thumb|Pilule contraceptive d'urgence, initialement appelée « pilule du lendemain ». La contraception d’urgence, initialement appelée contraception du lendemain (ou plus communément pilule du lendemain)Aubény E. Contraception d'urgence. Rev. Prat., 2008; 58, 50-3., se définit comme les méthodes contraceptives qu’une femme peut utiliser pour prévenir la survenue d’une grossesse après un rapport non protégéLa prévention des grossesses non désirées : contraception et contraception d'urgence. Elle est inefficace dès lors que le processus d'implantation a commencé. Le terme de contraception d’urgence est ainsi préférable à celui de contraception du lendemain qui peut donner l'impression que son utilisation est à envisager le lendemain du rapport, et non à appliquer « en urgence », dès la constatation du rapport non protégé.

Le choix de la contraception d'urgence dépend du délai entre le rapport à risque et la mise en route de la contraception par rapport à l'ovulation:

Mise en route de la contraception d'urgence avant l'ovulation , tous les méthodes sont efficaces. L'utilisation de l'acétate d'ulipristal (un modulateur sélectif du récepteur de la progestérone) est la méthode de référence mais son efficacité diminue quand le délai s'allonge. Le lévonorgestrel est moins efficace chez les femmes en surpoids et il peut avoir des interactions médicamenteuses en cas de traitement par des inducteurs des enzymes CYP3A4. Enfin la prise de millepertis diminue aussi son efficacité. Mise en route de la contraception d'urgence après l'ovulation ou délai de plus de 120 heures, le DIU est le seul moyen efficace. Il doit être posé idéalement avant l'ouverture de la fenêtre de nidation (soit 4 jours après l’ovulation). La pose avant la fermeture de la fenêtre de nidation est possible(soit 8 jours après l’ovulation).

La contraception d’urgence hormonale (par progestatif seul) n’est pas efficace à 100 % mais est d’autant plus efficace qu’elle est débutée plus précocement après le rapport non protégé. L’utilisation opportuniste et répétitive de cette méthode en tant que méthode contraceptive est nettement moins efficace qu’une méthode continue. Ainsi elle n'est pas considérée comme un substitut à une méthode contraceptive régulière. Contrairement aux idées reçues, les contraceptions d'urgences ne présentent aucun risque pour la santé, ne rendent pas stérile et les effets secondaires sont mineurs (retard de cycle, légers saignements, maux de tête, nausée ou encore vomissements).

Parmi les alternatives hormonales disponibles en France, il est recommandé d’utiliser la méthode par progestatif seul (Norlevo/Vikela), plutôt que la méthode œstroprogestative de Yuzpe Yuzpe AA, Thurlow HJ, Ramzy I, Leyshon JI. « » J Reprod Med. 1974;13:53— 61.. La contraception d’urgence par progestatif seul est en effet plus efficace que la méthode de Yuzpe (niveau de preuve 1) et présente moins d’effets secondaires (niveau de preuve 1). Elle ne présente aucune contre-indication. Elle est inefficace en cas de grossesse débutante.

Historique Le premier cas de contraception d’urgence, documenté en 1964 aux Pays-Bas, est d’ailleurs celui d’une jeune fille de 13 ans à laquelle ont été administrés des œstrogènes, après un viol collectif, alors qu’elle était en milieu de cycle menstruel. À cette même époque, une étude clinique réalisée à l’Université de Yale (États-Unis) avait examiné l’effet d’œstrogènes de synthèse, le diéthylstilbestrol (25-50 mg/j) ou l’éthinylestradiol (0,5-2 mg/j), pendant quatre à six jours après le rapport sexuel. Mais les études cliniques utilisant les concepts encore actuels de contraception d’urgence n’ont été conduites qu’une dizaine d’années plus tard, au Canada, par Abraham A. Yuzpe et al., qui laissera son nom au protocole utilisant une combinaison œstroprogestative , et en Amérique du sud, par Erich von Kesserü et al., avec des progestatifs seuls. En 1979, Jack Lippes et al. décrivaient pour la première fois une autre méthode dans le cadre de la contraception d’urgence : l’utilisation d’un dispositif intra-utérin au cuivreLippesJ, TatumHJ, MaulikD, Sielezny M. Postcoital copper IUDs. Adv Plan Parent 1979 ; 14 : 87–94..

