L’attraction interpersonnelle est un processus graduel menant à la découverte d’affinités avec autrui. Elle constitue une étape importante dans l’établissement d’une relation interpersonnelle, et peut aboutir à des relations amicales ou amoureuses. L’évolution de ce processus est influencée par plusieurs facteurs, comme la proximité, l’apparence physique, la similarité ainsi que la complémentarité.

Le concept est étudié en psychologie sociale. L’approche psychosociale permet d’investiguer la question du « pourquoi sommes-nous attirés par une personne plutôt que par une autre ? ». Elle se concentre sur l'étude des situations et des circonstances qui permettent la naissance d’une relation.

Définitions

Attraction

L’attraction peut se définir comme une évaluation positive d'autrui ou d'un objet, à la suite d'un contact avec celui-ci. Elle trouve ses racines dans trois composantes différentes, à savoir une composante cognitive, une composante affective et une composante conative : Le niveau cognitif concerne l’ensemble des croyances et des perceptions des compétences que nous formons à propos d’autrui. Le niveau affectif englobe les réponses émotionnelles concernant autrui. Le niveau conatif, quant à lui, se rapporte aux intentions de comportement que nous avons envers l’autre.

Les attitudes positives envers autrui, comme l’attraction, ne sont pas directement observables, mais déduites à partir des comportements, comme les gestes et les paroles.

Attraction personnelle et attraction sociale La théorie de l’identité sociale et de l’auto-catégorisation contribue à définir les différences entre l’attraction personnelle et l’attraction sociale. L'attraction sociale est , tandis qu'à l'inverse, l’attraction personnelle est .

Ces différences suggèrent que d'après la théorie de l’identité sociale, l’avis d’une personne sur autrui peut changer selon sa position : soit comme membre d’un groupe social, soit comme une personne indépendante. Plusieurs recherches ont été réalisées dans le but de vérifier ces hypothèses et leurs résultats ont démontré que lorsque l’identité sociale est activée, la similitude interpersonnelle semble avoir moins d'importance pour l’attraction, c'est-à-dire que l’individu passe de son identité personnelle à son identité sociale, et inversement, selon la catégorie sociale d’appartenance qu'il veut mettre en évidence. Lorsque le niveau de catégorisation groupal est saillant, il s'agit d'attraction sociale. Lorsque le niveau de catégorisation individuel est saillant, il s'agit d'attraction interpersonnelle. Par exemple, lorsqu'une personne utilise la catégorisation de genre, elle active l’attraction sociale mais lorsque la catégorie de genre est non saillante, elle ouvre le champ aux pour influencer l’attraction et active donc l'attraction personnelle.

Quand l’identité sociale des individus est activée, ces derniers vont être amenés à se comporter comme des personnes qui appartiennent à un groupe social déterminé. Les individus vont juger l’attraction suivant les informations prototypiques de leur catégorie d’appartenance. Les informations personnelles (comme les attitudes, les centres d’intérêts, etc.) vont être déterminantes lors de l’attraction interpersonnelle afin que l’individu puisse s’auto-percevoir comme une personne unique. Les auteurs de ces théories, Michinov et Monteil, insistent sur l'importance du fait que . Cependant, une situation spécifiquement intergroupe n'est pas essentielle pour s’auto-catégoriser dans un groupe d’appartenance déterminé. Par conséquent, le passage de l’identité personnelle à l’identité sociale peut simplement se faire par pensée pour son groupe d’appartenance.

D'après Hogg, les caractéristiques individuelles et collectives sont regroupées dans une dynamique de relations interpersonnelles. Michinov et Monteil appuient cette idée en expliquant que le choix de l’attraction ne peut pas se résumer uniquement à l'interaction de deux personnes puisque le contexte social, relié aux représentations et valeurs sociales de chaque sujet, joue un rôle déterminant dans l'expression de l’attraction. Il n'est pas exclusivement limité aux comportements individuels. Le contexte social a son importance dans le développement de l’attraction interpersonnelle qui ne repose pas seulement sur les caractéristiques intrinsèques des individus.

Étapes du développement des relations Selon Moser, quel que soit le type de relation, les individus passent par les mêmes étapes, à savoir : la prise de conscience d'autrui, l'exploration mutuelle et la réciprocité. Les différents facteurs influençant la relation conduisent à une implication mutuelle qui présuppose que les individus appliquent préalablement certains filtres afin de réguler l’autorévélation et l’intimité réciproque.

Prise de conscience d’autrui et formation des impressions Toute relation interpersonnelle nécessite une prise de conscience d’autrui. Ensuite, au fur et à mesure que les interactions progressent, l’exploration mutuelle devient une étape décisive à tout commencement d’une relation.

Côtoiement 220x220px|thumb|Concert du groupe Paramore.|droite|alt=Un concert avec une foule nombreuse et enthousiaste. Avant toute chose, pour que deux personnes puissent s'attirer, il est nécessaire qu’elles soient en présence l’une de l’autre et qu’elles en soient conscientes. Lors d’un concert par exemple, un individu peut rencontrer beaucoup de personnes, toutefois, sans se rendre compte de la réelle présence d’autrui. Pendant ces situations, les rencontres entre les individus sont brèves et les contacts ne sont pas suivis par d’autres interactions. Ces dernières ne constituent alors que de brefs côtoiements. Pour Moser, ce stade se base presque exclusivement sur les caractéristiques physiques, de présences physiques.

