La maladrerie Saint-Lazare est une ancienne léproserie datant du , située à Beauvais, préfecture du département de l'Oise, en région Hauts-de-France en France. Ce site est aujourd'hui un centre culturel et touristique qui accueille le public tout au long de l'année.

Histoire Elle est utilisée comme léproserie jusqu'au . À la Révolution française les bâtiments sont vendus comme bien nationaux à des agriculteurs qui exploitent les terres jusqu'à la fin du . Ils servent également comme cantonnement militaire lors de la Première Guerre mondiale puis comme entrepôts.

L'ensemble des bâtiments de la maladrerie (église, dortoir, réfectoire, grange et bâtiments) fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le .

Le mur d'enceinte et ses portes, la bergerie, ainsi que la totalité des sols, et le mur , font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le .

L'ensemble du site est acheté par la ville de Beauvais en 2002.

Origines Le premier acte connu concernant la maladrerie Saint-Lazare de Beauvais est un acte de donation d'une maison d'un bourgeois de Beauvais à l'église Saint-Lazare. Cet acte est daté de 1131cartulaire Saint-Lazare recomposé en 1922 par le DR V Leblond . Ce document ne signifie pas en lui-même qu'une maladrerie existait en tant que tel autour de l'église Saint-Lazare mais laisse à croire qu'une communauté de lépreux est organisée à cette période, sur instigation de l'évêque de Beauvais.

Au-delà de la maladrerie située à Voisinlieu, dix autres maladreries étaient implantées sur le diocèse : Saint-Antoine de Marissel ; Milly-sur-Thérain ; Lachapelle-sous-Gerberoy ; Saint-Martin-le-Nœud ; Haudivillers ; Le Fay-Saint-Quentin ; Froissy ; Francastel ; Breteuil ; Saint-Just-en-Chaussée ; BullesMarie José Cayez La Maladrerie Saint Lazare de Beauvais approche archéologique d'un établissement hospitalier médiéval, PARIS, 1999-2000. La maladrerie Saint-Lazare est la seule de ces onze léproseries qui a subsisté. Elle est à ce titre un héritage patrimonial exceptionnel et représente à ce jour l'une des maladreries les mieux conservées d'Europe du Nord.

Moyen Âge Les lépreux Jusqu'au , les lépreux sont encore libres de leurs mouvements, ils peuvent circuler en ville sous réserve de certaines conditions (vêtement particulier, clochette…). La résidence en léproserie n'est alors pas synonyme d'internement. Par crainte de la contagion, le lépreux est ensuite progressivement interné et son mode de vie strictement codifié par un règlement intérieur.

Une fois déclaré lépreux par les autorités compétentes (probablement le Maitre de la maladrerie où des barbiers-chirurgiens attachés à sa maison) le malade est intégré à la communauté de la maladrerie. Puis, après une cérémonie dite en la chapelle Saint-Lazare le malade est considéré comme socialement mort. Il reçoit de quoi se nourrir, se vêtir et se loger. Enfin, des soins (principalement des bains) lui sont prodigués, par les femmes membres de la communauté soignante.

Organisation À la suite de nombreux dons et legs, la maladrerie Saint-Lazare est devenue l'un des principaux propriétaires terriens de Beauvais. La richesse de la maladrerie provient également de ses malades, puisque ceux-ci font don à leur entrée de tous leurs biens à la communauté. De plus, en tant qu'institution religieuse, la maladrerie dispose également d'un certain nombre de privilèges notamment des exemptions d'impôts et le droit pour le maître d'exercer la justice sur ses terres. Le prestige de la charge est tel qu'à l'époque moderne, les querelles de pouvoir autour de l'administration de la maladrerie se multiplient. En effet, la richesse considérable de celle-ci, ainsi que les importants privilèges conférés au Maître attisent les convoitises. Les autorités religieuses (chapitre, évêque), municipales et royales se disputent le droit de nommer le Maître de la maladrerie. Ainsi, en 1472 un procès de près de 100 ans s'ouvre opposant le Grand aumônier de France, les évêques de Beauvais et les représentants de la municipalité de Beauvais. La fonction de maître de la maladrerie apparait ainsi tantôt comme une charge royale, tantôt comme une dignité religieuse.

