La mosaïque des chevaux est une mosaïque d'époque romaine, de douze mètres sur neuf environ, trouvée en 1960 sur le site archéologique de Carthage, en Tunisie actuelle, non loin du monument énigmatique connu sous le nom d'édifice à colonnes. Elle est déplacée par la suite dans le parc archéologique des villas romaines, à proximité immédiate de la villa dite « de la volière ».

La mosaïque est un damier alternant entre de petits tableaux figurés, en majorité des représentations de chevaux, et des compositions géométriques. Ce selon Azedine Beschaouch..

La composition de mosaïque et d' ainsi que son thème original en font l'une des œuvres les plus intéressantes livrées par le site au . Elle n'est cependant pas sans poser des questions aux spécialistes qui s'interrogent sur sa datation précise, son inspiration et son rayonnement hors d'Afrique, certains détails se retrouvant en particulier sur les mosaïques de la villa romaine du Casale en Sicile.

Histoire de la découverte La mosaïque est retrouvée lors de travaux de voirie fin ., lorsque des ouvriers tunisiens chargés d'élargir la route reliant La Malga au palais présidentiel de Carthage. mettent au jour, au pied de la colline de Junon, une vaste construction dénommée par l'historien Gilbert Charles-Picard et riche de belles mosaïques.. Le bâtiment est alors dans un état de conservation très médiocre, à seulement quelques mètres en contrebas de l'édifice à colonnes..

En raison des travaux effectués, les fouilles ne peuvent être menées de façon satisfaisante et il en résulte une certaine méconnaissance du lieu de la découverte. De façon générale, la topographie de la Carthage à l'époque romaine est insuffisamment connue en dépit d'un quadrillage théorique, établi en particulier grâce aux travaux de Charles Saumagne. En effet, la cité était divisée en îlots urbains de sur , restitués par le carroyage général du site.

Difficultés de datation

vignette|Vue de la mosaïque dans son environnement actuel. vignette|alt=Vue générale de la mosaïque|Vue générale de la mosaïque remise en place dans le parc des villas romaines.

En raison de l'urgence des travaux de voirie, les archéologues ne peuvent étudier correctement les ruines. Le service du patrimoine fait aussitôt déposer les mosaïques dans l'antiquarium situé dans le parc des villas romaines. La construction est datée du selon Charles-Picard et des environs de l'an 300 par Ennaïfer.. Abdelmajid Ennabli date pour sa part l'œuvre du ..

Alexandre Lézine et Louis Foucher étudient la construction, et la mosaïque fait l'objet d'une vaste monographie dès 1965 par le savant néerlandais Jan Willem Salomonson, travail qui dévoile le sens de l'œuvre. Le contexte de la découverte souffre des difficultés d'interprétation de l'édifice à colonnes tout proche bien que Salomonson signale des constructions situées entre l'édifice et la maison où est découverte l'œuvre. Plusieurs mosaïques sont découvertes simultanément : la mosaïque de la fontaine représente, en un demi-cercle, deux Amours pêcheurs nommés Navigius et Naccara qui relèvent un filet ; ils sont dans deux bateaux.

Navigius possède un tatouage au milieu du front, ce type de tatouage étant datable selon Salomonson d'une période allant de la fin du au milieu du . À l'arrière-plan, un paysage comprend des vagues figurées par des zigzags, des poissons et un canard. L'œuvre, qui présente des similitudes avec une mosaïque d'Hadrumète conservée au musée du Louvre, est datée par Salomonson de . Le péristyle a livré des mosaïques, des scènes d'amphithéâtre encadrées de guirlandes tressées dans des panneaux hexagonaux et figurant en médaillons des personnages et des animaux sur la thématique des jeux. Le même lieu a livré des fragments d'une remarquable mosaïque de scènes de chasse aux fauves dans un paysage boisé et montagneux encadrée par des rinceaux d'acanthe et des oiseaux, œuvre considérée comme selon Salomonson.

