Jean-Michel Lambert, surnommé « Le Petit Juge », né le à Jarnac et mort le au Mans, est un magistrat et écrivain français. Il est connu pour avoir été le premier juge à instruire l'affaire Grégory.

Biographie Enfance et formation Après une enfance passée en Charente, à Jarnac, où son père dirige une entreprise de publicité, il étudie le droit à l'université de Picardie, puis entre à l’École nationale de la magistrature. Il fait son service militaire en 1977 à l’École des élèves officiers de réserve de Coëtquidan, où il a comme camarades François Hollande, Jean-Pierre Jouyet et Michel Sapin. À l'âge de 27 ans, le , il est nommé juge d'instruction dans la juridiction d’Épinal (Vosges).

Vie de famille Après avoir été en poste à Épinal puis à Bourg-en-Bresse, il termine sa carrière au Mans, où il vit avec son épouse Nicole, dont il avait fait la connaissance en 1986 à Remiremont et qui était, à l'époque, institutrice.. Le couple a une fille, prénommée Pauline.

Carrière et vie professionnelle Il a été le premier juge d'instruction de l'affaire Grégory, qui l'a occupé d' à . Chargé d'enquêter sur le meurtre d'un enfant qui va attirer dans une petite vallée des Vosges une foule de pigistes, fait-diversiers, envoyés spéciaux, photographes et cadreurs français et étrangers, il se trouve presque du jour au lendemain propulsé sous les projecteurs. Après deux inculpations et incarcérations infructueuses, celles de Bernard Laroche puis de Christine Villemin, les critiques suscitées par son instruction erratique vont se multiplier.

Le magistrat se laisse happer par la pression médiatique, quitte à violer de manière répétée le secret de l'instruction en révélant par exemple aux journalistes la teneur des déclarations de la jeune Muriel Bolle et l'identité de l'intéressée. Par ailleurs, sa mauvaise maîtrise de la procédure et un manque de rigueur qui ne pouvait que nuire à la gestion d'une affaire criminelle beaucoup plus complexe que ce qu'il avait sans doute imaginé au départVoici ce qu'écrit à son propos Étienne Sesmat, le capitaine de gendarmerie qui a enquêté le premier sur l'affaire : (Les Deux affaires Grégory, nouveau tirage, Paris, Éd. Points, 2015, ). vont entraîner l'annulation de nombreuses pièces importantes du dossierPour plus de détails, on consultera en priorité .. Tout en admettant avoir « parfois failli », comme il l'écrira dans la lettre envoyée avant son suicide à Christophe Golbin, il n'hésite pas à invoquer pour sa défense les 229 dossiers qu'il devait gérer en parallèle, puisqu'il était en 1984 le seul juge d'instruction de la préfecture des Vosges.

Pour Régis de Castelnau, dont l'avis est partagé par la plupart de ceux qui se sont exprimés sur le sujet en connaissance de cause, la .

En 1987, le dossier est repris par Maurice Simon, président de la chambre de l’instruction de la cour d'appel de DijonRégis de Castelnau, « L’affaire Grégory est d’abord une catastrophe judiciaire », Causeur, 21 juin 2017..

Jean-Michel Lambert prend un congé sabbatique en 1987 et se raconte dans Le Petit juge, paru la même année chez Albin Michel. Ce témoignage sur son parcours, où il mentionne sans s'attarder l'affaire Grégory, a été durement critiqué par une bonne partie de la presse. Le magistrat n'y révèle rien qui n'ait été dit précédemment par d'autres. Il évoque son pendant l'« affaire », mentionne d'une future inculpée. Nombreux sont ceux qui estiment que l'ouvrage, qui semble s'être bien vendu, ne respecte pas l'obligation morale de réserve d'un juge.

À la suite de cette publication, lui qui avait déjà eu l'occasion d'être en rapport avec Marguerite Duras, que l'affaire Grégory fascinait, se trouve convié à l'émission de télévision Apostrophes, animée par Bernard Pivot que certains passages du livre ont visiblement étonné et qui ne cache pas sa perplexité face aux réponses que lui fournit son invité, et qui suscitent les réflexions ironiques de Philippe Labro, l'un des autres invitésÉmission diffusée le 10 avril 1987 et conservée dans les archives de l'INA. Elle est disponible sur Youtube (https://www.youtube.com/watch?v=_7AtXSn61gY)..

Il devient ensuite juge d'instance à Bourg-en-Bresse de 1988 à 2003, puis vice-président du tribunal de grande instance du Mans jusqu'au , date de son départ en retraite. Il publie en 2014 De combien d'injustices suis-je coupable ?, livre dans lequel il affirme être persuadé de l’innocence de Bernard LarocheVoir à ce sujet .. Par ailleurs, il est l'auteur de romans policiers.

