La Bibliothèque du Parlement (en anglais : ) est la bibliothèque législative du Parlement du Canada. Créée par l'Acte relatif à la Bibliothèque du Parlement en 1871, elle sert aux législateurs pour leurs besoins de recherche et d'analyse de l'information. Les collections et services de la bibliothèque sont répartis entre plusieurs succursales localisées dans les différents édifices parlementaires de la région de la capitale nationale du Canada. Son siège historique, ouvert en 1876 et toujours en fonction, est situé à l'arrière de l'Édifice du Centre sur la colline du Parlement à Ottawa en Ontario. Dernier vestige du complexe parlementaire original détruit par un incendie, le 3 février 1916, la bibliothèque est un symbole national du Canada et figure, en tant que tel, sur le revers des billets de dix dollars canadiens.

Historique thumb|alt=Bibliothèque du Parlement, 2010|La Bibliothèque du Parlement le 24 juin 2010.

Avant la Confédération La Bibliothèque du Parlement tire son origine de collections mises sur pied à la fin du , constituant les bibliothèques des Assemblées législatives du Haut-Canada et du Bas-Canada. Ces établissements étaient basés sur le modèle des bibliothèques de la Chambre des lords et de la Chambre des communes britanniques de l'époqueLa Bibliothèque du Parlement, Ottawa : la Bibliothèque, 2006 [consulté le 26 février 2011]..

De la création du Haut et du Bas-Canada par l'Acte constitutionnel de 1791 jusqu'à leur union en 1841, les bibliothèques évoluent indépendamment l'une de l'autre. À la suite de la promulgation de l'Acte d'union, les assemblées législatives sont fusionnées et leurs bibliothèquesÀ cette époque, les deux chambres de la Législature du Canada (l'Assemblée législative, élue et le Conseil législatif, nommé) entretiennent leurs propres bibliothèques. suivent les déplacements de la nouvelle législature de la province du Canada (ou Canada-Uni) entre Kingston (1841-1843) et Montréal (1843-1849), puis Toronto (1849-1852, 1856-1858) et Québec (1852-1856, 1859-1866).

La législature du Canada-Uni trouvera un siège permanent à Ottawa, à la suite du choix de cette ville comme capitale de la province britannique en 1857 par la reine VictoriaVoir à ce sujet : Wilfrid Eggleston, The Queen's choice : a story of Canada's capital. Ottawa : Commission de la capitale nationale, 1961. 325 p.. On commence alors la construction des édifices du Parlement en 1859. Les plans prévoient un édifice pour la Bibliothèque, isolé du pavillon principal par un couloir et des portes coupe-feu en métal. L’édifice du Centre est terminé à temps, en 1866, pour accueillir la dernière session de la dernière législature de la province du Canada. L'immeuble de la Bibliothèque sera achevé dix ans plus tard, soit en 1876.

Premier et deuxième incendies En 1849, au cours d'émeutes, un incendie éclate à l’hôtel du Parlement, à Montréal, qui l'anéantira. Les collections de la Bibliothèque de l’Assemblée législative ainsi que les Archives du Conseil législatif sont presque complètement détruitesOn estime qu’entre 12 000 et 22 000 ouvrages ont été perdus.. On engage Georges-Barthélémi Faribault, alors greffier de l’Assemblée, et Alpheus Todd, bibliothécaire de l'Assemblée, comme agents et délégués spéciaux en Europe pour regarnir la nouvelle bibliothèque parlementaire et nationale« Faribault, Georges-Barthélémi » ; « Todd, Alpheus » Dictionnaire biographique du Canada, Toronto : University of Toronto ; Québec : Université Laval, 2000 [consulté le 27 février 2011]..

La Bibliothèque de la Législature du Canada (selon sa dénomination française de l'époque)Après l'incendie de 1849, le Conseil législatif de la Province du Canada prend la décision de ne pas reconstituer sa bibliothèque. La nouvelle entité documentaire est donc au service des deux chambres. est de nouveau détruite par les flammes le . L'incendie détruit alors volumes, ce qui équivaut à la moitié de la collectionBibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec. L'historique. Québec: Assemblée nationale, 2010 [consulté le 20 mars 2011]..

