La collégiale Notre-Dame de Dole est l'église principale de la ville de Dole, en Franche-Comté. Rattachée au diocèse de Saint-Claude, elle dessert la paroisse Notre-Dame, du secteur paroissial de Dole-ville.
Elle est édifiée au , dans un style hybride gothique-Renaissance, à l'emplacement d'une ancienne collégiale Notre-Dame dont elle hérite le nom et le statut jusqu'en 1790. De nos jours, elle continue, par tradition, d'être appelée « collégiale », malgré son érection en basilique mineure, en 1951.
Elle fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1910.
Historique En 1277, Alix de Méranie, comtesse de Bourgogne, dans son testament souhaite faire transférer le chapitre de chanoines de Poligny à Dole. Cependant, les autorités religieuses s'y opposentAlmanach historique de Besançon et de la Franche-Comté pour l'année 1785 - . Ce n'est qu'en 1304, que sa bru, Mahaut d'Artois, devenue comtesse de Bourgogne, parvient à faire ériger l'église Notre-Dame en collégialeTheurot Jacky, "Le chantier de Notre-Dame de Dole (Jura) au début du " dans Revue de l'Art, , 1995, .En 1479, dans le contexte de la succession troublée de Charles le Téméraire, dernier duc souverain de Bourgogne jouissant de droits en Comté, et notamment dans la région doloise, le roi de France Louis XI tente de conquérir la Franche-Comté, s'empare de sa capitale d'alors, Dole, et la fait raser.Peu après la mort du roi, survenue en 1483, sa fille Anne, alors régente du Royaume de France, autorise la reconstruction de la villeTheurot Jacky, Dole. Genèse d'une capitale provinciale des origines à la fin du , Cahiers dolois, Dole, 1998.Les plans de la nouvelle collégiale, aux proportions démesurées, sont tracés dès 1483, mais il faut attendre plus de dix ans avant d'amasser le fonds nécessaires à leur concrétisation. Le , le Conseil de Ville et des habitants se réunissent dans la grande salle du Parlement, et décident la fondation d'une commission, de neuf personnes, pour diriger les travaux et collecter de nouveaux fonds en concédant des chapelles, à la fois dans les bas-côtés et contre les piliers de la nefEugène Michalet, Notice historique sur l'église de Dole, Breune, Dole, 1858, p. 10., avec des privilèges connexesDroits de clôture, d'aliénation, d'inhumation, d'autel, et de nommer patrons et desservants..
Le , la première pierre est posée par l'archevêque de Besançon, Mgr Antoine de Vergy.L'édifice est consacrée en 1571, par Mgr Claude de La Baume, archevêque de BesançonRousset Alphonse, Dictionnaire géographique, historique, statistique, des communes de la Franche-Comté, tome 2, Besançon, Bintot, 1854, ..À la Révolution, la collégiale sert brièvement d'entrepôt, avant d'être convertie en Temple de la Raison, en 1793, puis de l'Être suprême, en 1794, pour redevenir une église catholique romaine en 1802.En 1910, la collégiale est classée monument historique. En 1951, elle est consacrée basilique par le nonce apostolique , devenu le pape Jean XXIII, en 1958Gaulard Bénédicte, Jaquemart Jean-Pierre, Theurot Jacky, De la collégiale à la basilique - Notre-Dame de Dole, DMODMO, Dole, 2009.En 1991, la Sainte-Chapelle est rénovée, puis l'extérieur de la collégiale en 1995, et l'intérieur de 2006 à 2009, sous la direction de l'architecte Paul BernoudBarnoud Paul, Vesvrottes Sylvie (de), La restauration intérieure de la collégiale Notre-Dame de Dole, Éditions du patrimoine, Centre des monuments nationaux, Paris, 2011.
Architecture La sobriété de l'édifice, s'inscrit dans la tradition architecturale religieuse de Franche-Comté. Son caractère imposant et les dimensions de son clocher fortifié en font le symbole de la renaissance doloise et des libertés comtoises, après les meurtrissures du siège de 1479, mais aussi de la Contre-Réforme.
Le clocher Le clocher de la collégiale est un clocher-porche d'ouest, achevé en 1596.
