La Rava est une race ovine française originaire du Massif central, plus précisément de la chaîne des Puys dans le Puy-de-Dôme. Elle se caractérise par sa toison blanche aux mèches longues et à la laine jarreuse et grossière, ainsi qu'à sa tête nue marquée de taches noires. Cette race est particulièrement rustique et bien adaptée à l'élevage dans les conditions parfois difficiles de son berceau d'origine. Elle permet d'ailleurs d'entretenir à moindre frais les paysages du parc naturel régional des volcans d'Auvergne lorsqu'elle est envoyée en estive. Elle est élevée en race pure ou en croisement, afin d'améliorer la conformation de ses agneaux destinés au marché du sud-est de la France. Elle a failli disparaître, absorbée par les croisements avec des races bouchères qui visaient à améliorer sa conformation, mais semble aujourd'hui en mesure d'être préservée, avec environ en 2000.
Origine et historique Origine du nom Selon les auteurs, le nom de la race s'écrit Rava en tant que nom propre invariable ou, indifféremment, Rava ou Ravat et en l'accordant au pluriel. L'appellation ravat oriente vers l'origine du terme : ravat, de même que rabas, rabat et ravas, est en effet un mot dialectal occitan utilisé dans le sud-est de la France (Provence, Dauphiné, Cévennes, Forez et peut-être aussi Auvergne) pour désigner entre autres un « mouton à laine grossière et pendante, commun dans le Piémont, la Lombardie et la Savoie ; la peau de ce mouton ». Le terme ravat est aussi repris avec cette signification par d'anciens auteurs pour désigner une population ovine grossière du sud-est et du Piémont.
Un autre sens du mot occitan ravat est intéressant à considérer, à savoir celui d'un animal, le blaireau : en effet, le terme blaireau dans ce cas particulier renvoie à des races ovines offrant une panachure faciale particulière en noir et blanc et dénommées en anglais badger face sheep (moutons à face de blaireau), même si la panachure irrégulière de la Rava d'aujourd'hui est différente de celle de ses congénères britanniques chez lesquelles le caractère badgerface a été fixé.
Origines de la race
La Rava est originaire de la chaîne des Puys dans le Puy-de-Dôme. Elle était autrefois particulièrement représentée aux alentours d'Olby, qui est considéré comme le berceau de la race. La carte géographique publiée en 1965 par Quittet montre ce qu'étaient l'aire de dominance et l'aire de présence de la race dans le Puy-de-Dôme à cette date. C'est donc une race de montagne, qui passe l'été en estive dans des pâturages situés entre d'altitude et redescend vers des zones de moindre altitude l'hiver.
André Sanson, zootechnicien et morphologiste de la deuxième moitié du , est l'auteur d'une classification des races ovines dont les regroupements ont conservé une certaine pertinence. Il décrit une « race du plateau central » qu'il désignait zoologiquement Ovis aries arvernensis dans laquelle il distinguait plusieurs variétés : l'Auvergnate - incluant différents types, dont la Rava présentée en tant que type ou sous-variété - dans le Puy-de-Dôme, la Marchoise en Creuse, la Limousine en Haute-Vienne, la Saintongeoise dans les Charentes et la Bizet en Haute-Loire (la Noire du Velay autrefois appelée Mouton de Bains y est ignorée). La mise en parallèle de la diffusion de ce groupe ethnique avec les migrations de peuples celtes n'est pas vérifiée et ne repose sur aucun fondement sérieux, même si l'intérêt que cette mention peut susciter à conduit à y faire référence dans des notices de présentation de ces races.
