L'église du prêtre Félix et le baptistère de Kélibia, ou baptistère du prêtre Félix de Demna, sont un édifice et une cuve baptismale paléochrétienne richement décorée de mosaïques, découverts dans les années 1950 à Demna, dans la délégation de Hammam Ghezèze en Tunisie.
Le baptistère constitue une pièce majeure du département paléochrétien du musée national du Bardo de Tunis et représente, selon l'historien Christian Courtois, .
Cette pièce archéologique reste au début du particulièrement importante, malgré la découverte au début des années 1990 du baptistère de Bekalta qui lui est postérieur. Le site de Demna n'a toutefois pas livré que cette pièce emblématique, puisqu'une collection de mosaïques funéraires, étudiée en contexte archéologique, a également rejoint les collections du même musée.
Histoire et découverte Localisation
gauche|vignette|alt=Carte du nord-est de la Tunisie avec le cap Bon|Carte du nord-est de la Tunisie avec le cap Bon.
L'œuvre est l'une des pièces maîtresses du musée du BardoEnregistrée sous le numéro d'inventaire Inv. 3382. depuis sa découverte en dans l'église du prêtre Félix, dans la localité de Demna, à sept kilomètres de Kélibia. Elle intègre à ce titre les collections du musée l'année même de sa découverte. Après avoir été longtemps conservé avec d'autres pièces paléochrétiennes dans les salles consacrées à l'administration du musée du Bardo, et donc inaccessibles au public, le baptistère est désormais visible grâce aux grands travaux d'extension et de rénovation du musée.
Histoire des fouilles et des recherches
vignette|gauche|alt=Baptistère dans son lieu d'exposition actuel|Baptistère dans son lieu d'exposition actuel, avec le seuil et son inscription.
Le site est décrit par les inventeurs comme une forêt parsemée de vestiges archéologiques situés le long de la mer. Même si le site n'a pas fait l'objet de fouilles exhaustives, une nécropole vaste de plus d'un hectare est signalée par les fouilleurs et un bas-relief chrétien, étudié par Paul Gauckler, est découvert à proximité au début du .
Le baptistère est localisé dans les ruines d'une basilique, à l'angle sud-ouest de l'édifice lors de travaux réalisés en octobre 1953. L'ingénieur et archéologue Jean Cintas procède à une fouille de l'église au cours de l'été 1955 grâce aux personnels de la direction des antiquités, de l'administration des forêts et d'ouvriers de chantiers de solidarité. Les fouilles restent toutefois incomplètes au niveau de la façade de l'édifice ainsi que de la cour. Les premières fouilles livrent quelques objets qui ne peuvent être précisément datés, dont un cratère, des fragments de céramique et des objets en marbre. Elles permettent d'étudier un corpus de mosaïques chrétiennes en contexte archéologique, contrairement aux mosaïques de Tabarka, conservées également au Bardo et qui n'ont pas été étudiées dans leur contexte. Cependant, les tombes ne sont pas explorées et la nécropole est pillée par la suite. Christian Courtois l'étudie l'année suivante, suivi par Noël Duval et enfin Taher Ghalia à partir des années 1990. Ces dernières fouilles précisent l'histoire et les aménagements de l'édifice même si Duval note une dégradation rapide de la ruine.
Le baptistère est transporté au musée du Bardo avant que des fouilles exhaustives de l'église n'aient lieu en 1955. Le transfert du baptistère jusqu'au musée en 1953 pose alors d'importants problèmes de logistique en raison de sa grande fragilité. Le site livre quant à lui de nombreuses mosaïques tumulaires, étudiées en contexte archéologique. Les tombes les plus récentes sont en maçonnerie.
Contexte archéologique : l'église dite du prêtre Félix Brève histoire d'une église modeste du cap Bon
vignette|alt=Tableau de Jean-Paul Laurens représentant l'empereur Honorius|Le Bas-Empire : Honorius, tableau de Jean-Paul Laurens, Chrysler Museum of Art, Norfolk.
La découverte simultanée d'un autre baptistère, plus grossièrement réalisé et dans lequel est découvert un trésor monétaire daté du règne de Flavius Honorius, a permis aux fouilleurs de dater la première basilique du . L'abandon initial de la bâtisse est estimé au début du , et son état définitif supposé correspondrait au moment de la reconquête byzantine. Duval estime quant à lui l'abandon à la fin du ou au début du et le trésor constitue selon lui le produit de la thésaurisation. sur 43 sont nettoyées et le lot non nettoyé pourrait contenir des monnaies vandales.
Jean Cintas note trois étapes dans l'histoire de l'église : la première qui s'achève à la fin du ou au début du , puis la construction de chapelles et d'un nouveau baptistère, pour finir avec des travaux dans le collatéral droit et l'abside au début du .
Noël Duval considère pour sa part que l'église, le baptistère et l'atrium datent du . À la fin du et au , période de prospérité pour la communauté locale, l'édifice devient une église cémétériale et se voit pourvu de mosaïques funéraires toutes datables d'avant le . Des chapelles à absides sont construites peu à peu le long des nefs pour abriter des sépultures de familles privilégiées donnant à l'ensemble architectural un aspect de martyrium. L'église est rapidement de tombes (selon l'expression des fouilleurs) car l'édifice est situé hors agglomération et n'est donc pas soumis à l'interdiction d'inhumer dans les villes. Le chancel est détruit. Les tombes sont soit pourvues de mosaïques soit n'en comportent pas. Les défunts sont inhumés non loin des reliques, comme à Carthage où la basilique de Damous El Karita comporte des .
vignette|redresse=1.5|alt=États successifs de l'église du prêtre Félix|États successifs de l'église du prêtre Félix.
