La presse écrite en Égypte désigne l'ensemble des publications périodiques imprimées puis numériques diffusées sur le territoire égyptien depuis la fin du . C'est une presse majoritairement écrite en arabe.
Histoire Origines napoléoniennes et introduction de l'imprimerie (1798–1801)
L'expédition d'Égypte, lancée par Napoléon Bonaparte en 1798, introduit pour la première fois une imprimerie avec caractères mobiles arabes et français sur le sol égyptien. Le Courrier de l'Égypte, premier journal publié en Égypte, paraît en français le . En parallèle, La Décade égyptienne, journal littéraire et d'économie politique, relate en français les activités des savants et publie les procès-verbaux de l'Institut.. L'occupation française, bien que militairement défaite, laisse un héritage intellectuel durable : l'imprimerie, des idées scientifiques et administratives modernes, ainsi que la diffusion de la langue française parmi les élites égyptiennes.
Réformes de Muhammad Ali et Imprimerie de Bulaq (1815–1828)
Méhémet Ali (1769–1849), fondateur de l'Égypte moderne, lance un vaste programme de modernisation couvrant l'armée, l'administration, l'éducation et l'industrie. En 1815, il envoie une mission à Milan pour apprendre les techniques d'imprimerie et de fonderie de caractères, et acheter des presses typographiques. L'Imprimerie de Boulaq (, matba'at Bulaq) est établie dans le quartier de Bulaq au Caire en 1820 et inaugurée officiellement en 1821.
Le Jurnal al-Khidiw ( ; « Le Journal du Khédive »), bulletin bilingue turco-arabe publié pour la première fois en 1821–1822, est le premier périodique imprimé en arabe. D'abord manuscrit puis lithographié, il paraît irrégulièrement avec des tirages ne dépassant pas les cent exemplaires.
Al-Waqa'i' al-Misriyya ( ; « Les Affaires égyptiennes ») paraît pour la première fois le . Fondé sur l'ordre de Muhammad Ali, c'est le premier journal arabe d'Afrique et du Moyen-Orient.. Imprimé à l'Imprimerie Amiriya, il paraît d'abord en bilingue turc ottoman et arabe, puis uniquement en arabe. Son tirage initial est d'environ six cents exemplaires, distribués à une élite administrative plutôt que vendus au public. Rifa'a al-Tahtawi supervise les traductions et influence le contenu éditorial. Le journal est aujourd'hui publié en annexe du Journal officiel égyptien et demeure le plus ancien journal d'Égypte.
Nahda et essor de la presse privée (1860–1882)
La période 1860–1880 voit l'émergence d'une presse privée et littéraire au Caire et à Alexandrie. Des journaux et revues en arabe, français et autres langues se multiplient, reflétant le cosmopolitisme de l'Égypte et l'élan de la Nahda (Renaissance arabe).. Le règne d'Isma'il Pacha (1863–1879) encourage la modernisation et l'ouverture, avec la construction du canal de Suez (1869) et la rénovation du Caire. La presse devient un espace de débat intellectuel et politique.
Al-Ahrām ( ; « Les Pyramides ») est fondé à Alexandrie le par les frères Beshara Takla et Saleem Takla, journalistes libanais melkites. Hebdomadaire publié chaque samedi, il deviendra le quotidien le plus lu d'Égypte et l'un des plus influents du monde arabe. Ses premiers collaborateurs incluent les réformistes Muhammad Abduh et Jamal al-Din al-Afghani. Le journal devient un quotidien en janvier 1881 et déménage au Caire en novembre 1899.
Abou Naddāra ( ; « L'homme aux lunettes »), journal satirique en arabe dialectal, est fondé en 1877 par Yaqub Sannu (1839-1912).
Le Progrès égyptien, hebdomadaire de langue française, est publié à Alexandrie entre le 4 juillet 1868 et 1870.
L’Egyptian Gazette est publiée pour la première fois le 26 janvier 1880 à Alexandrie, sous la forme d’un hebdomadaire en anglais de quatre pages. Les bureaux du journal ont été transférés au Caire le 20 février 1938.
