thumb|right|Plan du Grand Palais de Constantinople; la Nea Ekklesia serait située au sud-est, entre le palais du Bucoléon et le Tzykanisterion.
La Nea Ekklesia (en grec : , « nouvelle église ») est une église construite par l'empereur byzantin à Constantinople entre les années et . C'est la première église d’une telle dimension à être construite dans la capitale de l'Empire byzantin depuis la basilique Sainte-Sophie au . Elle continuera à être utilisée sous la dynastie des Paléologue avant d'être transformée en lieu de stockage pour la poudre à canon par les Ottomans et d'être détruite en 1490 après avoir été frappée par la foudre.
Sur le plan architectural, elle marque le début de la période intermédiaire de l'architecture byzantine.
Emplacement
() fit construire la Nea Ekklesia sur l’emplacement de l’ancien terrain de polo (Tzykanisterion) situé au sud-est du Grand Palais de Constantinople, complexe palatial situé sur la Corne d’Or, et devait correspondre à la surface occupée de nos jours par la mosquée du Sultan Ahmet et ses dépendances, dans le quartier Fatih de l’Istanbul moderne.
Histoire
thumb|left|Solidus d’or de (endos) avec son fils Constantin et l’impératrice Eudokia Ingerina (verso).
Fondateur de la dynastie macédonienne, se considérait à l’instar de () comme le restaurateur de l'Empire. Constructeur infatigable, il fit rénover quelque trente-et-une églises de Constantinople et de sa banlieue au nombre desquelles figurent les plus importantes de la ville : Hagia Sophia, les Saints-Apôtres, Saint-Mocius et la Théotokos des ChalkopratéiaMango (1978) . Il en construira également huit nouvelles, toutes situées à l’intérieur de l’enceinte du Grand Palais. La plus importante d’entre elles sera la Nea Ekklesia, dont le nom même indique que pour l’empereur, sa consécration le par le patriarche PhotiusNebojsa (2008) « 1. History », marquait le début d’un temps nouveau.
Pour la construire, l’empereur fit démolir l’ancien stade de polo, le tzykanisterion, qu’il fit reconstruire sur une plus vaste échelle plus près de la mer. Située au sud-est du Grand Palais, la Nouvelle Église se trouvait un peu à l’est du Chrysotriklinos et jouxtait le nouveau tzykanisterion avec laquelle du reste elle communiquaitKazdhan « Tzykanisterion », vol. 3, . Commencée en 877 Jenkins & Mango (1956) , la construction fut supervisée par l’empereur lui-mêmeMango (1986) Magdelino (1987) . Elle fut terminée trois ans plus tard, en 880. L’empereur la consacra à Jésus Christ, à l'archange saint Michel (ou Gabriel dans des sources plus tardives), au prophète Élie (un des saints favoris de Basile), à la Vierge Marie et à saint Nicolas, à titre de remerciement pour « leur bienveillance à son endroit ». Dotée de sa propre administration et de son propre clergé, l’église joua un rôle important dans les cérémonies impérialesKazhdan (1991) « Nea Ekklesia », vol. 2, et jusqu'au règne de , l'anniversaire de sa consécration fut l’occasion d'une fête importante. Au cours du , l’église fut transformée en monastère et connue sous le nom de Nouveau Monastère (Nea Monē). L'empereur () dépouilla l'église de la plupart de ses décorations et de ses objets liturgiques pour les utiliser lors de la restauration de l'église Saint-Michel à Anaplous. L’édifice continua à être utilisé par les Latins et par les Byzantins jusqu'à la chute de Constantinople. Elle devait survivre à la conquête ottomane mais fut probablement démolie en 1490 après avoir été frappée par la foudre.
Description
Notre connaissance de la Nea Ekklesia s’appuie sur un certain nombre de témoignages littéraires, le plus important étant celui que l’on trouve dans la « Vie de Basile » de Théophane continué et quelques illustrations complétées avant sa destructionNebojsa (2008) « 2. Description in the Vita Basilii ».