À la fin du ou au début du , soit à une époque contemporaine du règne des Vandales, le chevet est détruit. Le baptistère a peut-être été détruit durant la même période. L'abside est relevée et un arcosolium aménagé. L'édifice fait l'objet de travaux de restauration après ces prédations, et le baptistère est reconstruit au tandis que la sacristie sud est détruite. Les choix architecturaux peuvent avoir alors été dictés par des modifications d'ordres liturgiques ou par une logique de coûts financiers. Des colonnes réemployées à partir d'anciens édifices sont ajoutées à côté des piliers. Le plan est alors modifié : l'abside est réduite, le presbyterium est prolongé dans le par une estrade qui supporte l'autel fait de bois et qui contient deux sarcophages. À Tabarka, dans une situation analogue, Paul Gauckler évoque un tombeau de martyr, ici peut-être ne s'agit-il que de tombes de personnes privilégiées. Le baptistère est reconstruit dans la deuxième moitié du sous l'influence byzantine sur un plan nouveau, et couvert d'une coupole reposant sur des piliers : ces travaux sont . Il y a une différence entre les travaux de restauration de l'abside, relativement simples, et les travaux du baptistère, nécessitant des ressources financières importantes d'un donateur.
Il y a cependant un appauvrissement dans la seconde moitié du . L'église est à nouveau restaurée partiellement à la fin de l'ère byzantine ou au début de l'occupation arabe (-), le sol étant relevé. Ces travaux interviennent après de lourdes destructions et seulement une faible partie de l'ancien édifice, l'ancien bas-côté nord, est utilisée, ainsi que les chapelles présentes sur ce côté. La contraction des églises est un fait connu en Afrique du Nord et datée dès le ; la communauté chrétienne a diminué mais a pu persister après la conquête arabe.
L'édifice n'est pas détruit brusquement et les matériaux sont alors récupérés.
Description générale L'église, qui s'insère dans le tissu de constructions locales, est perpendiculaire à la mer. Le plan initial de l'édifice ne se démarque pas des autres basiliques africaines et possède .
L'édifice est petit, y compris lors de sa plus grande extension, avec des proportions maximales de ; les moyens consacrés étaient limités et la population peu nombreuse en dépit de la méconnaissance que l'on a de l'agglomération antique voisine. Construit en petit appareil, l'édifice comporte du grand appareil sur ses angles. Les murs sont composés de mortier et de terre, et revêtus d'enduits. Les piliers sont en grès local. Le sol, d'abord en terre battue, est par la suite pourvu de mosaïques funéraires dans l'abside et les nefs. Une cour pourvue de tombes et d'installations destinées aux banquets se trouve devant l'édifice, ainsi qu'un bâtiment d'abord considéré comme une tour mais identifié dans les fouilles récentes comme une petite pièce. L'édifice était couvert d'une charpente de bois et en tuiles munie de deux pentes et sa hauteur est inconnue. L'état de la cour rend quant à elle difficile une étude précise.
L'église comporte trois nefs et sept travées. Une abside semi-circulaire se trouve du côté du chevet, et un chancel ferme les quatre dernières travées. L'abside comporte un sol surélevé et deux sacristies étaient présentes initialement et peut-être voûtées. Les sacristies n'ont pas un plan classique, un mur étant courbe. Les salles à abside des deux côtés de la basilique sont selon Noël Duval des chapelles funéraires pourvues d'accès dans les collatéraux. L'autel n'a pas laissé de traces vu qu'il était peut-être en bois ; une mosaïque funéraire, la d'un dénommé Rusticus, a été édifiée à son probable emplacement.
Une salle baptismale est construite dans un second temps du côté sud de l'abside, munie d'une cuve de forme ovale, d'un diamètre de et d'une profondeur de . Cet élément a été considéré par les inventeurs du site comme . Selon les fouilles de Taher Ghalia, la cuve primitive est dans l'un des piliers du ciborium de la cuve quadrilobée et fait sur .
Vestiges funéraires
vignette|alt=Deux mosaïques funéraires paléochrétiennes de l'église du prêtre Félix conservées au musée du Bardo|Mosaïques funéraires paléochrétiennes de l'église du prêtre Félix au musée du Bardo. Celle de gauche est la des fouilleurs du site et celle de droite est celle mentionnée par Duval.
Les tombes en mosaïques funéraires et parfois en maçonnerie ont été datées des et , et ces découvertes sont un indice du . Les raisons de la construction de tombes à caissons sont méconnues ; le manque de place a été invoquée à Tabarka mais cet argument ne peut être retenu pour l'édifice de Kélibia.
vignette|left|alt=Mosaïque funéraire paléochrétienne de l'église du prêtre Félix conservée au musée du Bardo|Mosaïque funéraire paléochrétienne de l'église du prêtre Félix, des fouilleurs du site.
Parmi les personnes inhumées dans l'église (abside et chœur) ont pu être identifiés quatre prêtres, deux diacres et un lecteur. 20 % des défunts ont un âge très élevé car supérieur à . Les sépultures concernent et . Le fouilleur a constaté que les femmes sont inhumées dans le collatéral droit. Les funéraires sont pourvues d'un faible nombre de motifs, une douzaine représentant des symboles chrétiens dont les plus fréquents sont les oiseaux et les roses. Les motifs sont d'une grande banalité et le répertoire est homogène.