Occupation britannique et presse nationaliste (1882–1922)
L'occupation britannique de l'Égypte, qui suit la défaite d'Urabi Pacha à Tel el-Kebir en 1882, transforme le paysage médiatique. L'Égypte passe sous contrôle britannique de facto tout en restant nominalement ottomane. La presse devient un outil de résistance anti-coloniale et de mobilisation nationale. Les journaux projettent des messages politiques à un lectorat en expansion, créant un climat favorable à l'action politique qui aboutira à la révolution de 1919. Celle-ci, menée par Saad Zaghloul et le Parti Wafd, mobilise largement la presse égyptienne. Les journaux nationalistes jouent un rôle clé dans la mobilisation populaire et la diffusion des idées d'indépendance, aboutissant à l'indépendance nominale de l'Égypte en 1922.
Al-Muqtaṭaf ( ; « L'extrait »), mensuel scientifique, industriel et agricole, est fondé à Beyrouth en 1876 par Ya'qub Sarouf et Fares Nimr, puis est publié au Caire à partir de 1888. Sa parution s'arrêtera en 1952.
Al-Muqaṭṭam ( ; nom d'une chaîne de collines aux abords du Caire), quotidien, est fondé le 18 avril 1888 par Fares Nimr, Khalil Thabet et Anton Najib Matar. Il adopte d'abord une position pro-britannique. Plus tard, il suit une ligne éditoriale relativement indépendante. Il comptait parmi les principaux journaux jusqu'à sa fermeture par le gouvernement égyptien en 1954.
Al-Mu'ayyad ( ; « Le Soutien »), quotidien, est fondé par Ali Yusuf en 1889. C'était l'un des journaux les plus influents de cette époque, vu comme une publication anti-impérialiste et panislamiste. Il défendait avec ferveur l'indépendance de l'Égypte. Le journal est fermé par les autorités britanniques en 1900. Il reprend sous la forme d'un hebdomadaire, publié jusqu'en 1914.
Al-Hilal ( ; « Le Croissant »), mensuel consacré à la culture et à la littérature, est fondé en septembre 1892 par Jurji Zaydan, journaliste et romancier originaire de Beyrouth, arrivé en Égypte dans les années 1880. Après sa mort, la revue a été dirigée par ses fils, Emile et Shukri Zaydan...
Le Progrès, quotidien de langue française, est fondé par Eteoclis Kyriacopoulo au Caire en 1893.
Al-Manār ( ; « Le Phare ») est un magazine islamique, d'abord hebdomadaire puis ensuite mensuel, rédigé en arabe, fondé, publié et dirigé par l'érudit sunnite Muhammad Rashid Rida de 1898 jusqu'à sa mort en 1935 au Caire.
Al-Jāmiʿa ( ; « L'Université », initialement nommé al-Jāmiʿa al-'uthmāniyya, « L'Université ottomane »), journal, est fondé par Farah Antoun en 1899 à Alexandrie.
Al-Liwāʾ ( ; « L'Étendard »), quotidien, est fondé par Mustafa Kamil Pacha au Caire en 1900, comme successeur du Mu'ayyad. Il adopte une ligne politique nationaliste et devient l'organe officiel du Parti national lors de sa création par Mustafa Kamil Pacha en 1907, jusqu'en 1910, date à laquelle le Premier ministre Boutros Ghali est assassiné par Ibrahim Al Wardani, un proche du Parti national. Le journal cesse de paraître en 1912.
Majallat al-sayyidāt wa-al-banāt ( ; « Magazine des femmes et des filles »), est fondé à Alexandrie en 1903, par Rose Antoun (1882-1955).
Al-Jarīda ( ; « Le Journal »), un journal libéral paraissant deux fois par semaine, a été fondé en 1907 par Ahmad Lutfi Al-Sayyid et Talaat Harb. Ce journal était l'organe officiel du Parti de l'Umma ; il a été l'une des publications qui ont façonné la culture nationaliste égyptienne et a exercé une grande influence tout au long de son existence. Il a cessé de paraître en 1915.
Al-Zuhur ( ; « Les Fleurs ») était une revue mensuelle publiée au Caire de 1910 à 1913. Au total, 40 numéros ont été publiés. Elle était principalement consacrée à la littérature et à l'art.
Al-Siyasa ( ; « La Politique »), quotidien, a été fondé en 1922 en tant qu'organe de presse officiel du Parti constitutionnaliste libéral, aujourd'hui disparu. Il a cessé de paraître en 1951.
