La Chasse au tigre est un tableau de Pierre Paul Rubens réalisé entre 1615 et 1617.
Le tableau représente plusieurs hommes vêtus de façon hétéroclite (deux cavaliers en armures type conquistador, trois cavaliers de type ottomans, deux hommes en tuniques) en train de chasser quatre fauves : deux tigres, un Lion et un léopard. Le tableau est parfois appelé La Chasse au tigre, au lion et au léopard ou Chasse aux tigres et aux lions.
La composition reprend celle de La Bataille d'Anghiari par Léonard de Vinci.
Historique Rubens dans les années 1610
Né à Siegen en 1577, Pierre Paul Rubens a eu une influence considérable dans l'art européen du , considéré comme l'instigateur avec Rembrandt du style baroque. En 1587, il entre en formation dans l'atelier anversois d'Adam van Noort. De 1600 à 1608, Rubens part en Italie où il reçoit l'influence des peintres italiens de la Renaissance, notamment de Titien, Le Tintoret, Le Caravage et Michel-Ange, mais également de Giulio Romano.
Rubens retourne et travaille dans son propre atelier d'Anvers de la fin de l'année 1608 à 1621. Dans les années 1610 et 1620, époque correspondant à la mise en œuvre de La Chasse au tigre, l'art de Rubens est imprégné de thèmes dramatiques et passionnels. Dès son retour d'Italie, deux séries de tableaux peuvent être distinguées : la première se caractérise par un échelonnement des personnages en profondeur, comme dans La Défaite de Sennacherib, alors que dans la seconde, la majorité des figures sont placées au premier plan, comme La Chasse au tigre. Le style de Rubens, antérieurement plus influencé par Le Caravage et Michel-Ange, devient plus classique, avec une structure harmonieuse, des personnages plus sculpturaux et des couleurs saturées, marqués par des œuvres comme La Descente de croix de la cathédrale Notre-Dame d'Anvers.
La commande La Chasse au tigre fait partie d'un ensemble décoratif de quatre tableaux avec La Chasse au sanglier, La Chasse à l'hippopotame et au crocodile et La Chasse au lion commandés par Maximilien I de BavièreMaximilien I de Bavière est alors duc. Il deviendra par la suite prince-électeur. entre 1615 et 1616. Une version de La Chasse au tigre apparaît dans L'Allégorie de la vue réalisée par Rubens en collaboration avec Jan Brueghel l'Ancien., datée de 1617, et il est probable que la peinture ait été réalisée peu de temps après L'Histoire de Decius Mus (commandée le ) puisqu'elle en reprend certains motifs. La Chasse au tigre a donc probablement été réalisée en 1617. Un paiement de de la cour de Munich en 1619 pour des peintures d'Anvers pourrait être relié aux toiles de la suite décorative.
Une lettre du à sir Dudley Carleton confirme que Rubens a peint une « Chasse au lion » pour le duc de Bavière. Une autre lettre, de Toby Matthew à Dudley Carleton, datée du , spécifie qu'une Chasse au tigre a également été vendue au duc pour . Cette abondante correspondance est cependant assez floue. La lettre du décrit une chasse au lion et au tigre, avec seulement trois cavaliers, tandis que d'autres écrits décrivent simplement une chasse au lion. Jacob Burchard a émis l'hypothèse que l’œuvre dont est l'objet les diverses lettres est en fait une chasse au lion telle que le tableau perdu de Bordeaux. Selon Arnout Balis, cela pourrait également être la copie du Palazzo Corsini (copie n°4 du catalogue raisonné du Corpus Rubenianum).
Les quatre chasses ont vraisemblablement été peintes peu de temps après La Chasse au loup et au renard. Maximilien de Bavière connait probablement ce tableau grâce à ses contacts à la cour de l'archiduché de Bruxelles. On ignore si les sujets de ces quatre tableaux ont été suggérés par le commanditaire ou par Rubens lui-même. Arnout Balis suggère que Rubens a pu peindre de sa propre initiative certains tableaux de l'ensemble décoratif, puis recevoir des directives spécifiques des représentants de Maximilien de Bavière.
