Les invasions françaises du Portugal sont des opérations militaires menées par des troupes françaises au Portugal dans le cadre des guerres qui opposent, de 1792 à 1814, les armées de la France révolutionnaire (1789-1799), puis napoléonienne (1799-1814), à différentes coalitions de puissances européennes, notamment le royaume de Grande-Bretagne, suivi par le royaume de Portugal, son allié traditionnel depuis le Moyen Âge.

Le royaume de Portugal entre dans la première coalition (Autriche, Prusse, Grande-Bretagne, Espagne, etc.) dès 1793, mais ce n'est qu'à partir de 1807 que les troupes françaises de terre interviennent dans le royaume, dans le cadre de ce que l'historiographie française appelle la « guerre d'Espagne (1807-1813) », les Espagnols « guerre d'indépendance espagnole » (Guerra de la Independencia Española)Guerra de la Independencia Española en castillan. et les Portugais « guerre péninsulaire » (Guerra Peninsular).

Dans les deux pays, les opérations militaires sont à la fois clairement distinctes du fait des jeux d'alliances opposés, des commandements séparés et de l'existence de gouvernements différents, mais aussi étroitement imbriquées du fait de la continuité territoriale de la Péninsule, de la synchronicité des soulèvements populaires et surtout de la présence à partir de 1807 d'un ennemi commun. Conflit fondateur pour le portugais, cet épisode majeur de l'histoire du Portugal englobe des batailles et des mouvements de troupes déterminants pour expliquer la chute de l'Empire français, et par contrecoup l'indépendance des Indes de Castille et du Brésil portugais.

La « guerre péninsulaire » portugaise est sensiblement différente dans ses dynamiques et dans sa chronologie de la guerre d'indépendance espagnole. Elle trouve son origine dans les évènements de la Révolution française, qui donnent lieu à la Première Coalition, puis dans la constitution de deux blocs antagonistes, l'un autour de la vieille alliance du Portugal avec l'Angleterre, l'autre autour de l'alliance franco-espagnole scellée par le traité de San Ildefonso (1796). Pendant la « guerre péninsulaire » (1801-1813), le Portugal doit affronter en premier lieu les troupes de l'Espagne, qui opère un retournement d'alliance et s'unit à la France en 1795. Cette première confrontation est connue sous le nom de guerre des Oranges (1801). Puis il doit faire face aux trois grandes invasions françaises décidées par , en 1807, 1809 et 1810-1811.

Le processus menant à la guerre dans la péninsule Ibérique commence à la fin du . La Révolution française et l'avènement de Napoléon Bonaparte en France bouleversent l'histoire de l'Europe provoquant l'union des monarchies du continent contre les idées nouvelles venues de Paris. Horrifiés par l'exécution de Louis XVI (), dès le mois de , les Portugais s'allient militairement à l'Espagne et à l'Angleterre et rejoignent les États de la Première Coalition (1792-1797). La guerre du Roussillon (-), durant laquelle le Portugal se bat aux côtés de l'Espagne et du Royaume-Uni pour récupérer une partie de la Catalogne, se solde par un échec pour les coalisés, qui sont forcés de signer le traité de Bâle, duquel Lisbonne est exclue. Si le Portugal de Marie tente par la suite de rester neutre afin de préserver ses affaires commerciales, sa vieille alliance avec l'Angleterre finit par le contraindre à prendre position dans le conflit opposant la France et l'Angleterre, notamment par rapport à la question du blocus continental, auquel il refuse de se soumettre. En représailles, le pays subit une série d'invasions espagnoles et françaises entre 1801 et 1814, invasions qui ont un impact considérable sur l'histoire du pays et de son empire.

Après avoir repoussé à trois reprises les Français menés par Junot, Masséna et Soult, les armées anglo-portugaises dirigées par Wellesley au Portugal passent en Espagne en 1813, et poursuivent leur avancée jusqu'en France en 1814, avec la campagne de France, qui aboutit à la première abdication de Napoléon et à la chute du Premier Empire.