À la tête de la maladrerie se trouve le Maître, élu par le chapitre de la cathédrale. Il est en général lui-même chanoine. Vient ensuite la communauté des gens sains composée d'hommes et de femmes, clercs et laïcs. On suppose que les hommes étaient affectés à l'administration du domaine et les femmes aux soins des malades. On ignore, à ce jour, si cette communauté était rattachée à un ordre et si elle obéissait à une règle particulière. Enfin, en bas de l'échelle sociale de la maladrerie, on trouve la communauté des malades. Selon J. Edelmannla Maladrerie Saint Lazare bulletin du GEMOB , Philippe Bonnet Laborderie, 2002., il y aurait eu environ une quinzaine de lépreux en permanence à la maladrerie Saint-Lazare. Ceux-ci appartenaient à toutes les catégories sociales : nobles, ecclésiastiques, bourgeois, laboureurs ou domestiques.

La maladrerie à l'époque moderne Au tournant du et du , l'épidémie de lèpre qui sévissait en Europe commence à décliner pour peu à peu disparaitre d'Europe. Progressivement, de nouveaux malades sont accueillis à la Maladrerie Saint-Lazare. Il s'agit de malades victimes de maladies contagieuses, en particulier des pestiférés pour lesquels de nouveaux bâtiments sont construits au Sud de l'enclos.

En 1629, les Trois Corps de Beauvais (les représentants de la municipalité, de l'évêque et du chapitre) créent le bureau des pauvres auquel se trouve rattachée la maladrerie Saint-Lazare. Par cet acte, les fonctions de la Maladrerie Saint-Lazare changent sensiblement puisqu'elle n'est plus exclusivement destinée à accueillir les malades contagieux mais également des indigents et des marginaux que l'on cherche ainsi à éloigner de l'enceinte de la cité.

La Révolution et le À la Révolution, la Maladrerie Saint-Lazare est vendue comme bien national. Divisée en trois lots, la maladrerie devient dès lors une exploitation agricole. Si cette nouvelle destination du lieu n'est pas sans affecter l'intégrité du bâti, c'est elle qui en définitive la sauve de la destruction. En effet, alors que de nombreux édifices religieux servent après la Révolution de carrières de pierres, les bâtiments de la Maladrerie Saint-Lazare trouvent en général une nouvelle affectation (ainsi, de grandes ouvertures sont percées dans la chapelle afin que celle-ci serve de hangars à matériel agricole).

Tout au long du , la maladrerie sert donc de ferme et de nouveaux bâtiments sont édifiés (dont une nouvelle maison d'habitation). Mais, dans le même temps, elle reste un lieu digne d'intérêt que viennent admirer les curieux et les spécialistes d'architecture, notamment le Eugène Woillez qui publie un ouvrage Eugène Woillez l'archéologie des monuments religieux de l'Ancien Beauvaisis pendant la métamorphose romane, Paris, 1849 dont le retentissement conduira à un premier classement comme "Monument Historique" en 1862la Maladrerie Saint-Lazare bulletin du GEMOB , Philippe Bonnet Laborderie, 2002.. Malheureusement, faute de travaux de restaurations, les propriétaires obtiennent le déclassement en 1888.

Au cours du , la maladrerie Saint-Lazare sert à différentes choses en fonction de ses propriétaires successifs. Une activité agricole perdure presque tout au long du siècle, mais les différents bâtiments servent également d'entrepôts à plusieurs entreprises, notamment de produits chimiques.

Pendant la Première Guerre mondiale, la maladrerie sert de cantonnement pour différents corps d'armée, Beauvais étant une base arrière pour le front situé plus au nord.