Architecture
thumb|right| Plan d'une église à croix inscrite classique.
La description qu’on trouve dans la « Vie de Basile » est cependant assez vague pour laisser place à diverses interprétations sur son architecture. Selon toute vraisemblance, l’église était bâtie selon un plan dit «à croix inscrite »Église centrée autour d'un naos divisé en neuf baies par quatre colonnes de pierre, la baie centrale étant généralement plus grande que les huit autres et couronnée par un dôme et était coiffée de cinq dômes « couverts de cuivre qui ressemblait à de l’or ». De la dédicace à cinq personnages célestes on peut déduire que le plan était celui d’une croix grecque où le maitre-autel surmonté du dôme principal était dédié à Jésus-Christ, et qu’on trouvait quatre chapelles chacune coiffée d’un dôme sur les côtés, selon le plan également employé pour les églises des monastères de Lips et du Myrelaion, contemporains de la Nea EkklesiaMango (1976) Nebojsa (2008) 3. « Reconstruction ». Sur le côté ouest, l’entrée de l’église était précédée d’un atrium doté de deux fontaines, alors que les côtés nord et sud étaient dotés de portiquesGalerie couverte dont les voûtes ou les plafonds sont supportés par des colonnes, des piliers ou des arcades soutenues par deux rangées de colonnes, ou par un mur et une rangée de colonnes. à voutes en berceaux qui se prolongeaient jusqu’au tzykanisterion. La trésorerie et la sacristie de l’église étaient logées dans des édifices situés du côté de la mer. Entre les deux portiques et à l’est de l’église se trouvait un jardin intérieur appelé Mesokepion. Il n’est pas impossible toutefois que l’église ait eu un plan cruciforme où les dômes secondaires étaient placés sur les bras de la croix comme c’était le cas pour l’église des Saints-ApôtresBuchwald (1984) .
L’église elle-même reposait sur une terrasse sous laquelle se trouvait une structure permettant, lors de l’entrée de l’empereur, de faire bruler de l’encens dont les parfums se répandaient dans l’église par des bouches d’aérationKrautheimer (1986) .
Décoration
La décoration de l’église était particulièrement somptueuse et l’empereur n’hésita pas à faire enlever les éléments décoratifs déjà existant dans d’autres églises et édifices de la capitale, y compris le mausolée de JustinienMango (1986) . Pour transporter les marbres, il fit appel à la flotte impériale avec comme résultat que Syracuse, la principale colonie byzantine en Sicile, fut laissé sans protection et tomba aux mains des ArabesTreadgold (1995) .
Les murs étaient revêtus de marbres polychromes. les sols étaient composés d’opus sectileTechnique artistique ancienne qui utilise des marbres (ou, dans certains cas, des pâtes de verre) taillés pour la décoration de pavages et de marqueteries. et les voutes ainsi que l’intérieur des dômes ornées de mosaïques. Le jubéTribune formant clôture de pierre ou de bois séparant le chœur liturgique de la nef., le maitre-autel et le synthrononBanc semi-circulaire qui, dans les églises à partir du est aménagé dans ou devant l'abside, derrière le bêma. Il est réservé au clergé et peut comporter plusieurs gradins, auquel cas seul le plus élevé est utilisé. étaient plaqués d’argent et incrustés de pierreries.
, petit-fils de en donne la description suivante dans une ekphrasisDiscours descriptif qui met sous les yeux de manière vivace le sujet qu'il évoque. particulièrement flatteuse :
Reliques
Au cours des ans, la Nea Ekklesia devint avec la chapelle Saint-Étienne du Palais de Daphnè et l’Église Notre-Dame du Phare le principal endroit où furent conservées les reliques acquises par la famille impérialeKlein (2006) . Parmi elles se trouvaient le manteau de peau de mouton du prophète Élie, la table où Abraham reçut à manger les trois anges visiteurs, la corne avec laquelle le prophète Samuel oignit le roi David et des reliques de Constantin le Grand. D’autres reliques s’ajoutèrent après le en provenance d’autres parties du palais comme le « bâton de Moïse » auparavant conservé dans le ChrysotriklinosKlein (2006) .
