Carlo Felice Nicolis, comte de Robilant et Cereaglio, (connu sous le nom de Charles Robilant) (né le à Turin en Italie, décédé le à Londres au Royaume-Uni) est un général, diplomate et politicien italien.

Il est ambassadeur à Vienne de 1871 à 1885, période pendant laquelle la conclusion de la Triplice (1882) se révèle déterminante. De 1885 à 1887, il est ministre des Affaires étrangères et en tant que tel, il obtient, en 1887, le renouvellement de l'engagement de l'Allemagne dans la Triplice à soutenir l'Italie dans une éventuelle guerre sur la Méditerranée et celui de l'Autriche à reconnaître la possibilité d'une compensation en territoires.

La même année, Carlo Felice Nicolis accomplissant un intense travail politique et diplomatique pour protéger l'Italie de toutes menaces extérieures, permet que des accords spécifiques soient conclus avec la Grande-Bretagne, l'Autriche et l'Espagne pour la sauvegarde des intérêts italiens en Méditerranée.

Avant la diplomatie thumb|right|280px|La bataille de Novare (1849) pendant laquelle Robilant est gravement blessé à la main gauche. Tableau de Giuseppe Ferrari. Né à Turin le , Carlo Nicolis, comte de Robilant, appartient à la noblesse piémontaise et est apparenté à l'aristocratie allemande par sa mère, de la famille allemande des Truchsess von Waldburg. Il est en effet le fils de Maurizio Nicolis di Robilant (1798 † 1862) et de la comtesse Maria Antonia Truchsess von Waldburg-Capustigall (1884 † 1882), fille de Frédéric-Louis III, comte Truchsess von Waldburg-Capustigall (1776 † 1844), ministre de Prusse à Turin Robilant, Maria Antonia Mathilda Nicolis di, n. Truchsess Waldburg Capustigall, Associazione amici della fondazione Camillo Benso di Cavour (consulté le 22 avril 2023).. Robilant est par ailleurs cousin avec la femme du comte-général russe Nikolaï Pavlovitch Ignatiev.

À Vienne, alors âgé de 13 ans, après l'insistance de son grand-oncle maternel, le prince Frédéric de Hohenzollern-Hechingen, qui le veut dans un collège militaire autrichien et officier dans son régiment, Carlo, romantiquement, écrit son refus avec son sang : « Je ne servirai jamais que mon Roi et ma Patrie - signé de mon sang - Charles Robilant »En français : Au , la noblesse piémontaise utilise la langue française..

De retour dans le Piémont, il entre en 1839 à l'Académie royale de Turin, il en sort en 1845 avec le grade de lieutenant d'artillerie à cheval.

En 1849, il est à la tête de la batterie à cheval Volòire durant la bataille de Novare, où, il défend les canons de l'attaque ennemie, lorsqu'il est grièvement blessé à la main gauche.

Ensuite, il est nommé officier d'ordonnance honoraire du roi Charles-Albert, puis officier d'ordonnance effectif du roi Victor-Emmanuel II.

En 1859, Robilant participe aux batailles de la deuxième guerre d'indépendance, puis obtient le grade de général lors de la troisième guerre d'indépendance (1866). Il est nommé chef de l'École de guerre et en 1867 il occupe la charge de préfet de Ravenne où il réprime les désordres. Il n'est pas élu à la Chambre des députés en 1870 et en 1871, il obtient le poste d'ambassadeur à Vienne dans le gouvernement Lanza dont le ministre des Affaires étrangères est Emilio Visconti-Venosta.

Il épouse à Venise, le , la comtesse Edmée de Clary et Aldringen (1842 † 1927), issue d'une vieille famille autrichienne et sud-tyrolienne, qui lui donne sept enfants, dont la dernière, Teresa (1883 † 1968), épousera Luigi Balbo Bertone di Sambuy, podestat de Turin, contraint à la démission en 1928 à la suite d'un scandale politico-financier impliquant également son beau-frère, le colonel Carlo Nicolis di Robilant.