Épargnée par les bombardements qui détruisent la ville à 80 % lors de la Seconde Guerre mondiale, la maladrerie Saint-Lazare ne sort néanmoins pas indemne de celle-ci puisqu'en 1939, à la suite de fortes pluies, le clocher de la chapelle Saint-Lazare s'effondre, puis quelques années plus tard, c'est au tour du chœur.

Bien que la municipalité ait eu alors d'autres priorités bien légitimes, cet événement marque le début d'une prise de conscience autour de la nécessité de conservation du bâti de la Maladrerie Saint-Lazare. Ainsi, des travaux de consolidation sont entrepris et dans les années 1970-80, la toiture de la grange est entièrement restaurée, le clocher de la chapelle reconstruit et un plancher d'étaiement est mis en place à l'intérieur du logis.

Architecture Présentation générale

Le site est ceinturé d'un mur de pierre de deux à trois mètres de haut, construit au et régulièrement restauré depuis. Celui-ci délimite une enceinte de trois hectares sur laquelle plusieurs bâtiments ont été conservés :

La chapelle Saint-Lazare, bâtiment le plus ancien. La grange dont la charpente est datée de l'hiver 1219-1220 la bergerie, attenante à celle-ci et contemporaine de la grange, Le logis de la communauté, lui aussi contemporain de la grange. Les restes du bâtiment des pestiférés, datant de la fin du La maison de l'administrateur, vestige en pierre d'un ancien logis remanié et surélevé au d'un étage en brique. La maison d'habitation du fermier, du . C'est le seul bâtiment ni classé ni inscrit du site.

On peut encore deviner, grâce à des vestiges, murs, fondation… le pigeonnier du corps de ferme, le logis aujourd'hui disparu ainsi que les loges ayant abrité les lépreux dans la cour des malades.

Organisation spatiale

L'enceinte de la maladrerie était divisée en trois espaces distinctsValérie Fémolant Archéologie en Picardie, la Maladrerie Saint Lazare, 2010 : La cour des malades. Reclus au sud-ouest de l'enclos, les lépreux vivaient dans des loges en torchis accolées au mur d'enceinte. Ils disposaient également de leur propre puits. Une porte pratiquée dans le bras sud du transept leur permettait d'entrer dans la chapelle. La cour des gens sains, reliée à la cour des malades par la chapelle Saint-Lazare. Sur cette zone se tiennent encore le logis, la maison dite de l'administrateur ainsi qu'une forte densité de vestiges. La ferme. Dans cet espace se concentraient les bâtiments servant à la subsistance de la communauté ainsi qu'à son activité économique dont la grange et la bergerie, aujourd'hui restaurées.

La grange Longue de pour une hauteur de , son remarquable état de conservation en fait l'une des plus belles granges médiévales du nord de la France. Sa charpente, entièrement d'époque, est composée de chênes datés par dendrochronologie de l'hiver 1219-1220. L'intérieur se compose de trois nefs de neuf travées séparées par deux rangs de grandes arcades composées de seize piliers à base carrée.

Sur les murs de pierre, de nombreux graffitis témoignent de l'intense occupation du site pendant huit siècles. Parfois simplement décoratifs, ceux-ci servent également de marquage pour indiquer la hauteur de remplissage de la paille ou du foin d'une année sur l'autre.

La toiture de la grange a été restaurée en 1971. Le reste de l'édifice a fait l'objet d'importants travaux de restauration lors de la première tranche de travaux entrepris par la Communauté d'agglomération du Beauvaisis entre 2005 et 2009.

Le logis Ce logis, abritait la communauté de religieux qui s'occupaient de l'administration du domaine et des soins des malades. On ne dispose d'aucune certitude quant à son affectation précise mais l'on suppose que le rez-de-chaussée servait de réfectoire et l'étage de dortoirs. Long de près de , sa construction est contemporaine de la grange. Bien qu'il ait été profondément remanié au cours des siècles, les fenêtres de l'étage conservent leurs remarquables ornementations en ogive.

Dans les années 1980, à la suite de l'affaissement progressif des murs vers l'intérieur, un plancher en béton armé a été réalisé par Yves Boiret afin de stabiliser l'édifice.

La chapelle