Mort Le , le corps de Jean-Michel Lambert est découvert par une voisine qui avait les clefs de son domicile du Mans et avait été alertée la veille par l’épouse du magistrat, laquelle n’avait plus de nouvelles de lui« Affaire Grégory. L’ex-juge Lambert retrouvé mort à son domicile », Le Monde, 11 juillet 2017.. Appelés vers 19 heures, les secours trouvent à leur arrivée son corps inanimé avec, sur la tête, un sac en plastique noué à l'aide d'une cravate.. L'article rapporte le témoignage d'un voisin : . D'après les premières constatations, aucune trace d'effraction ou de lutte n'a été relevée dans l'appartement. Seule une bouteille d'alcool presque vide se trouve près du corps de l'ancien magistrat. La police judiciaire d'Angers ordonne une autopsie. qui indique qu'il s'agit d'un suicide., ce qui ne surprend qu'à moitié. En effet, le , avait paru dans Libération un article intitulé « Jean-Michel Lambert : jugement dernier », qui faisait état des pensées suicidaires du magistrat : .

Interviewé par France 2 dans l'émission 13 h 15, le samedi du , l'ancien juge d'instruction avait dénoncé ce qu'il considérait comme un acharnement à son encontre : ..

Par une étrange coïncidence, il se donne la mort le jour même où BFM TV révèle quelques passages des carnets intimes du juge Maurice Simon« Affaire Grégory. Des extraits des carnets secrets du juge Simon dévoilés », BFM TV, 11 juillet 2017., qui écrivait à son sujet :

Le jour de sa mort, l'ancien juge avait déposé dans la boîte à lettres d'une voisineCette personne, qui a découvert le corps, n'a trouvé l'enveloppe que le jeudi, car elle n'avait pas osé se rendre plus tôt à sa boîte à lettres, compte tenu de la présence de nombreux journalistes devant l'immeuble. une enveloppe adressée à sa femme et contenant deux lettres à cette dernière, l'une intime et l'autre concernant ses obsèques, une lettre à sa fille Pauline, une à sa mère, une à son éditeur et une dernière à Christophe Gobin, un journaliste de L'Est républicain avec qui il avait noué une relation de confiance... Dans cette lettre de trois pages publiée en ligne le par L'Est républicain, selon la volonté du défunt et avec l'accord de sa famille, malgré une réquisition de la police enjoignant au quotidien de ne pas la faire paraître., il évoque l'affaire du petit Grégory et écrit :

Après avoir affirmé une dernière fois sa certitude concernant l'innocence de Bernard Laroche, il laisse entendre, sans tenir compte du non-lieu pour absence de charges dont a bénéficié Christine Villemin en 1993, qu'à son avis, le crime a bel et bien été commis par la mère de GrégoryCe qui n'a pas échappé par exemple à l'ancien journaliste de Libération Denis Robert, qui avait eu l'occasion de s'entretenir avec le « petit juge » au moment de l'affaire et éprouvait pour lui une certaine sympathie. Voir les réflexions plutôt acerbes mais tout à fait légitimes que lui inspire cette lettre aux de son livre J'ai tué le fils du chef : affaire Grégory : le roman de la Vologne, 1984-2018, Paris, Hugo, 2018. Cf. aussi Patricia Tourancheau, Grégory : la machination familiale, Paris, Éd. du Seuil, 2018, . et conclut par ces mots : .

Il venait de remettre à son éditeur le manuscrit de son onzième roman, à paraître en octobre. Un personnage auquel il s'est manifestement identifié s'y suicide de la même manière : le professeur Chabert, qui lui ressemble ..

Ses obsèques sont célébrées le en la cathédrale Saint-Julien du MansVoir l'avis de décès publié sur le site Dans nos cœurs . et sa dépouille incinérée dans l'intimité familiale. Ses cendres sont déposées dans la sépulture familiale au cimetière de Jarnac.

Œuvres . . . . . Prix Polar du meilleur roman francophone 2001. La Photo de mariage : chronique de la vie provinciales [sic] (ill. Joël Montigny), Coudray-Macouard, Cheminements, coll. « Collection singulière », 2001, 151 p. . . . . . . .

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . [ouvrage retiré de la vente à la suite d'une plainte déposée par les époux Villemin. Par ailleurs S. Garde, qui avait couvert l'affaire pour L'Humanité-Dimanche, a été condamné par la justice à leur verser des dommages et intérêts pour n'avoir pas respecté la présomption d'innocence de Christine Villemin]. . [ouvrage reposant sur une connaissance de première main de toute la documentation que cette ancienne journaliste d'Europe 1 a réussi à rassembler (articles de presse et émissions de radio, interviews, procès-verbaux judiciaires, etc., dont l'auteur prend toujours soin de fournir en note la référence exacte)]. [nouvelle édition entièrement refondue de l'ouvrage précédent. Réimpression en 2016]. [ouvrage retiré de la vente à la suite d'une plainte déposée par Paul Prompt, l'un des avocats de Bernard Laroche]. [version mise à jour et augmentée de l'ouvrage précédent]. . [sur le rôle que l'affaire Grégory a joué dans la vie et la carrière de J.-M. Lambert]. .

Émission radiophonique Interview de Jean-Michel Lambert, , dans Une fois pour toutes ! de Dominique Souchier sur France Culture.

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