Un premier dôme, inspiré de celui de l'église Santa Maria del Carignano, à Gênes, est réalisé, d'après un dessin de l'architecte Hugues Sambin, et porte le clocher à 82 m de haut. En 1636, les« 1000 coups de canon » de Condé ébranlent le clocher lors du siège de la ville par les troupes françaises. Puis un violent orage entraine la chute du dôme qui crève une partie des toitures et des voûtes de l'église.
Le nouveau couronnement, réalisé dès 1640, est diminué de 9 m. Le clocher n'en reste pas moins le plus haut de Franche-Comté, et qui culmine à 73 m.
La grande entrée, en pierre de Sampans, qui le perce, est réalisée en 1577, par le sculpteur Hugues le Rupt, dans une architecture Renaissance, remaniant une ancienne entrée gothique de 1555. Le porche abritait jusqu'à la Révolution française des sculptures.
La nef Architecture générale La nef, érigée au , dans un style gothique tardif très sobre, mesure 58 m de long pour 26 m de haut (sous voûte). Elle s'élève sur deux étages et est dépourvue de triforium.Elle comporte trois vaisseaux, dont le central est éclairé par de vastes fenêtres.
La voûte, quadripartite, repose directement sur de solides piliers cylindriques sans chapiteaux, lui conférant ainsi un grand dynamisme.
Le Jubé Un jubé, sculpté entre 1560 et 1568, par le sculpteur Denys Le Rupt, à la demande d'Étienne Bernard, greffier au Parlement de Dole, sépare l'entrée principale du reste de l'édifice. Initialement prévu entre la nef et le chœur, il est déplacé, en 1562, sur décision des échevins de Dole, afin de ne pas briser la perspective. Il sert, depuis 1750, de tribune à l'orgue.
Le mobilier liturgique Parmi le mobilier liturgique remarquable de la nef figurent un bénitier et une chaire (1556), sculptés par Denys Le Rupt, ainsi qu'une autre chaire (XVIIIe siècle), et un baptistère (XVIIIe siècle).
Le bénitier, en marbre rouge de Sampans, se situe au pied du jubé, et la première chaire, fait du même marbre, est fixée sur un pilier sud de la nef. Cette dernière présente de grandes similitudes avec celles des églises d'Auxonne, de Saint-Jean-de-Losne (Côte-d'Or), et de Pesmes (Haute-Saône), sculptées par le même artiste et dans le même marbre.
La deuxième chaire en bois (XVIIIe siècle), peinte en trompe-l'œil, jadis placée dans la Sainte-Chapelle, est aujourd'hui fixée sur un pilier, au nord-ouest, de la nef.
Le baptistère se situe quant à lui au nord-est, contre le mur de la sacristie, à proximité du chœur.Le font baptismal, en marbre noir, est encadré par une colonnade baroque en bois peint en trompe-l'œil, et un tableau (XVIIIe siècle) représentant le Baptême du Christ est fixé au-dessus de lui, entre les colonnes. L'ensemble est surmonté d'un dais en bois doré, sous lequel est placée une statue de La Vierge présentant l'Enfant. À sa gauche, une plaque indique l'emplacement de la première pierre posée de l'édifice, en 1509, et une seconde commémore le baptême de Louis Pasteur, en 1823.À sa droite, l'imposante pierre tombale d'Odot de La Tour, conseiller au parlement de Dole, s'offre à nos yeux.
Les œuvres décoratives Parmi les œuvres décoratives de la nef, les plus remarquables sont un cycle pictural (1753-1781), peint par Laurent Pécheux, ainsi que deux statues (), l'une de saint Jean et l'autre de saint André, sculptées par Claude-François Attiret.
Le cycle de Pécheux se compose de douze tableaux, de 4,5 x 3,5 m, relatant des épisodes de la vie du Christ. Ils sont réalisés entre 1753 et 1781, et sont acquis puis légués à la collégiale par l'abbé Claude Antoine de La Marre et des paroissiens, qui les font installées, dans la nef (8) et le chœur (4), à partir de 1765.
