle-Écosse à mettre en place des lois visant à exclure les catholiques afin de forcer les Acadiens à s'assimiler à la culture britannique. Un serment du test est mis en place, empêchant les catholiques de voter ou d'être candidat.
Le serment du test reste en place même après la séparation du Nouveau-Brunswick et certains scrutins sont même annulés pour cette raison. Le serment du test est aboli en 1810 pour les électeurs mais reste en place pour les candidats. Le député néo-écossais Thomas Chandler Halliburton milite pour son abolition, selon ses dires pour rendre justice aux Acadiens, chez qui il reconnait des traits exceptionnels; sa proposition est adoptée à l'unanimité par la Chambre d'assemblée de la Nouvelle-Écosse en 1830.
Simon d'Entremont et Frédéric Robichaud sont les premiers députés acadiens élus en Nouvelle-Écosse en 1836; Frédéric Robichaud ne peut toutefois pas être assermenté pour raisons de maladie. Quant à Simon d'Entremont, on l'oblige tout de même à prêter le serment du test, ce qu'il refuse en affirmant « J'avalerais plutôt un chien de mer la queue la première que de jurer ça »; le lieutenant-gouverneur, Colin Campbell, n'a d'autre choix que de lui demander de prêter un serment ordinaire. Le premier député acadien du Nouveau-Brunswick, Amand Landry, est élu en 1846 alors que du côté de l'Île-du-Prince-Édouard, le premier à se faire élire est Stanislas Poirier, en 1854.
Le milieu du marque en fait la fin de l'enracinement des Acadiens mais ceux-ci ne disposent toujours pas de classe sociale, ce qui les empêche de pouvoir véritablement s'intégrer en politique et donc impossible pour eux de se doter des institutions nécessaires pour se sortir de leur situation. Les anglophones sont quant à eux peu enclins à voir les Acadiens s'intéresser davantage à la politique. Ce sont en fait surtout les écossais et irlandais catholiques qui profitent de l'abolition du serment du test.
La publication en 1847 du poème Evangéline, de l'américain Henry Longfellow, et en 1859 de l'ouvrage historique La France aux colonies, du français François-Edme Rameau de Saint-Père, marquent un point tournant dans la renaissance acadienne; les Acadiens s'identifient au personnage d'Évangéline et peuvent en effet découvrir leur histoire dans leur langue . En Nouvelle-Écosse, une loi est votée en 1864 interdisant l'enseignement du français.
L'Acadie dans le Canada Confédération canadienne Les Acadiens s'opposent fermement à la Confédération canadienne, constituant ainsi leur premier courant politique collectif et marquant un point tournant dans le développement de l'acadianité. Les principales raisons en sont méconnues mais sont probablement liées au conservatisme acadien rejetant tout changement important, une attitude causées par le Grand Dérangement, ainsi qu'au manque de communication, les poussant à se fier surtout à leurs principaux porte-paroles et au clergé, opposés à cette option. À l'Île-du-Prince-Édouard, la population n'est même pas consultée.
Renaissance acadienne
Toutefois, cette époque marque les débuts de la renaissance acadienne, influencée par la publication de certains textes dont Evangéline, publié en 1847 par l'auteur américain Henry Longfellow, permettant aux Acadiens de découvrir leur histoire et de se reconnaître. De plus, selon le recensement de 1871, les Acadiens deviennent majoritaires dans plusieurs comtés. Pascal Poirier décrit l'année 1867 comme la « résurrection de l'Acadie », l'année de la Confédération mais surtout du premier journal acadien du Canada, Le Moniteur acadien. Cet hebdomadaire, fondé par le québécois Israël Landry à Shédiac, supporte la Confédération et la coopération entre les Québécois et Acadiens. Landry est candidat pour le parti conservateur mais ses opinions dérangent et il n'est pas élu . Il abandonne aussi la direction du journal aux mains des québécois Norbert Lussier et Ferdinand Rioux, qui défendent aussi la Confédération. La partisanerie du Moniteur acadien pousse à la fondation du Le Courrier des provinces maritimes en 1885 et de L'Évangéline en 1887, donnant du même coup trois tribunes différentes aux Acadiens. Les Acadiens acceptent finalement la confédération et soutiennent le parti conservateur. L'institution des Conventions nationales acadiennes, dont la première a lieu en 1881 à Memramcook, constituent un moment important dans la renaissance acadienne ; l'élite se sert de ces événements rassemblant des milliers de personnes pour développer la culture acadienne mais aussi sa propre influence
Le Collège Saint-Joseph est ouvert à Memramcook en 1864, permettant l'éducation supérieure en français. Le débat entourant la Confédération, la fondation du Moniteur acadien mais surtout la fondation d'établissements d'enseignement francophones favorisent la politisation des Acadiens. La plupart des étudiants de ce collège se sont ensuite intégrés dans leurs villages, y transmettant les valeurs apprises.
Près de deux décennies après l'élection d'Amand Landry, Vital Hébert est élu en 1860, suivi de Lévite Thériault en 1868 et d'Urbain Johnson en 1869. Lévite Thériault est nommé au Conseil exécutif du Nouveau-Brunswick en 1871, devenant le premier ministre acadien. À l'élection générale de 1870, les Acadiens parviennent à faire élire quatre des leurs. À noter que certains députés anglophones ne manquent pas d'occasions de tenir des propos racistes à l'égard des Acadiens, qu'ils soient députés ou électeurs.
La représentation des Acadiens en Nouvelle-Écosse tarde à se développer, une situation expliquée en grande partie par leur situation minoritaire dans la plupart des circonscriptions; le Sud-ouest et l'île du Cap-Breton sont toutefois avantagés. Isidore Leblanc, d'Arichat, est élu en 1878 et devient ministre en 1883. La situation est semblable à l'Île-du-Prince-Édouard; toutefois, Stanislas Poirier est élu en 1854 et sa carrière dure plus de 40 ans.
En 1867, le Français Auguste Renaud se fait élire à la Chambre des communes du Canada pour représenter la circonscription de Kent. Stanislas Poirier devient le premier Acadien de naissance à se faire élire au niveau fédéral, en 1874. En 1878, c'est le tour de Gilbert Girouard, dans Kent. À partir de ce moment, au moins un Acadien est toujours présent à la Chambre des communes. À partir du début , il y en a toujours au moins trois, provenant surtout du Nouveau-Brunswick.