Contexte

L'alliance traditionnelle anglo-portugaise

Depuis le siècle, le royaume de Portugal est allié au royaume d'Angleterre (royaume de Grande-Bretagne à partir de 1707, Royaume-Uni à partir de 1801) dans le cadre d'une alliance anglo-portugaise solide.

Lorsqu'il a construit son empire colonial, le Portugal s'est heurté à la Castille (puis à l'Espagne), et plus tard aux Néerlandais des Provinces-Unies, mais très peu à l'Angleterre.

Le Portugal et la Révolution française

gauche|vignette|La prise de la Bastille (14 juillet 1789).

Malgré la présence de progressistes au Portugal au , la Révolution française qui débute en 1789 constitue un choc pour la reine, Marie (1734-1816), son fils Jean, la cour et la plus grande partie de la société portugaise, attachées aux idées d'ordre et d'absolutisme royal, ainsi qu'à la religion et à l'Église catholiques (celle-ci est directement touchée en France par la constitution civile du clergé de juillet 1790).

À partir de la prise de la Bastille et de l'abolition des privilèges le 4 août 1789, , les élites portugaises favorables au mouvement révolutionnaire initié en France.

Le gouvernement s'engage dans une lutte contre la propagation des idées de la Révolution : etc.

vignette|gauche|La reine Marie de Portugal (1734-1816), sous le règne de laquelle commence la guerre contre la France.

En 1792, l'infant Jean devient régent du royaume, la reine ayant sombré dans la folie à la suite de la mort de son fils l'infant Joseph (1761-1788) et de sa fille Marie-Anne (1768-1788).

L'avènement de la République française (21 septembre 1792), le procès, puis l'exécution de Louis XVI (21 janvier 1793), amènent le Portugal à entrer dès le mois de dans la première coalition contre la France révolutionnaire.

Formation de la première coalition (1792-1793) La France est entrée en guerre contre l'Autriche en avril 1792. Celle-ci a été rejointe par la Prusse. Mais à partir de septembre 1792, la France devenue une république l'emporte nettement (Valmy, et surtout Jemappes), prenant le contrôle des Pays-Bas autrichiens.

Cela, ainsi que l'exécution de Louis XVI, entraîne l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne, suivie par l'Espagne et le Portugal, ainsi que par d'autres monarchies d'Europe, au sein de la première coalition (1792-1797).

Le Portugal dans la première coalition (1793-1797) Accords du Portugal avec l'Espagne et la Grande-Bretagne D'un point de vue diplomatique, l'engagement du Portugal est complexe.

Tout en maintenant une neutralité formelle vis-à-vis de la France, le prince régent signe le une avec l'Espagne, définissant les modalités pratiques de son engagement. Le Portugal s'engage à soutenir l'armée espagnole en Catalogne avec une division renforcée composée de six régiments d'infanterie, correspondant au quart de l'infanterie portugaise à cette époque, avec des pièces d'artillerie.

Par l'accord de Londres (., le Portugal s'engage à soutenir l'effort de guerre de la Royal Navy, qui mène alors des opérations contre la marine française en mer du Nord et dans la Manche, en Méditerranée, ainsi que dans les régions du monde où les deux pays ont des colonies.

Intervention dans la guerre en Catalogne (1793-1794)

Après trois mois de recrutement, de réorganisation des troupes et de préparation du matériel, le , part pour la Catalogne, où elle arrive le ..

Associés aux Espagnols, les portugais sont placés par le prince régent Jean VI sous le commandement du lieutenant général d'origine écossaise , qui travaille avec le général espagnol Ricardos jusqu'au , puis avec le général Pedro Agustín Girón, enfin avec Luis Fermín de Carvajal, comte de la Union.

La guerre navale entre la République française et la Grande-Bretagne Sur mer, les opérations tournent rapidement à l'avantage des coalisés.

Depuis 1793, la flotte britannique perturbe la circulation des convois de commerce à destination de la France Noel Mostert, The Line upon a Wind: The Greatest War Fought at Sea Under Sail 1793 - 1815, Vintage Books, 2007, p. 102.Peter Padfield, Nelson's War, Ware, Wordsworth Military Library, 2000 ( 1976), ..

