Les minières néolithiques de silex de Spiennes se trouvent dans une zone calcaire de la province de Hainaut en Belgique, à Spiennes, à au sud-est du centre-ville de Mons et à environ au nord-est de Valenciennes (France). Il s’agit d’un site archéologique d’extraction et de taille du silex d’époque néolithique. C’est un des sites archéologiques les mieux documentés et étudiés en la matière. Les minières néolithiques de silex de Spiennes sont inscrites au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2000, pour qui consulté le 17 septembre 2025.

Situation Le site d'ensemble se présente comme une cuesta recouverte de limon éolien et entaillée par deux rivières, la Trouille et la Wampe. Celles-ci délimitent deux plateaux : à l'ouest, Pa'd'à l'liau ou « par delà l'eau » ; à l'est, le Camp-à-Cayaux ou « champ à cailloux ».

Ces deux plateaux ont longtemps été réputés incultivables vu l'impressionnante quantité de déchets pierreux présents, liés à l'exploitation des minières de silex situés en leur sous-sol.

Historique vignette|Vue extérieure du site.

Les toutes premières découvertes mentionnées dans les journaux locaux (Le Modérateur) remontent à 1842Collet H., 2012. Mineurs illustres du Hainaut. Les Cahiers nouveaux 83 : 21-25. Le site est ensuite signalé par Albert Toilliez (1816-1865), ingénieur à Mons. Dès 1851, il soupçonne la présence d'un vaste atelier de fabrication de haches à Spiennes. Ces découvertes sont signalées par son cousin Désiré ToilliezToilliez D., 1851. Troisième notice sur des antiquités découvertes dans le Hainaut. Bulletin de l'Académie royale de Belgique, 18 ( partie) : 659-670.

En 1867 furent mis au jour 25 puits d'extraction du silex à l'occasion de la construction d'une ligne de chemin de fer. La commission scientifique chargée de surveiller les travaux comprenait Auguste Houzeau de Lehaie, Alphonse Briart et François-Léopold Cornet. Cette découverte fut présentée au Congrès international d’Anthropologie et d’Archéologie préhistorique de Bruxelles en 1872, qui contribua à faire connaitre le site internationalementBriart A., Cornet F. & Houzeau de Lehaie A., 1872. « Sur l'âge de la pierre polie et les exploitations préhistoriques de silex dans la province de Hainaut ». In : Compte-rendu du Congrès international d'Anthropologie et d'Archéologie préhistoriques. , Bruxelles : 279-294, pl. 29-30.

De 1912 à 1914, deux puits d'extraction du silex de 15 et de profondeur ainsi qu'une galerie sont fouillés au Camp-à-Cayaux par le baron Alfred de Loë grâce aux libéralités du comte Louis CavensDe Loë A., 1925. Notice sur les fouilles exécutées à Spiennes en 1912, 1913 et 1914. Bulletin de la Société d'Anthropologie de Bruxelles, 40 : 151-171. Le terrain sur lequel sont effectuées les fouilles est acheté quelques années plus tard par l'État belge. Il y fait bâtir un musée (musée du Champ aux cailloux)Rahir E., 1929. Projet d'aménagement des mines néolithiques de Spiennes et d'un musée local. Bulletin de la Société d'Anthropologie de Bruxelles, 44 : 79. Ce bâtiment devenu depuis propriété de la Région wallonne a été rénové au début des années 2000 et transformé en Centre de recherche archéologique.

En 1953, la Société de recherche préhistorique en Hainaut (SRPH) entreprend des fouilles archéologiques sur le plateau opposé, à Petit-Spiennes (ou Pa d'la l'Iau). Plusieurs puits d'extraction du silex de 8 à de profondeur et leur réseau souterrain sont explorésGosselin F., 1986. Un site d'exploitation du silex à Spiennes (Hainaut), au lieu-dit "Petit-Spiennes". Vie archéologique, 22 : 33-160. Environ du sous-sol sont étudiés entre 1953 et aujourd'hui. La Ville de Mons acquiert le terrain afin d'y faire bâtir un centre d'accueil et de visite pour les minières de Spiennes, le SILEX'S. Celui-ci a ouvert ses portes en avril 2015..