Après la Confédération

En 1867, la majorité des colonies britanniques d’Amérique du Nord contractent une union fédérale à la suite de l’entrée en vigueur de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (maintenant appelé Loi constitutionnelle de 1867) le . La Loi, promulguée par le Parlement impérial à Westminster, confirme que la capitale du pays est Ottawa et donc que le Parlement du nouveau Dominion (ou Puissance) du Canada siégera dans les édifices tout juste achevésLoi constitutionnelle de 1867 (R.-U.) 30 & 31 Victoria, c. 3, art. 16.[consulté le 27 février 2011].

Naissance légale En 1871, le Parlement du Canada sanctionne l’Acte relatif à la Bibliothèque du ParlementAujourd'hui les articles 73 à 79 de la Loi sur le Parlement du Canada. et c’est en 1876 que celle-ci peut intégrer ses nouveaux locaux derrière l’édifice du Centre, après 17 ans de construction. Jusqu’en 1953, année où le Parlement sanctionne la Loi sur la Bibliothèque nationaleL.R., 1985, ch. N-12. Aujourd'hui, en partie, la Loi sur la Bibliothèques et les Archives du Canada, L.C., 2004, ch. 11 [consulté le 27 février 2011]., elle sert à la fois de bibliothèque législative et de bibliothèque nationale.

thumb|left|alt=Reconstruction de l'édifice du Centre, édifices du Parlement.|La Bibliothèque, amputée de l’édifice du Centre, après l'incendie de 1916.

Troisième et quatrième incendies

Le à 20h50, un incendie éclate à l’intérieur de la salle de lecture de la Chambre des communes détruisant complètement l’édifice du Centre à l’exception de la Bibliothèque, restée intacte grâce à Michael C. MacCormac qui ordonna à un messager de fermer les portes en fer de l’édificeRapport de la Commission royale d'enquête sur l'incendie des édifices du Parlement. Ottawa, 3 février 1916, .. On apprendra plus tard que le messager en question serait un individu prénommé Jack ArgueDickson, Rosaleen. « Who closed the Library doors? ». Hill Times, 3 octobre 1991.. À la suite de cet incendie, la Bibliothèque a perdu une importante partie de sa collection, incluant de nombreux documents internationaux et de précieuses traductions de la Bible.

En 1952, un autre incendie éclate sur la Colline du Parlement, mais cette fois dans le dôme de la Bibliothèque à cause d’un problème électrique. L’eau et le feu endommagent une partie de la collection qui devra être remplacée et l’édifice occupé par la Bibliothèque devra être complètement rénové : ses boiseries seront restaurées et ignifugées, son parquet de bois précieux sera refait et la toiture de cuivre sera réparéeOp. cit., Ottawa : la Bibliothèque, 2006 [consulté le 27 février 2011]..

Modernisation

La Bibliothèque du Parlement demeure ensuite inchangée, jusqu’à l’entreprise par le ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux, en 2002, d’un important projet de réhabilitation, de rénovations et de restaurations qui durera jusqu’en 2006. Le projet inclut des travaux de maçonnerie, le remplacement de la toiture, la restauration des ouvrages de fer forgé à leur état original, le remplacement du parquet, la modernisation des installations électriques, de la plomberie, de l'équipement de télécommunication, la reconfiguration de la salle de lecture, ainsi que l’ajout de deux sous-solsModernisation de la Bibliothèque du Parlement, Ottawa : Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2008 [consulté le 27 février 2011]..

La bibliothèque principale Même si elle occupe les locaux de six édifices, la Bibliothèque du Parlement est surtout connue pour son édifice historique de la Colline parlementaire.

L’édifice, construit entre 1859 et 1876, a été conçu par les architectes et . Son plan hexadécagonal (à 16 faces), ses galeries, ses portes coupe-feu et le corridor la séparant du reste de l’édifice du Centre ont été suggérés par le premier bibliothécaire parlementaire, Alpheus Todd, qui voulait éviter une catastrophe comme celle de 1849Op. cit..

