La littérature néerlandaise des comprend l'ensemble des œuvres écrites aux par des auteurs des anciens Pays-Bas ou de langue néerlandaise.

vignette|350px|Gerrit van Honthorst, Granida en Daifilo, tableau inspiré par la pièce de Pieter Corneliszoon Hooft, 1625, Musée central, Utrecht.

Introduction vignette|Portrait gravé de Pieter Corneliszoon Hooft, de 1642, d’après un tableau de Joachim von Sandrart, gravé par Reinier van Persijn, publié par Peeter Danckerts de Rij. vignette|Reproduction d’après une gravure, représentant Gerbrand Adriaenszoon Bredero. vignette|Portrait de Joost van den Vondel, de 1665, par Philips Koninck, Amstelkring Museum, Amsterdam. vignette|Portrait de Jacob Cats, de 1639, par Michiel Jansz. van Mierevelt. vignette|Constantin Huygens et ses enfants, peints par Adriaen Hanneman, Mauritshuis, La Haye.

Alors que les chambres de rhétorique des Pays-Bas méridionaux menaient une existence languissante et que l'intérêt des masses se limitait presque exclusivement à la littérature populaire spirituelle et profane, la République aux Pays-Bas septentrionaux connaissait une vie littéraire variée, mais de courte durée quant à la qualité.

Dans la première moitié du , l’activité littéraire se concentrait dans différentes villes, en particulier à La Haye (Huygens, Westerbaen), à Leyde (Daniel Heinsius), en Zélande (Philibert van Borsselen, le jeune Cats et Simon van Beaumont), à Dordrecht (Cats, alors âgé) et à Rotterdam (Oudaen, Antonides van der Goes et Dullaert). Pourtant, on peut dire que la vie littéraire se concentrait surtout à Amsterdam. À la fin du , la « vieille » chambre de rhétorique (, dont la devise est ) attirait les notables de la ville. Coornhert, Spiegel, Roemer Visscher et C.P. Hooft y donnaient le ton. Vers 1585, les réfugiés des Pays-Bas méridionaux ont fondé la chambre de Brabant (, dont la devise est : ) ; elle comptait parmi ses membres Zacharias Heyns, Abraham de Koning et le jeune Vondel.

En partie à cause de discordes au sein de cette société (en particulier au sujet des conceptions de l'art dramatique de Coster et du romantique Rodenburgh), en partie pour, à Amsterdam, faire concurrence à l'université de Leyde, le Samuel Coster a fondé, en 1617, la première académie néerlandaise (), populairement appelée : l’Académie de Coster. Cette institution, à laquelle C.P. Hooft, Bredero et Vondel s'étaient associés, aurait dû se développer en une université complète ayant le néerlandais comme langue d'enseignement, mais l'action des prédicateurs a empêché l'élaboration de ce plan libertaire, ce qui fait qu'elle a dû limiter ses activités à des représentations dramatiques. Fusionnée avec la vieille chambre, elle est devenue, en 1635, la chambre d'Amsterdam (). Deux ans plus tard, un premier théâtre a été construit et inauguré par la représentation du de Vondel. Après la rénovation et l'agrandissement de ce théâtre en 1664, le populaire Jan Vos a reçu l'honneur d'y voir jouer une de ses pièces. Cette évolution est caractéristique du goût populaire changé.

En dehors des activités formelles de ce type d'associations, des écrivains et des artistes se réunissaient à la maison de campagne de Spiegel, , dans la maison de Roemer Visscher ou chez Hooft, au (surtout dès 1627). À ce dernier cercle informel appartenaient, entre autres, Huygens, Vondel, Reael, les savants Gerard Vossius et Caspar van Baerle, la chanteuse Francisca Duarte, Maria Tesselschade, le secrétaire de la ville d'Amsterdam Daniel Mostaert et le beau-frère de Hooft Laurens Baeck.

Le cercle poétique (« à cœur vaillant, rien d'impossible »), fondé en 1669, se tournait vers le classicisme français, mais son formalisme était peu propice à stimuler l'originalité de ses adeptes. Ce n'était qu'au milieu du , cependant, que les sociétés littéraires ont commencé à prospérer. C'était aussi l'époque des écrits « spectatorials » ; des revues s’inspirant du modèle rationaliste anglais.

