L'île de Bunce (anciennement nommée Bence, Bense ou Bance) se situe en Sierra Leone dans la baie de Freetown (Freetown Harbour ou Rivière de Sierra Leone), formée par la rivière Rokel et Port Loko Creek, ouverte sur l'océan Atlantique.
Elle est un des lieux de mémoire de la traite des esclaves en Afrique, tels l'île de Gorée (Sénégal), le château d'Elmina ou le fort de Cape Coast (Ghana). Sa situation, au fond d'une baie profonde, est exceptionnelle pour une plate-forme esclavagiste. Celles-ci étaient habituellement des terminaux côtiers.
Situation géographique thumb|300px|left|Plan de l'île de Bunce (env. 1727).
Cette petite île de , bien abritée, se situe à une trentaine de kilomètres à l'est de la ville de Freetown, elle-même à l'embouchure de la baie.
Sur la tête nord de l'île, au milieu d'une végétation luxuriante, émergent les ruines du fort.
L'important dépôt d'esclaves L'île de Bunce est idéalement située pour la traite des esclaves. Il est dans un endroit sûr, avec de bonnes ressources naturelles, et a un accès facile aux commerçants africains sur la côte.
Le fort de Bunce est construit à partir de 1672, par The Gambia AdventurersGeorge E. Brooks, 2003, 173 Arnold Hughes, David Perfect, Historical dictionary of The Gambia [4th ed.], Lanham (Md.), etc., Scarecrow Press, 2008 (Historical dictionaries of Africa, 109) . puis par la Royal African Company, au même moment que les forts des îles de SherbroÎle de Sherbro et TassoÎle de Tasso en Sierra Leone. John Atkins, médecin de la Royal African Company, offre un témoignage de la vente de l'esclave Capitaine Tomba en 1721.
Il passe aux mains de marchands afro-portugais, dirigés par Jose Lopez da Moura en 1727 puis en 1749 entre celles de Grant, Sargent et Oswald, des négociants en esclaves pour la Caroline du Sud. La société reconstruit le fort et, jusqu'en 1773, exporte plus de 12.500 captifs africains depuis l'île de Bunce vers des plantations situées dans les colonies britanniques et françaises des Antilles ainsi que dans les colonies britanniques d'Amérique du Nord. En 1785, Bunce et plusieurs autres îles dépendantes sont cédées à la société de John et Alexander Anderson. L'apogée de l'activité négrière sur l'île, correspond à cette dernière période.
Le fort de Bunce, sur la « Côte du riz », est le lieu où le flot d'esclaves capturés dans l'hinterland est vendu par les négriers ou, vivant dans l'enclave de liberté de Freetown. Ces esclaves, achetés aux ports de Charleston (Caroline du Sud) et de Savannah (Géorgie) puis envoyés de là dans les grandes plantations de riz américaines, ont constitué la communauté afro-américaine des Gullah, toujours active aujourd'hui.
La traite s'y prolonge jusqu'au Slave Trade Act britannique de 1807, puis l'île est abandonnée vers 1840.
Recherches récentes L'anthropologue américain Joseph Opala a entrepris des recherches sur Bunce et les populations Gullah dans les années 1970. Il est, entre autres, le directeur de la Bunce Island Coalition, une association à but non lucratif pour la préservation du site et la création, à Freetown, d'un musée sur l'esclavage. Il a aussi réalisé une reconstitution virtuelle en 3D du fort et du camp de transit des esclaves.
De plus, l'historien David Hancock a décrit la vie de la Grant, Oswald & Company en 1995 David Hancock, Citizens of the world : London merchants and the integration of the British Atlantic community, 1735-1785, Cambridge et New York, Cambridge University Press, 1995 et 1997 ., et l'archéologue Christopher DeCorse a effectué un inventaire complet des ruines de l'île de Bunce dans un rapport pour le gouvernement de Sierra Leone en 2007.
L'île est, depuis la fin de la guerre civile en 2002, un lieu de visite et de pèlerinage pour de nombreux Afro-Américains.
Notes
Voir aussi Bibliographie Christopher DeCorse, avec la collab. de Joseph Opala et Vera Viditz-Ward, Bunce Island cultural resource assessment, Freetown, United States Embassy in Sierra Leone, 2007 . George E. Brooks, Eurafricans in western Africa : commerce, social status, gender, and religious observance from the sixteenth to the eighteenth century, Athens, Ohio University Press et Oxford, James Currey, 2003 .
Patrick Puy-Denis, Le Ghana, Paris, Karthala, 1994 Alexander Peter Kup, Sierra Leone : a concise history, Newton Abbot [Eng.], David & Charles, 1975 . Walter Rodney, A History of the upper Guinea Coast : 1545-1800, Oxford, Clarendon press, 1970 (Oxford studies in African affairs) . Joseph Opala, The Gullah : Rice, Slavery and the Sierra Leone, Gilder Lehrman Center, Yale University (Bance Island, bibliographie, Historical Summary, 2004)
Articles connexes Histoire de la Sierra Leone Côte du Poivre (ou côte des Graines) Traite négrière occidentale Lomboko Forts de la côte ghanéenne
Catégorie:Histoire de la Sierra Leone Catégorie:Île de l'océan Atlantique nord