Dans les années 1980, le lévonorgestrel (Norlevo dont la mise sur le marché français date d') fait son entrée dans cette indication à 0,6 mg dans les 12 heures suivant le rapport non protégé (ce qui correspond en pratique à 20 comprimés de Microval). Dans les années 1990, l’administration de 2 doses de 0,75 mg de lévonorgestrel à 12 heures d'intervalle montre une efficacité identique avec moins d'effets secondaires comparée à la méthode de Yuzpe Ho & Kwan Ho PC, Kwan MSW. « A prospective randomized comparison of levonorgestrel with the Yuzpe regimen in post-coital contraception » Hum Reprod. 1993;8:389-92.. On note alors que l'efficacité des deux méthodes baisse avec le temps ; le taux d'échec et donc de grossesse passe de 0,4 % à 1,2 % puis 2,7 % par tranche de 24 heures. La limite des 72 heures si vite dépassée dans l'urgence, constitue alors la limite de cette méthode.

Au début des années 1990, des données relatives à l’utilisation de modulateurs sélectifs du récepteur de la progestérone (les SPRM pour selective progesterone receptor modulators) pour une contraception d’urgence sont apparues. L’étude de référence, conduite par Anna Glasier et David Baird, à Edimbourg (Royaume-Uni), avait pour but de comparer une prise unique de mifépristone (un stéroïde de synthèse, aussi appelé RU486), à la dose de 600 mg, à l’association éthinylestradiol (100 µg par prise) – norgestrel (1 mg par prise), qui demandait deux prises à 12 h d’intervalle. Le RU486 (initialement appelé RU 38 486) avait été découvert en 1981 par une équipe de chercheurs des laboratoires Roussel-Uclaf, Roger Deraedt, Daniel Philibert, Germain Costerousse et Georges Teutsch, qui recherchaient des anti-glucocorticoïdes dont certains s'avérèrent être également des anti-progestérone. Étienne-Émile Baulieu, alors conseiller de Roussel-Uclaf, et qui, de son côté, travaillait avec son équipe de l'Inserm sur les fonctions de la progestérone , fit alors tester avec succès à Genève l'activité d'interruption de grossesse du RU 486 chez onze femmes enceintes, test dont les résultats positifs furent présentés à l'Académie des sciences le HerrmannW, WyssR, RiondelA, PhilibertD, TeutschG, SakizE, BaulieuEE. The effects of an antiprogesterone steroid in women: interruption of the menstrual cycle and of early pregnancy. CR Séances Acad Sci III 1982 ; 294 : 933–938.. Près de dix ans plus tard, en 1991, l'étude d'Anna Glasier et David Baird rapportait la première exploration d’une contraception d’urgence en mono-prise. En 2006, Mitchell D. Creinin et al. publiaient la première étude d’un nouveau modulateur sélectif du récepteur de la progestérone, l’ulipristal acétate, utilisé dans le contexte d’une contraception d’urgence. Cette molécule est encore actuellement commercialisée en France et dans le reste du monde. Les modulateurs sélectifs du récepteur de la progestérone venaient ainsi compléter l’offre de contraception d’urgence sans œstrogènes. Ils apportaient la possibilité d’une contraception d’urgence hormonale, efficace jusqu’à la heure après le rapport, tout comme le DIU au cuivre, mais moins contraignante. L’évolution vers une contraception d’urgence dépourvue d’œstrogènes, afin de limiter les effets secondaires induits par ces hormones et les contre-indications vasculaires, et son corollaire, la mise à disposition de molécules sans prescription médicale, sont ainsi devenus les piliers de la panoplie actuelle de la contraception d’urgence.