Aspect extérieur Inspirée par la salle de lecture du British Museum et le style des salles capitulaires des abbayes du Moyen Âge – plus particulièrement celles des cathédrales de Lincoln, Salisbury ou WellsBINKS, Kenneth. Library of Parliament : Canada. [Ottawa?] : KCB, . p. 37. – la Bibliothèque comporte plusieurs éléments typiques de l’architecture néogothique propre à l’ère victorienne. Plus précisément, les édifices originaux de la Colline du Parlement sont d'un style inspiré du gothique italien.

Les éléments les plus caractéristiques de la Bibliothèque sont ses murs en blocs de grès de Nepean et de grès rouge de l’Ohio, ses arcs-boutants, ses fenêtres à carreaux en ogive, ses tourelles, ses clochetons et ses ferronneries émaillée d’or et de bleu. Sa toiture de cuivre à trois niveaux (qui était à l'origine faite d'ardoise verte et mauve) forme une voûte au-dessus de la salle de lecture. L’édifice est coiffé d’une lanterne de cuivre et de ferblanterie culminant à 50 m de hauteur. Cette lanterne est elle-même couronnée d’une girouette en fer forgéL'extérieur de la Bibliothèque du Parlement, Ottawa : Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2008 [consulté le 28 février 2011]..

Aspect intérieur Les éléments architecturaux de la salle de lecture sont tout aussi caractéristiques de l’ère victorienne que l’aspect extérieur de l’édifice qui la recouvre.

Les galeries et les alcôves de la Bibliothèque sont en pin blanc sculpté de motifs floraux, de masques et de créatures mythologiques tous uniques. Elles sont aussi décorées des blasons des sept provinces canadiennes de l’époque (l’Ontario, le Québec, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, le Manitoba, la Colombie-Britannique et l’Île-du-Prince-Édouard) en plus de celui du Canada, sur le côté nord. Le plancher actuel est en parqueterie de cerisier, de chêne et de noyer reproduisant le dessin des plans originaux. La salle est recouverte d’un plafond en voûte nervurée de fer et de plâtre rehaussé en son centre de feuilles d’or. Au milieu de la salle de lecture se tient une statue de la reine Victoria en marbre blanc de de haut, œuvre de Marshall Woods. Les trois alcôves nord sont aussi flanquées des bustes en marbre de sir John Sandfield Macdonald ; d’Albert Édouard, prince de Galles ; d’Alexandra de Danemark, princesse de Galles et de sir Étienne-Paschal Taché aussi attribués au même sculpteur<ref name="sculptures">BAKER, Wendy. « Restauration d'une sculpture de marbre ». Bulletin de l'ICC, No 35. Ottawa : Institut Canadien de Conservation, 2005</ref>.

La salle de lecture actuelle a aussi été réaménagée selon les plans d’origine pour y réintégrer des tables de consultation octogonales et un bureau de référence en anneau autour de la statue centrale. Ces éléments avaient été retirés au cours des rénovations qui ont suivi l’incendie de 1952.

Mission et constitution Mission La Bibliothèque a pour mission de contribuer à la démocratie parlementaire canadienne par la création, la gestion et la diffusion d'une information faisant autorité pour le Parlement du Canada. Elle constitue pour ce dernier une source sûre, indépendante et neutre de savoir dans le but de rendre le Parlement informé et accessibleBibliothèque du Parlement. Aperçu stratégique : 2010-2015. Ottawa : Bibliothèque du Parlement, 2010 [consulté le 14 janvier 2012]. p. 1.

Constitution La Bibliothèque du Parlement a été constituée en 1871 par l'Acte relatif à la Bibliothèque du Parlement (plus tard rebaptisé Loi sur la Bibliothèque du Parlement). LActe transfère à Sa Majesté la reine tous les articles (livres, peintures, cartes, etc.) possédés collectivement par le Sénat et la Chambre des communes en une collection réservée à l'usage des deux chambres du Parlement et entreposée « dans des appartements convenables des édifices parlementaires »S.C., 1871, 34 Vic., c. 21, art. 1.