Jean-René Chauvin, né le à Saint-Amand-Montrond et mort le à Paris Relevé des fichiers de l'Insee, est un militant trotskiste, résistant et déporté français.
Biographie Famille Fils de René Chauvin (secrétaire de Jules Guesde et député élu à Puteaux en 1893) et de Henriette ClaviéArchives Jean-René Chauvin - Correspondance avec Clavié, consultable au Centre d'histoire sociale du , 9, rue Mahler 75004 Paris.. Son père, alors qu'il avait été un dirigeant du Parti ouvrier français de Jules Guesde (un des ancêtres de la SFIO) avait quitté le parti et militait en 1934 au Parti d'unité prolétarienneJules Fourrier, Graine rouge, La Brèche, 1983.. Il parlait à son fils Jean-René de la social-démocratie, en particulier de Blum, comme d'une fripouille, mais n'était pas communiste, car pour lui le régime de Staline était une dictature.
Engagement en politique Jean-René Chauvin commence une activité politique en 1934, lors de la manifestation du où il se rend seul de son lycée à Bordeaux, retrouvant seulement quelques professeurs.
Il adhère en 1935 aux Jeunesses socialistes, à Bordeaux, où la configuration est un peu particulière dans la mesure où il y avait eu une scission de droite dans la SFIO bordelaise. Le maire, Marquet, avait rejoint les « néo » de Marcel Déat, ce qui avait donné en contrecoup une allure un peu gauchiste à la SFIO locale.
Avec deux ou trois copains lycéens, Jean-René fonde une section SFIO, et ils adhèrent tout de suite à la Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert. En même temps, Chauvin milite aussi à l'Union fédérale des étudiants.
Peu de temps après, Jean-René découvre La Lutte ouvrière, organe officiel du POI, l'organisation trotskiste dirigée par Pierre Naville. Il trouve l'adresse du passage du Bail et écrit à Naville.
Il vit donc en militant les grèves de 1936. Des copains lui racontent par exemple comment, en 1935, ils faisaient des réunions syndicales à 5 ou 6 adhérents, et comment en 1936, ils se retrouvent à 200… Jean-René fonde à Bordeaux le premier groupe trotskiste en 1936.
Au moment de la signature du pacte germano-soviétique, ils sont une douzaine de trotskistes des Jeunesses ouvrières et paysannes, à Bordeaux. Ils tirent un tract à qu'ils diffusent en pleine mobilisation aux chantiers maritimes de Bordeaux ; le tract appelle à transformer la guerre à venir en guerre révolutionnaire et dénonce le stalinisme comme un ennemi mortel du communisme.
Seconde Guerre mondiale Chauvin est exclu de l'école des officiers d'artillerie de Poitiers en 1939, où il est mobilisé, à la suite de la diffusion du tract qu'il a distribué quelques mois plus tôtArchives Jean-René Chauvin - Documents des années de clandestinité, avant la déportation, consultables au Centre d'histoire sociale du .. Envoyé sur le front de la Somme, puis démobilisé en 1941, il quitte Bordeaux pour Paris, où il est moins connu. Il peut donc poursuivre son activité politique, ultra-clandestine. Il est un membre actif du Parti ouvrier internationaliste (POI), dont il diffuse le journal La Vérité.
Il effectue de nombreux trajets de la zone occupée vers la zone libre, et des liaisons entre Yvan Craipeau, David Rousset et Marcel Hic. Il est arrêté par la police française dans une rafle le , incarcéré à la prison de Fresnes, puis livré à la Gestapo et torturé. Il est déporté à Mauthausen, à Auschwitz, puis à Buchenwald. Il en réchappe et peut revenir à Bordeaux le .
Militant trotskiste après-guerre Il reprend sa vie militante à l'extrême gauche. Il est secrétaire à l'organisation du Parti communiste internationaliste (PCI, nouveau parti trotskiste unifié), qui affronte les attaques des staliniens du Parti communiste françaisNotice sur le site Dissidences.net, commentaire de son livre.. Il appartient à la tendance « droitière » menée par Yvan Craipeau qui est majoritaire durant deux années, jusqu'en 1948. Ces années sont marquées par les grèves de 1947 et, au niveau personnel, par sa rencontre avec Jenny Plocki, qui sera sa compagne durant plus de , jusqu'à sa mort.