Leur situation respective est étudiée par Salomonson. La maison a été dénommée « maison des chevaux » en raison de la découverte principale du site. Elle était pourvue d'un péristyle à fontaine et d'une grande salle d'apparat considérée comme le principal de la demeure. Un second doté d'une mosaïque des Saisons, représentant également une Vénus à la toilette, un Génie, un Pan, un Amour et des servantes, a été considéré primitivement comme pouvant être lié à la demeure malgré le sérieux doute émis par Salomonson, hypothèse qui est définitivement écartée par René Rebuffat..

Description Description générale et matériaux La mosaïque mesure sur .. Une bordure de , décorée d'enfants chasseurs, entoure la mosaïque en forme d'échiquier comportant disposées en de .

Ces cases de de côté alternent des tableaux de tesselles ou d' et des panneaux d'.. Ces deux techniques sont exceptionnellement associées dans la même œuvre, même si liées d'après Salomonson à l'époque tardive de sa création. Les panneaux de mosaïque, comportant 12 à 18 tesselles au décimètre linéaire, sont en marbre, calcaire et pâte de verre de divers coloris. Parmi les marbres utilisés, les seuls identifiés sont du marbre jaune de Chemtou et du marbre blanc-rosé veiné, provenant peut-être de Thuburbo Majus selon Lézine.

Bordure

vignette|gauche|alt=Enfant venator avec lasso|Enfant venator chasseur avec lasso et canard. vignette|alt=Enfants de type venator sur la mosaïque de la villa de Casale en Sicile|Enfants de type venator sur une mosaïque de la villa romaine de Casale, en Sicile.

La bordure extérieure est composée de trois bandes avec des motifs variés sur la thématique des de l'amphithéâtre, mais cette thématique n'est pas traitée sur un mode réaliste.

Des enfants représentent les bestiaires, et des animaux inoffensifs figurent en lieu et place des fauves. L'artiste y fait preuve d'. Les enfants de la bordure, munis de bandages de protection aux genoux et aux chevilles, chassent de petits animaux : canards, oies, petites panthères, gerboises, chats et certains tentent de capturer avec un lasso des oiseaux.. D'autres ont un court javelot de chasse. Cinq motifs d'enfants sont conservés en entier et quatre autres en partie.

Leur visage rond est assez semblable, correspondant à un . Ce mode de représentation est par exemple également présent dans la mosaïque de Casale. Le paysage comporte des épis, des fleurs et des fruits, des paniers, des oiseaux et des lièvres. Des Amours ailés sont conservés en partie, faisant face à une antilope.

Panneaux géométriques

vignette|gauche|alt=Un des types de panneau d'opus sectile, cercle inscrit dans un carré|Panneau d'opus sectile. vignette|alt=L'un des types de panneau d'opus sectile, carré inscrit dans un carré|Panneau d'opus sectile.

Les panneaux d' sont constitués de fines plaques de marbre de coloris et de formes variés..

L' est très utilisé au Bas-Empire, en Afrique comme dans d'autres régions de l'Empire romain.

Il y a trois motifs géométriques présents dans les panneaux d' selon Salomonson : des , des et des . Ces panneaux ont été restaurés durant l'Antiquité, ce qui a changé radicalement leur aspect initial.

Panneaux figurés

vignette|alt=Médaillon avec le cheval Polystephanus, un personnage au premier plan et un curieux meuble à l'arrière-plan|Médaillon de Polystephanus. vignette|alt=Médaillon du cheval avec au premier plan Jupiter en toge|Médaillon avec représentation de Jupiter. vignette|alt=Médaillon du cheval avec représentation au premier plan de la personnification du temps infini dans un grand cerceau|Médaillon avec cheval et personnification du temps infini dans un grand cerceau. vignette|alt=Panneau avec cheval devant lequel se trouve sans doute une représentation de Pélops|Panneau de mosaïque avec représentation de Pélops.