L'ensemble des quatre tableaux est exposé dans l’Altes Schloss du château de Schleissheim, dont la décoration est dominée par les thèmes agricoles et pastoraux. En 1637, la série de quatre tableaux est bien inventoriée au château, partagé entre l' (le vestiaire) et le (la salle à manger), où se situe La Chasse au tigre. En 1706, le duc de Marlborough John Churchill demande à l'empereur du Saint-Empire Joseph I de les lui remettre pour le récompenser de ses succès militaires, mais sa requête est rejetée. Au cours du , l'ensemble décoratif est transféré au Neues Schloss.
Dispersion de l'ensemble décoratif Le 12 fructidor an VIII (), les quatre tableaux sont envoyés par Étienne Neveu depuis Munich parmi . Une lettre du 27 fructidor an VIII () signée par Napoléon Bonaparte signale qu'il s'agit de dons et que les quatre tableaux sont . Considérés comme des copies de Rubens, les quatre tableaux arrivent le 18 brumaire an IX () au musée central des Arts, actuellement musée du Louvre, où ils seront exposés brièvement. En 1811, La Chasse au tigre est envoyée au musée des beaux-arts de Rennes, lors du du musée des Arts de Paris.
Les autres tableaux sont dispersés : La Chasse au sanglier au musée des beaux-arts de Marseille, La Chasse à l'hippopotame et au crocodile à l'Alte Pinakothek à MunichCette œuvre est la seule retournée en Allemagne. Les trois autres tableaux de l'ensemble de Schleissheim n'ont jamais été réclamés après les guerres napoléoniennes. et La Chasse au lion à Bordeaux. La Chasse au lion est détruite lors d'un incendie en 1870, et seule une réplique d'une collection privée anglaise est parvenue jusqu'à nous.
Histoire moderne
Le tableau a été restauré en 1963. Il a été utilisé lors des expositions Le siècle de Rubens dans les collections publiques françaises au Grand Palais à Paris en 1977 (), pour laquelle une seconde restauration est effectuée, et à Munich en 1980 ().
Une restauration est réalisée en 2014 par le Centre de recherche et de restauration des musées de France. Dans le cadre de l'exposition Sensation et sensualité. Rubens et son héritage, l’œuvre est ensuite transférée au Bozar à Bruxelles du au , puis du au à la Royal Academy à Londres. Le tableau figure sur la couverture du catalogue de l'exposition en anglais.
Popularité Accueil de l'œuvre
Les quatre scènes de chasse de Maximilien de Bavière sont considérées comme les meilleurs exemples de l'habileté de Rubens à dépeindre des animaux sauvages dans des postures héroïques. Toutefois, La Chasse au tigre occupe une place à part : il s'agit en effet du seul tableau qui ne soit pas issu d'une eau-forte de Soutman ; par ailleurs les copies sont les plus nombreuses et des éléments de la composition ont été fréquemment réutilisés par l'atelier de Rubens.
Peint en 1617 par Jan Brueghel l'Ancien et Pierre Paul Rubens, l’Allégorie de la Vue, faisant partie de la série des Cinq sens visible au musée du Prado, représente un cabinet de collectionneur d'art où de nombreuses œuvres de Rubens sont reconnaissables : La Chasse au tigre se trouve au centre en arrière-plan.
Rubens introduit dans ses chasses de violentes émotions et des détails horribles, qui, à son époque, n'a jamais été poussée aussi loin, hormis peut-être dans la Bataille d'Anghiari de Léonard de Vinci. Le réalisme des émotions violentes des personnages et la violence des scènes constitue une nouveauté à cette époque. Ainsi, le prince de Galles Charles, qui a reçu une copie de La Chasse au tigre, trouve que le tableau est trop cruel et violent à son goût et qu'il préfèrerait une peinture avec des bêtes dociles.
La popularité européenne des scènes de chasse de Rubens est notamment acquise grâce aux diffusions aux générations futures des gravures de Schelte Adams Bolswert, aux eaux-fortes de Pieter Claesz Soutman et notamment à La Chasse au lion et au léopard de Jonas Suyderhoef et Soutman. La Chasse au tigre a fait l'objet de nombreuses copies d'atelier, ce qui laisse à penser que Rubens l'appréciait.