Âge d'or de la presse libérale (1923–1952)
La Constitution égyptienne de 1923 garantit la liberté de la presse. Les années 1920–1930 constituent l'âge d'or de la presse libérale égyptienne : des dizaines de journaux et revues fleurissent, représentant divers courants politiques — Wafd, libéraux, socialistes, islamistes.
En 1925, Fatemah al-Youssef, actrice d'origine syrienne, fonde la revue , qui deviendra l'une des publications culturelles et politiques les plus influentes d'Égypte.
L'Égyptienne, mensuel fémininiste de langue française, est fondé en février 1925 par Huda Sharawi et publié jusqu'en 1940. C'est l'un des premiers magazines féminins et périodiques féministes d'Égypte.
Akhbār El Yōm ( « Nouvelles du jour »), hebdomadaire publié le samedi, est fondé en 1944 par les frères Mustafa et Ali Amin, lesquels introduisent un style journalistique moderne, plus populaire et sensationnaliste. Sa version quotidienne, Al-Akhbār ( « Les nouvelles ») paraît en mai 1952..
En 1938, 200 journaux égyptiens en arabe sont répertoriés. En 1951, ils sont 400 et 150 dans d'autres langues (anglais, arménien, français, hébreu, persan, turc, etc.).
Avec un tirage de 45 000 à 50 000 exemplaires en 1937, puis de 90 000 en 1947, Al-Ahrām s'établit comme l'un des journaux les plus lus du monde arabe.
Révolution de 1952 et nationalisation de la presse
Le , le coup d'État des Officiers libres, mené par Gamal Abdel Nasser et Muhammad Naguib, renverse la monarchie. Les journaux du lendemain titrent sur un « mouvement militaire pacifique » (Al-Ahrām) ou un « mouvement de purification » (Al-Akhbār).
Al-Gomhuria ( « La République »), quotidien, est fondé en 1954 et devient le principal organe de presse du nouveau régime.
Al-Masā ( ; « Le Soir »), quotidien, est fondé en 1956 et est dirigé par des journalistes de gauche jusqu'en 1959. Il est aujourd'hui publié par la maison d'édition Al Tahrir au Caire.
En 1956, par la loi 312, Nasser établit l'Autorité de l'Imprimerie Amiriya sous le ministère du Commerce et de l'Industrie, réorganisant ainsi l'imprimerie historique de Bulaq en entité administrative d'État.
En août 1957, Nasser nomme son ami Mohamed Hassanein Heikal (1923–2016) à la tête dAl-Ahrām. Sous sa direction (1957–1974), le journal acquiert un statut semi-officiel et une réputation internationale, devenant la voix du régime nassérien. Heikal, journaliste et écrivain, est l'un des intellectuels les plus influents du monde arabe au . Il introduit des standards de production élevés, contactant notamment Linotype en 1965 pour des équipements modernes. Son éditorial du vendredi est lu comme un baromètre de la politique officielle égyptienne.
Le , un décret présidentiel de Nasser nationalise la majorité de la presse égyptienne. Quatre grands groupes de presse — Dār Al-Ahrām, Akhbār El Yōm, Dār Al-Hilāl et Dār El-Tahrīr (Rose al-Youssef) — passent sous le contrôle de l'Union nationale, le parti unique, brisant la propriété privée des journaux. Tout aspirant journaliste doit désormais obtenir l'approbation du parti. Le décret affirme que la presse est prise aux « propriétaires capitalistes » et confiée au « peuple ». Cette nationalisation structure le paysage médiatique égyptien pendant trois décennies.
Ère Sadate et libéralisation limitée (1970–1981)
Le décès de Nasser en septembre 1970 porte Anouar el-Sadate (1918–1981) au pouvoir. Sadate initie l'infitah (politique d'ouverture économique) et un relâchement du contrôle politique. Heikal quitte la direction dAl-Ahrām en 1974. La période sadatienne voit une timide libéralisation de la presse, avec l'autorisation de journaux de partis politiques.
En 1976, Al-Ahrām atteint un tirage de 520 000 exemplaires, devenant le deuxième quotidien le plus lu d'Égypte après Al-Akhbār.Al-Ahrār ( ; « les Libres »), hebdomadaire, est publié au Caire de 1977 à 2013. Ce journal était l'organe de presse officiel du Parti libéral.
Al-Ahāli ( ; « Les masses »), quotidien arabe, paraît au Caire depuis 1978 et constitue l'organe de presse officiel du Parti du Rassemblement national unioniste progressiste.