De 1966 à 1979, le Service national des Fouilles effectue des sondages à l'emplacement d'une enceinte repérée quelques années plus tôt sur le plateau de Petit-Spiennes grâce à l'examen de clichés aériens. La fouille exécutée par François Hubert permet d'attribuer cette enceinte à la culture de Michelsberg. Vingt-sept tranchées mettent progressivement en évidence le tracé des deux fossés concentriques enserrant une aire de Hubert F., 1971. Fossés néolithiques à Spiennes. Premier rapport. Annexe de J. Heim. Archaeologia Belgica 136, Bruxelles, Service national des Fouilles, 68 p., 35 plCollet H., Vanmontfort B. & Jadin I. avec la collaboration de F. Hubert, 2011. Des pots dans les mines. La céramique Michelsberg des minières et de l’enceinte du site de Spiennes (Hainaut, Belgique) In Bostyn Fr., Martial E. & Praud I. (dir). « Le Néolithique du Nord de la France dans son contexte européen : habitat et économie aux et millénaires avant notre ère », Revue archéologique de Picardie 28 (n° spécial) : 167-181.

Depuis 1997, le Service public de Wallonie a entrepris, en collaboration avec la SRPH, de nouvelles fouilles sur le site minier. Celles-ci ont permis le dégagement de structures d'extraction du silex de 9 et de profondeur à Petit-SpiennesCollet H & Van Neer W., 2002. « Stratigraphie et faune d’un puits d’extraction néolithique à Petit-Spiennes ». Anthropologica et Prehistorica 113 : 73-104 ainsi que la fouille d'ateliers de taille en place.Trois squelettes humains datant du Néolithique ont également été rencontrés lors de la fouille de ces puitsCollet H. & Toussaint M., 1998. Découverte d'un squelette humain néolithique sur le site minier de Petit-Spiennes (Hainaut, Belgique) : étude préliminaire. In : Internéo 2 - 1998. Journée d'information du 14 novembre 1998, Paris : 113-124Lavachery P., Collet H., Toussaint M. & Woodbury M., 2015. Mons/Spiennes : fouille du puits d’extraction ST 6 à « Petit-Spiennes ». Chronique de l’Archéologie wallonne 23 : 88-90Toussaint M., Collet H., Jadin I., Lavachery P., Pirson S., Woodbury M., Durieux J., Eloy J. & Lambermont S., 2019.« Recent discoveries of human skeletons in the flint mine shafts of Spiennes: casualties or burials?» In Collet H. & Hauzeur A. (dir.), 2019. Mining and Quarrying. Geological Characterisation, Knapping Processes and Distribution Networks during Pre- and Protohistoric Times. Proceedings of the International Conference of the UISPP Commission on Flint Mining in Pre- and Protohistoric Times, Mons and Spiennes, 28 September – 1 October 2016. Anthropologica et Praehistorica, 128. Bruxelles, SRBAP, .

Description Le site couvre une centaine d'hectares. Il est situé sur les versants et plateaux situés de part et d'autre de la rivière La Trouille. Il s’agit d’un site consacré à l’extraction et à la taille du silex, qui fut en activité au Néolithique moyen et récent, d'environ 4300 à À cette époque, des milliers de minières (de ?) ont été creusées pour exploiter les bancs de silex, roche recherchée pour la fabrication de haches et de lames. Ces exploitations alimentaient le travail de tailleurs spécialisés, dont les ateliers étaient situés sur le site même, à proximité des puits en activité. Les millions de déchets de silex à la surface des champs en sont les vestiges.

Le site comprend trois zones minières : le Camp-à-Cayaux ou Champ-à-Cailloux sur la rive droite de la Trouille, Petit-Spiennes sur la rive gauche de la Trouille et une zone minière dite du "Versant de la Wampe" surplombant la rivière du même nom.