Il participe à la création du Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR) avec Jean-Paul Sartre et David Rousset en coécrivant avec Sartre la motion « Chauvin-Sartre » qui s'oppose à l'autre courant du RDR mené par Rousset. Exclu du PCI, en raison de son adhésion au RDR, il reste cependant fidèle aux idées trotskistes, avec une logique visant à rassembler les courants de la gauche non stalinienne. Il rejoint une brigade de jeunes qui part travailler quelques semaines en Yougoslavie, à l'époque des débuts du Titisme. Il retournera une année entière en Yougoslavie au début des années 1950. Il y travaillera, notamment pour l'agence Tanjug en tant que journaliste, ainsi que pour France-Observateur.
Au cours des années 1950, il participe à de nombreux mouvements politiques qui visent à rassembler la gauche non stalinienne, à gauche de la SFIO. En , il figure sur la liste du « Cartel des gauches indépendantes » conduite par Charles d’Aragon dans la de la Seine.
Jean-René Chauvin entre l’année suivante dans le comité directeur du CAGI (Centre d'action des gauches indépendantes), organisation socialiste révolutionnaire très proche de L’Observateur de Claude Bourdet. En 1958, il est élu secrétaire de la fédération de Paris de l’UGS (Union de la gauche socialiste, fondée fin 1957). Candidat aux législatives de (dans le arrondissement à Paris), il obtient un peu moins de 5 % des voix, et s’implique pour la Nouvelle gauche. Dans ce cadre, il milite pour l’indépendance de l’Algérie, en organisant notamment des manifestations avec des personnalités politiques comme Sartre et Beauvoir. Il rejoint par ailleurs les principaux comités de soutien créés face à la répression des régimes d’Amérique du Sud (Argentine, Pérou…).
Il adhère au Parti socialiste unifié (PSU) en 1963. Membre du bureau de la section parisienne du PSU, il publie Initiative socialiste, publication qui se situe dans le cadre du courant « SR » (tendance « socialiste-révolutionnaire »). Il poursuit par ailleurs son métier de journaliste, et travaille de nombreuses années pour Liaisons sociales, où il est chargé de la revue de presse.
Il est exclu du PSU en 1969 à la suite du soutien qu'il apporte à la candidature d'Alain Krivine et à la Ligue communiste. Il milite ensuite dans cette organisation trotskiste, mais avec un regard critique, et finit par quitter la LCR en 1986. Il était, avec Michel LequenneVoir sur chsprod.hypotheses.org., un des chefs de file de la tendance « T3 »Christophe Nick, Les Trotskistes, Fayard, 2002, 495..
Il rejoint à nouveau la Ligue communiste révolutionnaire en 2002 et milite au sein de celle-ci à ParisSur le site NPA du et . jusqu'en 2008. Handicapé ensuite par la maladie durant ses deux dernières années, il meurt en .
Commentaire À sa mort, Maurice Nadeau, déjà centenaire, écrit :
Publications Un trotskiste dans l'enfer nazi - Mauthausen-Auschwitz-Buchenwald (1943-1945), préface de Michel Lequenne, éditions Syllepse, 2006 Texte de Jean-René Chauvin publié dans la revue Carré Rouge ., , 2001 Jean-René Chauvin, Albert Demazière et Paul Parisot, Pour la vérité, Paris : J.-R. Chauvin, 1997 Correspondance de Jean-René Chauvin, fonds d'archive Jean-René Chauvin, Centre d'histoire sociale du Voir sur chs.univ-paris1.fr.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Liens externes
Film en 10 vidéos accessible en ligne Jean-René Chauvin, trotskiste indépendant, 2002, documentaire (80 min) de Catherine de Grisac Un tunnel pour le Reich, 2008, documentaire (1 h 30 min) de Anice Clément et Jacques Merlaud
Catégorie:Naissance en juin 1918 Catégorie:Naissance à Saint-Amand-Montrond Catégorie:Personnalité de la Section française de l'Internationale ouvrière Catégorie:Personnalité du Parti ouvrier internationaliste Catégorie:Personnalité de la Ligue communiste révolutionnaire Catégorie:Trotskiste français Catégorie:Survivant de Buchenwald Catégorie:Survivant du camp de concentration de Mauthausen Catégorie:Déporté au camp de concentration du col de Loïbl Catégorie:Décès en février 2011 Catégorie:Décès dans le 13e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 92 ans