Les expressions et recouvrent les changements du comportement sexuel entamés dans les années 1960 : reconnaissance des sexualités non procréatrices ; affirmation de l'égalité des sexes ; légalisation de la contraception et de l'avortement . . Ces changements ont d'abord été constatés en Suède puis se sont répandus .

Terminologie

Selon le sociologue Michel Bozon, l'expression a été utilisé d'abord par Wilhelm Reich , puis popularisée suite à la publication, en 1955, d' d'Herbert Marcuse. .

Selon lui, les changements intervenus depuis les années 1960 dans les comportements doivent, comme l'a montré Michel Foucault, de la sexualité.

Pour d'autres auteurs, « révolution sexuelle » désigne un ensemble de faits, mesurés par des études à grande échelle. Celles d'Alfred Kinsey, publiées en 1948 et 1953, ont montré une évolution radicale aux États-Unis, de même qu'en France, celles du docteur Pierre Simon en 1972, puis l'enquête Analyse des comportements sexuels en France (ACSF), menée en 1992 par une équipe multidisciplinaire (épidémiologistes, sociologues, psychosociologues, psychologues, psychanalystes, économistes, démographes, appartenant à des institutions variées : INSERM, INED, CNRS, et universités.

L'expression se différencie quelquefois de celle de « libération sexuelle ». Pour Michel Bozon, « libération » s'applique strictement aux femmes qui avaient pratiqué une sexualité peu protégée dans les années 1960, puis découvert une , ou une avec l'accès à la pilule contraceptive une décennie plus tard. Mais à partir des années 1980, la ne se fait plus par la famille mais par les autres jeunes et il en résulte un contrôle toujours .

L'historienne Anne-Marie Sohn parle plutôt de , , avec des temps forts au début du ou dans les années 1950, une longue évolution identifiée aussi dans les arts, les correspondances et journaux intimes"La révolution sexuelle a cent ans !" par Anne-Marie Sohn en juin 2003 dans L'Histoire . Selon elle"Les années folles, par l'historienne Anne-Marie Sohn", entretien par Dominique Simonnet le 08/08/2002 dans L'Express , la « révolution sexuelle » est incluse dans une , plus large, avec , qui s'accélère après les deux guerres mondiales. L'économiste américain Andrew Francis estime ainsi que les faits montrent que c'est , décrétée par l'État américain en 1947 pour obtenir le déclin de la syphilis, la plus répandue des maladies sexuellement transmissibles avec par an (1939), qui a rendu possible la révolution sexuelle« La révolution sexuelle serait autant la conséquence de la pilule contraceptive que de la pénicilline » par Stanislas Kraland, le 28/01/2013 dans le Huffington Post , qui a aussi bénéficié d'autres vagues d'une révolution scientifique : diffusion du préservatif, du stérilet dans les années 1920, puis de la pilule contraceptive découverte au début des années 1950. Le droit de vote des femmes, en 1920 aux États-Unis et en 1944 en France, a par ailleurs contribué à la légalisation de la contraception1967 en France puis de l'avortement1975 en France, considérés par les historiens comme des conséquences plus que des causes de la révolution sexuelle.

L'âge du premier rapport sexuel est , faute de standardisation des différentes enquêtes, qui mentionnent toutes sa diminution avant de se stabiliser, et la qui l'autorisait pour les hommes mais pas les femmes, , tandis que les relations des filles continuent à différer par leur durée, leurs motivations et leur investissement. La révolution sexuelle a été vivement critiquée par certains observateurs de droite, la jugeant comme un « désastre » ayant entraîné une perte de repères traditionnels causant le déclin de la société occidentale..

La révolution scientifique et ses conséquences Fin des régimes démographiques anciens vignette|droite|Évolution du taux de natalité aux États-Unis de 1909 à 2008 (la période de Baby Boom apparait en rouge). La « révolution sexuelle » puise sa première origine dans le changement de régime démographique occasionné dans les pays occidentaux par les progrès de la médecine.

Les régimes démographiques anciens (avant le ) se caractérisaient par l'omniprésence de la mort dans la vie des sociétés humaines. La forte mortalité des enfants et des adolescents sous l'effet de maladies comme la rougeole, la rubéole, le tétanos, la coqueluche, la poliomyélite ou la tuberculose obligeait les couples à engendrer systématiquement une progéniture nombreuse (entre sept et dix enfants par femme, voire davantage) car il s'agissait du seul moyen de garantir le renouvellement des générations. Autrement, ce dernier aurait été facilement compromis, dans la mesure où un enfant sur trois (voire un enfant sur deux) n'atteignait pas l'âge adulte. Les nombreuses causes de surmortalité des adultes dans les sociétés anciennes (guerres, famines, épidémies) rendaient d'autant plus nécessaire cette forte fécondité.

Dans ce contexte, ce n'était pas le plaisir qui apparaissait comme la finalité première de la sexualité humaine, mais bien la procréation. Une morale sociale ou religieuse prônant le refus du plaisir sexuel et la réduction de la sexualité au seul engendrement des enfants pouvait donc facilement trouver de nombreux adeptes.

Les choses changent radicalement à partir du , principalement avec les progrès de la médecine (antibiotiques, vaccination, etc.), qui font fortement reculer la mortalité grâce à la lutte contre les maladies frappant les enfants et les adultes. La mort cesse d'accompagner chaque instant de la vie des hommes. Désormais, tous les enfants arrivent presque systématiquement à l'âge adulte.

Dans les pays occidentaux, il s'ensuit dans un premier temps une phase d'explosion démographique, qui régresse et s'apaise à partir de la première moitié du , lorsque les couples se mettent à limiter volontairement leur fécondité à la suite de plusieurs facteurs (constat de l'inutilité - voire de la nocivité sociale - d'une descendance nombreuse, émancipation des femmes, etc.).