Ambassadeur à Vienne (1871-1885) Dès le début de son mandat dans la capitale autrichienne, Robilant a l'occasion de montrer la fermeté de sa personnalité sur des problématiques de second plan. En août 1871, par exemple, le ministre autrichien des Affaires étrangères, Friedrich Ferdinand von Beust, soutient le pape Pie IX et proteste auprès de l’ambassadeur Robilant contre le vacarme des trompettes des soldats italiens qui, à Rome, jouent trop près des murs du Vatican. Robilant, qui déjà fait preuve de prévention sur d'éventuelles actions politiques en faveur des États pontificaux, considère cette protestation comme « une importune ingérence dans les affaires internes qu'aucun État ne peut admettre, une grande nation [comme l'Italie] moins que les autres États ».

La Bosnie contre le Trentin

thumb|right|300px|Le territoire alpin de l'Autriche-Hongrie, Robilant considère comme essentiel une longue et étroite amitié avec Vienne, l'unique solution pour l'acquisition par l'Italie du Trentin (Tyrol méridional). Toutefois, Robilant voit plusieurs avantages dans l'amitié avec l'Autriche, y compris le moyen d'unir la Nation italienne, dont la majeure partie du territoire est encore sous la domination des Habsbourg. Dans un rapport du remis à Visconti Venosta, Robilant parle des chances de Vienne d'annexer les territoires ottomans dans les Balkans, il écrit :

« Les optimistes espèrent […] l'annexion de la Bosnie-Herzégovine à l'Autriche. Je confesse pour ma part, je désirerais pour de nombreuses raisons voir s'effectuer ceci : et principalement parce que se présenterait […] la seule occasion d'obtenir à notre tour, l'annexion à l'Italie de ces territoires dont la population est de notre famille ».

Il reprend le concept un an plus tard (« une occasion d'améliorer nos frontières dans le Val d'Adige et sur l'Isonzo »), cette fois avec l’espoir d'une alliance avec l’Allemagne, pour protéger le pays d'une attaque de la France, et pour obtenir un soutien qui procurerait à l'Italie la compensation du Trentin dans le cas d'une annexion prévisible des Balkans par l’Autriche.

Mais, bien vite, le climat entre l’Italie et l’Autriche s'envenime, surtout après l’arrivée à Rome du gouvernement de gauche d'Agostino Depretis en mars 1876. Robilant s'oppose souvent au ministre autrichien des Affaires étrangères Gyula Andrássy, qui refuse toute compensation à l'Italie. Avec le congrès de Berlin de 1878, l'Autriche obtient l'administration de la Bosnie, et l'Italie rien. Le ministre italien des Affaires étrangères Luigi Corti est contraint de démissionner et Robilant le défend, bien que conscient des difficultés. Peu après (janvier 1879), l'ambassadeur Robilant exhorte le gouvernement à sortir de son immobilisme et de son isolement.

L'Autriche et l'irrédentisme Défenseur de l’Autriche, en 1878, Robilant est convaincu que, l’empire des Habsbourg fini, l’Italie serait en contact avec le pangermanisme et le panslavisme, dont la contiguïté serait bien plus dangereuse que l’Autriche.

Beaucoup d'italiens ne sont pas enthousiastes de l’amitié avec l'Autriche et depuis 1880, Robilant a de nombreuses discussions avec le nouveau ministre autrichien des Affaires étrangères, Heinrich Karl von Haymerle, dont il apprend la croissante irritation du gouvernement de Vienne pour l'irrédentisme italien. Circonstance grave, si l'on considère que l’année précédente, avec la Double Alliance, l'Autriche pouvait compter sur l’Allemagne.

Les négociations pour la Triple alliance

Avec la conquête de la Tunisie par la France, soutenue par le Vatican, l'équilibre des relations internationales de l'Italie bascule inévitablement vers l'Autriche et le ministre italien des Affaires étrangères, Pascal Mancini, confie à Robilant la tâche difficile d'approcher le ministre autrichien des Affaires étrangères, Gustave Kálnoky.

