Le Sanitas ou Sanitas-Rotonde est un quartier français du centre de Tours, situé entre le centre-ville et les rives du Cher, à proximité de la gare. Il a été construit après la Seconde Guerre mondiale pour partie sur un terrain autrefois dévolu à des ateliers et entrepôts de chemin de fer de la SNCF. Dans le contexte des Trente Glorieuses, son développement est encouragé par l’État pour faire face à une demande inédite de logements. Essentiellement constitué de grands ensembles sociaux, les étapes d'urbanisation du quartier s'étalent entre la fin des années 1950 et 1970. Son nom vient du latin « santé » et lui a été attribué car la zone abritait autrefois des établissements de soins.
Peuplé de quelque en 2022 et comportant près de , le quartier compte le plus grand parc d'habitations à loyer modéré (HLM) du département d'Indre-et-Loire et rencontre des difficultés économiques et sociales importantes. Sa population est principalement jeune et modeste, le quartier étant le plus pauvre de la métropole de Tours. Il est classé en tant que quartier prioritaire et fait l'objet de projets de réhabilitations de l'agence nationale pour la rénovation urbaine depuis les années 2000. Cependant, sa position relativement centrale au sein de la ville de Tours lui permet un bon accès aux transports et services publics.
Historique du développement Origines vignette|gauche|La chapelle de la Maladrerie Saint-Lazare.
L'appellation Sanitas vient du terme latin pour santé. Au Moyen Âge, l'emplacement actuel du quartier était une zone sujette aux inondations appelée la Varenne, qui s'étendait jusqu'au rives du Cher, tout en offrant certains espaces secs surélevés qui échappaient aux crues. Cela permet l'édification d'une léproserie, la maladrerie Saint-Lazare, au , pour accueillir des lépreux en dehors de la ville. Au , l'établissement sert de maladrerie, à cause des épidémies de peste. Il est ensuite transformé, en 1692, pour accueillir des officiers invalides. La chapelle Saint-Lazare est le dernier vestige de l'ancienne léproserieAncienne maladrerie Saint-Lazare, base Mérimée. ; à la suite de fouilles dans la nef, une soixantaine de squelettes portant des lésions caractéristiques de la lèpre y ont été trouvésÉtude paléopathologique des sépultures de la Chapelle Saint-Lazare.. La présence de cet établissement hospitalier, tout comme celle d'autres structures qui se sont multipliées dans cette zone avec les grandes épidémies de peste au , explique le nom donné aujourd'hui à ce lieu.
Jusqu’en 1880, le reste de ce territoire est composé de zones cultivées et de maisons rurales dont la population est très faible, du fait du caractère submersible de cette zone. Les quelques dizaines d'habitants, répartis en hameaux, dépendaient de Joué-lès-Tours, elle-même du ressort de l’élection de Tours jusqu'à la Révolution françaiseRoger Dion, Le Val de Loire, étude géographique régionale, rémp. de l'édition de Tours, 1934.Carré de Busserolles, Dictionnaire géographique historique d'Indre-et-Loire et l'ancienne province de Touraine, Tours, 1878, réimp. 1966 en trois volumes.. Toutefois, ces terres sont riches et fertiles, et échappent au cens du fait du caractère multiple des parcelles, qui sont généralement directement exploitées par de petits propriétaires. En outre, on trouve la trace au d'une exploitation d'argile noire, vraisemblablement dans des petites carrières, autour de Saint-LazareRolande Collas, Histoire d'un quartier de Tours - Le Sanitas des origines à nos jours, Monographies des villes & villages de France, Ed. Office d'édition du livre d'histoire, 1994, ..
Au début du , une importante partie de la zone appartient à la SNCF du fait de sa proximité avec la gare de Tours et les lignes de chemins de fer. On y trouve des dépôts et des ateliers, qui se sont installés dès 1908 dans la zone. Parmi les usines, on trouve notamment les établissements Billard et une importante usine de construction de locomotives à vapeur. Dans la nuit du 19 au , au cours de la Seconde Guerre mondiale, la zone est bombardée par les Alliés et l'usine de locomotive est détruiteL’histoire du Sanitas en images sur tmvtours.fr..
Fondation du Sanitas vignette|Immeubles issus du « lot des 811 » inaugurés en 1959.
Après la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte des Trente Glorieuses, la ville de Tours fait face à d'importants besoins de logements avec l'explosion des naissances, l'exode rural et l'arrivée de travailleurs immigrés. La commune acquiert alors une partie de l'emprise ferroviaire attenante à la gare de Tours. Des expropriations ont lieu et les entreprises ferroviaires quittent la zone industrielle en 1956. Tours dispose alors de terrains à bâtir qui préfigurent un tout nouveau quartier appelé le « Sanitas ». Le déplacement de la gare afin de faciliter les travaux a été un temps envisagé avant d'être rejetéSecteur urbain concerté du Sanitas sur patrimoine.regioncentre.fr..
En 1953, le ministre Maurice Lemaire accorde à la ville de Tours des fonds exceptionnels pour un programme pilote expérimental de vastes constructions de logements. Le chantier mis sur pied est d'une grande ampleur, et l'État le confie à l'architecte Jacques Henri-Labourdette en 1954. Il prévoit dans son projet un maillage de rues et deux grands axes : l'avenue du Général de Gaulle et le boulevard de Lattre de Tassigny. Les constructions de Labourdette sont à l'image de l'architecture audacieuse de l'époque, il réalise de grands ensembles avec des hautes tours et de longues barres, les premiers de l'agglomération.
Urbanisation vignette|« Bâtiment E » construit en 1970 sur la rue Maurice Bedel.
