Bagan (en ), jadis orthographié Pagan, est un vaste site archéologique bouddhique de près de carrés situé dans la Région de Mandalay, dans la plaine centrale de la Birmanie, sur la rive gauche de l’Irrawaddy. C'est le deuxième ensemble archéologique d'Indochine après Angkor. Du au , Bagan a été la capitale du royaume de Pagan, le premier empire birman ; cette cité à l'apogée de sa grandeur (1044-1287) ne comptait pas moins d'un demi-million d'habitants.

Occupé de nos jours par plusieurs villages ou hameaux souvent bâtis à proximité de groupes de temples, ce site se trouve dans une zone sismique et a subi de nombreux tremblements de terre ayant provoqué de graves dégâts, l’un des plus importants et destructeurs ayant eu lieu en The Bagan Earthquake (1975). Les villages et hameaux à proximité du site archéologique ne comptent actuellement que .

Un inventaire des monuments du site a été dressé par la suite par Pierre PichardNotice biographique sur le site de l'EFEO, de l’École française d'Extrême-Orient (EFEO), avec l’aide de plusieurs collaborateurs locaux. Dans le cadre de cet inventaire en huit volumes publiés entre 1992 et 2001, les monuments ont été mesurés, photographiés et leurs plans tracés, chacun, outre le nom qu’il peut éventuellement porter, recevant un numéro. Cet inventaire recense , dont de nombreux en ruines.

Plusieurs monuments ont été restaurés après le tremblement de terre de 1975, mais dès les années quatre-vingt-dix, une vague de restaurations entreprises sous l’égide du gouvernement birman ainsi que la construction d’un terrain de golf et d’une tour d’observation au milieu du site ont suscité de nombreux commentaires souvent fort critiques de la part des historiens de l’art et archéologues occidentaux. Ces restaurations, qui s’assimilent souvent à des reconstructions, sont financées par des donations des fidèles bouddhistesHudson 2000 et 2008..

Bagan est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO le .

Chronologie sommaire

L’occupation du site par les Pyus semble avoir commencé vers le milieu du de notre ère. Quelques fort rares vestiges de l’époque ont survécu, parfois dissimulés dans des monuments plus tardifs bâtis autour d’eux, ou comme peut-être le Bu-hpaya, un stūpa dont la forme bulbeuse reproduit celle des stūpas construits à Pyay (anc. Prome) par les Pyus. La plus grande période d’activité architecturale se déroula entre les . Cette période qui marque l’hégémonie du pouvoir birman dans la région fait de la plaine de Pagan le plus grand site archéologique bouddhique d’Asie, riche de plusieurs milliers de monuments.

Les évènements historiques qui bouleversèrent le coïncident avec le déclin de la ville et le déplacement de la capitale vers Ava, au nord-est, marque la fin de cette longue période. Bagan ne fut néanmoins jamais complètement abandonné, demeurant un site de pèlerinage.

Il y aura une période de renouveau au : plusieurs monuments sont alors construits comme l’Upali-thein, un hall pour l’ordination des moines, bâti en 1793-1794.

Architecture

Les monuments sont construits en brique ou, plus rarement, partiellement excavés, partiellement construits. Ils furent entièrement recouverts d’un enduit blanc (stuc) qui a souvent disparu ; les encadrements de portes et de fenêtres connaissant un traitement particulièrement raffiné avec des jambages parfois ornés de larges volutes ornées d’animaux et de fleurs et un tympan polylobé inséré dans la représentation d’une tour.

Types de monuments

Deux grands types se retrouvent ici : le stūpa et le temple.

Le stūpa, monument plein, de plan circulaire mais pouvant avoir une base de plan carré, voire pentagonalPichard 1985; Pichard 1991., et dont la vénération se traduit par la circumambulation qu’on en fait. Le plan pentagonal est une création des architectes de Bagan, et fait référence aux quatre derniers Bouddhas du passé ainsi qu’à celui du futur Bouddha, Maitreya (Metteya).

Le temple, monument construit, dont les dimensions peuvent varier et dont le plan connait plusieurs formes : temple tout en longueur, avec le plus souvent un porche et un vestibule précédant le sanctuaire ; parfois le porche et le vestibule sont absents, et le temple se transforme en petite chapelle pratiquement ; temple de même structure mais avec un noyau de plan carré bâti au centre du sanctuaire, ce qui permet l’introduction d’images du Bouddha sur les quatre faces et autorise la circumambulation, par exemple le Myebontha ; temple en forme de croix, ayant quatre ailes (avec porche, vestibule), le plus célèbre étant l’Ananda dont les quatre images comprises dans les sanctuaires représentent les quatre derniers Bouddhas du passé. On relève en outre l’existence de quelques monuments excavés mais complétés par des éléments construits en briques rajoutés, par exemple le Kyanzittha-umin ou le Kyauk-ku-umin, dont le porche et le sanctuaire forment un bâtiment massif s’adossant à la paroi naturelle dans laquelle des couloirs furent creusés.

Types de monuments et terminologie Les noms donnés localement aux monuments incluent souvent un terme qui fait référence à leur nature : l'origine du terme « zedi » est caitya, synonyme du terme stūpa. un « gu » est un temple « grotte », c’est-à-dire un monument dans lequel on pénètre, le terme gu provenant du sanskrit guha (caché, secret) ; « Umin » fait référence à un monument excavé ; le terme « hpaya » souvent rencontré en apposition signifie « seigneur » et est un terme de respect, voire de vénération, apposé à la plupart des monuments.