Galerie

Géologie Le sous-sol est composé de craies blanches remontant au Campanien, avant-dernier étage du Crétacé supérieur, avec de bas en haut les formations d'Obourg, Nouvelles et Spiennes. La Formation de Spiennes remonte à la fin du Campanien.. Parmi ces trois formations, seule celle de Spiennes est riche en silex. Elle compte jusqu'à vingt bancs de silex distants de à . Les volumineux rognons de silex y sont noirs à gris/brunRobaszynski, F., Dhondt, A. V. & Jagt, J. W. M., 2001. « Cretaceous lithostratigraphic units (Belgium) ». In Bultynck, P. & Dejonghe, L. (eds), Guide to a revised lithostratigraphic scale of Belgium. Geologica Belgica, 4: 121-134..

Méthodes d'extraction thumb|right|400px|Section des mines de Spiennes

Les structures d'extraction sont variées et sont en partie conditionnées par la géologie. On connaît des exploitations à ciel ouvert dans le flanc de la vallée de la Trouille, là où le silex affleure directement. De simples fosses de quelques mètres de profondeur sans extraction souterraine sont connues sur les rebords du plateau, là où la couverture de lœss est peu épaisse. Le site est cependant surtout connu pour ses exploitations souterraines qui peuvent atteindre de à de profondeur. Ce mode d'exploitation est utilisé là où le silex est profondément enfoui. Pour ce faire, les mineurs creusent un puits leur permettant d'accéder aux bancs de silex à exploiter. À Spiennes, ces puits d'accès sont étroits. Ils mesurent généralement de diamètre. Leur profondeur dépend de celle à laquelle le silex va être rencontré. Dans certains cas, comme dans les minières de 15– de profondeur au Camp-à-Cayaux, les mineurs ont choisi d'exploiter un banc de silex bien spécifique, passant au travers de nombreux autres bancs pour atteindre celui qui était recherché. Une fois le niveau de silex atteint, l'extraction va se développer tout autour du puits, en galeries de quelques mètres de long. À Petit-Spiennes, l'exploitation souterraine se développe jusqu'à à partir du centre du puits. Au Camp-à-Cayaux, certaines galeries sont plus longues, pouvant s'aventurer jusqu'à du puits. Les surfaces exploitées sont de l'ordre de 20 à .

Datation Selon les études de datation au carbone 14, les minières de Spiennes ont été exploitées durant le Néolithique moyen et récent, d'environ 4300 à Toussaint M., Collet H. & Jadin I., 2010. « Datations radiocarbone d’ossements humains du site minier néolithique de Spiennes (Mons, Hainaut), première approche ». Notae Praehistoricae 30 : 73-80.. La céramique découverte sur le site appartient principalement à la culture de Michelsberg (vers 4300 - ). On connait pour cette même culture un village à enceinte érigé sur le plateau de Petit-Spiennes, à de la zone minière de Petit-Spiennes. Actuellement, aucune datation ne permet de supposer la poursuite de l'extraction du silex durant les âges des métaux (d'environ 2200 à ). Le seul indice de la taille du silex durant cette période est un atelier de taille datant du , découvert dans la partie supérieure d'un des fossés de l'enceinteHubert F., 1976. « Atelier de taille du silex de l'Âge du Bronze à Spiennes ». Archaeologia Belgica, Conspectus MCMLXXIX, 186 : 16-20... C'est sur la base de cette découverte que certains auteurs ont estimé que le site avait été exploité d'environ 4300 à F. Hubert, 1997. « L'exploitation préhistorique du silex à Spiennes ». In : Carnets du Patrimoine . Ministère de la Région wallonne, Direction générale de l'Aménagement du Territoire, du Logement et du Patrimoine, Namur, 31 p..

Production et diffusion Le silex extrait des minières néolithiques de silex de Spiennes a servi à la production de haches et de lames en silex. Les haches produites atteignent de long pour les plus grands exemplaires. Les lames produites mesurent de 15 à de long. Des artéfacts produits sur le site minier de Spiennes ont été trouvés dans les habitats de la culture de Michelsberg et du groupe de Spiere, au Néolithique moyen, jusqu'à de distance.

Protection Les minières néolithiques de silex de Spiennes ont été classées comme monument et site par le gouvernement wallon le , les vestiges de l'exploitation du silex sous le Champ à Cailloux étant reconnus comme monument et l'ensemble formé par le Champ à Cailloux comme site.