La première rencontre a lieu le , elle est caractérisée par une grande prudence des deux parties. C'est un échec relatif dont Robilant rend compte par un rapport à Mancini, le . Dans ce memorandum, l'ambassadeur italien souligne la diversité de la politique intérieure italienne par rapport à celle de l'Autrice et de l'Allemagne, et affirme que si l'Italie veut obtenir un rapprochement avec les empires de l'Europe centrale, il faut « ralentir notre marche vers des idéaux ». Seulement ainsi, malgré toutes les difficultés d'une telle démarche, l'Italie peut éviter l'isolement. Mais Mancini n'est pas disposé à payer un prix aussi élevé.

Robilant obtient une seconde rencontre avec Kálnoky le . Durant ce second entretien, le ministre autrichien se montre ouvert à une proposition personnelle de l'ambassadeur pour un « pacte subsidiaire à ajouter qui formerait le principe de base du traité ». Ce pacte subsidiaire aurait concerné des choix communs en particulier sur des questions européennes. La situation internationale, quant à elle, semble favoriser l'Italie parce que l'Autriche a des difficultés avec des insurrections dans ses possessions des Balkans, qui promeut toujours le panslavisme dont peut profiter la Russie.

Le , Mancini envoie à Robilant les instructions pour son troisième rendez-vous avec Kálnoky : pousser l'Autriche et l'Allemagne à s'engager à protéger l'Italie en cas d'agression de la France ; et la promesse de neutralité de l'Italie envers l'Autriche en cas d'une guerre entre elle et la Russie. Pour parler de ces propositions, Robilant rencontre Kálnoky, le , et le trouve, avec stupéfaction, fondamentalement d'accord. L'ambassadeur convainc son interlocuteur du fait que dans le cas d'un affrontement entre l'Italie et la France, l'Allemagne et l'Autriche se trouveraient impliquées dans le conflit, donc autant valait accepter de leur part la proposition de soutien de l'Italie. Ainsi cette dernière les aurait soutenus en cas d'attaque de la France, ou de la France alliée à une autre puissance (la Russie). Dans tous les autres cas (dont le plus vraisemblable est l'attaque de la seule Russie contre l'Autriche), l'Italie promet sa neutralité bienveillante.

La signature de la Triplice

thumb|right|240px|L'ex Ministère des Affaires étrangères austro-hongrois (Ballhaus) à Vienne, aujourd'hui. En ce lieu, le à 14 heures, Robilant appose sa signature au bas du traité de la Triple Alliance. Les négociations sont dans l’impasse en , quand Kálnoky, après avoir présenté son propre projet de traité, refuse d'accepter les modifications demandées par Mancini.

Ces corrections auraient annulé la possibilité pour l’Autriche de s'assurer la neutralité bienveillante de l’Italie, même en cas d'une agression envers la Russie.

Les deux ministres des Affaires étrangères restent sur leur position. Robilant se remet au travail, et cogite une formule qui réconcilie les deux parties, l’article 4 est ainsi rédigé :

« Dans le cas où une grande puissance (La Russie) non signataire du traité menacerait la sécurité des États contractants (Autriche) et la partie menacée se verrait contrainte à la guerre, les deux autres parties (Italie et Allemagne) s'engagent à observer la neutralité bienveillante de leur allié. […] ».

L'obligation de neutralité italienne envers l’Autriche serait acquise même en cas d'attaque de l’Autriche contre la Russie, comme le veut Kálnoky, mais seulement si l’Autriche est menacée par la Russie. Une attaque improvisée et délibérée de l’Autriche contre la Russie, pourrait trouver une Italie défavorable à l'Autriche.

Kálnoky comme Mancini acceptent, et le , à quatorze heures, à Vienne, au ministère des Affaires étrangères autrichien (Ballhaus), Gustav Kálnoky, Carlo Felice Robilant et l’ambassadeur allemand, le prince Heinrich VII von ReussHeinrich, septième prince von Reuss (1825-1906). Ambassadeur allemand à Vienne de 1878 à 1894., signent le traité historique.

Ministre des Affaires étrangères (1885-1887) Après la conclusion de la Triple Alliance, Robilant, tout en recommandant d'en rester à l'irrédentisme pour ne pas gâcher les relations délicates avec l’Autriche, ne dédaigne pas une politique plus ouverte vers la Grande-Bretagne.