En fait, le prédicat siècle d'or n'est applicable qu'à la période entre 1610 et 1666. Cette qualification, par laquelle on a voulu souligner l'essor de l'économie et des arts aux Pays-Bas septentrionaux, ne désigne aucunement un style unitaire en littérature. Les écrits montrent un certain nombre de caractéristiques différentes, parfois diamétralement opposées.

Les grands courants trouvent un écho

La Renaissance

L'attitude de l'homme et de l'artiste a changé : il se rend bien compte de sa propre valeur. L'individu vient donc au premier plan. Ainsi, la lyrique interprète des sentiments très personnels (comme dans les poèmes d'amour de Harduwijn, Hooft, Bredero et Luyken), et cela sous une forme artistique (comme dans le sonnet). On glorifie les grandes personnalités (Vondel : ; G. Brandt : Vondel, Hooft et De Ruyter). La conscience nationale se manifeste par des poèmes lyriques (Vondel, Huygens), ainsi que par des drames (Hooft : et Baeto, Vondel : Gysbreght et ).

Les auteurs puisent l'inspiration dans l'Antiquité classique (Hooft : Achilles en Polyxenia, Vondel : Palamedes). On traduit la littérature grecque et latine (Vondel), l'imagerie regorge d'éléments mythologiques, la prose est modelée sur celle des grands exemples, comme Cicéron et Tacite (Hooft). Les règles apprises, principalement de Sénèque, s'appliquent aux spectacles : l'unité de lieu, de temps et d'action, les danses appelées , la prédilection pour l'action racontée plutôt que représentée, les apparitions d’esprits ; en général, on préfère versifier en alexandrins. Les jouissances de la vie sont glorifiées (Bredero, Hooft). Néanmoins, les conceptions plutôt païennes sont compensées par un sentiment religieux. De nouveaux genres trouvent des disciples enthousiastes : le livre d'emblèmes, la correspondance en prose littéraire (Hooft), les biographies (Brandt), l'historiographie (Hooft), les réflexions théoriques sur la langue et les lettres (Vondel) et l’essai (R. Verstegen), la poésie arcadique et les romans (Johan van Heemskerck), les pastorales (Hooft : Granida, et Vondel : )...

Baroque

Le Baroque est d'abord un courant dans les arts visuels, une continuation de la Renaissance et, en même temps, une réaction contre elle. En partie, on retrouve ses caractéristiques également dans la littérature : l'émotion puissante, le pompeux et la surcharge, l'éclat obtenu grâce à l'emploi de tous les moyens de la langue, les conflits violents entre le bien et le mal. Le baroque est l'art de la Contre-Réforme. Il n'est donc pas étonnant de voir le converti Vondel devenir le poète néerlandais le plus dynamique du style baroque. Pourtant, parfois les poètes protestants, eux aussi, déploient les émotions dans un langage baroque (D. Heinsius, Revius, Dullaert, J. de Decker et Antonides van der Goes).

L'inspiration romantique

L'inspiration puisée dans la matière et dans les formes de l'Antiquité classique, qui mènera la Renaissance à la rigidité du classicisme, ne plait pas à tous les artistes désirant plus de liberté. Ils trouvent les intrigues de leurs pièces dans des romans et des récits populaires, comme ceux écrits par les auteurs espagnols. Ils n'admirent pas moins les drames élisabéthains, importés aux Pays-Bas par les acteurs itinérants anglais. Ils ne dissimulent nullement leurs sentiments et laissent libre cours à leur inspiration. Ils respectent moins les règles classiques et cherchent des effets, répondant ainsi au goût populaire (Bredero, Rodenburgh et Jan Vos).