Pendant le siège de Toulon, les troupes britanniques, autrichiennes, espagnoles, piémontaises et françaises royalistes tenant la ville sont évacuées par la Royal Navy en prévision de la chute imminente de la placeÉd. Nicholas Tracy, The Naval Chronicle, volume 1, 1793-1798, Londres, Chatham, 1998, ..

En abandonnant la ville, le commodore William Sidney Smith détruit une grande partie de l'arsenal et des navires français ancrés à Toulon, portant un coup sévère à la marine françaiseEd. Henry Smith Williams, « History of France, 1715-1815 », The Times, 1907, ..

Dans l'Atlantique, Anglais et Français se livrent à l'arraisonnement de navires de commerce et à de petites escarmouches au printemps 1794.

L'escadre portugaise dans la Manche et la bataille navale de mai-juin 1794 Dès 1793, une escadre portugaise de six caraques, deux frégates et trois brigantins est envoyée dans la Manche"O Ilustre Almirante Marquês de Nisa", Jorge Manuel Moreira Silva, Revista da Armada, , Novembro de 2004.O Almirante Marquês de Nisa, António Marques Esparteiro, Edições Culturais da Marinha, Lisboa 1987.. La division navale portugaise croise au large de l'Angleterre unie à celle de Lord Richard Howe..

gauche|vignette|Lord Howe lors de la bataille du 13 prairial an II, Philippe-Jacques de Loutherbourg (1795).

La flotte de la Manche britannique commandée par l'amiral Richard Howe inflige une sévère défaite à la flotte française menée par le vice-amiral Louis Thomas Villaret de Joyeuse lors de la bataille du 13 prairial an IIJean-Claude Castex, Dictionnaire des batailles navales franco-anglaises, Laval (Canada), Les Presses de l'Université de Laval, 2004.Claude Farrère, « Chapitre IX : Révolution française », dans Histoire de la Marine française, Paris, Flammarion, 1956. Robert Gardiner, Fleet Battle and Blockade: The French Revolutionary War, 1793-1797, Londres, Chatham, 2001a ( éd. 1996). ( juin 1794 ; la bataille se déroule en fait à partir du ). Parmi les officiers supérieurs portugais présents, on trouve le commandant Francisco de Paula Leite de Sousa et surtout l'amiral , à bord de la puissante caraque Vasco de Gama.

Fin de la guerre en Catalogne et retrait de l'Espagne de la coalition (22 juillet 1795) vignette|Bataille du Boulou, en , pendant la guerre du Roussillon, entre les troupes luso-espagnoles et les troupes françaises.

Dans la péninsule Ibérique en revanche, la situation est toute autre. En dépit des succès initiaux des Hispano-Portugais, l'expéditio,,; handicapée par le manque de moyens espagnols, privée du commandement du général Antonio Ricardos et confrontée à une mobilisation massive en France, l'expédition se solde par l'échec de la coalition face aux troupes françaises du général Dugommier.

Le , le chef du gouvernement espagnol Manuel Godoy signe le traité de paix de Bâle dont les Portugais sont exclus. La neutralité de façade et les tentatives de négociations n'y changent rien, le Portugal reste en état de guerre face à la France révolutionnaire. Noter aussi que la Prusse a aussi signé un traité de paix avec la France (traité de Bâle franco-prussien du 5 avril 1795).

Le Portugal face à l'alliance franco-espagnole (à partir de 1796) Dès lors, la France va exercer des représailles contre les intérêts commerciaux portugais.

Depuis les années 1770, profitant des problèmes que connaissent ses voisins européens, avec les révolutions américaine puis française, le royaume de Portugal connaît une période de prospérité grâce au commerce du sucre, du tabac et du coton, prospérité qui profite à son allié anglais.

À partir de 1795, la France tente de rompre l'alliance anglo-portugaise et de faire fermer les ports portugais aux navires anglais en s'appuyant sur le gouvernement de Madrid.