La plume Sergent-Major est une plume métallique utilisée dans les écoles françaises pour l'apprentissage de l'écriture à la fin du et jusqu'aux . Comme celui de ses corollaires, le porte-plume, l'encrier de porcelaine blanche et l'encre violette, son nom évoque les bancs de l'école primaire française.

Historique vignette|Couvercle d'une boîte de Sergent-Major (une grosse), fabriquée par la Compagnie Française dans le premier tiers du . Il représente la mort de Bertrand du Guesclin.

Invention hollandaise introduite au à Port-Royal, venant des Pays-Bas où les jansénistes avaient des correspondants, et répandue en Angleterre à partir du milieu du , la plume métallique se répand en France dans le courant du , supplantant l'usage de la plume d'oie. Boulogne-sur-Mer, placée sur la route de l'importation, voit s'ouvrir en 1856 une première fabrique industrielle de plumes. La marque et l'emballage sont déposés vers 1885 par la Compagnie Française de Plumes, Porte-Plumes et Crayons, qui à partir de 1945 fera partie de la société Gilbert et Blanzy-Poure. Une notice au dos des boîtes indiqueMarie-Odile Mergnac (dir.), Caroline Brancq et Delphine Vilret, Les Écoliers et leurs maîtres en France d'autrefois, Paris, Archives et Culture, Collection « Vie d'autrefois », 2005, 157 - Présentation en ligne. :

La production de cette plume se poursuit sous la sous-marque Conté, propriété de Bic jusqu’en 2004.

Caractéristiques Emballées dans des boîtes de différentes quantités et matériaux selon les années, les plumes Sergent-Major comportent un talon à glisser dans le porte-plume, un œil (ou jour) situé au centre de la plume et prolongé d'une fente et une pointe fragile et émoussée à la moindre chute sur le solBernard Briais, Aux beaux jours de la communale, La mémoire du temps, Romagnat, de Borée, 2007, , -Lire en ligne., ce qui n'empêche pas les écoliers de jouer aux fléchettes avec. Malgré l'avertissement du fabricant détenteur de la marque de ce modèle unique, d’innombrables copies sont fabriquées en France comme ailleurs, portant des inscriptions différentes et circulant sous des appellations multiples..

Origine du nom Les instituteurs reçoivent des instructions pour l'utilisation de ce matériel au nom rappelant la volonté exemplaire déployée par les soldats pour la reconquête de l'Alsace et de la Lorraine après la guerre de 1870. L'illustration des boîtes évoque une victoire remportée par les bataillons dirigés par des commandants valeureuxUn ouvrage édité par le Club des collectionneurs d'objets d'Écriture sous le titre Les Plumes de ordre de bataille rassemble ces illustrations.. La plume Sergent-major devient synonyme de victoire après la restitution de l'Alsace et de la Lorraine en 1919.

Utilisation

La plume métallique est introduite dans les écoles dès 1850 mais, encore onéreuse, elle cohabite un temps dans les campagnes avec la plume d'oie. Baignol et Farjon commercialise une plume moins chère et plus souple, la Gauloise, destinée aux élèves, la Sergent Major étant utilisée par les maîtres.

Déclin vignette|Boîte en plastique avec une douzaine de plumes Sergent-Major, fabriquées par Conté dans les . Bien que situées dans une gamme de qualité moyenne mais ne souffrant d'aucune concurrence, les plumes Gauloise et Sergent-Major s'imposent pour longtemps. Au moins quatre générations d'écoliers français apprennent à tracer des pleins et des déliés avec ce matériel resté dans les mémoires. Disparue des classes primaires, elle est aujourd'hui diffusée par la société Bic, qui a racheté la marque, sous blister estampillé Bic Sergent-Major. Elle est toujours appréciée par le rendu de sa finesse et de sa dureté pour la calligraphie et les dessins à l'encre de Chine.

L'offensive du baron Bich : il lance son stylo à bille en 1953, mais la révolution provoquée par ce nouvel outil d'écriture est telle qu'elle est refusée par le monde de l'éducation. La boîte de plumes Sergent-Major apparaît encore parmi les de consommation courante utilisés pour le calcul de l’indice annuel du coût de la vie en 1955.. Les maîtres d'école défendent l'égalité entre les élèves, avec plumes et encres distribuées gratuitement, et ont peur que le stylo à bille qu'il faut acheter ne distingue les écoliers des classes privilégiés. D'autre part, ils disent craindre que la force avec laquelle on appuie sur le stylo à bille ne donne une vilaine écriture aux élèves. Aussi, malgré plusieurs campagnes de lobbying auprès du monde de l'éducation (notamment des envois gratuits de stylos-bille et de buvards publicitaires), il faudra attendre l'année 1965 avant que le ministère de l'Éducation nationale ne l'autorise définitivement dans les écolesCirculaire du sur l’apprentissage de l’écriture : , signant ainsi la fin de l'apprentissage de l'écriture à la plume avec encrier (inséré dans le pupitre d'écolier) et, , la fin de l'apprentissage de la « belle écriture » avec des pleins et des déliés utilisés notamment par les « employés aux écritures » des ministères et offices notariaux.

Références

Pour approfondir

Bibliographie Jean-Pierre Lacroux, Lionel Van Cleem, La Mémoire des Sergent-Major, Paris, Ramsay, 1988, 218 - Présentation de l'ouvrage (épuisé) sur le site calamophilie.be. Marie-Odile Mergnac (dir.), Caroline Brancq et Delphine Vilret, Les Écoliers et leurs maîtres en France d'autrefois, Paris, Archives et Culture, Collection « Vie d'autrefois », 2005, 157 . Bernard Briais, Aux beaux jours de la communale, La mémoire du temps, Romagnat, de Borée, 2007, . Jean-Pierre Bellot, Jacques Fleuret, Bernard Robert, Les Plumes en ordre de bataille, ou la vie chaotique de la plume Sergent-Major, Montrouge, Éditions Au fil de la plume, 2004, 115. Claude Bomet, La Plume Sergent Major, Éditions Hérault, 1997, 159 .

Articles connexes Écriture Plume (écriture) Porte-plume Plumier Encrier Encre

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