Indications de la contraception d'urgence La contraception d'urgence est indiquée pour éviter la survenue d’une grossesse après un rapport non protégé (RNP) : échec ou défaut du moyen de contraception habituellement utilisé : rupture du préservatif masculin ou féminin, décrochement du dispositif intra-utérin (DIU, ou stérilet), coïtus interruptus mené ou non, irrégularité dans la prise d'un traitement contraceptif hormonal (la « pilule »), ou encore : grossesse non désirée pour le couple n'utilisant habituellement pas de moyens de contraception, rapport non consenti (viol). Le recours à une contraception régulière doit de préférence être envisagé après l'usage d'une contraception d'urgence afin qu'il reste ponctuel.

La contraception d'urgence peut être répétée au cours d'un même cycle par le lévonorgestrel, la sécurité de l'utilisation de l'acétate d'ulipristal n'étant pas assurée dans ce cas Prabakar I, Webb A, « » BMJ 2012;344:e1492.

La méthode par dispositif intra-utérin C'est Lippes en 1976 qui, le premier, a proposé la pose d'un DIU au cuivre en contraception d'urgence Lippes J, Tatum HJ, Maulik D, Sielezny M. « » Adv Plan Parent. 1979;14:87-94.. Le DIU au cuivre peut être inséré pour prévenir une grossesse jusqu’au moment de l’implantation de l’œuf (soit cinq à sept jours après l’ovulation). Si une femme a eu un rapport sexuel trois jours avant son ovulation, le DIU au cuivre peut prévenir une possible grossesse s’il est implanté jusqu’à dix jours après le rapport sexuelFaucher P. Contraception d’urgence. EMC-Gynécologie 2018; 700-A-50 : 1–9, voire à tout moment du cycle. Cependant, en raison des difficultés pour déterminer le jour de l’ovulation, et du fait des réticences liées à une potentielle interruption d’une grossesse débutante, il est généralement recommandé d’utiliser le DIU au cuivre seulement jusqu’à cinq jours après le rapport sexuel. L’effet de l’implant sur le développement possible d’une grossesse, malgré sa présence, a été évalué dans une méta-analyse regroupant 42 études portant sur 7 034 femmes chez lesquelles un DIU au cuivre avait été implanté dans le cadre d’une contraception d’urgence : seules dix grossesses ont été observées. Ce qui représente un taux d’échec de 0,14 % ([IC] 95 % : 0,08-0,25) , montrant ainsi l’efficacité de cette méthode.

Les deux types de DIU disponibles (au cuivre et au lévonorgestrel) induisent dans l’endomètre une réaction inflammatoire pour l’un, ou un environnement hormonal pour l’autre, qui résultent en l’inhibition de l’implantation de l’œuf dans l’utérus. Le DIU au cuivre a également un effet toxique sur les gamètes, ce qui augmente son efficacité dans le cadre de la contraception d’urgenceINPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé), AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), ANAES (Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé). Stratégies de choix des méthodes contraceptives chez la femme. Recommandations pour la pratique clinique. Paris : Agence Nationale d’Accréditation et d’Évaluation en Santé, 2004 : 234 p..

La contraception d’urgence par DIU au cuivre reste pourtant relativement peu utilisée en France (24 % des contraceptifs d’urgence), notamment en raison de la nécessité de l’intervention d’un professionnel de santé, de la limitation de son usage aux femmes ayant déjà eu des enfants, jusqu’en 2004 , et de la crainte du risque infectieux. La démocratisation de son utilisation chez les femmes nullipares, et les recommandations pour la pratique clinique du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) en 2018, qui ont simplifié les modalités de pose du DIU, pourraient néanmoins permettre d’accroître le recours à cette modalité de contraception d’urgence.

Cette méthode de contraception d’urgence permet également d’instaurer, chez la femme qui la reçoit, une contraception au long cours. Le DIU au cuivre n’est cependant pas adapté à toutes les femmes, notamment parce qu’il augmente le risque de saignements plus abondants lors des règles, un inconvénient qui peut cependant être prévenu par l’utilisation d’un DIU comme le DIU au lévonorgestrel, qui est hormonal et n’induit pas d’inflammation.