Distribution géographique des monuments La vieille ville La vieille ville de Bagan qui occupe l’angle droit où le fleuve brise sa course vers l’Ouest et se dirige vers le Sud ; elle est cernée par des murailles encore partiellement préservées, avec notamment la porte de Tarabha sur le mur occidental. Il est probable que son plan initial était quadrangulaire et que sa muraille occidentale fut érodée par le fleuveHudson, Niyein Lwin, Win Maung 2002, ..

Plusieurs temples et stūpas y sont localisés : le Pathohtamya (avec peintures), le Nat-hlaung-kyaung (un temple brahmanique), le temple de la Mahabodhi (une réplique du temple de Bodhgaya), le Bu-hpaya (un stūpa de silhouette bulbeuse construit sur la rive du fleuve), le Gawdaw-palin et le That-byin-nyu (deux « temples-montagnes ») notamment.

Au sud de la ville et à Myinkaba vignette|Le Loka-hteik-pan en 1996 (premier plan). De nombreux monuments, dont certains se trouvant sur le territoire du village de Myinkaba, furent bâtis au sud de la ville et dans toute la zone longeant le fleuve. Certains, parmi les plus anciens, sont ouverts vers le Nord (Loka-hteik-pan ; Abeyadana ; Nagayon), autrement dit, vers la ville qui était le centre administratif et politique du royaume. Localisé au sud du Loka-hteik-pan, le stūpa Shwe-san-daw fut fort probablement construit par le souverain Aniruddha (Anawrahta)(r. 1044 -1077). Mention doit aussi être faite du Mye-bon-tha bâti à l’est du Loka-hteik-pan.

Plusieurs autres stūpas furent érigés dans cette zone du site : le Mingala-zedi, probablement au , ou, plus vers le sud, le So-min-gyi construit un siècle plus tôt et célèbre pour ses terres-cuites vernissées. Par-delà Myinkaba, dans le village de Pagan Myo-thit, fut construit sur la rive le Loka-nanda, un monument à la silhouette bulbeuse similaire à celle du Bu-hpaya.

Outre le Kubyauk-gyi localisé au nord du village de Myinkaba et inauguré en 1113 par le prince héritier, fils de Kyanzittha, on retiendra l’Abeyadana et le Naga-yon, tous deux construits au sud de Myinkaba pendant le règne de Kyanzittha : ces différents monuments, outre le fait qu’ils furent l’objet de donations royales, comportent une ornementation picturale fort riche et élaborée et encore bien conservée. Construit au , le Nanpaya retient l’attention pour son ornementation intérieure sculptée dans la pierre qui demeure un exemple unique à Pagan.

Entre la vieille ville et Nyaung-U

Plusieurs groupes de monuments sont érigés dans la zone longeant le fleuve entre la vieille Pagan et le village de Nyaung-u et incluant notamment le hameau de Wetky-in. Le premier monument rencontré aux portes de la ville quand on en sort est le grand temple de l’Ananda construit durant le règne de Kyanzittha (1084-1112) et dont l’entrée principale est dirigée vers la ville, c’est-à-dire vers l’ouest.

vignette|L'Alopyi-gu-hpaya en 2013 (noter les restaurations récentes et les climatiseurs).

Le temple de Htilominlo, bâti vers le début du , émerge dans le paysage comme autre « temple-montagne » au sud-est duquel se trouve l’Alopyi-gu-hpaya. Plus vers l’est, on mentionnera le Kubyauk-gyi de Wetkyi-in – à ne pas confondre avec le Kubyauk-gyi de Myinkaba. En remontant vers le nord, on rencontre le Kyanzittha-umin, un « temple-grotte » partiellement construit, partiellement excavé avant de rejoindre le stūpa Shwezigon.

La pagode Shwezigon, bâtie par Aniruddha (Anawrahta) porte le dans l’Inventaire des monuments du site ; à l’est du village de Nyaung-U et accessible depuis le haut de la falaise, se trouve le Kyauk-ku-umin, un monument partiellement excavé, partiellement construit.

La plaine centrale Quelques monuments seulement furent érigés dans la plaine centrale ; la haute silhouette du Dhammayan-gyi () et du Sula-mani-gu-hpaya (daté 1183), deux monuments apparentés au groupe des « temples-montagnes », se dégage dans le paysage, accentuant leur isolement. En revanche, de nombreux petits monuments sont distribués autour du Dhamma-yazika (daté 1197-1198), un stūpa dont le plan de base est pentagonal.

Minnanthu, au sud-est de la plaine Un autre groupe important de monuments érigés vers la fin du se trouve à Minnanthu, un village localisé au sud-est de la plaine (Hpaya-thon-zu ; Tambula ; Winido-hpaya ; Let-put-kan).

Peintures murales Technique Les murs étaient recouverts de couches de paille et de boue supportant une fine couche de chaux sous la peinture posée a tempera avec liant animal. Au fil des siècles, les peintures purent noircir, dissimulées par la suie provenant des bougies et de l’encens ou furent recouvertes d’une couche de sable porté par le ventGiantomassi 2004..

Iconographie vignette|Scènes des jātakas dans le déambulatoire du Kubyauk-gyi.

On peut distinguer entre deux grands types d’ornementation picturale, l’une religieuse et l’autre décorativeBautze-Picron 2003.. L’iconographie religieuse inclut les thèmes suivants :

Vie du Bouddha : représentée au moyen d’un panneau unique incluant sept scènes formant un arc autour de l’image de culte qui est en ronde-bosse ou en haut-relief, par exemple dans le Loka-hteik-pan ; ou figurée en une série de tableaux distribués dans le monument.