Importance
Principale réalisation architecturale de Basile , la Nea Ekklesia voulait être l’expression d’un temps de renouveau. Sur le plan architectural, l’église à cinq dômes avec multiplication des chapelles dédiées à différents saints devait être repris non seulement à Constantinople où elle servit de modèle pour le monastère de Lips vingt-sept ans plus tard Mango (1978) , mais ailleurs dans les Balkans et jusqu’en Russie Nebojsa (2008) « 4. Evaluation ». Cette révolution sur le plan architectural s’accompagnait d’une transformation des croyances, idées et besoins de la société byzantineVoir pour cette période, Ousterhout (1999) chap. 1.. Si la Nea Ekklesia rappelait les grandes constructions de Justinien, c’était sur un modèle réduit. Alors que les édifices de Justinien étaient destinés à un large public, ceux de Basile seront destinés à un public restreint, soit celui des gens qui fréquentent le palais impérial. Le public auquel est destiné l’ « art impérial » devient ainsi plus ciblé et ce qui est vrai de l’empereur, le sera aussi des autres mécènes. À partir de ce moment, l’architecture religieuse prend un caractère plus « intime », plus « privé »; on construira de moins en moins d’églises paroissiales ou épiscopales et de plus en plus de monastères lesquels, avec l’apparition de la charistikē au , deviendront des fondations privées soumises au règlement édicté par leur fondateurMango (1978) .
Bibliographie
Sources primaires
Jean Skylitzès, A Synopsis of Byzantine History, 811-1057, New York, Cambridge University Press, 2010. . Constantin Porphyrogénète, « Vita Basilii », dans Theophanus Continuatus, éd. I. Bekker, Bonn 1838.
Sources secondaires
Buchwald, H. “Western Asia Minor as a Generator of Architectural Forms in the Byzantine Period: Provincial Bas-Wash or Dynamic Center of Production?”. (in) Jahrbuch der Österreichischen Byzantinistik, 34 (1984) . Jenkinsm, R.J.H. & C. Mango. “The Date and Significance of the Tenth Homily of Phothius” (in) Dumbarton Oaks Papers 9-10 (1956). Kazhdan, Alexander (ed). The Oxford Dictionary of Byzantium. Oxford, Oxford University Press, 1991. . Klein, Holger A. Bauer, F.A. (ed.). "Sacred Relics and Imperial Ceremonies at the Great Palace of Constantinople" (PDF). BYZAS (5), 2006. . Archived from the original (PDF) on 26 March 2009. Magdalino, Paul (1987). "Observations on the Nea Ekklesia of Basil I". (in) Jahrbuch der österreichischen Byzantinistik (37), 1987, . ISSN 0378-8660. Mango, Cyril. Byzantine architecture, 1976. New York. . Mango, Cyril. The Art of the Byzantine Empire 312–1453: Sources and Documents, 1986. University of Toronto Press. . Ousterhout, Robert. "Reconstructing ninth-century Constantinople". (In) L. Brubaker (ed.). Byzantium in the ninth century: dead or alive? Papers from the thirtieth spring symposium of Byzantine studies, Birmingham, March 1996. Aldershot, 1998. . Ousterhout, Robert. Master Builders of Byzantium. University of Pennsylvania Museum of Archaeology, 2007. [partiellement en ligne] https://books.google.ca/books?id=OkypnZQ83ckC&pg=PP5&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false. Treadgold, Warren T. Byzantium and Its Army, 284–1081. Stanford University Press, 1995. .
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
Liens internes
Grand Palais (Constantinople) Basile Hagia Sophia Architecture byzantine
Liens externes
Stankovic, Nebojsa. "Nea Ekklesia". Encyclopedia of the Hellenic World, Constantinople, 21 March 2008. Retrieved 25 September 2009.[en ligne] http://constantinople.ehw.gr/forms/fLemmaBodyExtended.aspx?lemmaID=12328. (recherche 2020.05.29)
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