Les vestiges du Moyen Âge

La plupart des auteurs restent attachés à la tradition : au début, ils appartiennent aux chambres de rhétorique, ne se détachant que peu à peu des conceptions anciennes. Comme à l'époque des rhétoriciens, le drame est le genre littéraire qu'on estime le plus. La moralité est remplacée par la tragédie. La chanson n'est pas moins pratiquée que dans les siècles précédents : la plus grande partie des œuvres lyriques conservées du étaient destinées à être chantées. Le genre médiéval de la farce existe toujours et, même quand la comédie est vêtue d'un habit classique, elle se souvient de son passé par l'élaboration populaire et par les différentes scènes (Coster, Bredero, Hooft, Huygens, Ogier et De Swaen). Même dans les tragédies, on retrouve des éléments médiévaux (Lucifer de Vondel suit, dans l'acte final, la conception des jeux de mystères). Trop souvent, la didactique, qui avait envahi la beauté à la fin du Moyen Âge, produit un effet inhibiteur (Cats, Huygens et Poirters).

L'expérience religieuse

Plus que jamais, la Réforme et la Contre-Réforme ont promu la théologie biblique et l'expérience religieuse personnelle au rang de thèmes littéraires (Vondel, De Harduwijn, Camphuysen, Revius, Stalpart van der Wielen, Dullaert et Luyken).

Les Pays-Bas septentrionaux

La classification, en quatre sections ci-dessous, suit le développement aux Pays-Bas septentrionaux, après quoi, on aborde les Pays-Bas méridionaux.

Précurseurs : Hooft, Bredero, Vondel, Cats & Huygens

Cinq poètes dépassent, de loin, leur époque : Hooft, Bredero, Vondel, Cats et Huygens. Les trois premiers étaient de véritables artistes. Les deux derniers ont été appréciés autant qu'eux ; ils maîtrisaient parfaitement la technique de versification, mais, en général, la poésie ne représentait pour eux pas plus que l'occasion de se détendre, sinon un instrument d'apprentissage et de moralisation. Ils montrent clairement que le jugement d'une certaine époque ne reste pas valable pour l'éternité. L'activité littéraire s'est déployée entre 1610 et 1625. Dans ce contexte, il est frappant de constater qu'on faisait peu de cas de Vondel à cette époque, son art n'ayant atteint la maturité que très tard.

Contemporains et disciples des précurseurs

Le théâtre à Amsterdam vignette|droite|400px|Gravure de 1658 par Salomon Savery, représentant l'intérieur du théâtre d’Amsterdam, construit par Jacob van Campen en 1637.

Dans le développement du théâtre à Amsterdam, un rôle majeur a été joué par Rodenburgh, par Coster et par Vos.

Le chevalier Theodoor Rodenburgh (Anvers ?, vers 1578-1644)

Rodenburgh, un diplomate et homme d'affaires, pour les opinions plus affranchies qu'il s'est faites en Angleterre et en Espagne au sujet de l’art dramatique, est entré en conflit avec les Amstellodamois qui juraient par Sénèque. Contre Coster et les siens et, en même temps, en défense de la « vieille chambre », il a écrit Eglentiers-Poëtens-Borstweringh (1619), une adaptation de la Defence of Poesy de Philip Sidney. Il a écrit des pastorales, entre autres Den trouwen Batavier (probablement écrite en 1601 et imprimée en 1617), d’après le Pastor Fido de Guarini. En outre, on connaît de lui des pièces romantiques selon des modèles étrangers, notamment Cassandra (1617), d’après Lope de Vega, Wraeckgierigers treur-spel (1618), Vrou Jacoba (1638). S’il réussissait à charmer le public par une action vive et variée, il lui manquait, toutefois, l’équilibre du grand artiste.

Samuel Coster (Amsterdam, 1579-1665)

Coster était le fondateur de la « première académie néerlandaise » (, 1617). Il excellait dans les comédies, (représentée en 1612, imprimée en 1627), les jeux (1613) et (1615). Ses tragédies sont influencées par Sénèque : Ithys (1615), Iphigenia (1617), (1619) et Polyxena (1619). Bien qu'aspirant au classique, il n'a pu échapper à la superficialité, et il avait recours à des effets bon marché, employant un tas d'éléments horribles. Dans Iphigenia, il critique les prédicateurs contre-remonstrants. Dans ses dernières années, il ne s'est presque plus occupé de la littérature.

Jan Vos (Amsterdam, 1610-1667)