L'Organisme d'habitations à loyer modéré (OPAC) de Tours est le premier à construire douze immeubles dans ce quartier très novateurs à l'époque alors qu'il est submergé par les demandes de locations et que la ville fait face à un mal-logement problématique. C'est le qu'est inauguré le début des travaux, avec la présence du maire de Tours Marcel Tribut et du ministre de la justice Michel Debré. Les premières livraisons de ont lieu en 1959 pour ce qui concerne la première tranche à l'est du boulevard de Lattre de Tassigny. Suivent la réalisation de en 1961 pour la deuxième tranche, au mail du Petit-Prince et avenue du Général-de-Gaulle. L'érection de la plus grande tour du quartier a lieu en 1965 : la Tour U, haute de , place du commandant Tulasne. Celle-ci marque l'entrée ouest du Sanitas et compte à loyer modéré ainsi qu'un centre socialOuhou, je vous écris du haut de la tour " U " ! sur La Nouvelle République du Centre-Ouest, le 29 septembre 2012.Immeuble dit tour U sur patrimoine.regioncentre.fr..
vignette|Vue du quartier depuis la passerelle Fournier, avec à droite l'immeuble Blaise Pascal. Face à une demande plus forte qu'attendue de nouveaux logements, les projets de constructions sont rapidement relancés dans le quartier avec des ensembles de taille largement plus modeste. Les troisième et quatrième tranches de logements sont construites entre 1963 et 1969, douze bâtiments étant disséminés à divers endroits du quartier dans les espaces laissés libres, le long de l'avenue du Général de Gaulle, autour de la place Saint-Paul ou à proximité des voies de chemins de fer notamment. Quelque sont ainsi ajoutés et le Sanitas en compte désormais près de Immeubles des troisième et quatrième tranches du Sanitas (ensemble de 12) sur patrimoine.regioncentre.fr..
Les constructions sont ensuite étendues vers le sud et des entreprises pétrolières le long des voies de chemins de fer sont expropriées. C'est ainsi que les dernières constructions ont lieu au début des années 1970 dans le secteur dit « Pasteur », où sont implantées huit barres autour d'une tour de quatorze étages inaugurée en 1971. L'année suivante, l'église Saint-Paul est érigée au centre d'une place du même nom. Des difficultés financières touchent les derniers projets, qui sont réduits ou abandonnés dans les années 1970. Un vaste espace laissé libre sera du coup utilisé pour créer le jardin de la place Meffre en 1979Immeubles dits opération Pasteur (ensemble de 9) sur patrimoine.regioncentre.fr.. La dernière inauguration a lieu en 1978 sur l'avenue du Général de Gaulle, le bâtiment dit « 1 ter » qui enjambe l'allée de Luynes. Plus aucun immeuble ne sera ensuite implanté dans le quartier, à l'exception d'une tour de dix étages baptisée « Blaise Pascal » sur la place Neuve en 1996Plan du quartier du Sanitas sur patrimoine.regioncentre.fr..
Le Sanitas fait ainsi partie des quartiers populaires construits durant les Trente Glorieuses et surtout constitués de grands ensembles. Fait rare, celui-ci est proche du centre-ville mais se trouve en revanche partiellement enclavé par les lignes de chemins de fer à l'est et au sud du quartier.. À ce titre, le ministre délégué à la ville Jean-Louis Borloo déclare en 2003 que « Tours est un des cas où l'on a pas joué le phénomène centrifuge en expurgeant du centre-ville les difficultés potentielles de la ville, à la différence de Blois ».
Infrastructures et aménagement Infrastructures vignette|Le Palais des sports.
La ville fait construire le Palais des sports de Tours en 1956, sur le boulevard de Lattre de Tassigny et comprenant une grande salle des sports de , une piscine olympique et une patinoire. Une salle de spectacle et des commerces s'installent ensuite de l'autre côté du boulevard, principalement des petits commerces et un supermarché sur la place Neuve.
À partir de 1965, des logements du CROUS et un restaurant universitaire accueillent les étudiants de l'université François-Rabelais. Des écoles et un collège sont implantés au cœur du quartier. Le collège Pasteur ouvert en 1970 et prévu pour est fermé en 2013. Une église, qui porte le nom d'église Saint-Paul est inaugurée en 1972. Le marché s'établit sur la place Saint-Paul l'année suivante. Avec près de 125 commerçants en 2014, il est le second plus importante de la ville après celui de VelpeauTours-Est : 182 commerces de proximité sur La Nouvelle République du Centre-Ouest, le 13 octobre 2014.
Le jardin Meffre est le plus important du quartier, suivi par le jardin Theuriet. Ce dernier est un des projets d'aménagements marquants du début du . Jardin exotique inauguré le , il reprend l'emplacement de la barre Theuriet, construite en 1959 dans le lot des 811, et démolie en 2005Sanitas – Quartier de mémoire Quartier d'avenir. Ville et pays d'Art et d'Histoire. Archives municipales de Tours. page 40..
Transports Après des travaux de 2011 à 2013, le Sanitas est desservi par le tramway de Tours depuis dans le but affiché de désenclaver le quartier. Il le traverse en longeant les voies ferrées en partant de la gare, puis en empruntant le mail qui jouxte le boulevard de Lattre de Tassigny. Il rejoint ensuite l'avenue de Grammont en prenant l'avenue du Général de Gaulle. Il marque trois arrêts dans le quartier, du nord au sud : « Palais des sports », « Saint-Paul » au niveau du boulevard de Lattre de Tassigny et enfin « Liberté », entre la place du Commandant Tulasne et la place de la Liberté.
Les espaces publics ont été repensés, avec l'aménagement d'espaces verts et de voies piétonnes le long de la ligne de tramwayChoix paysagers pour le tramway de Tours..
Conditions de vie et politique de la ville Conditions socio-économiques vignette|Place Saint-Paul du Sanitas.