Les panneaux de mosaïque étaient au nombre de 90, dont 62 ont été conservés en partie ou en entier. Ennaïfer et Beschaouch évoquent 61 panneaux figurés conservés totalement ou partiellement. Beschaouch, après Salomonson, pense que les panneaux de mosaïques étaient au nombre de 98Même décompte dans ., cent panneaux étant composés de plaques de marbre d'.71 panneaux de ce mode de construction subsistent selon ..

Les panneaux de mosaïque sont très fins et de qualité, certains sont d'« authentiques chefs-d'œuvre » selon Mohamed Yacoub.. Darmon considère que certains ouvriers ont exécuté les chevaux vainqueurs et d'autres les scènes mythologiques. Ces dernières scènes ont été effectuées à l'aide de tesselles très petites..

La mosaïque conserve des traces de réparations antiques par de l' ou du marbre non décoré.

La thématique des jeux du cirque domine les panneaux en de l'œuvre, ce thème ayant été beaucoup utilisé en Afrique, tant dans l'espace public que dans l'espace privé. Les panneaux représentent pour la plupart des chevaux de course et quelques-uns représentent des personnages liés au cirque, tous étant entourés d'un cadre dentelé.

Toutes les représentations secondaires des panneaux ont pour objectif d'orienter le lecteur à connaître le nom du cheval représenté de façon simultanée par l'usage d'un système de rébus, même si selon Darmon ..

Représentations équines Sur cinq colonnes, les panneaux représentent presque tous un décor avec des chevaux de course62 panneaux représentent des chevaux selon . préparés pour une course de cirque et munis de collier avec le nom entier ou abrégé du propriétaire. 56 panneaux exposent des portraits de chevaux de race barbe et cinq des ou des auriges. Placés vers la gauche ou vers la droite, et à peu près tous dans une attitude semblable (tête vers l'arrière et patte avant droite levée), les chevaux sont harnachés, empanachés, enrubannés et munis de colliers de phalères.

Ils portent parfois le nom du propriétaire sur la croupe ou l'épaule., la façon d'abréger rappelant l'épigraphie latine. Le nom des chevaux est suggéré par l'ensemble de la scène des panneaux par une sorte de rébus, à la suite des travaux de Salomonson. Cependant, l'étude des panneaux n'a pas permis de donner un nom à chaque cheval ; d'autres ont fait l'objet de controverses, en particulier le panneau sur lequel figure une table pourvue de douze cercles et qui a abouti à des analyses diverses ; le flanc du cheval porte l'inscription SAP alors qu'un jeune homme se trouve devant ce coursier.

Salomonson renonce à interpréter le panneau. L'analyse qui semble l'emporter est celle de Claude Nicolet qui considère que les douze cercles symbolisent un nombre de victoires, Beschaouch appuyant cette interprétation comme seule satisfaisante car permettant de donner le nom de Polystefanus au cheval (littéralement en grec « plusieurs fois couronné »).. Les panneaux représentant les chevaux sont ornés en outre d'un ou deux personnages, une scène complète accompagnant parfois le cheval.

Les décors liés aux chevaux sont regroupés en six groupes par Charles-Picard : des divinités, des personnalisations, des scènes mythologiques, la vie quotidienne, les jeux, d'autres personnages qui ne sont pas liés aux chevaux. ; ils sont regroupés en quatre groupes par Salomonson : monde divin, mythes, métiers et un dernier groupe intégrant les éléments non intégrés aux trois premiers. Les scènes complémentaires constituent selon Ennaïfer.

Parmi les panneaux inclassables, l'un d'entre eux représente une scène d'adieux : un jeune homme muni de bagages quitte un homme barbu installé sur un rocher. L'épisode est difficile à identifier de l'aveu même de l'auteur de la première monographie sur le sujet.

Représentations de personnages Représentations divines et personnifications Parmi les représentations de divinités relativement bien conservées, un panneau figure Jupiter avec ses attributs (sceptre et foudre) avec à l'arrière-plan un cheval dénommé M.P.V. Un autre représente Neptune muni d'un trident, devant un cheval appartenant à un dénommé Simpli. Un autre panneau représente peut-être le dieu Mars.