En fait, le constat qui peut être tiré de la lecture de divers textes d'anciens auteurs qui ont traité de la Rava ou des « moutons ravas » est que ceux-ci ont longtemps constitué une population ovine très composite et métissée dont les traits dominants étaient une « constitution grossière » associée à une « très grande rusticité et frugalité ». L'origine qui a été donnée du terme rava la confirme aussi dans cette identité originelle. En 1911, dans son livre de zootechnie ovine, Paul Diffloth fait état de la Rava dans les termes suivants : « Dans le Puy de Dôme, existait une variété locale dite Rava exploitée principalement entre Volvic, Rochefort, Pontgibaut. De petite taille, le Rava rustique et peu exigeant présentait une conformation ample et trapue. La tête petite, à chanfrein droit, était ornée de cornes développées ; la toison, d'un poids de , était très grossière et fort longue ; les moutons pesaient . Cette population ovine s'est mélangée avec les moutons de la Corrèze et du Haut-Limousin, où les ovins assez réputés se distinguaient par la présence d'un cercle noir autour des yeux ; des béliers des Causses de Larzac ont même été importés, de sorte que le contingent ovin de l'Auvergne est des plus mélangés et des moins définis ». En 1983, Quittet et Franck écrivaient encore : « Faut-il à propos des Ravas, parler de race ou seulement de population ? On peut en discuter. »
Race ou population, l'originalité et l'identité de la Rava se sont forgées autour de son exceptionnelle rusticité et de ses qualités maternelles. La situation a failli changer à partir des années 1950 quand il fut décidé de croiser les brebis avec des béliers de races bouchères pour améliorer la conformation des agneaux sans conserver en nombre suffisant des femelles de renouvellement. Les animaux issus de croisements avec notamment la Charmoise et la Southdown n'étaient pas adaptés au milieu difficile dans lequel vit la race et celle-ci manqua alors de disparaître. Il arrivait cependant que des agneaux de cette race très précoce saillissent les brebis avant d'être abattus, ce qui a permis de conserver un noyau d'animaux de race pure. Ces croisements se sont arrêtés dans les années 1970 et la race se développe lentement depuis dans ses montagnes d'origine.
L'association des éleveurs de Rava, créée en 1971, a joué un rôle important dans ce renouveau et dans la sélection de la race qui a alors commencé à s'organiser. Ainsi, la section Rava de l'UPRA Races ovines des massifs est créée en 1973 et le standard de la race est défini en 1975. Un centre d'élevage pour les béliers destinés à la reproduction est mis en place l'année suivante et les prémices d'une base de sélection sont posées en 1986. Depuis, la race bénéficie d'un schéma de sélection fonctionnel et les effectifs sont repartis à la hausse pour atteindre en 2000, suivant les estimations.
Description
Voici le standard officiel de la race, tel qu'il est présenté dans l'ouvrage de Gilles Perret sur les races ovines en 1986 : Tête : plutôt fine, sans laine, marquée de taches noires, parfois roussâtres qui tantôt se limitent au pourtour des yeux tantôt s'étendent jusqu'à envahir presque complètement la face ; front un peu bombé, cornes rares, surtout chez la brebis; oreilles moyennes et portées horizontalement ; yeux peu saillants ; chanfrein à profil légèrement busqué. Encolure: cou long et mince. Tronc : dos droit, lombes larges Queue : à attache effacée Ossature : fine. Membres : toujours marqués de tâches de même couleur que celles de la tête Laine : jarreuse, grossière, à brins longs. Toison blanche, assez souvent mélangée de touffes brunes ou gris foncé, à mèches longues, ouvertes, s'arrêtant très au-dessus du genou et du jarret, dégageant la nuque et le dessous du ventre. Taille: moyenne. Brebis adulte : , Béliers adultes : .
Dans les années 2000, les poids présentés par l'UPRA Races Ovines des Massifs, chargée de la sélection de la race, sont un peu supérieurs, avec pour les brebis et entre pour les mâles, à relier vraisemblablement à des objectifs et des résultats de sélection visant à accroître le format de la race.