C'est l'entrée dans les régimes démographiques modernes, caractérisés par une faible mortalité et une fécondité très réduite (deux enfants par femme en moyenne) sous l'effet d'un choix volontaire des couples, qui adoptent une attitude contraceptive.

Ce changement de régime démographique bouleverse la conception de la sexualité dans les pays occidentaux et ouvre la voie à une réhabilitation de la recherche du plaisir.

Désormais, en effet, un couple n'a plus besoin que de deux coïts reproductifs dans sa vie pour renouveler les générations. La sexualité des hommes et des femmes ne peut donc plus être considérée comme tournée exclusivement vers la procréation. De ce fait, les doctrines valorisant le rejet du plaisir sexuel et la focalisation sur la seule génération sont battues en brèche au profit d'une nouvelle morale qui prône comme facteur essentiel d'épanouissement dans la vie la recherche de l'orgasme, indépendamment de toute volonté d'engendrer des enfants.

D'autre part, comme le renouvellement des générations semble garanti, les formes de sexualité non reproductives (homosexualité, masturbation, sodomie, etc.) n'apparaissent plus comme une menace pour l'avenir des sociétés humaines, d'où leur réhabilitation.

Perfectionnement de la contraception masculine vignette|droite|Préservatifs masculins.

À la suite de la révolution industrielle du , les progrès de la science et des techniques ont pour conséquence la fabrication de meilleurs contraceptifs. Les avancées dans la fabrication et la production du latex rendent possible la fabrication des préservatifs, qui peuvent être employés par les hommes et les femmes pour empêcher la grossesse, à bas coût.

À l'origine (1855) en caoutchouc et d'une épaisseur de un à deux millimètres, les préservatifs présentent une couture latérale, sont onéreux (quoique réutilisables) et peu répandus.

En 1912, Julius Fromm, un chimiste polonais, invente un procédé de production qui consiste à tremper un moule en verre dans la solution de latex, ce qui permet l'obtention de préservatifs plus fins et sans couture.

La marque Fromms Act est commercialisée en 1919 et toujours en vente de nos jours en Allemagne.

Dès les années 1930, la production de masse de ce produit permet l'obtention d'un produit aussi fin et aussi bon marché que celui que nous connaissons aujourd'hui .

L'usage du préservatif s'est réellement répandu avec la Seconde Guerre mondiale, les GI américains se voyant fortement incités à leur utilisation : « Don't forget — put it on before you put it in ». En effet, les vétérans de la Première Guerre mondiale étaient revenus en nombre infectés d'une maladie vénérienne et les autorités militaires ne souhaitaient alors pas que cela se reproduise.

Développement des antibiotiques contre les maladies vénériennes vignette|droite|Publicité pour le traitement de la gonorrhée par la péncilline.

Peu spectaculaire dans ses formes bénignes, la syphilis, véritable , pose un grave problème de santé publique en tuant en 1939 aux États-Unis, amenant l'armée américaine à accélérer l'utilisation des antibiotiques, comme la pénicilline (la pénicilline G est découverte dès septembre 1928 par Alexander Fleming, mais ne servant jusque-là qu'à nettoyer les boîtes de Petri de leurs bactéries).

Cette efficacité constatée au sein de l'armée décide l'État à l'utiliser face au problème de santé publique dans la population civile entre 1947 et 1957, le taux de mortalité de la syphilis chutant alors de 75 % dans le pays. Et de la sexualité, mesurée par le et la propagation d'une autre MST très contagieuse, la gonorrhée, le même phénomène se répétant un demi-siècle plus tard avec le sida, selon une étude américaine publiée dans Archives of Sexual Behavior, citée par l'économiste américain Andrew Francis.

Contraception féminine vignette|droite|Pilule contraceptive. Émergence de la contraception féminine

Les progrès en chimie, pharmacologie, et connaissance de la biologie et physiologie humaine mènent à la découverte et au perfectionnement des contraceptifs, stérilet ou pilule contraceptive.

Le stérilet est un dispositif de contraception intra-utérin inventé en 1928 par Ernst Gräfenberg, il contient du cuivre, qui a un effet spermicide et provoque une légère inflammation de la muqueuse, qui la rend impropre à la nidation..

Il s'agit de la méthode réversible de contrôle des naissances la plus largement utilisée.

La recherche concernant la pilule contraceptive commence en 1953 avec les travaux des docteurs Gregory Pincus et , sous l'impulsion de la pionnière du planning familial qu'est Margaret Sanger et grâce au financement privé fourni par Katharine McCormick, riche héritière et suffragette.

Les premiers tests ont lieu en 1956 à Porto Rico et l'autorisation de mise sur le marché américain est donnée par la Food and Drug Administration le .

D'abord réservé aux seules femmes mariées, puis étendu aux femmes célibataires, son usage se généralise en dépit de résistances légales. L'apparition des méthodes de contraception permet aux couples de contrôler leur reproduction. Elles sont légalisées en France à partir de 1967 avec la loi Neuwirth, mais les décrets d'application sont retardés jusqu'en 1974..

La disponibilité de préservatifs en latex bon marché pour les hommes et du stérilet et de la pilule contraceptive pour les femmes contribue à libérer la sexualité de la menace de la grossesse, dissociant rapports sexuels et procréation.

Si, avec le préservatif ou des méthodes plus traditionnelles comme le coït interrompu, les femmes étaient soumises au bon-vouloir de leurs partenaires masculins en termes de limitation du risque de grossesse, avec le stérilet et la pilule contraceptive, elles prennent la maîtrise de la fonction reproductrice de leur corps et s'affranchissent.