Contacts superficiels thumb|upright=1.3|Chez le père Lathuille, Édouard Manet (1879). Les contacts superficiels, quant à eux, font référence à des situations ponctuelles où des individus se rencontrent et entrent en contact les uns avec les autres sans pour autant se connaître. Il peut s'agir d'une situation pendant laquelle un individu demande un renseignement à une personne dans la rue. Lorsque la fréquence des contacts physiques entre deux personnes augmente, les interactions augmentent également. Dès lors, les individus peuvent être amenés à faire connaissance et éventuellement éprouver de la sympathie l'un pour l'autre. L’interaction peut alors se développer en une relation interpersonnelle.

Exploration mutuelle thumb|Idylle, Leo Putz (1901) Une autre étape déterminante dans le commencement d’une relation d'après Moser, est celle de l’exploration mutuelle. Lors de celle-ci, les individus se rencontrent volontairement en ayant l’intention de faire connaissance en échangeant des idées et des intérêts. Par conséquent, la continuité de la relation va dépendre des caractéristiques physiques, des comportements verbaux et non verbaux ainsi que des similitudes que chaque individu a l'occasion d'échanger avec l’autre lors de ces interactions.

Le développement vers une relation plus intime se fera si les partenaires sortent des caractéristiques conventionnelles. Pour ce faire, chacun doit donner l’impression d’être intéressé par l’autre afin que l’interaction puisse continuer. Les individus rechercheront des similitudes dans les idées, pensées et comportements partagés. Les échanges sont importants donc essentiels pour que les sujets s’explorent mutuellement et augmentent leurs connaissances réciproques. Dès lors, ils décideront par eux-mêmes d’arrêter la relation ou au contraire, de la continuer. S'ils décident de la poursuivre, la relation deviendra de plus en plus intime au fur et à mesure que le partage des informations et l'exploration mutuelle augmentent, de sorte qu'elle pourrait aboutir à une relation d’amitié ou à une relation d’amour.

Réciprocité de l’intérêt pour autrui Après des échanges répétés, les sujets confirment (ou non) leurs intérêts réciproques. Dans le cas d'une réciprocité positive, ils peuvent progressivement s’engager dans une relation plus approfondie. Les individus passent alors par l'étape de l’autorévélation. Il s’agit d'une réciprocité émotionnelle, cognitive et comportementale dans laquelle les sujets se dévoilent mutuellement des informations plus intimes. L’autorévélation permet aux partenaires d’accroitre le partage de leurs similitudes, de leurs attitudes, de leurs valeurs, de leurs caractéristiques de personnalité, etc. Dès lors, les personnes impliquées se découvrent l'un l'autre de manière plus intime. Quant au niveau de réciprocité, ce dernier est déterminé par les partenaires, c'est-à-dire qu'ils déterminent eux-mêmes ce qu'ils sont prêts à dévoiler à autrui.

Facteurs déterminant l'attraction mutuelle Proximité physique Parmi les facteurs influençant l’attraction interpersonnelle, la proximité apparait comme nécessaire à l’établissement d’une relation quelconque avec une personne.

Effet de proximité Plusieurs recherches ont démontré que les individus choisissent leurs amis et leurs partenaires parmi ceux qui sont à proximité, autrement dit : accessibles physiquement. Festinger, Schachter et Back ont notamment étudié, à travers leur expérience, le rôle de la proximité physique dans le développement de l’attraction interpersonnelle. Ces chercheurs s’attendaient à ce que les personnes habitant relativement près les unes des autres, dans un même immeuble, créent des relations amicales. En effet, lorsqu’ils ont demandé aux sujets quelles étaient les trois personnes qu’ils fréquentaient le plus volontiers, ceux-ci répondaient majoritairement leurs voisins immédiats. Ainsi, leurs résultats ont démontré, comme le supposaient leurs attentes, que cette proximité permet aux individus de se croiser et de parler davantage, créant des espaces pour développer des liens amicaux.

Plus tard, Moser appuie cet effet de proximité en se référant à la recherche de Segal. Ce dernier a observé des stagiaires répartis dans des chambres en fonction de l’ordre alphabétique de leur nom de famille. Lorsqu’il a demandé aux jeunes de nommer les trois amis les plus importants pour eux, il a constaté que plus leur nom était proche dans la liste alphabétique, plus la probabilité pour qu’ils soient amis était grande.

La proximité semble être un facteur important à l’établissement d’une attraction interpersonnelle. De fait, Arkin et Burger suggèrent que premièrement, cette proximité physique augmente les possibilités d’interaction avec autrui et que, deuxièmement, elle permet d’anticiper l’interaction via la formation d’a priori. Si ce dernier est positif, les relations avec autrui seront probablement plus harmonieuses.

Familiarité Robert Zajonc et ses collègues ont constaté que la proximité avait un effet sur l’attraction via la familiarité. D'après ces chercheurs, la simple exposition à un stimulus est suffisante pour accroitre l’attraction. Cet effet illustre le fait qu’un individu a des préférences pour des stimuli auxquels il a déjà été exposé, même s'il est inconscient que ceux-ci lui sont familiers. Ces études appuient donc l'idée que le contact répété avec une personne engendre des sentiments positifs, comme l’affection.

Dissonance cognitive La proximité, via la dissonance cognitive, à savoir une contradiction entre deux éléments cognitifs, peut avoir un effet sur l'attraction comme l'explique l’étude de Tyler et Sears évoqué par Bédard, Déziel, Lamarche. Selon eux, il serait plus avantageux d’avoir de l'affection pour des individus de notre entourage en valorisant leurs points positifs puisqu'il est plus commode de penser que les personnes physiquement proches, sont des personnes avec lesquelles l'entente est plus aimable. Cette explication permet de comprendre pourquoi des individus évitent les situations désagréables avec leurs voisins qu’ils n’apprécient pas mais qui pourtant sont physiquement proches d’eux.