Dans l'édition de 1843 du Magasin pittoresque, le tableau est considéré comme une des œuvres les plus remarquables du musée des beaux-arts de Rennes, bien qu'il soit envisagé que le tableau soit une copie de Rubens. En 1859, Louis Clément de Ris juge la Chasse au tigre comme , qu'il attribue à Frans Snyders. Selon Guillaume Kazerouni, conservateur du musée des Beaux-Arts de Rennes, il s'agit du tableau préféré de nombreux visiteurs. Jeff Koons choisit le tableau pour faire partie de sa série « » ; il déclare à cette occasion qu'il s'agit d'« une œuvre chargée de puissance et d’émotion ».
Dans la culture populaire Une réplique du tableau apparait dans l'épisode de la troisième saison de la série Mentalist.
En 2017, La Chasse au tigre est imprimé sur des sacs et petite maroquinerie Louis Vuitton dans le cadre de la collection « », elle-même inspirée de la série de Jeff Koons.
En 2018, le tableau est présent sur l’affiche de la première saison de la série Succession.
Description La version de Rennes Huit hommes et cinq félins sont engagés dans un combat. Un cheval gris pommelé se cabre au milieu de la composition. Il est monté par un chasseur portant un turban, habillé en vert et tiré en arrière par un tigre. Deux cavaliers habillés en armure antique sur la droite se préparent à attaquer le félin central. À droite, au pied du cheval, une tigresse essaie de transporter ses petits à l'abri. Un léopard git en bas à droite du tableau, deux javelots plantés dans le corps.
Au premier plan à gauche, un homme, ressemblant à Samson, ouvre la gueule d'un lion. Ce dernier maintient un homme à terre de ses pattes avant. Derrière eux, trois cavaliers menacent un second lion, dont seuls le museau et les pattes avant sont visibles à gauche du tableau. Monté sur un cheval qui rue, un Maure, portant un turban et vêtu de rouge, est, des trois cavaliers armés de piques, celui qui est peint avec le plus de précision. Les deux autres sont beaucoup moins visibles.
Le paysage est une simple ligne d'horizon, et seul un palmier en partie effacé permet de dire qu'il s'agit d'un paysage terrestre.
Copies
Les copies de La Chasse au tigre sont très nombreuses et certaines ont probablement été perdues. Arnout Balis en dénombre 21 dans le Corpus Rubenianum. Nombre d'entre elles ont été réalisées par Rubens ou par son atelier. Les copies n°13, 14 et 15 sont de qualité plus médiocre et ne sont pas considérées comme relevant de l'atelier de Rubens. Les numéros 9, 10, 11 et 12 font partie de séries de copies de l'ensemble de Schleissheim et ont manifestement été peintes après leur départ vers le château. Ce sont par ailleurs des copies fidèles de la toile de Rennes tout comme les numéros 7 et 8. Les autres copies sont si hétérogènes qu'elles peuvent quasiment être considérées comme des variantes. Par exemple, La Chasse au lion et au léopardOu La Chasse aux lions. de la Gemäldegalerie Alte Meister de Dresde peut être considérée comme une variante de La Chasse au tigre, réalisée par l'atelier de Rubens et retouchée par le maître.
Il est difficile de classer les copies par composition, toutefois, trois types de variations sont notées par Arnout Balis. La composition est souvent étirée horizontalement. Pour d'autres copies, il manque un personnage sur la gauche. Enfin, le personnage de Samson peut prendre une pose différente.
L'une des copies de La Chasse au tigre, généralement attribué au n°3 du Corpus Rubenianum, est connue pour être la source d'un désagrément pour Rubens : Dudley Carleton et le peintre ont décidé d'échanger une œuvre de Jacopo Bassano contre une peinture de Rubens. Toutefois, le Jacopo Bassano livré à Anvers est très abîmé et Rubens envoie en retour une copie de piètre qualité de La Chasse au tigre. Dudley Carleton accepte malgré tout ce tableau qu'il envoie à son ami Lord Danvers, qui le destinait au prince de Galles, futur Charles I d'Angleterre. Le destinataire final refusa l’œuvre, ce qui fut désagréable pour l'ensemble des protagonistes.