Les deux statues d'Attiret se situent toutes les deux, de part et d'autre de la chapelle du Rosaire. D'autres statues représentant les apôtres et les prophètes ont quitté la nef de la collégiale en 2009, pour rejoindre la chapelle du couvent Saint-Jérôme, qui abrite, depuis, l'auditorium Karl-Joseph Riepp.
L'orgue L'orgue se situe au-dessus de l'entrée principale de l'édifice et s'appuie sur le jubé de Le Rupt. Il est construit, entre 1750 et 1754, à la suite d'une demande de l'organiste de la collégiale, se plaignant du délabrement du vieil orgue (v. 1565), installé sur une tribune du sud du transept.
Un premier orgue est signalé dans cette collégiale, vers 1565, sur une tribune dans le transept côté épître. Par un devis de réparations du facteur François Dufay de 1688, on sait que l'instrument comportait au moins deux claviers (Grand-Orgue et Positif de dos).
En 1730, les organistes se plaignent du délabrement de l'instrument qui comportait, à cette époque, apparemment plus qu'un clavier de 45 touches (CDEFGAH à c3) avec octave courte et 9 jeux, dont un à la Pédale. Le Positif semble avoir disparu en 1730.
En 1750, la décision est prise de faire construire un nouveau grand orgue. Le facteur Karl-Joseph Riepp, de Dijon (mais d'origine allemande, en Souabe) est choisi pour construire l'instrument. La construction durera jusqu'en 1754. Toutefois, dès Pâques 1753, le jeune organiste Jean-François Tapray, nouvellement embauché, peut jouer l'orgue presque terminé. L'instrument est globalement conforme aux usages français ; seuls le type de construction des soufflets et la Bombarde en bois de la Pédale évoquent une tradition plutôt germanique. L'orgue Riepp restera dans son état d'origine jusqu'en 1778.
Le buffet est l'œuvre du menuisier Claude-François Attiret et du sculpteur Michel Devosge, sur un dessin de Riepp. Ce buffet est une sorte d'archétype du buffet d'un grand orgue classique français du milieu du . Au grand buffet, deux atlantes en torse avec draperie portent les grandes tourelles des extrémités. Les tourelles du grand buffet sont couronnées par un ensemble d'anges et angelots jouant d'instruments (trompette, flûte, timbales...). L'instrument sera placé au-dessus de l'entrée principale de l'édifice sur le jubé de Le Rupt.
La composition de l'orgue Riepp, en 1754, est connue : il comporte 4 claviers manuels et un pédalier avec Positif de dos (51 notes), Grand-Orgue (51 notes), Récit (32 notes), Écho (34 notes) et Pédale (30 notes).
En 1778, l'orgue est transformé par les successeurs immédiats de Riepp : les facteurs Joseph Rabiny et Louis Weber qui sont appelés pour réparer des dégâts occasionnés par un orage. Ils en profitent pour faire quelques modifications relativement mineures dont l'ajout de jeux de Trompette et une augmentation de la Cymbale du Grand-Orgue.
En 1787, une grande restauration va transformer l'orgue, juste avant la Révolution : ce sera l'intervention importante de François Callinet, de Rouffach. L'orgue a toujours quatre claviers manuels et un pédalier, mais le Récit est étoffé d'un Bourdon, d'une Flûte et d'un Hautbois, l'Écho s'est enrichi d'une Flûte de 8', le Grand-Orgue a lui aussi subi un apport en jeux d'anches supplémentaires (Trompette, Bombarde). François Callinet a laissé, un ensemble d'anches remarquables, dont le chœur est intense et vibrant. Pour réaliser ce plan, il augmente la capacité d'alimentation en vent de l'instrument.
Après la période révolutionnaire, l'organiste Antoine Lerouge, aussi un peu facteur d'orgues, complète l'instrument avec des jeux provenant de l'orgue Riepp du couvent des Bernardines. Il ajoute, au Positif, un Cornet, une Trompette et un Basson sur les trois chapes vides. Le Basson ne durera pas longtemps et c'est probablement le facteur Louis Chavan qui le remplaça par le Cromorne qui existe toujours et qui pourrait bien provenir aussi de l'orgue du couvent des Bernardines.