Sélection
Le schéma de sélection de la race est géré par un organisme de sélection (OS) dénommé ROM Sélection (pour Races Ovines de Massifs - Sélection) . Cette dénomination s'est substituée à l’UPRA des Races Ovines des Massifs. Cet organisme s’occupe conjointement de six races ovines rustiques du Massif central : la Blanche du Massif central, la Limousine, la Grivette, la Rava, la Noire du Velay et la Bizet. La section Rava de cet OS gère le livre généalogique de la race et fixe les objectifs de sélection. Ceux-ci visent notamment à améliorer la production laitière des brebis, leur format, leur prolificité et leur résistance à la tremblante du mouton.
En 2009, 25 troupeaux étaient inscrits au contrôle des performances. Ils détenaient brebis agnelées contrôlées réparties comme indiqué dans la carte ci-jointe ( et en 2010, dont et inscrits à l'OSAline Bonnot, Laurence Tiphine, Virginie Lemaire, Eric Jullien, Bilan du contrôle de performances ovins allaitants (campagne 2010), Institut de l'élevage, département génétique, juin 2011, 109 pp., avec la même répartition). Elle peut également compter sur le centre d'élevage de jeunes béliers de Riom, qui regroupe chaque année choisis selon leur ascendance et contrôle leurs performances, afin de sélectionner les meilleurs pour approvisionner la coopérative d'insémination artificielle.
La race Rava est, dans son groupe des six Races ovines de Massifs, après la Blanche du Massif central, celle qui a le plus de brebis soumises au contrôle des performances : agnelées dans , en 2010. Dans un contexte général de diminution de l'élevage ovin en France depuis 1980, c'est aussi une de celles dont la base de sélection s'est relativement bien maintenue :
+Évolution des effectifs de brebis contrôlées des Races de Massifs et rang national de 1980 à 2010 Race20102009200019901980nombre de brebisrangnombre de brebisrangnombre de brebisrangnombre de brebisrangnombre de brebisrangBlanche du Massif central Rava LimousineNoire du Velay Grivette Bizet
Aptitudes Rusticité La Rava se caractérise principalement par sa rusticité, en rapport avec une valeur adaptative à son milieu d'élevage très contraignant : ressources alimentaires de qualité en quantité très limitée, fourrages souvent grossiers, hivernage long. C'est une des races ovines rustiques françaises les plus adaptées à la valorisation de fourrages grossiers les plus divers et les moins conventionnels fournis par la flore naturelle locale, des feuillages d'arbres aux plantes herbacées. Si l'alimentation se fait rare, la Rava est réputée pour mobiliser ses réserves corporelles avec une grande facilité, avant de les reconstituer en période plus favorable. C'est une très bonne marcheuse habituée aux parcours montagnards d'Auvergne parfois escarpés. Sa toison grossière à mèches longues lui offre une bonne protection face aux intempéries. Une brebis produit de cette laine par an, quand un mâle en produit . Toutefois cette production n'a que très peu d'intérêt économique, car la laine, autrefois la première source de textile, a été largement supplantée par les matières synthétiques. Par ailleurs la laine de Rava, grossière et colorée, est de qualité médiocre pour être filée. Elle est utilisée à d'autres fins, comme isolant par exemple.
Les qualités maternelles La Rava est réputée pour ses très bonnes qualités maternelles. Elle agnèle sans difficultés. Elle s'occupe bien de ses agneaux tout en offrant une bonne capacité d'adoption d'autres agneaux. Ses aptitudes laitières sont bonnes au regard de son mode alimentaire, et elle parvient facilement à élever ses agneaux. Le poids à âge-type de (PAT 30 j) qui est un indicateur du potentiel laitier des brebis estimé au travers du croît des agneaux sur cette période est livré dans le tableau ci dessous : +PAT 30 j des agneaux Rava exprimé en kg dans les élevages en organisme de sélection en 2010simplesdoublestriples et plusmâlesfemellesmâlesfemellesmoyenne12,511,810,29,68,4effectifécart-type2,62,22,12,0 1,7 Reproduction